chroniques sur l'histoire de Bretagne de Frédéric Morvan


Et si la Bretagne avait été réunifiée le 30 juin 1941 ? par Frédéric Morvan

Des petits riens ont fait l’Histoire. Un moment, une attitude, une pensée et boom l’Histoire avec un grand H apparaît. L’anecdote devient essentielle pour le cours de l’histoire et l’histoire de la Bretagne comme ailleurs est remplie d’anecdotes déterminantes. Et pour le sujet qui nous préoccupe ici, on n’y échappe pas. Et donc si le maréchal Pétain avait décidé de suivre un autre chemin que celui qu’il prit, à savoir de ne pas intégrer la Loire-inférieure (aujourd’hui la Loire-Atlantique) dans la région Bretagne. Lire la suite ICI 



Qui dirige la Bretagne ?

Et on redécouvre l’intérêt des côtes bretonnes.

Les Mines de Bretagne.

Il faut sauver le paysan breton

Les ministres bretons de la France

La Bretagne peut-elle profiter de sa richesse ?

La Manche, le lien historique entre la Bretagne et les Îles britanniques

Les fondateurs de la Bretagne, des saints… celtiques ou britonniques ?  (reservé aux adhérents)

La question de l’enseignement de l’histoire de Bretagne

L’histoire de la jeunesse bretonne 

Un nouveau rêve pour la Bretagne.

les Bretons sont-ils des héros ?

Les Bretons sont-ils conservateurs ou progressistes ?

1373-1379, une Bretagne sans duc.

Les Bretons aiment Paris.

1765, nuit du 10 au 11 novembre : La Chalotais est arrêté. 

Deux familles ducales pour la Bretagne.

Des langues de Bretagne. 

Les Bretons à la bataille d'Azincourt (25 octobre 1415).

De l'émigratjon bretonne en Angleterre.

De la souveraineté de la Bretagne  

la Bretagne a-t-elle été indépendante ?

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La Bretagne et la guerre

Là encore vaste sujet. Au moment où l’on doit affronter les armes à la main les conséquences de la guerre de religion qui opposent Sunnites et Chiites, conflit multi-centenaires, afin de savoir qui des descendants du Prophète Mahomet ou de chefs politico-religieux élus ou auto-désignés, doivent diriger le monde musulman, trois Bretons ont été désignés pour nous protéger : le ministre de la Défense bien sûr, le nouveau chef d’Etat-major auprès du président de la République et le Directeur général de la Sécurité intérieure. C’est à se demander si les Bretons n’ont pas un rapport particulier avec la guerre. C’est la question que je me suis posé lorsque j’ai choisi ma thèse de doctorat. En explorant le sujet les gens de guerre au Moyen Age, je me suis vite aperçu que je devrais défaire une énorme pelote. Le résultat a été une thèse de 7 kg de papier, 1500 pages et encore sur uniquement la période allant de 1213 à 1341… Il faudrait donc plusieurs vies pour tout traiter. Lire la suite ICI

Les Bretons n'aiment pas les extrémistes

Chronique de la semaine. Les Bretons n’aiment pas les extrémismes. Cette affirmation est-elle vraie ? Est-elle vérifiable ? Evidemment, après y avoir été récemment confronté, je me pose la question : le site Breizh Atao a repris sans me le demander intégralement mon texte sur « la Bretagne est-elle une périphérie ? » en le détournant de son propos. J’ai donc pu voir la partie émergée de l’extrémisme breton. Je sais aussi maintenant, sans tomber, je peux vous l’assurer, dans la théorie du complot, qu’il y a une partie immergée, clandestine, occulte, bien active, gangrénant associations et institutions, commandée par quelques individus ou quelques familles. Vérifions donc en regardant dans l’histoire si les Bretons aiment ou non les extrémismes. LIRE la suite ICI

La Bretagne en périphérie ?


La Bretagne en périphérie ! Jeudi soir dernier, aux Dîners celtiques, à Paris, Jean-Yves Le Drian, président du Conseil de la Région administrative Bretagne, a parlé longuement de la situation périphérique de la Bretagne, situation qu’il est difficile de ne pas constater lorsque l’on passe de la Bretagne à Paris. La Bretagne serait donc sur le pourtour, mais de quoi ?
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La Bretagne est divisée en deux blocs : l'Est et l'Ouest

C’est en effet la question que l’on peut se poser lorsque l’on traverse l’intégralité de la Bretagne, du Conquet à Fougères ou de la Pointe du Raz à Clisson : l’Est ou Haute Bretagne, industrieuse, dynamique, joyeuse ou presque, plus jeune, dominée par Rennes et Nantes, vraies métropoles, considérées parmi les plus agréables de l’Hexagone, et l’Ouest ou Basse Bretagne plus agricole, plus déprimée, plus âgée, dont les cités souvent petites et moyennes ont du mal à se constituer de réelles zones d’influence. Regardons de nouveau vers l’histoire de la Bretagne pour savoir si nous sommes en présence d’un phénomène ancien ou récent ? Lire la suite ICI

L'identité bretonne : la terre et l'eau

Lundi dernier à Brest, j’ai assisté à une conférence de Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la Région Bretagne chargé de la Culture, sur l’identité bretonne. Il a conclu que tous les Bretons et les Bretonnes étaient Bretons et Bretonnes, Françaises et Français, Européens et Européennes, ce que tout le monde aujourd’hui convient, à part quelques gens un peu bizarres. Pour lui, s’inspirant des écrits de l’historien médiéviste de la Bretagne aujourd’hui disparu, Jean-Christophe Cassard, l’identité bretonne plonge ses racines dans ce qu’a nommé J-J.Cassard la civilisation paroissiale, terrienne, à l’exception de quelques cas, comme les marins. Et c’est cette exception qui me dérange. Lire la suite ICI


Les Bretons et le désespoir


J’ai été confronté cette semaine, de la part d’amis, d’élèves et même à la TV à des comportements désespérés. Tout le monde sait que la misère, sociale, financière, politique, culturelle, affective, amène au désespoir et que le désespoir, si l’on ne trouve pas de solution, si le mur est trop haut à franchir, si l’injustice ressentie est trop grande, peut amener à la violence, ou à une certaine violence, mais aussi à la fuite, à l’exil. L’histoire des Hommes est bourrée de désespérances. Cette semaine, voyons ensemble quelques cas dans l’histoire des Bretons et de la Bretagne. Lire la suite ICI



De la disparition de la langue bretonne

La semaine dernière, dans une conversation avec une jeune collègue prof (pour moi, jeune signifie maintenant moins de 50 ans), elle m’a dit « le breton est une langue morte… » et en voyant mon étonnement elle a rajouté « euh… je crois ??? ». Je lui ai demandé si elle était bretonne. Elle m’a répondu par l’affirmative. Les propos de cette enseignante n’ont aujourd’hui absolument rien de surprenant. Elle démontre une situation banale, qui a suscité récemment une véritable polémique lors de l’Assemblée générale de l’Institut Culturel de Bretagne et même la détermination il y a encore quelques jours de Yannick Baron d’alerter sur l’urgence de la situation en effectuant une grève de la faim. La Région Bretagne a décidé, d’après mes informations, de réunir sur le sujet des Assises en septembre-octobre 2016. Alors qu’il y a encore 50 ans, des centaines de milliers de Bretons et de Bretonnes parlaient le breton, y compris ma grand-mère et marraine, aujourd’hui selon Fañch Broudig on compte à peine 180 000 locuteurs. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette chute vertigineuse ? Regardons ensemble dans l’histoire de Bretagne. Lire la suite ICI

Les Bretons et la Bretagne au tournant de leur histoire ?

Si on regarde la semaine écoulée, qu’est-ce qu’il y a de commun entre l’OPA réussie du breton Vincent Bolloré sur l’entreprise Gameloft, ce qui a entrainé le départ du PDG de cette entreprise, le breton Michel Guillemot, l’assemblée générale de Bretagne Culture Diversité, une conversation fort intéressante avec une conseillère régionale et un important historien breton, les manifestations à Rennes, le changement de noms de beaucoup de municipalités à l’occasion de fusions de communes, l’absence de réaction des inspecteurs de l’Education nationale, et la découverte qu’un million de jeunes (de moins de 40 ans) sont retournés vivre chez leurs parents faute de moyens ? Lire la suite ICI

Enseigner l'histoire de Bretagne


J’avais le choix cette semaine entre deux sujets : les grèves et l’enseignement de l’histoire de Bretagne. Je choisis la seconde bien sûr. Je ne suis qu’un modeste historien. J’ai dit un jour à un célèbre militant de la cause bretonne que l’histoire de la Bretagne est plus importante que la langue bretonne. Puis je me suis ravisé devant sa tête en lui disant qu’elle est aussi importante. Si la langue bretonne est danger, c’est le moins que l’on puisse dire, l’histoire de Bretagne l’ait tout autant comme le révèlent les différents sondages réalisés par les associations tel Bretagne Culture Diversité ou par des journalistes. Pourquoi ? Si des dizaines de livres sortent tous les ans sur le sujet, cette histoire n’est guère enseignée.
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Les Bretons et le christianisme

Vaste sujet, énorme même. J’aurais pu titrer les Bretons sont avant tout chrétien, mais par les temps qui courent cela n’aurait peut-être pas plu. Ou peut-être encore les Bretons ont été le fer de lance du christianisme ? Après tout, la démocratie chrétienne a été « inventée » par un député de Bretagne, le comte de Mun. Après tout, les missionnaires bretons ont « évangélisé » des régions entières en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique. Après tout, ce sont les saints britonniques, ceux-là même qui sont en grande partie à l’origine des structures culturelles et politiques bretonnes, qui ont permis la christianisation des campagnes de l’Occident chrétien. Si l’on veut parler de la culture bretonne, on doit d’abord parler du christianisme en Bretagne et chez les Bretons.
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Photo : quelques statues de la Vallée des Saints à Carnoët.

La diversité sociale des Bretons


Lorsque l’on parle de l’histoire sociale de la Bretagne et des Bretons, on a l’impression qu’il y a deux parties : les riches, voire les très riches, et les pauvres, voire les très pauvres. Cette impression provient de ce XIXe, siècle vraiment maudit pour la Bretagne et sa population, où le territoire comme ses habitants ont connu en masse une profonde misère et l’émigration En fait, c’est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.
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La diversité bretonne en mouvement

 

Il y a bien sûr une Bretagne, grande, plus vaste en superficie que la Belgique, diverse dans ses paysages – dès que l’on traverse la Loire, les toits sont couverts de tuiles majoritairement et plus en ardoises. Il n’y a pas bien sûr un seul Breton, mais des Bretons et des Bretonnes. Pour ceux qui voulaient, veulent, voudraient un homo britonnicus, comme certains ont voulu un homo anglicanus, un homo sovieticus, un homo americanus, etc, ils en seront pour leurs frais. Les Bretons et les Bretonnes sont multiples et en mouvement comme le révèlent, à mon humble avis, quelques éléments historiques. Regardons dans les trois mondes, pas assez liés entre parenthèses à mon goût, de la politique, de l’économie et de la culture.


L'Angleterre et la Bretagne


Ainsi donc les habitants du royaume d’Angleterre et la principauté des Galles souhaitent que la Manche, la mer bretonne en breton, le Channel (ou canal) en anglais, redevienne une frontière une nouvelle fois, que la Bretagne soit coupée encore une fois de son grand voisin du Nord. La création de l’Union européenne était parvenue à effacer cette frontière. Elle envisageait même de former une grande région dont la Manche ne serait qu’un grand fleuve qui l’irriguerait. Mais encore une fois… Et pourtant l’histoire des liens entre la Bretagne et de l’Angleterre-Galles est extrêmement riche, autant, voire davantage que ses relations avec ses voisins de l’Est. Lire la suite ICI
 

La réussite scolaire des Bretons  



Et oui, les Bretons réussissent très bien à l’Ecole. Mon futur proviseur vient de m’annoncer que mon principal problème l’an prochain consistera à répondre aux questions brillantes des élèves. Depuis des décennies, les lycées de cinq départements bretons obtiennent les meilleurs résultats de France au BAC, plus de 90 %. Le lycée Diwan de Carhaix vient d’être classé 4e meilleur lycée de France. Comment expliquer ce succès ? Les chauvins répondront par un « c’est normal, les Bretons et les Bretonnes sont génétiquement plus intelligents ! ». Ben voyons ! Et ils sont aussi les plus beaux du monde. Plus justement, il y a la pression familiale et sociale. La famille bretonne est plus qu’ailleurs regardante sur le travail scolaire. Pour la société bretonne, l’école joue un rôle essentiel. Et ce n’est pas nouveau.

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l'esprit d'entreprendre : une spécificité bretonne

Je vais répondre tout de suite à cette question : je ne le pense pas, sans doute pas plus qu’ailleurs. Et pourtant, les Bretons et les Bretonnes sont aujourd’hui partout, influents, voire même puissants, dans les domaines culturels – rien qu’en histoire de la Bretagne, on sort des dizaines de bouquins sur le sujet par an, les auteurs et les éditeurs bretons se comptent par centaines, les chanteurs bretons et bretonnes sont plus que célèbres -, dans le domaine politique – regardez du côté du gouvernement, regardez du côté de la Haute fonction publique -, dans le domaine économique – bien sûr le fameux club des Trente qui réunit une soixantaine de très grands entrepreneurs bretons et amis de la Bretagne.

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Qui dirige la Bretagne ? 

A cette grande question, la réponse est bien sûr officiellement l’Etat et ses représentants les préfets, car la Bretagne est comprise dans la République française. Certains parlent de Jean-Yves Le Drian, mais c’est sans doute oublier qu’il n’est que président du Conseil de la Région administrative Bretagne, conseil qui dispose d’un budget bien maigre. D’autres fantasment sur le pouvoir de clubs, d’instituts, de loges, d’obédiences. Bref, on cherche un responsable, un meneur, un homme ou une femme providentielle qui pourrait trouver un remède à une impression, le déclin de la Bretagne. Voyons du côté de l’histoire.

 

Du Néolithique à l’Antiquité

Il est clair qu’au temps du Néolithique la péninsule armoricaine disposait d’un système politique organisé, suffisamment pour permettre la construction d’énormes monuments comme le Cairn de Barnenez ou les alignements de Carnac. Faisons un bond dans le temps. Rome conquérante a souvent laissé en place les structures antérieures. C’est ainsi que les peuples armoricains, Osismes, Vénètes, Redones, Nanmètes, Coriosolites sont devenus après la victoire de César au Ier siècle avant JC les cités des Osismes (capitale Carhaix), des Vénètes (Vannes), des Redones (Rennes), des Nanmètes (Nantes) et des Coriosolites (Corseul) ; ces cités dirigées par des aristocrates locaux étant comprises dans la province gallo-romaine de Lyonnaise. L’Empire romain, vers le IVe siècle, pour améliorer son administration déficiente, divisa la Lyonnaise et notre Bretagne fut intégrée dans la Lyonnaise III. La fin de l’Empire, vers le milieu Ve siècle, est une des périodes les plus sombres de l’histoire de l’Europe. En fait, on a du mal à savoir qui dirigeait. Lorsque le dernier empereur romain d’Occident, l’adolescent Romulus Augustule, fut déposé par un mercenaire germain, la Bretagne actuelle appartenait-elle au royaume de Syagrius, un gallo-romain, ou à quelconques généraux brito-romains ? On pense davantage à des petits rois – que certains nomment avec mépris des roitelets – ou à des princes. Il est clair que les saints brito-romains des îles britanniques – et en tête les saints fondateurs des premiers évêchés, tels saint Samson, saint Pol Aurélien, jouèrent un rôle majeur sur le plan politique. Ce sont eux qui imposèrent en Bretagne pour plus d’un millénaire une organisation administrative de type ecclésiastique ; les plous, ces immenses paroisses bretonnes, (plou venant du mot latin plebs), même si au cours des temps elles furent démembrées, leurs création la plupart du temps, devinrent le cadre de vie de la population bretonne… jusqu’à nos jours. 

 

Les rois de Bretagne

Une famille aristocratique ou princière, implantée dans le Centre de la Bretagne, dans la région du Poher, réussit à constituer les armes à la main une entité politique de plus en plus vaste, à tel point que la région d’Angers et le Cotentin actuel se retrouvèrent sous son contrôle. C’est bien sûr l’époque des rois de Bretagne, Salomon, Nominoë, Erispoë, Alain le Grand. Nous sommes alors au IXe siècle. Et même si ces souverains reconnaissaient l’autorité supérieure des empereurs carolingiens, héritiers des empereurs romains, ils gouvernaient avec une grande indépendance d’autant plus que leurs armées parvinrent à repousser les troupes impériales. On estime que la bataille de la Vilaine (ou de Beslé en 851) permit de constituer la Bretagne d’aujourd’hui. Mais comme leurs homologues carolingiens, les rois bretons disparurent sous les coups des querelles dynastiques et des Vikings. Leur héritier finit par fuir et s’exiler en Angleterre chez le puissant roi de Wessex, Athelsthan.

 

 Nord et Sud

 

Le fils de l’héritier de la maison de Poher, filleul d’Athelsthan, Alain Barbe Torte (mort vers 952), revint en Bretagne et réussit à chasser les Vikings, du moins presque puisque les Vikings installés en Neustrie voisine venaient de fonder le puissant duché de Normandie. Alain n’était plus roi mais seulement duc de Bretagne et son pouvoir était bien limité par les différents comtes bretons, ceux de Rennes, de Nantes, de Vannes, de Cornouaille. Les comtes de Rennes, apparentés aux rois de Bretagne, mais aussi aux puissants ducs de Normandie, supplantèrent à la fin des années 990 les descendants d’Alain qui s’installèrent alors à Nantes. Ils devinrent ducs de Bretagne et étendirent leur autorité surtout dans le Nord de la Bretagne. Au Sud, le comte et évêque de Cornouaille – la fonction d’évêque était alors héréditaire dans la famille comtale – épousa l’héritière du comté de Vannes ; leurs fils, Alain Canhiart, se maria avec l’héritière du comté de Nantes, descendante d’Alain Barbe Torte. La maison de Cornouaille contrôlait alors tout le Sud de la Bretagne. En 1066, un arrangement fut trouvé : Hoël, héritier de la maison de Cornouaille, convola avec Havoise, sœur du duc Conan II et héritière de la maison de Rennes, et le tour fut joué et la Bretagne fut unifiée. Cependant, lorsque Conan II mourut la même année, son oncle paternel, Eudes, qui avait été régent de la Bretagne mais aussi de la Normandie (durant la minorité du fameux Guillaume le Conquérant), ne l’entendit pas ainsi. Il revendiqua le trône breton et constitua une principauté à partir des domaines qu’il avait reçus en héritage dans le Nord de la Bretagne (surtout dans le Trégor, Penthièvre, Goëlo). Même s’il ne parvint pas à s’imposer face à sa nièce, Havoise, et au mari de celle-ci, il vit son autorité et surtout celle de sa descendance s’accroître d’autant plus que ces enfants accompagnèrent leur cousin Guillaume le Conquérant en Angleterre : en récompense, Brien obtint la Cornouaille anglaise et Alain le comté de Richmond, un ensemble de manoirs et de fiefs qui fit de lui un des trois hommes les plus riches d’Angleterre.

 

De la naissance de la féodalité bretonne

 

La querelle entre la maison de Cornouaille et la maison de Rennes (dite aussi des Eudonides) profita bien sûr à la féodalité naissante. Des seigneurs châtelains apparurent vers ce XIe siècle, issus de cadets de la maison royale de Bretagne (surtout dans le Sud, avec les seigneurs de Rieux, d’Elven), provenant des auxiliaires des comtes, les vicomtes ou vice-comtes, tel le vicomte de Rennes qui devient le vicomte de Porhoët d’où sortira le vicomte de Rohan, tel le vicomte de Poher, ancien auxiliaire du comte de Cornouaille, tout comme le vicomte de Léon, tel le vicomte de Donges, ancien vicomte de Nantes. Des chevaliers riches en terres et en hommes d’armes se construisirent des châteaux. Certains plus riches que d’autres devinrent les seigneurs de Vitré, de Fougères, de Retz, d’Hennebont. Les neveux du richissime archevêque de Dol furent à l’origine des très fortunés seigneurs de Dinan, de Combourg et de Châteaubriant. Chaque camp favorisa cette féodalité qui lui fournit encadrement militaire, politique et économique. Les Eudonides ne furent ainsi pas en reste car ils créèrent dans leur principauté une importante féodalité.

 

De Conan III à Arthur de Bretagne

Le duc Conan III de la maison de Cornouaille (mort en 1148) tenta de réorganiser l’administration de son duché en s’appuyant sur une nouvelle vague de moines qui fondaient des abbayes à tour de bras quadrillant d’immenses territoires et encadrant des populations de plus en plus nombreuses. Il nomma abbé de l’abbaye ducale de Saint-Gildas de Rhuys le plus célèbre philosophe de l’époque, un proche de sa famille, le breton Abélard. Ce fut un échec car Abélard, trop individualiste, finit par s’enfuir pour rejoindre en Champagne son Héloïse. Conan III se tourna vers alors d’autres moines issus de la réforme cistercienne. Mais ils étaient des étrangers à la Bretagne et avaient alors des motivations beaucoup plus religieuses que politiques. Conan III, à la fin de sa vie, pour gouverner l’ensemble de son duché, utilisa la méthode classique : là encore un mariage. Sa fille, Berthe épousa le fils de l’héritier de la maison de Rennes, Alain, qui semblait alors être le plus capable de régner sur la Bretagne et de mettre au pas la féodalité bretonne trop indépendante, qui avait bien des fois vaincu les armes à la main le duc de Bretagne. Ce nouveau compromis fut décidé aux prix de beaucoup de sacrifices : Conan III déshérita son propre fils et le père d’Alain interdit à ses autres fils, son fils aîné et son fils puîné, de se marier. Mais ce fut là encore un échec. Si le jeune couple eut un fils, le futur Conan IV, Alain décéda avant Conan III et surtout ses deux frères se marièrent et eurent des enfants. La situation devient si catastrophique sous Conan IV qui avait beaucoup de mal à soumettre les féodaux, surtout le vicomte de Léon, que le roi d’Angleterre Henri II intervint et décida de devenir régent au nom de la très jeune Constance, la fille unique de Conan IV – qui dut abdiquer en 1166. Le pouvoir appartint alors aux Plantagenêts, les princes les plus puissants de l’Occident chrétien : Henri II, roi d’Angleterre et duc de Normandie, puis son 3e fils Geoffroy, époux de Constance. Geoffroy, avec l’aide des mercenaires de son père et de seigneurs du Sud de la Bretagne, s’empara de nombreux territoires appartenant aux frères d’Alain. Il imposa de nouvelles règles à la féodalité bretonne. Le duché était alors intégralement gouverner par lui. Mais duc à part entière en 1181, soit à sa majorité (15 ans), il mourut quatre ans plus tard, laissant une jeune épouse enceinte. A la mort de Constance, qui avait dû accepter le retour de la féodalité bretonne pour faire face à son puissant beau-frère, Richard Cœur de Lion, en 1201, leur fils Arthur devint duc de Bretagne, mais héritier de l’empire plantagenêt, il fut assassiné en 1203 par son autre oncle paternel Jean sans Terre, alors roi d’Angleterre. Les féodaux bretons – qui punirent sévèrement l’assassin en lui faisant perdre son duché de Normandie – mirent alors sur le trône breton la demi-sœur d’Arthur, Alix, fille du troisième mariage de Constance avec le poitevin Guy de Thouars. Une enfant de cinq ans devint alors duchesse de Bretagne sous la régence de son père. Le roi de France, alliés des féodaux bretons pour chasser Jean sans Terre du continent, avait la haute sur la Bretagne, et ne se priva pas de donner domaines et châteaux appartenant aux ducs de Bretagne à ses fidèles (comme Ploërmel ou Guérande). Demeurant en Ile-de-France, pour assurer la paix et la stabilité en Bretagne, il décida en 1209 de réconcilier les deux « familles ducales » bretonnes… par un mariage bien sûr : Alix épousera Henri d’Avaugour, héritier des Eudonides, fils d’Alain de Rennes (le fondateur de l’abbaye de Beauport et fils du dernier frère d’Alain, le père de Conan IV). Guy de Thouars serait co-régent du duché pour le Sud du duché et Alain (Alain V de Bretagne) serait co-régent pour le Nord, là où il disposait déjà du Goëlo, du Trégor et du Penthièvre.

 

Les ducs capétiens de la maison de Dreux

 

Mais Jean sans Terre débarqua en France en 1213 afin de reprendre ses immenses biens familiaux continentaux alors confisqués par le roi de France. Ce dernier, qui était le grand Philippe Auguste, avait tant besoin des troupes bretonnes qu’il décida qu’elles devaient être conduites par son cousin, Pierre de Dreux, un jeune prince de France, chevalier plein de talents et de promesses (c’est lui qui apporta à la Bretagne les hermines). Pour les conduire, Pierre se devait d’être duc de Bretagne. Qu’à cela ne tienne, le jeune Henri d’Avaugour, orphelin de son père mort en 1212, perdit sa promise, elle aussi orpheline de son père mort au début 1213. Et Alix de Thouars dut se marier à Pierre de Dreux. Les nouveaux duc et duchesse de Bretagne furent à l’origine d’une nouvelle dynastie : les ducs de la maison de Dreux. Quant à Henri, héritier de la maison de Rennes, il créa lui aussi une nouvelle dynastie, celle d’Avaugour, qui conserva le Goëlo et obtint par mariage Dinan, 3e ville de Bretagne, sans compter des fiefs en Normandie et en Ile-de-France. Même si les ducs de Bretagne de la maison de Dreux étaient sans doute parmi les plus riches souverains de l’Occident chrétien, même s’ils parvinrent à contrôler tout leur duché en s’appuyant sur un nouveau personnel administratif, composé de laîcs très spécialisés, qui réorganisèrent la Bretagne en baillis, l’autorité des Avaugour progressa à tel point qu’au début du XIVesiècle, Henri III, conseiller du roi Philippe V de France, parvint à imposer au duc de Bretagne le mariage de sa fille aînée et héritière à Guy de Bretagne, frère cadet et héritier du duc Jean III qui n’avait pas alors d’enfant. Il obtint de Jean III qu’il donnât à  Guy le Penthièvre et le Trégor. Ainsi, Henri III, qui gouvernait le destin de son jeune gendre, parvint à reconstituer pour sa fille et son protégé la principauté de ses ancêtres.


Le cas Anne de Bretagne


BNF - Latin 9474 - Jean Bourdichon - Grandes Heures d'Anne de Bretagne - f. 3r - Anne de Bretagne entre trois saintes (détail).BNF - Latin 9474 - Jean Bourdichon - Grandes Heures d'Anne de Bretagne - f. 3r - Anne de Bretagne entre trois saintes (détail).

En 1488, Anne de Bretagne n'avait pas douze ans lorsqu'elle accéda au trône breton. Son père avait désigné avant de mourir les chefs du clan féodal pour " l'aider " à régner : comme tuteur le maréchal de Rieux et comme gouvernante Françoise de Dinan-Montafilant. Philippe de Montauban, issu de la noblesse bretonne, devint chancelier de Bretagne, c'est-à-dire chef de l'administration ducale. Pendant trois ans, ce ne fut autour d'elle que complots, rivalités et impuissances politiques. Le duché n'eut pas vraiment de dirigeant durant cette période ; le territoire breton était alors occupé par les troupes royales et quant aux féodaux, ils changeaient d'avis comme de chemise. Dans l'entourage d'Anne, on chercha un homme à poigne capable de remettre de l'ordre et on le trouva : Anne épousa ainsi par procuration le cousin de sa mère, Maximilien d'Autriche, grand rival du roi de France et surtout chef d'une famille qui commençait à régner sur l'Europe. La régente de France, Anne de Beaujeu, ne l'entendit pas ainsi et ordonna aux armées royales de marcher sur la Bretagne. Anne ne résista pas et même son fidèle chancelier fut d'avis d'accepter la solution du mariage avec Charles VIII de France, qui pour l'occasion quittait sa fiancée, fille de Maximilien.

Duchesse et reine

Anne se maria le 6 décembre 1491 à Langeais avec le roi de France. Chacun des mariés faisaient à l'autre donation de ses droits sur la Bretagne – Charles VIII en avaient acquis de son père qui les avait achetés aux descendants de Jeanne de Penthièvre. Selon le premier traité de Guérande de 1365, si les ducs de Bretagne de la maison de Montfort n'avaient pas de descendants mâles, le trône breton devait revenir aux Blois-Bretagne, dit Penthièvre. Et à la mort du duc François II (de Montfort), ce fut le cas. Comme Louis XI avait acheté pour 50 000 écus les droits de Nicole de Penthièvre, aînée des Penthièvre, lui et son successeur se prétendaient ducs de Bretagne.
Mariée, Anne de Bretagne restait duchesse de Bretagne en titre. Pour la Couronne de France, elle était maintenant seulement reine de France avec pour unique devoir : donner naissance à un fils et donc à un héritier pour le trône royal de France. Quant à la Bretagne, les agents royaux y furent envoyés afin d'administrer le duché. Philippe de Montauban fut écarté. Mais si Anne remplit ses devoirs de reine, ses fils ne furent pas viables. Lorsque Charles VIII, sans enfant, mourut en 1498, Anne était alors la seule détentrice des droits sur la Bretagne. Le lendemain de la mort du roi, après avoir eu une crise de nerfs, bien officielle, elle se rendit dans son palais parisien où elle donna des ordres pour restaurer Philippe de Montauban dans ses fonctions. Elle se dirigea ensuite lentement vers la Bretagne car elle savait que les autorités royales étaient en train d'organiser le divorce de Louis XII, nouveau roi de France, cousin germain du père d'Anne. Elle accepta de se remarier à Louis XII, mais sous certaines conditions : elle serait la seule souveraine de la Bretagne ; elle conserverait son douaire de veuve de Charles VIII et obtenait d'énormes revenus royaux, dont la sénéchaussée de Beaucaire et La Rochelle. Louis XII balaya les réticences des chefs de l'administration de son royaume, qui surent s'en souvenir, et signa le contrat de son mariage avec Anne le 7 janvier 1499.

En fait, si on connaît assez bien Anne en tant que reine de France, en fait on la connaît assez mal dans son rôle de duchesse de Bretagne. Et pour cause, ses actes n'ont pas été inventoriés, trop dispersés (les archives espagnols et pontificales en détiennent un bon nombre), trop politiquement sulfureux car les propagandes tant bretonne que française se sont emparées jusqu'à nos jours de cette souveraine, sans doute la plus célèbre de l'histoire de la Bretagne, de la France et de l'Europe. Chacune de ces propagandes voudrait faire d'elle son héroïne et déforme selon ses intérêts son histoire. L'étude de ces actes permettrait sans doute de répondre à une question : quel est le degré d'implication d'Anne dans la direction de son duché ? Force est de constater qu'elle n'a pas été très présente sur le sol breton sauf lorsqu'elle y vit son grand tour.

Ce grand tour, qui fut selon la tradition triomphal, était en fait très politique. Il eut pour origine une dispute entre Louis XII et Anne de Bretagne sur l'avenir de la Bretagne et donc sur la succession au trône ducal. Il est vrai que tout le long de son règne, ce fut la première préoccupation de ce roi, mais aussi de son entourage, y compris de son épouse, et de toute l'Administration royale. Louis XII et Anne de Bretagne étaient très souvent malades : le roi à cause des conditions de sa détention après avoir été fait prisonnier à Saint-Aubin du Cormier en 1488 et Anne à cause de ses innombrables fausses couches et accouchements catastrophiques (on en a compté plus de 19 au cours de sa vie).

Anne et le rêve européen

En fait, on peut se demander qui entre Louis et Anne voulut le plus réaliser le rêve européen, c'est-à-dire assembler les pays européens et même le monde qui commençait à être conquis par les Européens en s'appuyant sur une union dynastique et sur le titre impérial. Les historiens français ont longtemps dénigré l'importance de ce titre, pour bien sûr des raisons politiques car ce titre fut porté pendant plus d'un millier d'années par des princes allemands, les Hohenstauffen, les Wittelsbach, les Habsbourg, les Hohenzollern, sauf évidemment lorsque Napoléon s'en empara. Et pourtant, l'influence de l'empereur du Saint Empire Romain Germanique, héritier direct des empereurs romains et de Charlemagne, fut indéniable dans toute l'Europe.

En ce début du XVIe siècle, le moment était propice. Un proche cousin d'Anne, petit-fils de son première mari, Maximilien d'Autriche (qui rappelons-le fut le chef de sa famille au sens large), un jeune prince, Charles de Gand ou de Luxembourg, allait hériter par son père du Saint-Empire, mais aussi de l'Autriche, des richissimes Pays-Bas et du Nord de l'Italie, et de sa mère des royaumes espagnols et bien sûr de l'Amérique. Anne invita en décembre 1501 à Blois ses cousins, les parents du jeune prince, Philippe le Beau d'Autriche et Jeanne d'Espagne, souverains des Pays-Bas, qui se rendaient en Espagne où Jeanne allait être déclarée héritière des royaumes de ses parents, les rois catholiques. Tout se passa merveilleusement bien. Et on décida en 1501 que Charles allait épouser la fille unique de Louis et d'Anne, Claude, née en 1499. Plusieurs traités furent signés à Blois dont le plus important eut lieu en 1504 qui mettait un point final aux différentes tractations. Ils prévoyaient qu'Anne donnerait à Claude tout ce qu'elle avait, la Bretagne et divers comtés en France et de Louis XII, Claude recevrait en héritage tous les biens familiaux paternels, le duché d'Orléans et différents comtés, et comme elle était princesse de France, elle aurait en plus la Bourgogne que réclamait la famille de Charles depuis la mort de la mère de Philippe le Beau, Marie de Bourgogne. En contrepartie, le roi de France renonçait à ses prétentions sur le royaume de Naples.

A la mort de ses parents (qui n'allait pas tarder tellement ils étaient toujours assez mal en point), Claude allait non seulement être la souveraine de la riche Bretagne, mais encore la plus riche du royaume de France, presque à égalité avec son cousin, François de Valois, qui serait le roi de France, et plus encore car après son mariage elle serait impératrice, reine, princesse et duchesses d'innombrables terres en Europe et dans le monde. Quant à la Bretagne, elle allait être intégrée dans cet empire dont une des caractéristiques principales étaient alors son ouverture au monde, ce qui l'arrangeait bien. Tout comme les Pays-Bas, le Nord de l'Italie, les royaumes de Naples, d'Aragon et de Castille, qui allaient appartenir à Charles, la Bretagne, qui allait être à Claude, épouse de Charles, était une puissance commerçante, tournée vers la mer. Cette alliance dynastique lui permettait ainsi d'entrer dans un réseau de pays parmi les plus puissants et les plus industrieux du monde, d'accomplir la politique rêvée et entreprise par Pierre Landais, principal ministre du duc François II de Bretagne, c'est-à-dire, tout en conservant sa souveraineté (autre caractéristique de l'empire de Charles, ses Etats lui étaient attachés que par des liens personnels), de participer à l'expansion économique liée à la Première colonisation européenne, à la découverte des côtes africaines et surtout à la découverte de l'Amérique. Il est clair qu'Anne de Bretagne le savait : elle entretenait une importante correspondance avec Isabelle de Castille, sa cousine, celle qui permit à Christophe Colomb de découvrir l'Amérique ; et de surcroît, elle n'avait pas oublié les Landais ; la preuve en est qu'ils bénéficièrent toute sa vie de ses faveurs.

L'échec de la politique d'Anne

Cependant, Louis XII fit marche arrière en 1505. Selon la tradition, après avoir été très gravement malade –il reçut même l'extrême onction -, il se réveilla brusquement et annonça à tous que les fiançailles de sa fille unique avec Charles ne se feraient plus et que Claude devait épouser son cousin François de Valois, alors héritier du trône de France. Il est clair que l'influente administration royale était entrée dans le jeu en mettant en avant le devoir du roi non seulement de conserver l'intégrité du royaume de France mais aussi de maintenir la richesse et la puissance des Capétiens. Le rêve impérial d'Anne s'évanouit devant la puissance de l'Administration garante depuis Suger (XIIe siècle) de la grandeur du royaume de France et qui en prétendant défendre les intérêts de la dynastie capétienne défendait en fait les siens. En effet, l'intégration de la France dans un grand ensemble européen ne pouvait que réduire son influence, la rétrograder à une seconde place et surtout la voir éloigner des vrais centres de décisions déplacés alors à la cour des Habsbourg, à Vienne, à Tolède ou à Bruxelles.

La fureur d'Anne, lorsque la duchesse-reine apprit la nouvelle, atteignit son comble et elle partit chez elle en Bretagne. La colère du roi monta crescendo car autour de lui on craignit que la reine ne lève ses troupes. Anne se calma sur les conseils de son amie Michèle de Saubonne (dont la famille fut à l'origine du protestantisme en France) et rejoignit son époux. Lors de la cérémonie des fiançailles en 1505 de Claude et de François, tous les chroniqueurs relatent qu'elle fit une tête d'enterrement. Mais elle eut sa revanche car elle réussit en 1510 à faire naître un autre enfant, une fille, Renée, qui selon son contrat de mariage devait hériter du duché de Bretagne. En effet, dans ce contrat, si Anne avait un second enfant, c'est lui qui allait avoir la Bretagne. Sur son lit de mort, en 1514, Anne fit promettre à son ennemie, Louise de Savoie, mère de François de Valois, de s'occuper correctement de ses enfants. Louis XII fut bien triste de la mort de sa femme et quatre mois plus tard il mariait le 18 mai 1514 Claude à François de Valois. Le roi mit un peu de temps à accorder à son nouveau gendre, la Bretagne, car il le savait volage et très dépensier. Mais le roi avait d'autres préoccupations car il se remaria avec Marie d'Angleterre, sœur du roi Henri VIII, en octobre. Marie allait lui donner un fils, c'était certain et François n'allait pas être roi de France. Cependant Louis XII mourut trois plus tard sans avoir donné de fils au trône de France. Il est vrai que Claude avait eu pour mission de Louise de Savoie de faire en sorte que Marie voit le moins possible Louis XII, alors malade et François s'occupait bien de Marie. François et Claude devinrent roi et reine de France. Claude décida, par contrat, devant notaire, de donner tous ses biens à son si beau François qui la trompait publiquement. François Ier devint usufruitier de Bretagne. Quant à Renée, elle ne manqua de rien avant de connaître un mariage inégal et d'être spoliée de ses héritages. Le roi et sa mère Louise de Savoie commençaient ainsi leur politique de captation d'héritages.

 De 1514 à 1532


Nous en étions à la mort d’Anne de Bretagne et à celle de son époux Louis XII (1514-1515). Ici nous allons toucher à un des épisodes les plus passionnants et passionnés de l’histoire de Bretagne et de France, qui a fait et fait coulé encore bien de l’encre, et que par des études sérieuses, documentés et argumentés, nous commençons à mieux connaître, malgré d’énormes interrogations : celle de l’Union, de l’Annexion – termes différents selon le camp que l’on choisit, breton ou français - du duché de Bretagne au royaume de France. Moi, je vais me permettre de parler de l’intégration du duché de Bretagne au royaume de France.

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Et on redécouvre l’intérêt des côtes bretonnes.


Photographie Sophie de Roumanie http://www.sophiederoumanie.com/

 

 J’ai appris avec surprise hier que l’on parlait beaucoup du littoral breton en très hauts lieux, dans les ministères actuellement très peuplés par des Bretons et des Bretonnes – à ce propos autre information permettant de compléter mon précédent article sur les ministres bretons de la République, la famille maternelle de Mme Myriam El Khomri, ministre du Travail, est originaire d’une commune au Nord du Conquet. Et oui, encore une ministre bretonne. Pour le littoral, avec ses plus de 1000 kms de côtes et ses innombrables îles, célèbres dans le monde entier, il est très riche et pourrait même constituer un élément d’entrainement de l’économie de la République actuellement en difficulté. Article publié sur le site de l’Agence Bretagne Presse et du Centre d’Histoire de Bretagne/Kreizenn Istor Breizh

 

 

Depuis le Mésolithique

C’est une surprise parce que c’est tellement évident. Il suffit de regarder la carte de l’Europe. La Bretagne est une péninsule, une presqu’île comme je l’ai écrit souvent qui s’avance dans la mer. Elle est la porte sud de la Manche, la voie maritime la plus importante du monde, et permet d’entrer dans la région la plus riche de notre chère et belle planète. Et cette situation n’a pas échappé à nos prédécesseurs. Le littoral breton a toujours été occupé. Le Cairn de Barnenez se situe sur une presqu’île en face de Carantec et les célébrissimes alignements de Carnac sont sur la côte morbihannaise. Quant aux îles, dans le golfe de Morbihan, on trouve les magnifiques dessins gravés dans le cairn de Gavrinis. Mais le top est bien sûr constitué par les tombes de la fin du mésolithique (vers 6000 avant JC) de Téviec et de Hoëdic, tombes de pêcheurs-cueilleurs, considérées parmi les plus précieuses de l’histoire de l’Humanité.

 

 

Dans l’Antiquité

Le Grand César bien sûr ne s’était pas trompé. Il lui fallait s’emparer absolument de ce littoral contrôlé par ses habitants et surtout les Vénètes. A ce propos s’ouvre vers le mois de juin à Vannes, Diorren, centre d’histoire, où l’on pourra de manière ludique apprendre l’histoire de la Bretagne et même voir un film retraçant la fameuse bataille des Vénètes. Faisons encore un bon dans le temps, mais pas trop. A partir de 250 après Jésus-Christ, l’empire romain est en déclin et une de ses préoccupations principales fut de protéger les côtes de la Manche avec son fameux tractus armoricanus implantant sur toutes les côtes des populations venues de l’intérieur de la Bretagne insulaire, les Lètes, qui seraient peut-être à l’origine des Plous. A la fin de l’Empire, comme je l’ai déjà montré, où s’installèrent nos fameux saints bretons ? Mais bien sûr en priorité sur les côtes et dans les îles. Et je dois encore le répéter, il ne faut pas voir les îles bretonnes comme des déserts : elles formaient des havres où l’on pouvait se ravitailler en eau et en nourriture. Et elles étaient beaucoup plus peuplées qu’aujourd’hui. Sur les cartes les plus anciennes, que voit-on ? Les lieux qui intéressent le plus les navigateurs, les noms des ports et des îles. Ce n’est pas sans raison que dans le port du Conquet furent tracées au XVe siècle des cartes qui parait-il servir à Christophe Colomb pour son illustre voyage transocéanique.

 

 

Au Moyen Age

Au Moyen Age, le littoral breton était essentiel et les Vikings le comprirent bien vite, s’installant surtout dans les îles et sur les côtes. L’abbaye de Landévennec, richissime et puissant monastère côtier (à l’entrée de la presqu’île de Crozon) fut attaquée et détruite par eux. Selon la tradition, c’est à partir d’elle et avec l’aide des moines que le duc de Bretagne réussit à chasser les Vikings au Xsiècle. D’autres indices prouvent que pendant cette époque ce littoral resta source de richesse et de puissance. De très nombreuses mottes féodales datant du XIe et du XIIse situent sur les côtes, surtout à l’entrée de rivières, contrôlant les trafics maritime et fluvial. Certaines sont devenues des châteaux-forts, comme Fort La Latte ou le château de Trémazan. Les seigneurs côtiers pouvaient rivaliser avec les ducs de Bretagne, tels les seigneurs de Dinan ou les vicomtes de Léon. Il fallut rien moins que trois expéditions à Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, alors régent de duché de Bretagne (1166-1181) le plus important souverain de l’Occident chrétien, pour soumettre ces vicomtes de Léon. Les ducs de Bretagne de la maison de Dreux (1213-1341) durent débourser des sommes énormes pour acheter ces seigneuries, la vicomté de Léon, la seigneurie de Dinan. Et encore pas. Pour cette dernière qui appartenait alors à leurs rivaux, les Avaugour (de la maison ducale de Rennes), ils ne purent qu’acquérir que la partie Nord. Les Avaugour finirent même par l’emporter obligeant le duc Jean III (mort en 1341) à accepter le mariage de son frère cadet et héritier à la fille d’Henri III d’Avaugour qui tirait une grande partie de ses revenus de son Goëlo (grande région littorale) et de Dinan et de sa région. Le centre de son pouvoir et de celui de ces descendants (les Penthièvre-Bretagne) demeurait l’abbaye de Beauport fondée en 1202 par son ancêtre Alain de Rennes, dit de Goëlo, régent de Bretagne de 1209 à 1212 (soit Alain V de Bretagne).

 

Jean III comme ces prédécesseurs de la maison de Dreux ne s’y trompèrent pas car, ducs très industrieux, ils installèrent leur résidence principale sur la côte, à Suscinio, au bout de la presqu’île de Rhuys alors développée par l’abbaye ducale de Saint-Gildas, une des plus riches et des plus anciennes d’Armorique. Ainsi donc les monastères les mieux pourvus avaient reçu des revenus côtiers et iliens : Landévennec, Beauport, Saint-Gildas, Saint-Georges de Rennes qui eut une partie de la paroisse de Plougasnou, au nord de Morlaix, Sainte-Croix de Quimperlé qui disposait de Belle-île et qui ira jusqu’au pape pour la récupérer lorsque le duc Jean III tenta de la leur prendre, Saint-Mathieu (près du Conquet) avec son fameux phare. Ces abbayes ne furent pas les seuls établissements religieux à tirer leur fortune du littoral. L’évêque d’Alet transféra au XIIe siècle le siège de son diocèse sur une île, Saint-Malo de l’Isle. L’évêque de Dol, qui se disait archevêque de Dol ou de Bretagne, avait sa cathédrale les pieds dans l’eau, ou presque. Ses collègues de Saint-Pol-de-Léon et de Vannes étaient tout aussi côtiers.

 

On sait que le conflit entre l’Angleterre et la France reprit en 1294 après une véritable bataille navale entre les sujets du roi d’Angleterre et ceux du roi de France. On s’affronta pour savoir qui allait le premier s’approvisionner en eau sur les îles au large du Conquet. Et la guerre de Cent ans débuta alors. On peut se demander quels furent les moyens de Jean de Montfort, demi-frère cadet de Jean III, pour oser réclamer le trône breton en 1341 ? En fait, il disposait d’une importante fortune bretonne constitué de revenus côtiers : Guérande avec ses salines et les biens familiaux dans le pays de Retz. Le roi d’Angleterre ne s’y trompa pas en soutenant ses revendications. A sa mort, le roi devint le régent du duché pour le fils mineur de Jean de Montfort et put ainsi, de plein droit, installer ses troupes en priorité bien entendu sur les ports et dans les îles. Louis d’Espagne, amiral de France, tenta de les en chasser, mais en vain. Ces bases anglaises permettaient tout simplement de sécuriser les liens maritimes entre l’Angleterre et l’Aquitaine anglaise. Comme l’a montré l’historien Michael Jones, le château de Brest, l’un des plus considérables de l’Occident chrétien, fut financé par les Anglais.

 

Lorsque le duc Jean V mit fin en 1421 à la guerre de Succession de Bretagne, un de ses premiers actes fut de s’occuper de la défense du littoral breton. Mais ce fut sans doute l’industrieux Pierre Landais (mort en 1485), le premier ministre du duc François II (le père d’Anne de Bretagne) qui ouvrit en grand à la Bretagne les portes de son âge d’or. Il fit de la Bretagne une puissance thalassocratique qui était en train d’emprunter les mêmes voies que le Portugal et la Castille. Sept ans plus tard, la cousine d’Anne de Bretagne, Isabelle de Castille devenait la plus riche du monde lorsque son navigateur Christophe Colomb découvrit l’Amérique.

 

 

L’âge d’or du littoral breton

Mais la Bretagne perdit la guerre contre le roi de France ou plutôt la régente Anne de France et Anne de Bretagne dut épouser en 1491 Charles VIII puis Louis XII. Elle tenta bien sûr de marier ses filles à Charles Quint, héritier du plus grand empire maritime du monde à l’époque, mais ce fut en vain. Son règne en Bretagne, qui en fait a été très peu étudié, pourrait montrer qu’elle tenta de suivre la politique de Pierre Landais dont elle protégea la famille : de permettre à la Bretagne d’être un grand pays maritime comme l’Espagne, le Portugal, et bientôt les Provinces Unies et l’Angleterre. Bien sûr c’est sous François Ier, son successeur (le mari de sa fille Claude, dernière duchesse souveraine de Bretagne), que le malouin Jacques Cartier partit découvrir le Québec, mais ce roi préférait les forêts pour chasser, les champs de bataille et les belles femmes. Il était avant tout un continental entouré de continentaux. Ses amis et cousins bretons qui l’avaient soutenu étaient eux aussi des seigneurs continentaux (Rieux, Laval-Vitré, Rohan).

 

Il faudra attendre Richelieu pour voir l’Etat royal s’intéresser vraiment au littoral breton. Le cardinal devint gouverneur de Brest. Il maria des membres de sa famille à des héritières bretonnes, dont la baronne de Pont-L’Abbé. Il lui fallait contrôler les côtes. Il fit démanteler des forteresses bretonnes côtières appartenant à la noblesse bretonne. L’Angevin Fouquet (marié lui aussi à une riche héritière bretonne), ministre des finances du jeune Louis XIV, suivit la même politique et s’intéressa aux côtes et aux îles bretonnes. Il devient marquis de Belle-Isles. Mais Fouquet fut arrêté net. Louis XIV choisit le champenois Colbert et sa politique terrienne.

 

Toutefois, la Bretagne n’a pas attendu les grands agents de l’Etat pour développer son littoral. C’est l’âge d’or breton. De ces ports, devenus parmi les plus importants d’Europe, Nantes, Saint-Malo, Brest, Port-Louis, Lorient, partirent de grands navires transportant les produits bretons, le blé, le vin du pays nantais et surtout surtout les toiles tissées dans l’intérieur de la Bretagne (régions de Loudéac et du Haut-Léon).

 

Et oui, les côtes étaient étroitement liées à l’intérieur. L’Amor vivait alors en symbiose avec l’Argoat. Et ce n’était pas nouveau. Pour passer de la Manche au golfe de Gascogne, le marchand avait deux choix – car longtemps on ne sut guère naviguer en haute mer : soit faire des petits bonds sur les côtes bretonnes, sautant d’un havre à un autre, et attendre parfois une semaine au Conquet le passage ; soit transférer ses marchandises dans un bateau fluvial qui remontait la rivière et ainsi traverser la Bretagne. Par exemple, la région de Locarn, alors très peuplée, était une des zones de rupture de charge. Autre indice de ce lien : il est étrange de voir autant de riches nobles bretons disposant à la fois de seigneuries sur les côtes et dans l’intérieur de la Bretagne : les Léon furent seigneurs de Maël-Carhaix et la marquise de Tymeur (qui employa le chef des bonnets rouge Sébastien Balp) dans la région de Carhaix était la cousine germaine de Louise de Kerouale, noble de Guilers. Autre exemple : le second de Bougainville, Fleuriot de Langle avait à la fois des terres sur la côte trégoroise et la motte féodale de Carnoët (là où l’on trouve la vallée des saints). Bien sûr Colbert et sa politique continentale mercantiliste et protectionniste mit un frein à l’ouverture de la Bretagne. Toutefois, deux personnages du XVIIIe siècle comprirent l’importance du littoral breton. Ils étaient tous deux princes : l’un était le duc de Penthièvre, 3e fortune du royaume, amiral de France et de Bretagne, et l’autre fut son cousin Louis XVI, roi de France et de Navarre, guillotiné comme tout le monde sait. Pour le second, on commence à mieux connaître sa politique maritime. Pour le premier, on ne fait que l’entrevoir. Et oui, les historiens ont encore du pain sur la planche.

 

 

Et ce fut le déclin

Et la Révolution arriva et on sait que l’Angleterre, vaincue par les flottes de Louis XVI et ruinée par la guerre d’Indépendance américaine, joua le rôle de financier. Ce n’est pas pour rien que Robespierre fut nommé le grand incorruptible car il fut un des rares à ne pas avoir touché de pots de vin. Beaucoup d’autres en croquaient : Danton, Hébert, etc. Mais chutt ! Il ne faut pas trop le dire. Et la très industrieuse et très ouverte Bretagne fut fermée… et ses îles si importantes pour les liens maritimes furent occupées… par les Anglais. La flotte anglaise bloquait tous les ports bretons. On crevait de faim dans les ports breton durant la Révolution et l’Empire.

 

Après 1815, la Bretagne devint une région essentiellement agricole. Alors qu’avant la Révolution, son aristocratie embarquait sur les navires pour aller au loin, comme le père de Châteaubriand qui fit ainsi fortune, après, les nobles devinrent essentiellement des propriétaires fonciers. Ce n’est qu’à la fin du XIXesiècle-début du XXe siècle, que les Bretons retrouvent la mer. L’industrialisation, la mondialisation du commerce maritime, les besoins en produit de la mer des urbains de plus en plus nombreux, l’expansion coloniale de la France requièrent de nombreux marins expérimentés et les Bretons sont habitués à la mer. Nombreux sont les Bretons, souvent inscrits maritimes, parmi les marins de commerce, dans la marine de pêche, ou dans la marine de guerre ou la Royale. En 1850, 20 % des effectifs de la Royale sont Bretons, en 1936, ce sont 73 %. La vie quotidienne sur les côtes et dans les ports grands comme petits est rythmée par les marées, les embarquements, les retours de mer. La vie est dure pour les marins et leurs familles, bien trop souvent ponctués par des drames. Et les Paimpolaises en savent quelque chose attendant Terre-neuvas et pêcheurs d’Islande dont certains ne revinrent jamais. La crise de la sardine à Douarnenez (1902) et dans le pays bigouden entraine bien des misères. Le ramassage des goémons, des huitres et du sel, n’a rien d’une partie de plaisir.

 

Et aujourd’hui ?

Et en fait, deux mondes vont coexister : l’Amor, la côte, et l’Argoat, la terre, l’un regardant l’autre un peu de travers. Pour l’Etat, alors seuls comptent les ports de guerre, Brest, Lorient bien sûr et tout le réseau ferroviaire en Bretagne a été conçu dans un seul but : approvisionner ces ports d’où partent les navires de guerre qui permettent de gouverner le second empire colonial de la Planète. Et vers ces ports sont drainés d’importants éléments du dynamisme breton et surtout sa jeunesse. Après la Seconde guerre mondiale et la perte très progressive de cet empire, il faut trouver d’autres solutions. Le CELIB mentionne qu’il faut développer les ports, mais sur ce point il n’a guère été écouté. L’initiative est surtout privée. Ce sont les paysans léonards qui se réunirent et créèrent la Britanny Ferries (années 1960) et permirent ainsi de développer le port de Roscoff. Saint-Malo, Le Guilvinec deviennent d’importants ports de pêche. Mais… les ports bretons pourtant à l’entrée de l’Europe, région rappelons la plus industrielle du monde, ne sont pas employés… et cela pour le plus grand profit du Havre (où vivent une population à moitié bretonne). On voit des produits bretons partir par camion vers le Havre, alors que l’usine bretonne se trouve à quelques kilomètres d’un port, mais ce port ne dispose pas des équipements adéquats. On commence à s’intéresser à l’exploitation des algues, et encore sans en avoir l’air d’y toucher. Il est vrai que l’affiche – qui est un montage – représentant un enfant jouant avec son sceau sur une plage bretonne couverte d’algues vertes a été diffusée partout. Et pourtant les chercheurs, à Roscoff, et à ailleurs font d’immenses découvertes. La production raisonnée d’algues pourraient être un des grandes solutions aux difficultés économiques de ce début de siècle. Mais… Pour l’instant on préfère que les côtes et les îles deviennent des havres du tourisme et de la villégiature. On y trouve des centres de thalasso parmi les plus célèbres d’Europe. Et si on additionnait le prix de toutes les maisons sur les côtes et dans les îles bretonnes, quel montant obtiendrons-nous ? 1 milliard d’euros, 10 milliards ? 

 

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Les Mines de Bretagne.

Faire des trous en Bretagne. Les Mines de Bretagne. Les récents projets miniers suscitent la polémique comme on peut le voir tous les jours dans la presse et dans les réseaux sociaux, polémique qui éclaire un sujet très peu traité par les historiens. Et pourtant, la Bretagne dispose d’un sous-sol particulièrement riche et cette situation ne date pas d’aujourd’hui.

 

L’étain, richesse bretonne

Grâce à ses mines d’étain, peut-être moins bien situées que celles de Cornwall, la Bretagne se trouvait au cœur de la production du bronze – sans étain, on ne peut pas faire du bronze – et donc de cet âge dit du bronze qui a succédé au Néolithique à la fin du IIIe millénaire et qui a dominé toute l’Europe pendant tout le IIe millénaire avant JC avant d’être supplanté vers 600 av. JC par le fer fournissant aux outils et aux armes une solidité et donc une efficacité plus grande. Il ne faut pas oublier que c’est en recherchant la route des mines d’étain que le Marseillais grec Pythéas, vers 320 av. JC, décrivit les côtes du Finistère (il accosta à Penmarc’h et sur l’île d’Ouessant) et cita pour la première fois les Ostimioi (en latin les Osismes), peuple alors vivant dans l’Ouest de la Bretagne. Deux mines d’étain, très connus sont donc très anciennes, celle d’Abbaretz, près de Nozay (44), exploitée par les Vénètes, et même jusqu’au IIIe siècle après JC et peut-être plus tardivement encore vers le VIe siècle. On y redécouvre le filon en 1882, filon qui n’est exploité que temporairement de 1920 à 1926 et plus sérieusement en 1952. Jusqu’en 1957, date de sa fermeture, la mine d’Abbaretz emploie 350 mineurs. Et pour la seconde mine, je découvre avec stupéfaction qu’une des capitales européennes de l’étain fut une petite ville à 10 minutes de chez moi, Saint-Renan. Dans la région de l’Aber Ildut, on y exploitait le minerai d’étain, la cassitérite depuis l’âge de Bronze. Les Romains embarquaient le minerai au port du Dellec. C’est en recherchant dans les années 1950 de l’uranium que les prospecteurs s’aperçurent de la richesse du sous-sol. De 1960 à 1975, 6 000 tonnes de minerais correspondant à 4 000 tonnes de métal pur en furent extraites. 

Pour le Moyen Age, franchement pas grand-chose à dire. Mais peut-être que des lecteurs pourront me fournir quelques informations. Une légende dit que le château de Lezargant dans la seigneurie de Névet (près de Quimper) a été construit sur un filon d’argent.

 

La Bretagne, grande région du plomb argentifère : le Poher

Puis on passe directement à l’âge d’or : l’époque moderne et bien sûr on doit parler des mines de plomb-argentifère du Poher. La mine d’Huelgoat était bien sûr connue depuis longtemps. En 1425, Jean de Penhoat, amiral de Bretagne et capitaine de Morlaix, reçut du duc Jean V de Bretagne, le droit d’exploiter les mines d’Huelgoat. Il le fit en faisant venir des mineurs allemands. Le roi de France Louis XIII, concéda au baron de Beausoleil ces mines. Toutefois l’initiative de leur énorme expansion ne provient pas de Bretons mais des exilés jacobites qui appartenaient à la suite du roi Jacques II Stuart, roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande alors en fuite après la « Glorieuse Révolution » de 1688. Ils prospectèrent en Bretagne et en 1708 demandèrent au roi de France l’autorisation de fouiller et de travailler les mines de plomb situées dans la paroisse de Carnotte ou Carnoët, évêché de Cornouailles. En 1732, le sieur Guillotou de Kerever, négociant de Morlaix, prit leur succession et obtint du duc de Bourbon, grand maître des mines de France, le droit d’exploiter les mines de Poullaouën, de Plusquellec et de toute la région environnante. Pour fonder sa compagnie des mines de Basse-Bretagne, il s’aida des banquiers protestants de Genève. En 1741, il y avait 150 employés, en 1751, 850. On trouve parmi eux des Anglais, des Allemands, et même un Hongrois de Transylvanie. A la veille de la Révolution française, 2 000 personnes produisaient 600 tonnes de plomb et 1,5 tonne d’argent faisant de la mine de Poullanouen la première mine métallurgique de France. Les actionnaires étaient si prospères qu’ils achetèrent d’autres mines en Bretagne, celle de plomb, de Pont-Péan, près de Rennes, développée par le richissime négociant malouin, Noël Danycan puis par sa veuve, puis celle de charbon à Montrelais (44) (300 employés au début de l’exploitation en 1757, 600 fin années 1780 ; taux de rentabilité 28 % l’an), et celle de Pont-Péan (22). Ils se permirent aussi des innovations techniques : achats pour Poullaouën et Montrelais de quelques exemplaires des machines à vapeur de Thomas Newcomen (le père de la Révolution industrielle) pour pomper l’eau dans les galeries. Les compagnies minières de Bretagne étaient alors les premières du royaume de France (avec celle d’Anzin).

 

Après la Révolution

Mais ces actionnaires n’étaient pas Bretons, tels le banquier jacobite Darcy, le marquis d’Herouville ou le duc de Chaulnes. L’exploitation minière consomme tant de bois que les forêts environnantes sont ruinées et c’est sans compter avec la pollution de la rivière d’Aulne. Les Révolutionnaires nationalisent les mines qui ne reprennent vie qu’à la Restauration. Après la Révolution, à proximité de Montrelais, on ouvre vers la mine de Mouzeil vers 1820. On y extrait du charbon jusqu’en 1911. A sa fermeture, 150 mineurs y étaient encore employés. Les accidents n’y étaient pas rares. En un siècle, on compte 79 morts. Une description de 1838 fournit quelques éléments sur les mines de Poullaouen et d’Huelgoat : la première donne 7 500 tonnes de minerai brut par an dont sont extraits 660 tonnes de plomb et emploie 330 ouvriers ; la seconde où travaillent 280 personnes produit 4 600 tonnes de minerai dont on obtenait 370 tonnes de plomb. C’est bien sûr sans compter une centaine d’ouvriers travaillant dans les 4 fourneaux pour la fonte. Les conditions de travail sont, on s’en doute, épouvantables. La mortalité y atteint des records. Les ouvriers sont atteints de saturnisme. Dans son poème « les Bretons », Auguste Brizeux imagine qu’ils cachent sous terre la honte d’une « existence tarée, de crimes impunis ». On visite la mine tel Gustave Flaubert. Il est vrai que le puit de Poullaouen descend alors à 265 mètres de profondeur. Face à la concurrence des mines étrangères, Poullaouen ferme en 1866 suivie en 1866 de Huelgoat. Les mineurs partent en Vendée et dans la région nantaise où ils sont très mal accueillis.

 

Et le XXe

Les mines de Pont-Péan tentent de reprendre l’exploitation de Poullaouen en 1906, mais en vain. Les mines du Poher ferment alors en 1934. L’exploitation de la mine de plomb-argentifère de Pont-Péan n’avait repris vraiment qu’en 1844. A la fin du siècle, elle était la première de France dans son secteur fournissant les 4/5e de la production nationale. Des problèmes financiers, et surtout la forte inondation des galeries de 1904 provoquent sa fermeture mettant au chômage un millier d’ouvriers.

A cette fermeture répond l’ouverture de la mine de wolfram (minerai de tungstène) et de la cassitérite (étain) de Montbelleux-Luitré (35), près de Fougères. L’exploitation connait des hauts et des bas. En 1918 étaient extraits 41 tonnes de minerai brut par jour. Occupée par les Allemands, en 1944, la mine est sabotée. L’exploitation reprendra et cela jusqu’en 1983. Non loin de là, les mines de Brais-Vieux-Vy-sur-Couesnon, elles aussi mines de plomb argentifère, ouvertes en 1879, prennent de l’ampleur au début du XXe siècle : 350 employés et 12 000 tonnes de minerai extraits par an. En 1952, elles sont fermées à cause de difficultés financières. Plus au Sud, des centaines d’ouvriers à partir de 1912 travaillent dans les  mines de fer de Segré et d’Oudon. Après la guerre, bien trop éloignées des centres de consommation, elles périclitent pour finir par fermer ses portes en 1978. Dans l’entre-deux-guerres une autre mine, toujours de plomb argentifère, connait un vif succès : celle de Trémuson. En 1930, on y comptabilise 800 ouvriers qui viennent aussi de Pologne, de Bulgarie, d’Espagne. Pour les loger, des centaines de pavillons sont construits à Saint-Brieuc (commune des Mines). L’année suivante la mine est fermée. Elle n’a pas pu faire face à la concurrence des mines espagnoles.

 

Un potentiel important

Après la Seconde guerre mondiale et l’électrification, on recherche de l’uranium. Et on en trouve dans la région de Pontivy. Les avancées techniques relancent des mines comme à Saint-Renan. Dans les années 60, on découvre de l’andalousite. Mais on exploite que très peu ; la France préférant acheter et exploiter ailleurs. Des découvertes fortuites et surtout des nouvelles méthodes (imagerie spatiale) ont enrichi la Bretagne de gîtes de titane, de zircon, de Terres rares, et même d’or (déjà exploité à Elliant, près de Quimper, et à Plougasnou). Récemment une compagnie minière d’origine australienne a obtenu des permis de recherche à Loc-Envel (22, tungstène), Silfiac (56, Zinc), Beaulieu (44, étain) et Dompierre du Chemin (35, l’étain et tungstène).

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Il faut sauver le paysan breton

A l’heure d’une nouvelle grave crise agricole, cette fois-ci structurelle et plus conjoncturelle, parlons sérieusement des agriculteurs bretons. Certains disent que tout est de leur faute et qu’ils se sont eux-mêmes mis dans cette situation. D’autres disent que le grand responsable, c’est le ou un système, qui se doit de les aider mais qui ne répond pas ou plus présent. Voyons du côté de l’histoire.

 

Une structure d’Ancien Régime

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, vers 1880, le monde du paysan breton est celui de l’Ancien Régime. Il exploite les terres des seigneurs, grands propriétaires terriens, princes, nobles et religieux, qui détiennent le pouvoir politique. Il exploite aussi ses propres terres, un, deux, trois, parfois quatre hectares, composées souvent d’une vingtaine de champs. Ces terres sont l’objet de toutes ses attentions. Engraissées, c’est là, avant la Révolution, que l’on trouve les riches cultures de chanvre, de lin, de froment. C’est là qu’il élève ses porcs. On possède aussi une ou deux vaches, très peu de volailles qui consomment trop de céréales comme les chevaux, dont l’élevage fait pourtant la richesse des vicomtes puis ducs de Rohan. Les fameuses landes bretonnes, qui couvrent des centaines de milliers d’hectares, sont très loin d’être laissées à l’abandon : y sont cultivées des céréales pauvres ; on y trouve ce qu’il faut pour les toitures, pour le chauffage, mais aussi on y élève les moutons. Les communautés paysannes vont devant les cours de justice pour les conserver. Même si l’habitat est dispersé le plus souvent, on se réunit pour savoir qui fait quoi, pour s’occuper de l’instruction des enfants, de la construction et de l’entretien des bâtiments qui appartiennent à tous (chapelles, églises, lavoirs, fontaines, tavernes, etc…), mais aussi des talus et des chemins. On se réunit après avoir été à l’église ou/et surtout lors des foires, très nombreuses en Bretagne.  

 

 

L’importance des paysans aisés

Mais n’imaginez pas, chers lecteurs, un monde sans évolution. Le peu de servage attesté en Bretagne disparaît au XIVe siècle. Il existe toute une hiérarchie sociale : du plus riche au plus pauvre. Je pense que les plus riches furent ces chevaliers des paroisses – estimés à trois par paroisses au XIIe siècle – que l’on rencontre dans les actes de l’époque ? Ils peuvent se permettre de se financer des armements. Certains de leurs enfants participent aux armées de Du Guesclin et d’Olivier de Clisson (XIVe siècles)  et reviennent en Bretagne enrichis. Surtout les ducs qui n’ont aucune confiance dans les grands seigneurs, leurs parents, s’appuient sur eux, surtout lors de leurs guerres. Dans la seconde moitié du XV siècle, sont créées les Milices, mais les revues militaires montrent leurs équipements déplorables. En fait beaucoup de nobles ne sont que des paysans assez aisés et comme la guerre anoblit, beaucoup de paysans aisés deviennent nobles. Ce sont ces paysans aisés qui ont du poids dans la communauté. C’est sur eux que repose l’impôt. Et nombreux sont ceux qui ont participé à la révolte des Bonnets rouges de 1675.

 

 

Le paysan multi tâches

Par mariage, par le travail, grâce à la chance et à l’esprit de commerce, on peut développer la ferme, en avoir un autre, et une autre. Surtout, en Bretagne, le paysan ne s’occupe pas exclusivement de la terre. Sur les côtes, le paysans-marin domine, possédant un navire ou une barque, quelques hectares de terres et un petit cheptel. Plus à l’intérieur, on trouve les paysans-tisserands, si nombreux et si industrieux qu’au XVIIe siècle la Bretagne est une des grandes régions textiles du monde. Et oui ! Ces paysans sont dominés par des paysans-marchands. Le plus connu d’entre eux est ce Le Guen de Kerangall – en fait son nom faisait mieux avec la particule lorsqu’il devint député du Tiers Etat breton aux Etats-Généraux de 1789 ; en fait Le Guen est le nom de son père et Kerangall celui de sa mère – qui prononça à la première Assemblée nationale dans la nuit du 4 au 5 août 1789 un discours qui mit fin aux privilèges et aux droits seigneuriaux.  

 

 

Une riche agriculture bretonne d’Ancien Régime

Le sarrasin arrive au XVe siècle. Plus facile à cultiver, non soumis surtout à la dîme, ayant un rendement très intéressant, il est adopté massivement. On peut vendre maintenant les surplus, surtout son froment au marché ou s’en servir pour payer les taxes en nature dus au seigneur, qui le revend sur les grands marchés hors de Bretagne. La Bretagne devient le grenier à blé du royaume de France au XVIIIesiècle, tout en parvenant à nourrir et occuper une population de 2 millions d’habitants, soit un million de plus qu’au XVe siècle. C’est l’époque où les côtes léonardes deviennent un grand jardin. Les premiers artichauts poussent dans celui de l’évêque de Saint-Pol en 1661. On voit arriver à Plougastel-Daoulas des fraises. Les grands bourgeois de Rennes et de Nantes s’occupent des terres qu’ils ont acquises à la haute noblesse bretonne et à leurs héritiers ruinés par la vie de cour à Versailles.

 

 

Les suites de la Révolution

La Révolution française mets fin à ce bel essor : fin du paysan-marin (dont beaucoup sont morts dans les pontons anglais), fin du paysan-tisserand ruiné par le Blocus continental. La noblesse bretonne qui aimait assez le commerce maritime – comme le père de Châteaubriand qui avait redoré son blason en faisant de la traite (des noirs) – ne veut s’occuper que l’agriculture, de folklorisme et d’archéologie (ce sont les buts de la très puissante Association Bretonne, née après la Révolution). La paysannerie bretonne a-t-elle bénéficiée des ventes de Biens nationaux, c’est-à-dire des terres des anciens seigneurs confisqués et vendus dès 1790 ? En fait on n’en sait pas grand-chose – faute d’une étude systématique sur la Bretagne. C’est probable. Il est vrai que cela a dû être un sujet tabou après la Restauration. Il fallait se taire sur ce que l’on avait acquis, d’autant plus qu’en 1825, l’Etat restitua aux victimes des confiscations ce qui restaient de leurs propriétés sans compter des dédommagements financiers. La très grande propriété revit le jour en Bretagne. En 1837, les exportations de céréales bretonnes représentaient la moitié des exportations françaises. Par contre, la misère était partout. Bien sûr, avant la Révolution, les journaliers, les mendiants se comptaient par centaines de milliers. Mais après, la vision d’un vieillard breton mendiant sous le porche d’une église devient une image d’Epinal, qui reste encore collée à la peau des Bretons. Le système de succession égalitaire n’a rien arrangé : chaque enfant a le droit à la même quantité de terre. Et le peu d’acquis de terres provenant de la vente des Biens nationaux a dû s’envoler avec la pression démographique. On possède encore que quelques hectares et c’est tout.

 

 

 Et la Révolution agricole arriva

A la fin XIXe-début XXe siècle de grands changements bouleversent la paysannerie bretonne. La mécanisation a fait des miracles : on voit des locomotives faire fonctionner les batteuses dans les champs. Les canaux qui ont été creusés et surtout le chemin de fer qui arrive partout, permet de faire voyager les productions. La pression démographique est moins forte car les cadets et cadettes prennent le train pour s’employer comme manœuvres dans les grandes villes et à Paris. Les landes ont été réduites de moitié (ne reste que 250 000 hectares) laissant place aux prairies et aux céréales, surtout le blé, au dépens du sarrasin. C’est l’adoption massive de la  pomme de terre, à peine acceptée avant la Révolution, qui est la vraie responsable de cette Révolution agricole. Elle permet de mieux nourrir  hommes et bétails. L’élevage breton en 1914 est impressionnant : 10 % du porc élevé en France, 14 % des bovins, 12 % des chevaux, et la qualité est au rendez-vous, si bien que les Bretons exportent. De Saint-Malo à Cancale, de Paimpol à Lézardrieux  et de Roscoff à Saint-Pol-de-Léon, ce ne sont que beaux jardins de choux, d’artichauts et d’oignons, produits acheminés vers les villes et vers Paris et même vers l’Angleterre.  Pour produire davantage, on utilise davantage d’engrais naturels (maërl, sables calcaires, goémons). Encouragés par les concours lors des comices agricoles, on sélectionne. Et surtout on s’organise. Sous la conduite de nobles et d’abbés démocrates, des milliers de paysans se regroupent en syndicats agricoles : en 1911 est fondé l’office central de Landerneau dans le Finistère d’où sortiront les actuels Groupama, Triskalia et Crédit Mutuel de Bretagne.

 

 

D’une guerre à une autre

Les paysans payent le prix fort de la Grande guerre. Incorporés le plus souvent dans l’infanterie, ils sont massacrés sur les champs de bataille. Pendant la guerre, grâce au travail extraordinaire des paysannes, la Bretagne est considérée comme le grenier de la France. En revenant du front, les survivants bénéficient d’une situation plus favorable. La pression sur la terre est nettement moins forte. On a de l’argent car les produits agricoles, de plus en plus chers pendant la guerre, ont rapporté. L’Etat a payé les réquisitions, surtout les dizaines de milliers de chevaux bretons. Et puis il faut nourrir la population française et même étrangère. En France, six millions d’hectares (au Nord-est) sont devenus inutilisables.

 

La Bretagne va connaître sa première grande crise agricole « moderne» vers 1932-1933. Suite à la grande crise de 1929 qui est partie des Etats-Unis, la Bretagne comme le monde entier est touchée. les blés rentrés ne se vendent mal. On ne peut plus rembourser les emprunts et il faut vendre bêtes, matériels et terres, bref tout ce que l’on a acquis dans les années 20, et à vil prix. Des faillites ont lieu et les ventes des exploitations saisies se passent très mal. L’amertume de la paysannerie qui considère qu’elle a payé de son sang à la guerre l’amélioration de sa condition d’existence est grande. Le mouvement coopératifs en fait les frais. Les idées d’Henri d’Halluin, dit Dorgères, originaire de Tourcoing et installé à Rennes, deviennent populaires en Bretagne. Comme lui, beaucoup pensent que « l’agriculture est sacrifiée à l’industrie et aux villes » et que les  paysans sont « traités en citoyen de seconde zone ». En 1935, il fonde le mouvement des jeunes paysans, qui portent des chemises vertes. Au Dorgétisme répond la Confédération nationale paysanne créée par le jeune trégorois socialiste Tanguy-Prigent en 1933.

 

La paysannerie bretonne est fragilisée et le sera plus encore dans la décennie suivante. De dizaines de milliers de paysans bretons sont prisonniers en Allemagne. L’Occupation montre que la richesse agricole proverbiale de la Bretagne n’est qu’un mythe. Il n’y a plus de chevaux pour les attelages. Les surfaces ensemencées s’écroulent d’autant que la météo est souvent mauvaise. Et il faut nourrir les réfugiés qui fuient les bombardements des villes.

 

 

Vers l’intensification de l’agriculture

A la Libération, la famine menace. François Tanguy-Prigent, alors ministre de l’agriculture, et René Pleven, conseiller de Charles de Gaulle à Londres avant devenir Premier ministre, prennent le taureau par les cornes. La Bretagne est riche de sa terre et de sa paysannerie nettement plus instruits qu’auparavant grâce à l’action pendant la guerre de la Jeunesse agricole chrétienne. Elle peut et doit nourrir la population. Ils fondent avec d’autres le CELIB (Comité d’études et de liaisons des intérêts bretons). Ce groupe de pression très présent à l’Assemblée nationale (première réunion en novembre 1951, suivie de 171 autres) obtient l’électrification de la Bretagne et donc des fermes et donc de la traite, la construction de routes et de nouvelles dessertes ferroviaires. L’agriculture bretonne est devenue intensive à marche forcée et nourrit la France et bientôt l’Europe.

 

Le paysan breton devient un agriculteur. L’exode rural énorme de l’après-guerre permet la diminution importante du nombre des exploitations. L’élevage hors-sol compense l’étroitesse des exploitations. Des structures de productions simplifiées (production laitière et maïs fourrager ; production porcine et culture de céréales) émergent comme se développe une forte spécialisation des productions (lait, œufs, volailles, porcs, légumes). Et l’industrie agro-alimentaire, composée d’entreprises privées et de coopératives, suit le mouvement, pour devenir une des plus importantes d’Europe. Les campagnes bretonnes changent de visage : on supprime lors des démembrements – souvent houleux – des kilomètres de talus car le bocage ne se prête pas à la mécanisation ; les chemins de terre sont asphaltés pour relier la ferme au bourg ; apparaissent ces longs bâtiments abritant des porcheries ou des poulaillers, des silos et des usines d’aliments, des centrales laitières et des tours de séchage ; la maison d’habitation de l’agriculteur, de style néo-bretonne, se dissocie maintenant de l’exploitation ; de nombreux bourgs et petites villes progressent sous l’impulsion des établissements de l’industrie agroalimentaire. Mais on n’est pas content des conséquences environnementales. Et surtout, l’agriculteur breton est dépendant de l’industrie agro-alimentaire, des politiques européennes et de l’Etat, et des conditions du marché qui provoquent des crises graves, comme dès le départ de cette nouvelle modernisation, la crise légumière du Haut-Léon-Trégor de 1961 qui voit apparaître la figure d’Alexis Gourvenec et un nouveau genre de coopérative, la SICA.

 

 

 Un monde souvent en crise

Ces crises demandent de pénibles réajustements, toutefois sans remettre en cause l’existence même de l’agriculture bretonne. Très récemment, ce n’est plus le cas. Là aussi plusieurs facteurs se sont accumulés pesant de tous leurs poids sur les agriculteurs bretons : la nouvelle politique européenne, plus libérale, privilégiant les très grandes exploitations agricoles, concentrant son attention sur la modernisation des agricultures des pays d’Europe de l’Est ; les exportations massives à bas prix de pays hors Union européenne de produits alimentaires issus de leurs récentes agricultures productivistes ; les erreurs stratégiques d’industriels, de politiques, « d’experts » ; la domination de techniciens dans les organisations agricoles ; les banques qui doivent se renflouer après avoir fait face à une grave crise financière ; la concentration de la grande distribution ; les changements des goûts liés à un niveau de vie plus élevé ; les contingences écologiques ; l’immobilisme et le conservatisme disant à tous : « tout va bien, madame la marquise, s’il y a un problème, l’Etat sera contraint de nous sauver ». La liste est longue et cela fait beaucoup d’autant que les agriculteurs sont fatigués après avoir subi beaucoup de crises. Ils sont de moins en moins jeunes, de moins en moins nombreux, de plus en plus pauvres. La liste est si longue que l’on peut se demander s’il n’y a pas un certain acharnement à les voir disparaître. Mais on me dira que je vois des complots partout. Que cherche-t-on ? Mettre des robots à la place de l’Homme ? Une Bretagne couverte de forêt, de bois, de landes, et de terres où poussent des céréales… ? Bref, un retour en arrière. Bien que non car qui viendra récolter et élever ? Et que va-t-il se passer pour les dizaines de milliers d’emplois que le travail des paysans génèrent ?

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Les ministres bretons de la France.

A l’heure d’un nouveau remaniement ministériel, quelle sera la place des Bretons ? Déjà, à ma connaissance, cinq Bretons ont été ou sont encore ministres sous la présidence de François Hollande : JY Le Drian (Défense), JJ Urvoas (Justice), M. Lebranchu (Fonction publique), S. Le Foll (Agriculture), B. Hamon (Education nationale). Beaucoup pensent que cette situation est exceptionnelle. Voyons dans l’Histoire.

 

Au Moyen Age

On peut trouver la liste des ministres des différents gouvernements de la France sur wikipédia, mais on ne peut aller trop loin dans le temps. Les ducs de Bretagne, en tant que vassaux immédiats du roi de France, étaient de droit conseillers des rois de France, qui étaient aussi souvent leurs parents. Pierre de Dreux, dit aussi Pierre Mauclerc (1213-1237), duc de Bretagne par son mariage, fut un proche conseiller des rois Louis VIII et Louis IX car il était un prince de la maison royale de France. Il voulut tellement être régent à la place de la mère de Louis IX, Blanche de Castille, qu’il se révolta et qu’il fallut que trois armées royales envahissent la Bretagne pour qu’il se soumette « haut et bas ». Louis IX qui l’aimait lui pardonna avec une facilité déconcertante.

 

Charles de Blois (mort en 1364) fut aussi duc de Bretagne grâce à son mariage. Il devint un conseiller très respecté du roi Jean II, son cousin germain, pendant la période où il recherchait de l’argent pour payer sa rançon. Ces gendres, Charles de La Cerda et Louis d’Anjou, étaient pour le premier favori du roi et connétable de France et pour le second fils cadet du roi et héritier présomptif du trône. C’est ce dernier, et non son frère, le roi Charles V, qui imposa Bertrand du Guesclin comme connétable de France et donc comme « ministre des armées » du roi. Du Guesclin, qui était un homme de terrain, commandant une armée royale à moitié composée de Bretons,  ne s’entendit jamais avec les autres ministres du roi, ce qui ne fut pas le cas de son successeur, Olivier de Clisson. Ce dernier était un seigneur important en Bretagne, un peu plus que Du Guesclin (bien que Du Guesclin ait été deux fois ducs et comtes, en Espagne). Après avoir connu l’exécution de son père, sans procès par le roi de France, il vécut en exil en Angleterre avec le futur Jean IV (de Montfort) et revint venger son père sur le continent. Après avoir mis sur le trône Jean IV, il se sépara de lui et passa un contrat avec Du Guesclin. Il devint connétable et même le principal ministre du roi Charles VI. C’est pour venger une tentative d’assassinat qu’on croyait commanditer par Jean IV contre Clisson que le roi leva son armée pour envahir la Bretagne. Sur le chemin, le roi perdit la raison et Clisson dut s’exiler et mener en Bretagne jusqu’à sa mort une véritable guerre civile contre Jean IV et ses partisans.

 

Un autre Breton devint connétable : Arthur de Bretagne (mort en 1458), comte de Richemont, frère cadet du duc Jean V qui l’imposa à ce poste pour prix de son soutien à Charles VII (son beau-frère). C’est Richemont qui libéra Paris. C’est lui qui mit fin à la guerre de Cent ans. Il fut toujours en froid avec le roi. Il est vrai qu’il avait fait kidnappé et tué un des favoris du roi. Parmi ces favoris et ministres de ce roi, on trouve des Bretons comme Tanguy du Chastel. Ce léonard sauva la vie de Charles VII alors un adolescent, menacé par les Parisiens révoltés en 1415. Il devint Prévôt de Paris, maréchal de France, gouverneur de la Bastille.  C’est lui qui donna le coup de hache qui tua sur le pont de Montereau le duc de Bourgogne. C’est lui qui présenta à Charles Jeanne d’Arc. Son neveu et héritier fut un des principaux conseillers du roi Louis XI, comme Arthur de Montauban, honni par le duc de Bretagne pour avoir participé à l’assassinat de Gilles de Bretagne. Si Louis XI s’entoura de conseillers bretons exilés, son rival, le duc François II, fit de même avec les exilés français.

 

A l’époque moderne

A l’époque moderne, on ne trouve peu de ministres bretons, du moins à ma connaissance. Il est vrai que l’Edit de 1532, dit d’Union, permettait à l’élite bretonne d’être très occupée en Bretagne. En fait, c’est davantage elle que les agents du roi qui gouvernait la Bretagne. Ses membres n’avaient pas à aller à Paris pour exercer le pouvoir et accroître leur fortune puisqu’en Bretagne, ils disposaient des deux. Peut-on mettre Nicolas Fouquet (mort en 1680), le fameux surintendant des finances de Louis XIV, celui qui fut le constructeur du château de Vaux-le-Vicomte, celui qui fut arrêté par D’Artagnan et condamné à la prison à vie, parmi les ministres bretons ? Il appartenait à une famille de commerçants angevins, enrichis et installés à Paris. Son oncle fut président du Parlement de Bretagne (la cour de Justice). Son épouse était une riche héritière bretonne. Il devint le premier marquis de Belle-Isle. En le jetant en prison, Louis XIV choisissait Colbert et un politique plus continentale, plus fermée, plus protectionniste, et donc moins ouverte sur le grand commerce maritime comme l’aurait voulu Nicolas Fouquet.

 

Il faut attendre Louis XVI pour voir arriver des ministres bretons, et encore lorsqu’il est trop tard. Paul de Quelen, duc de Vauguyon, fut l’éphémère ministère des affaires étrangères en 1789 puisque "craignant de payer de sa tête le court et funeste honneur d'un ministère de cinq jours"[], il décida de démissionner. Il fut un des quatre ministres de Louis XVIII (de 1795 à 1797) pendant son exil. Le second est Jérôme Champion de Cicé (1735-1810), archevêque de Bordeaux et ministre de la justice en 1789. Il est l'auteur du projet de déclaration des droits en 24 articles qui a servi de base à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, rien que cela. Il paraît qu’il fut aussi sensible aux langues régionales.

 

Force est de constater que l’on ne trouve guère de Bretons dans les ministères de la Première République. Je n’ai trouvé qu’un Pierre Marec (1759-1838), brestois, qui fut membre du comité de Salut public après la mort de Robespierre, où il s’occupa de la marine et du commerce, du moins ce qu’il en restait. Il fit libérer la mère de Louis-Philippe.

 

A la Restauration

A la Restauration, les Bretons sont plus nombreux. Bien sûr en tête le fougueux vicomte de Châteaubriand (1768-1848) qui est le père du romantisme. Il est beaucoup plus connu par ses écrits que par sa fonction d’éphémère (1823-1824) ministre des affaires étrangères de Louis XVIII. Jacques (1766-1853), comte de Corbières, devint ministre de la Justice en 1821 (et pour l’anecdote, il épousa la veuve d’Isaac Le Chapelier). A la même époque, en 1823, le général Charles Cyr du Coëtlosquet (originaire de Morlaix, 1781-1837), eut le portefeuille de ministre de la guerre. Auguste Ferron (1777-1842, comte de La Ferronnays, fut aussi un ministre des affaires étrangères éphémère, juste un an en 1829. Il est le grand-père d’Albert de Mun. Enfin François-Régis de La Bourdonnaye devint ministre de l’Intérieur en 1829 juste avant la Révolution qui mit fin au règne de Charles X.

 

Après la Restauration, il est difficile de trouver un ministre breton. Il était alors très mal vu par l’élite bretonne de montrer un quelconque soutien à l’usurpateur roi des Français Louis-Philippe (1830-1848), ou à l’éphémère seconde République (1848-1852), ou encore à Napoléon III (1852-1870). Cette élite, majoritairement légitimiste (en faveur de l’héritier des Bourbon, le comte de Chambord), avait décidé de se replier dans ses fonctions et domaines bretons. On trouve un comte Tanneguy Du Chastel parmi les ministres de Napoléon III, mais il n’est pas breton. Son père se nommant Duchatel, il trouva plus noble de se rattacher aux Tanguy du Chastel. Il y a bien le richissime Auguste, marquis de Talhouët-Roy, mais il fut ministre des travaux publics, sous Napoléon III, en 1870 pendant quelques mois.

 

sous la IIIe République

Les tous débuts de la IIIRépublique sont marqués par une forte présence bretonne : le général Trochu (né à Belle-Ile-en Mer en 1815) est président du gouvernement de la Défense nationale de septembre 1870 à février 1871 ; son ministre de la guerre est le général Adolphe Le Flô (né à Lesneven en 1804 et mort près de Morlaix en 1896) ; participe aussi à ce gouvernement Alexandre Glais-Bizoin (né à Quintin en 1804 et mort à Saint-Brieuc 1896), journaliste qui engagea Emile Zola. Sous la présidence du maréchal de Mac Mahon, on trouve deux Bretons : le rennais Louis Grivart, ministre de l’agriculture de 1876 à 1877 et Albert Gicquel des Touches, ministre de la Marine.

 

Trois Bretons se sont particulièrement illustrés pendant cette République au point de pouvoir être considérés comme des stars de l’Histoire : le rennais et général Georges Boulanger (1837-1891), ministre de la guerre en 1886, connu pour avoir ébranlé la République ; le nantais Pierre Waldeck-Rousseau (1846-1904), le père de la loi 1901 sur les associations, président du conseil de 1899 à 1902 et ministre de l’intérieur, qui rétablit l’ordre républicain ; et bien sûr le nantais Artistide Briand (1862-1932), onze fois président du Conseil entre 1909 et 1930 et 26 fois ministre (surtout des affaires étrangères), prix nobel de la paix en 1926.

 

Ont été oubliés Felix Martin-Feuillée, de Rennes (1830-1879) ministre de la justice sous Jules Ferry ; Eugène Durand, de Tinténiac (1838-1917), modeste sous-secrétaire d’Etat sous Ferry, comme Armand Rousseau, léonard de Tréflez (1835-1896) qui meurt gouverneur d’Indochine ; Yves Guyot, de Dinan (1843-1928), ministre des Travaux publics en 1889, défenseur de Dreyfus, et plus original défenseur des prostituées ; Auguste Lefèvre, de Brest (1828-1894), ministre de la Marine en 1894 ; Paul Guieysse, de Lorient, (1841-1914) en charge des Colonies pendant un an en 1895 ; le malouin Charles Guernier (1870-1943), petit secrétaire d’Etat en 1914, puis ministre des Postes puis des Travaux publics en 1932, poste qu’occupa Yves Le Trocquer, de Pontrieux (1877-1938) en 1920 et cela pendant plus de quatre ans, ce qui est très rare en cette période d'instabilité ministérielle ; Louis Deschamps, de Lamballe (1878-1925), s’occupa de la démobilisation de 1918-1919 sous Clémenceau ; la Marine fut l’apanage, entre 1921 et 1931, d’Alphone Rio, de Carnac (1873-1949) ; le Brestois Albert Peyronnet (1862-1958) eut le portefeuille du Travail sous Poincaré de 1922 à 1924 ; le père du cardinal Danielou et maire de Locronan fut plusieurs fois ministre de 1930 à 1933, tout comme de 1931 à 1939 le comte de Chappelaine (des Côtes-du-Nord) qui s’occupa beaucoup des Colonies et de la Marine ; Victor le Gorgeu, de Quimper (1881-1963) fut sous-secrétaire d’Etat à l’Education en 1933-1934, et lui succéda le maire de Guingamp André Lorgeré. En 1936 le finistérien de Sizun, Pierre Mazé, s’occupa des Travaux publics. Le ministre de la Marine dans le premier gouvernement Blum du Front populaire fut Alphonse Gasnier-Duparc (1879-1945), maire de Saint-Malo. Le nazarien François Blancho (1893-1972) devint sous-secrétaire d’Etat de 1937 au 10 mai 1940.

 

Comme ministre du maréchal Pétain, je n’ai trouvé que le lorientais Robert Gibrat (1904-1980), secrétaire d’Etat aux communications en 1942.

 

Sous la IVe République

A la Libération, le nombre de Bretons ministre explose. En tête bien sûr, René Pleven, né à Rennes en 1901, membre du gouvernement de Gaulle en exil (le comité français de la Libération nationale puis le Gouvernement provisoire de la République française), devint président du conseil entre 1950 et 1952 et plusieurs fois ministre sous la IVe République (surtout de la Défense nationale) et même sous la Ve (la Justice). Il fut un des éléments moteurs du CELIB. Dans son gouvernement, plusieurs bretons : le rennais et gaulliste de la première heure, Pierre-Olivier Lapie (1901-1994) qui fut ministre de l’Education Nationale ; lui succéda le député-maire de Nantes, André Morice (1900-1990), avant d’être ministre de la Marine marchande, puis des Transports (1952-1953), puis du Commerce (1955-1955) et enfin de la Défense ; André Guillant, né à Quimper (1902-1972) s’occupa de l’Industrie en tant que secrétaire d’Etat. Pleven est suivi de peu dans la célébrité par François-Tanguy Prigent, finistérien de Saint-Jean-du-Doigt (1909-1970), ministre de l’Agriculture de 1944 à 1947. Il fut à l’origine d’importantes réformes dans l’agriculture et devint le vice-président du CELIB.  Pierre-Henri Teitgen, de Rennes, devint ministre de l’information en 1944, puis de la justice de 1945 à 1946 avec mission de juger les collaborateurs. Par la suite, il eut le portefeuille des Forces armées. Charles Tillon est un des plus célèbres ministres communistes de l’après-guerre. Né à Rennes en 1897, il obtint à la Libération le portefeuille de l’Air, de l’armement et de la reconstruction. André Colin, né à Brest et mort à Carantec (1910-1978), lui aussi résistant, s’occupa de l’Intérieur de 1950-1953. Il est le père de la ministre Anne-Marie Idrac. Dans la liste des ministres bretons de la IVe République, on trouve encore Jean Le Coutaller (1905-1960), député-maire de Lorient, sous-secrétaire d’Etat aux anciens combattants du gouvernement de Guy Mollet (1956-1957).

 

Sous la IVe République

En 1958, De Gaulle prit pour ministre quelques bretons. Il semble les apprécier. Il est vrai qu’il connaissait très bien la Bretagne. Emile Pelletier né à Saint-Brieuc en 1898 et mort en 1975 devint ministre de l’Intérieur, puis ministre des relations avec Monaco jusqu’en 1962. Bernard Cornut-Gentille, né à Brest (1909-1992) obtint l’Outre-mer avant d’avoir les Postes de 1959 à 1960. François Missoffle (1919-2003), député de Paris en 1958 était le fils d’un brestois. Il obtint le poste de secrétaire d’Etat chargé du Commerce intérieur qu’il conservera jusqu’en 1962, puis des Rapatriés jusqu’en 1964, avant d’être ministre de la Jeunesse et des Sports. Il est le père de la ministre Françoise de Panafieu.

 

Sous la VRépublique, on trouve autant de ministres bretons à Gauche qu’à Droite, ou presque, même si la Droite fut au pouvoir plus longtemps que la Gauche depuis 1958. Yvon Bourges (1921-2009), député de Rennes, après avoir été secrétaire d’Etat de 1965 à 1972 devint sous le gouvernement Messmer ministre du Commerce et de l’Artisanat (1972-1973) puis de la Défense de 1975 à 1980. Yves Guéna, né à Brest (1922) fut ministre des Postes pendant les évènements de mai 1968, avant de s’installer à Périgueux comme député-maire et de redevenir ministre des Transports sous Messmer (1973-1974), puis de l’Industrie et du Commerce. Le centriste Pierre Méhaignerie (né à Balazé en 1939), député-maire de Vitré, s’occupa de l’Agriculture de 1976 à 1981, puis de l’Equipement (1986-1988) et enfin de la Justice (1993-1995). Marc Becam, né à Saint-Martin-des-Champs (1931), député-maire de Quimper, fut secrétaire d’Etat aux Collectivités locales (1977-1980). Son voisin de Pouldreuzic, Ambroise Guellec, né en 1941, obtint d’être secrétaire d’Etat à la mer sous le gouvernement Chirac (1986-1988). Brice Lalonde, né en 1946, d’une famille américaine installée à Saint-Briac (35), commune dont il fut le maire,  fut ministre de l’Environnement de 1988 à 1992. L’actuel député-maire de Paris (XVIarr.), Claude Goasguen, breton de Dirinon, né  Toulon en 1945, occupa le poste de ministre de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Citoyenneté dans le premier gouvernement Juppé en 1995. Françoise de Panafieu obtint le Tourisme à la même époque. Alain Juppé nomma Anne-Marie Colin, épouse Idrac, née à Saint-Brieuc en 1951, secrétaire d’Etat aux Transports puis elle s’occupa sous Fillon II du Commerce extérieur (2008-2010). Gilles de Robien, né dans la Somme en 1941, député-maire d’Amiens, ministre des Transports dans les gouvernements Raffarin (2002-2005), puis de l’Education nationale dans celui de Dominique de Villepin (2005-2007), appartient à la grande noblesse bretonne. La mère de la très médiatique Roselyne Bachelot, née à Nevers en 1946, ministre de l’Ecologie et du Développement durable (2002-2004) puis de la Santé (2007-2010) et enfin des Solidarités en 2010, est originaire de Gourin. L’actuel maire de Vannes, François Goulard, natif de cette ville, obtint le portefeuille de ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (2005-2007) après avoir été en charge de 2004 à 2005 des Transports et de la Mer.

 

Dès la victoire de la Gauche en 1981, des Bretons et des Bretonnes occupèrent des postes ministériels. Nicole Questiaux, née à Nantes en 1930, fut ministre de la Solidarité nationale jusqu’en 1982. Le ministre de la Défense jusqu’1985, Charles Hernu (1923-1990) député de Villeurbanne, est né à Quimper. Edmond Hervé, député-maire de Rennes, s’occupa de la Santé de 1981 à 1986. Le Finistérien Louis Le Pensec devint le premier ministre de la mer de 1981 à 1983 puis en 1988, avant de s’occuper de l’Outre-mer de 1988 à 1993 et enfin de l’Agriculture et de la Pêche dans le gouvernement Jospin (1997-1998). Dès le retour de la Gauche au pouvoir, Claude Evin, né au Cellier (44) en 1949, fut ministre de la Santé (1988-1991). Charles Josselin, né à Pleslin-Trigavou (22) en 1938, se retrouva en charge des Transports de 1985 à 1986, puis de la Mer de 1992 à 1993 et enfin de la Coopération et de la Francophonie (1997-2002). Jean Glavany, fils d’un Nantais, né à Sceaux en 1949, devint dans le gouvernement Jospin ministre de l’Agriculture et de la Pêche (1998-2002). Yves Cochet, ancien ministre vert de l’Environnement sous le gouvernement Jospin (2001-2002), est né à Rennes en 1949. Guy Hascoët, né au Mans en 1960, secrétaire d’Etat à l’Economie sous le même gouvernement devint conseiller régional de Bretagne (2010-2015) après avoir été député du Nord. Jacques Floch, né en 1938, député-maire de Rezé, s’occupa toujours sous le même gouvernement des Anciens combattants.

 

Force est de constater que les Bretons furent nombreux à occuper des postes ministériels et souvent d’envergure. On trouve parmi eux un Président de la République et plusieurs Président du Conseil ou premier ministre. Il est clair qu’on les apprécia aux postes liés à la mer et à l’extérieur : aux colonies à l’Outre-mer, au Commerce extérieur, à la Mer, à la Marine marchande, à la Marine de guerre. Plusieurs d’entre eux s’occupèrent ainsi de la Défense. L’Agriculture semble aussi un peu leur domaine réservé, comme la Fonction publique et l’Education nationae. Il est vrai que les Bretons et les Bretonnes sont très doués pour réussir les concours de la fonction publique et devenir enseignant

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La Bretagne peut-elle profiter de sa richesse ?


La « Côte de Bretagne » Spinelle rouge, 107,88 carats métriques Collection de Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, puis de sa fille Anne de Bretagne, reine de France (1492 - 1514).Taillé en forme de dragon par Jacques Guay en 1750 et serti dans une décoration de la Toison d'or en diamants et pierres de couleur pour Louis XV.

Ancienne collection des Diamants de la Couronne
Attribué au musée du Louvre en 1887
Département des Objets d'art

 

Et oui, la Bretagne est riche. Le territoire (bien sûr les cinq départements bretons) représente une richesse créée (le fameux PIB) d’un peu plus de 110 milliards d’euros – nous n’allons pas chipoter pour quelques milliards -, soit un peu plus que la Slovaquie. Elle est riche et l’a toujours été. Le problème est de savoir si elle a su ou pu en profiter.

 

Une situation géographique idéale

La Bretagne est riche de par sa situation géographique. Elle ne se situe pas à la périphérie de l’industrieuse Europe mais à son entrée. Ces ports, sur ces trois façades maritimes, ont toujours été considérés comme vitaux par les navigateurs-marchands : on pense bien sûr à Nantes, Saint-Nazaire, Lorient, Douarnenez, Brest, Roscoff, Saint-Malo. Mais on serait surpris en le regardant aujourd’hui d’apprendre que le petit port d’Argenton, dans les Abers, était un port très dynamique au Moyen Age, un havre connu de tous ces navigateurs qui voulaient descendre du Nord de l’Europe vers le Sud. Le passage du Fromveur, entre les îles (Molène, Ouessant) et le Conquet a constitué des sources de revenus quasi inépuisables pour les vicomtes de Léon – qui ont obligé par trois fois le plus puissant souverain d’Europe, Henri II d’Angleterre (mort en 1189), à venir les soumettre – et pour les ducs de Bretagne qui avaient racheté morceaux après morceaux à partir de 1240 les possessions de ces vicomtes. En 1294, les navigateurs marchands pro-anglais (Bayonnais et anglais) et pro-français (normands) engagèrent une bataille navale à cet endroit pour savoir qui avaient le droit de passer le premier ;  cette bataille fut le prélude de la guerre de Cent ans.

 

Une richesse remontant à plus haute antiquité

Avant 1400, il est difficile faute de chiffres d’avoir une idée précise de la richesse de la Bretagne. Les historiens bretons et d’ailleurs se risquent guère à étudier l’histoire économique de la Bretagne avant le XVe siècle. On a des indices bien sûr, beaucoup d’indices. On sait que les mines d’étain de l’Armorique, si précieuse pour la fabrication du bronze, étaient aussi importantes que celles Outre-Manche. Les Phéniciens bloquaient vers le IVe siècle av. J.C. les colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar) empêchant tout autre navire que les leurs de remonter par le Golfe de Gascogne pour atteindre ces fameuses mines. Les Vénètes, ce peuple qui a donné son nom à Vannes, habitant le Sud de l’Armorique, subit une défaite navale en 56 avant JC face à la flotte romaine envoyée par César. Cette défaite n’est pas anodine. Il fallait pour Rome vaincre ces Vénètes, dominés selon César par des marchands navigateurs, pour contrôler les routes et les accès maritimes en Gaule et aussi en Bretagne insulaire. L’échec vénète fut une des causes essentielles de la défaire gauloise. Les archéologues ont trouvé des traces de la richesse bretonne, en 2007 le trésor de Laniscat (56) composé de 545 pièces d’électrum (alliage d’or, d’argent et de cuivre) frappés par les Osismes, peuple de l’Ouest de l’Armorique. Ils ont découvert aussi d’énormes trésors datant de la fin IIe-IIIe siècles : 16 368 monnaies pour le Trésor de la préfecture à Rennes, 22 000 pour celui d’une villa de Plouhinec chez les Vénètes.

 

Les indices du Moyen Age

Et pour le Moyen Age ? Les testaments des grands seigneurs et des ducs révèlent des fortunes considérables. Le testament de Jean II (mort en 1306) fait un mètre carré. Je me suis amusé à convertir ses legs en or, et cet or en euro d’aujourd’hui… et le résultat n’est que de 200 millions d’euros. Bof ! Pour un des princes les plus riches de l’Occident chrétien, c’est franchement pas terrible ! L’argent n’est donc pas le critère à suivre car sa valeur varie tellement. Au temps de la duchesse Constance (morte en 1201), 100 livres correspondaient à une énorme somme. Sous Jean II, le duché de Bretagne fournissait à son duc environ 30 à 40 000 livres. A la fin du XVe, c’était dix fois plus. En fait, pour moi, le principal critère est la pierre. Lorsqu’Anne se maria avec le roi de France Charles VIII (en 1491), la Bretagne comptait plus de 300 châteaux de pierre, dont le château de Fougères, aujourd’hui considérée comme le plus grand château fort d’Europe. Françoise de Dinan, gouvernante de la duchesse, en avait 40. Son cousin, Jean de Rieux, tuteur de la duchesse, en avait autant, tout comme le vicomte de Rohan. Ce dernier était si riche et si puissant – on dit qu’il avait le tiers de la Bretagne – que des princes de la maison royale de France cherchaient à s’allier avec lui. C’est ainsi que le roi François Ier est un ¼ breton puisque sa grand-mère est Marguerite de Rohan. A l’époque d’Anne (1477-1514), et cela depuis bien un siècle, la Bretagne  commençait à se couvrir de manoirs – aujourd’hui on en compte entre 10 et 15 000 -, d’églises, de chapelles. Toutes les cathédrales bretonnes (Saint-Pol-de-Léon, Quimper, Vannes, Nantes, Rennes, Dol, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier) avaient été construites, comme certaines basiliques (Le Folgoët par exemple).

 

Un territoire parmi les plus riches d’Europe

On commence donc à avoir des chiffres à partir de la fin du XVe siècle. La Bretagne est alors parmi les principales puissances maritimes de l’époque. Pierre Landais (mort en 1485), principal conseiller du duc François II, semble avoir voulu en faire une Thalassocratie, à l’égal du Portugal (qui était en train de conquérir les côtes africaines sous la conduite de l’amiral du Portugal, le breton Jean Coatalem), la Castille (qui en 1492 fera la découverte de l’Amérique), la Hanse dont le pouvoir domine toute la Baltique, la Bourgogne-Flandre et bien sûr l’Angleterre. Ce n’est pas pour rien que François II se remaria avec Marguerite de Foix-Navarre, cousine germaine des rois d’Aragon, de Castille, de Portugal, de Naples. Ce n’est pas pour rien qu’Anne de Bretagne fut fiancée au prince héritier d’Angleterre. La Bretagne était alors un territoire qui comptait. Le duc Jean V (mort en 1448), totalement paranoïaque – il est vrai qu’après avoir été kidnappé, dans sa prison il était menacé de mort par ses geôliers tous les jours – avait protégé, après sa libération en 1421,  son duché de la guerre de Cent ans qui prenait fin, au prix de bien des comprissions. Alors que la France était ravagée par la guerre, la Bretagne prospérait.

Cette richesse permit à la duchesse Anne de mener grand train lorsqu’elle devint reine. C’est avec elle que débuta les collections royales de pierres précieuses, qui devinrent après le règne de Napoléon Bonaparte les plus importantes du monde (il est vrai que celles des princes indiens n’étaient pas mal…). Lorsque François Ier devint usufruitier du duché, il voulut plus d’argent de la Bretagne… et ses cousins, les grands seigneurs bretons, le lui en donnèrent beaucoup… mais François en voulait davantage, sa cour, ses guerres, ses tournois, ses rançons, ses habits, ses bijoux, ses maîtresses coûtaient chers. Et un moment, les Bretons lui dirent non, qu’il devait se contenter du fouage (impôt sur le revenu) habituel et surtout des revenus du Domaine ducal (un ensemble de droits, terres, places-fortes parmi les plus considérables de son royaume). François Ier se fâcha et expédia ses agents en Bretagne pour « mieux administrer la Bretagne », et sa brave épouse, Claude, duchesse de Bretagne à titre personnel, lui céda tous ses biens… et ceux de sa sœur, Renée – il est vrai que l’amour est aveugle.

 

Et là l’époque moderne, ce fut l’âge d’or

Les guerres de religion provoquèrent bien des ravages au XVIe siècle en Bretagne. Mais la Bretagne prospérait : les ports étaient ouverts et les flottes bretonnes partaient à la conquête de l’Océan Atlantique. Jacques Cartier, malouin, découvrit le Canada. On commençait à bien pêcher du côté de Terre Neuve. La mer, les rivières, l’agriculture, l’industrie formaient alors un tout. La Bretagne était une grande région agricole, une grande région textile –peut-être une des premières d’Europe -, une grande région charbonnière (avec ses hauts fourneaux). On était très actifs sur les rivières bretonnes. Dans la région de Carhaix, on débarquait les marchandises venant des ports de la Bretagne du Nord pour les embarquer sur d’autres bateaux en direction des ports du Sud. Brest et Lorient furent construits. Richelieu investit personnellement en Bretagne. Fouquet, issu d’une grande famille parlementaire bretonne, devint ministre des finances de Louis XIV. Sa stratégie pour la France était tout en se reposant sur les structures économiques de la Bretagne de développer le commerce vers l’Atlantique, vers l’Ouest. Il fut arrêté par son goût du luxe, par la jalousie de Colbert dont la politique était plus continentale, par l’ambition de Louis XIV, qui lui ne voulait qu’une chose, de l’argent pour ses guerres, sa cour et ses très nombreuses maîtresses.

Louis XIV et Colbert firent emprisonner Fouquet et décidèrent que la Bretagne était riche et qu’elle pouvait payer plus. Et franchement ce n’était pas faux. Dans la région du Haut-Léon (Saint-Thégonnec, Guimiliau), la moindre paroisse faisait alors édifier des églises magnifiques (voir le circuit des enclos). Il est vrai que les Léonards pouvaient se le permettre. Leur production textile était une des plus considérables d’Europe. Louis XIV et Colbert firent augmenter les taxes malgré les droits et privilèges de la Bretagne, et ce fut la révolte des Bonnets rouges (1675) dont on ne connaîtra jamais réellement le déroulement exact et même les conséquences puisque les archives furent détruites sur ordre du souverain. Louis XIV en profita pour réprimer… assez sauvagement afin de montrer sa puissance. On dit qu’il mit fin ainsi à l’âge d’or de la Bretagne. J’ai du mal à y croire car peu après sa mort (1715), la Bretagne restait encore et toujours riche. Elle bénéficia largement du commerce triangulaire : Nantes et Saint-Malo était des ports négriers et Lorient était le siège de la richissime compagnie des Indes. J’ai découvert qu’un habitant de mon village dans ce XVIIIe siècle laissa à sa mort une fortune de plus d’un million de livre. Le comte de Toulouse (mort en 1737), amiral de Bretagne, fils légitimé de Louis XIV, disposait de la 6e fortune de France, avec 14 millions de livres. Là où je réside, des centaines de maison furent construire en pierre, avec escalier en pierre dans des tours. Et la Bretagne possède de milliers de belles maisons en pierre datant de cette époque.

 

Le renouveau de la fin du XIXe siècle

Et la Révolution ? Bien sûr, le blocus continental ruina le Grand commerce ; les ports et l’économie bretons souffrirent énormément Bien sûr, après 1815, il est vrai qu’il ne restât à la Bretagne que son agriculture et encore en triste état. Tout cela est vrai. Toutefois, il faudrait faire une grande étude pour connaître qui furent les bénéficiaires de la vente des Biens nationaux, ces biens confisqués à partir de 1790. Il faut mentionner aussi que s’ils ont été spoliés par la Révolution, les nobles bretons ont retrouvé vers 1830 beaucoup de leurs biens et ont reçu de fortes indemnités, ce qui leur permet de vivre confortablement dans des hôtels particuliers urbains à Rennes, à Nantes, à Paris, mais aussi dans des châteaux modernes. Au XIXe siècle, rien que dans l’Ille-et-Vilaine, le Finistère, le Morbihan et les Côtes d’Armor, 130 châteaux sont agrandis, 180 reconstruits et 260 tout simplement édifiés.

A partir de 1880, on sait soulever les piles de draps pour trouver les rouleaux de Louis d’or, surtout chez les Juloded, cette aristocratie paysanne léonarde, afin de se moderniser, d’acheter des animaux. Les communaux ont disparu. Les landes ont été réduites de moitié (ne reste que 250 000 hectares) laissant place aux prairies et aux céréales, surtout le blé et de moins en moins le sarrasin. L’élevage breton en 1914 est impressionnant : 10 % du porc élevé en France, 14 % des bovins, 12 % des chevaux, et la qualité est au rendez-vous, si bien que les Bretons exportent. De Saint-Malo à Cancale, de Paimpol à Lézardrieux  et de Roscoff à Saint-Pol-de-Léon, ce ne sont que beaux jardins de choux, d’artichauts et d’oignons, produites acheminés vers les villes et vers Paris et même vers l’Angleterre. Dans l’industrie, en 1880, la Bretagne a quasi le monopole de la conserve de sardines, de thons et de légumes. Les entreprises des familles Chancerelle (aujourd’hui Connétable), Cassegrain (fondée en 1861), Saupiquet (1877), Henaff, fournissent du travail aux soudeurs-boîtiers, mais surtout à des milliers de femmes et de jeunes filles. La Bretagne devient le royaume de la construction navale, de la chaussure, du biscuit avec LU (Lefebvre Utile) et BN (Biscuiterie nantaise).

 

L’union fait la force

Cependant, si l’industrie n’est guère aidée par l’Etat, qui préfère les usines de l’Est utilisant le charbon lorrain, si la construction navale connaît de multiples crises, que les hauts fourneaux bretons ferment les uns après les autres, l’agriculture bretonne se modernise et s’organise. Des aristocrates, des abbés, des paysans fondent et développent de vastes structures mutualistes dont sortiront nos banques, nos coopératives et nos mutuelles. Malgré la crise des années 1930, malgré la Seconde guerre mondiale, elles sauront accompagner la modernisation nécessaire à la reconstruction de la Bretagne que la guerre a ravagée, pour éviter la famine. Les Bretons des milieux économiques, culturels et politiques sauront se réunir dans le CELIB pour pousser à de grands travaux d’équipement, d’électrification, de communication, et permettre une nouvelle industrialisation de la Bretagne. La Bretagne retrouve alors sa richesse d’autant plus que les Bretons sont économes et savent investir. Cependant, il y a les facteurs extérieurs, la mondialisation, les stratégies d’un Etat centralisateur.

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La Manche, le lien historique entre la Bretagne et les Îles britanniques.

 

 J’ai appris récemment que le sujet d’un cours d’histoire dans une fac bretonne était la principauté de Bretagne dans le royaume de France, thème passionnant bien sûr. Mais j’aimerais bien aussi que l’on traite plus souvent des liens historiques plus qu’étroits entre la Bretagne et les îles Britanniques. Il suffit de regarder et tourner la carte de l’Europe pour comprendre qu’il ne pouvait en être autrement : la Bretagne est la porte sud du plus riche canal mondial, la Manche ou en anglais The Channel, nom qui vient de l’ancien français Chanel signifiant justement Canal.

 

Un canal très fréquenté à toutes les époques

Et il faut considérer la Manche ainsi, comme un canal et non une frontière, que l’on empruntait quotidiennement et depuis les temps les plus reculés. On naviguait sur des barques, ces navires aux caractéristiques très variés, désignés sous le nom de navis, terme très élastique, ou plus spécifiquement les barges, les rescaffes, les vessels, les crayers, les pinasses. L’origine de ces barques est très ancienne, sans doute protohistorique et leurs succès ne se démentirent pas car elles étaient parfaitement adaptées à toutes les activités maritimes, pêche, commerce, y compris le piratage. Vers le XIIe siècle, des navires à haut bord, désignés le plus souvent par le terme de nef, armés, apparurent, puis se furent les caravelles au XVIe, puis les grands vaisseaux à voile au XVIIIe et enfin les navires à vapeur au siècle suivant.  

On dirait que les Anglais en sont plus conscients que les Bretons. Ils n’hésitent pas dans la récente série TV historique Wolf Hall (sur Arte actuellement) racontant la vie de Thomas Cromwell, à faire parler le roi Henri VIII au sujet d’une histoire de marchand-navigateur breton qui attendait d’être rembourser pour un chargement perdu. Les cousinages entre les deux berges sont très anciens : la monumentalité des constructions de l’époque protohistorique, la parenté des langues, une richesse similaire reposant sur l’extraction minière, étain, plomb, argent, la puissance du commerce.

 

De César aux Vikings

Pour intervenir en Grande-Bretagne, César se devait de soumettre les navigateurs vénètes. Pour protéger ce passage vital dans les temps troublés de l’Empire (au IVe siècle), Rome installa sur les berges un réseau défensif, le Tractus armoricanus et Nervianus, déplaçant des populations pour le peupler.

Les documents hagiographiques (sur les saints) permettent de penser que la Manche constitua une véritable mer bretonne ou britonnique du VIIe au IXe siècle. Petite et Grande Bretagne possédaient les mêmes saints, les mêmes routes d’échanges, les mêmes structures politiques où dominaient les roitelets. Les saints passaient de l’un à l’autre comme si la Manche avait été une grande autoroute. Pour l’historien Jean-Christophe Cassard, l’arrivée des Vikings au IXe siècle brisa ce lien. Il est clair que les abbayes furent particulièrement touchés et que les Vikings s’emparèrent des lucratives voies maritimes. Pour cet auteur, les Bretons se tournèrent vers la terre. Ils se seraient « empaysannés ». Les chartes médiévales de l’époque carolingienne ne parlent en effet que de la terre, des redevances paysannes, d’autant plus que l’influence française devint de plus en plus forte, et l’on sait que les souverains français furent toujours des princes dont la fortune, même personnelle, était foncière. Pire les Bretons auraient maintenant craint la mer. A la page 134 de son ouvrage la « Bretagne et la mer », cet historien de la Bretagne écrivit : « De guerre lasse à force de lire et de relire des archives désespérément muettes sur les choses de la mer au XIe-XIIe siècle, encore forts laconiques au siècle suivant, une conclusion s’impose : les Bretons n’ont pas choisi de reprendre possession de ces flots qui jadis dans un contexte tout différent avaient porté leurs pères ». Cependant, force est de constater qu’au contraire, les recherches récentes effectués dans les archives des deux côtés de la Manche ont prouvé que cette mer demeura un lien très important pour la Bretagne et les Bretons.

 

Au temps des rois normands d’Angleterre

La Manche resta toujours très fréquentée. Les hommes d’armes bretons utilisaient des navires pour traverser la Manche car leurs intérêts en Angleterre restèrent durables du XIe au XVe siècle, et même après. Raoul de Gaël, au début du XIe siècle, tout en conservant ses fiefs bretons, mit son épée au service du roi Edouard le Confesseur et obtint le grand comté d’East-Anglia (Norfolk et Suffolk actuels). L’armée de Guillaume le Conquérant à la bataille d’Hastings (1066) était composée de nombreux Bretons commandés par ses cousins, fils du comte Eudes de Bretagne. Vainqueur, le nouveau roi d’Angleterre les récompensa en leur donnant des centaines de manoirs (soit des fiefs) aux frontières de l’Ecosse et du Pays-de-Galles, en Cornouaille et en Devon. Jamais ils n’abandonnèrent leurs possessions bretonnes. Le fils de Guillaume, Henri Beauclerc recruta de nombreux bretons qui le hissèrent sur le trône anglais. C’est ainsi que les Dinan obtinrent de nombreux manoirs de l’autre côté de la Manche, c’est ainsi que les sénéchaux de Dol devinrent les Stewart puis Stuart britanniques (futurs rois d’Ecosse, d’Angleterre et d’Irlande). En Angleterre et sur les Marches galloises, les Bretons et leurs descendants édifièrent de superbes châteaux (Arundel, Belvoir, Oswestry, Montmouth) alors qu’en Bretagne ils en étaient empêchés par leurs ducs qui gardèrent le monopole des fortifications en pierre.

 

Au temps des Plantagenêt (XIIe siècle)

Ces ducs très tôt utilisèrent ces liens entre les deux berges de la Manche. Le premier duc de Bretagne, Alain Barbetorte (mort en 936), le devint grâce à l’appui de son parrain, le roi d’Angleterre, Athelsthan. Le duc Conan IV (mort en 1169) se rendait souvent en Angleterre. Normal, il avait hérité du comté de Richmond de son père, descendant d’un des fils d’Eudes. On sait que certains de ces hommes étaient des Anglais qui s’installèrent en Bretagne. On dit que les De Robien en sont issus comme les Tournemine (château de La Hunaudaye). Geoffroy II (mort en 1186), fils d’Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, et d’Aliénor d’Aquitaine, et époux de Constance, fille et héritière de Conan IV, pensa s’appuyer sur les Bretons des deux côtés de la Manche pour s’imposer comme le seul héritier de son père. Il mourut trop jeune en 1186. Ce n’est pas pour rien qu’il nomma son fils Arthur, se référant au roi breton mythique dont les histoires étaient devenues célèbres en un temps prodigieux pour l’époque. Duc de Bretagne, roi d’Angleterre et seigneur d’Irlande, le jeune Arthur Plantagenêt représentait l’unité des deux berges. Mais il fut assassiné par son oncle paternel, Jean sans Terre, qui le prit de vitesse. Ce que l’on ne sait guère, c’est que ce dernier souverain perdit tout à cause des Bretons. Sur le continent, ils s’allièrent au roi de France Philppe Auguste pour venger leur duc. Si le roi de France prit l’Est de la Normandie anglaise, les Bretons s’emparaient de l’Ouest (en 1205). La révolte contre Jean sans Terre en Angleterre partit du Nord, là où des Bretons s’étaient installés depuis la Conquête normande. Ces Northerners obligèrent Jean sans Terre à signer la Grande Charte (Magna Carta) en 1215, le document qui met en place dans le monde occidental la Démocratie. Cet acte fut ratifié par 25 nobles de haut rang, dont deux bretons (Lanvallay et Aubigné), sans compter ceux qui descendaient de bretonnes. Cette victoire fut acquise grâce à l’intervention en Angleterre du prince Louis de France (fils du roi) et de son meilleur ami, Pierre de Dreux, duc de Bretagne.

 

Au temps des ducs de la maison de Dreux (XIIIe siècle)

Ce dernier, pourtant prince de France, s’allia au roi d’Angleterre lorsque Blanche de Castille lui refusa de jouer un rôle dans la Régence du royaume de France. Il trouva refuge auprès d’Henri III d’Angleterre lors de la guerre de 1230-1234 qui ravagea la Bretagne. Son fils, le duc Jean Ier maria son fils, le futur Jean II, à Béatrix, fille du roi d’Angleterre et récupéra le comté de Richmond. Jean II eut pour meilleur ami son beau-frère, le roi Edouard Ier d’Angleterre. Il lui confia même l’éducation de son fils cadet Jean de Bretagne qui à la mort de son père devint comte de Richmond, et donc un des trois hommes les plus riches d’Angleterre. Jean de Richmond devint le lieutenant du roi (vice-roi) en Aquitaine et surtout en Ecosse lors de la guerre d’Indépendance de l’Ecosse. Il pourchassa William Wallace et fut fait prisonnier par Robert Bruce, le roi d’Ecosse. Il fut aussi le meilleur ami du roi Edouard II d’Angleterre et le parrain d’Edouard III. On a la preuve qu’il était entouré par de nombreux bretons qui s’installèrent en Angleterre.

 

Les ducs Montfort (1341-1514)

Edouard III qui prétendait au trône de France profita en 1341 de la querelle de succession entre la duchesse Jeanne de Penthièvre et son oncle Jean de Montfort pour intervenir en Bretagne. Le duché, ou du moins une grande partie des côtes, se trouvèrent alors sous son contrôle lorsque Jean de Montfort mourut en 1345 ne laissant qu’un fils alors réfugié en Angleterre. Edouard III se proclama régent de Bretagne. Le but d’Edouard III fut de contrôler les deux berges de la Manche, surtout lorsque son protégé (qui allait devenir le duc Jean IV) remporta la victoire d’Auray (1364), victoire gagnée en fait surtout par les Anglais. Même si Jean IV fut chassé par les nobles bretons à cause de sa politique pro-anglaise en 1373, le roi d’Angleterre conserva assez longtemps des places-fortes essentielles sur les côtes bretonnes dont Brest. Même lorsque Jean IV fut restauré sur son trône, ce duc eut beaucoup de mal à récupérer ces châteaux  dont les travaux de fortifications avaient coûté une fortune au Trésor anglais (par exemple Brest, qui devint un des plus gros châteaux fort d’Europe).

Au XVe siècle, les ducs de Bretagne, profitant de la seconde partie de la guerre de Cent ans qui ensanglanta le continent, formèrent une principauté tournée vers la mer, en lien étroit avec les îles britanniques. Veuve de Jean IV, Jeanne de Navarre, abandonna ses enfants pour épouser le roi Henri IV d’Angleterre. Pendant un temps, son second fils, Arthur (le future connétable et duc de Bretagne), fut au service d’Henri V d’Angleterre. Son neveu, tout jeune fils de François Ier de Bretagne, Gilles, passa beaucoup de temps en Angleterre où il devint le meilleur ami du roi Henri VI (roi d’Angleterre et de France et duc de Normandie). La Bretagne devait alors participer à l’hégémonie anglaise qui contrôlait en cette première moitié du XVe siècle les deux berges de la Manche.

Cependant, la guerre des Deux roses qui ensanglanta l’Angleterre et le Pays-de-Galles affaiblit considérablement les rois d’Angleterre. Les ducs de Bretagne favorisèrent de temps à autre leurs parents les rois capétiens de France. Il est vrai que leurs épouses, Jeanne de Navarre, Jeanne de France (pour Jean V), étaient des princesses de France. Il est clair que les ducs voulurent en profiter pour s’imposer comme les maîtres des berges. Au début du règne de Jean V (1399), Jean de Rieux partit au Pays de Galles pour combattre aux côtés d’Owain Glyndŵr qui s’était proclamé, en 1400, prince de Galles. Jean de Rieux quitta Brest avec une flotte ayant embarqué 2 800 hommes d’armes ainsi qu’un important matériel de siège. Il débarqua au Sud-ouest du Pays de Galles, à Milford Haven, mit le siège devant plusieurs place-fortes, puis envahit l’Angleterre. Le contingent breton, après avoir vu les forces d’Henri IV, rentra en Bretagne char*gé d’un important butin, ayant rempli sa tâche, c’est-à-dire permettre à Owain, allié du duc, d’assoir toute son autorité sur l’ensemble du Pays de Galles. Preuve que la mer était devenue une priorité, le poste d’amiral de Bretagne devint de plus en plus considérable, réservé aux intimes du duc.

Le duc François II et surtout son principal conseiller Pierre Landais (mort en 1485) menèrent de véritables opérations pour contrôler la Manche, et des deux côtés. Ils s’appuyèrent non seulement sur la diplomatie signant des traités de non-agression avec l’Angleterre, mais aussi et surtout sur des marins bretons, marchand, navigateurs, un peu beaucoup pirates, particulièrement actifs, comme ce Jean Coatelem. En 1484, les marchands de Bristol, exaspérés par ce dernier, armèrent une flotte très importante pour l’attaquer dans la baie de Morlaix. Coatanlem les vainquit. Le duc François II le récompensa en le faisant chevalier, mais comme le vainqueur ne détenait pas de lettres de course bretonnes, le duc ne pouvait que le condamner pour éviter ainsi de perdre ses bonnes relations avec le roi d’Angleterre, d’autant plus qu’alors les Tudor, Henry et Jasper, s’étaient enfuis de Bretagne et aidés de quelques Bretons et de leurs partisans allèrent envahir l’Angleterre, mettant en danger le trône de Richard III d’Angleterre. Jean Coatanlem se retrouva personna non grata  en Bretagne et se mit au service du roi de Portugal qui le fit amiral de Portugal. Jean Coatelem fut très certainement à l’origine des grands voyages qui permirent aux Européens de découvrir le monde au XVIe siècle.

Comme le gallois Henri Tudor était devenu roi d’Angleterre et d’Irlande, il ne put qu’envoyer des troupes combattre aux côtés de celles de François II à la bataille de Saint-Aubin du Cormier (1488). A la cour bretonne, on avait pensé marier la très jeune Anne de Bretagne à Edouard d’Angleterre, fils d’Edouard IV d’Angleterre, afin d’unir la Bretagne à l’Angleterre et maintenir ses liens si lucratifs. Mais Edouard fut emprisonné et assassiné (1483). Et Pierre Landais fut abandonné par François II et exécuté en 1485.

 

Et les berges s’éloignèrent

Comme tous le savent, Anne dut épouser successivement deux rois de France et accepter que sa fille, Claude, soit  mariée à François Ier pour que la Bretagne entre définitivement sous le contrôle immédiat des souverains capétiens. Les liens entre les deux berges se relâchèrent laissant place à une concurrence féroce entre les ports et marins. Il est vrai que les incursions britanniques sur les côtes bretonnes firent pendant des siècles des ravages. De nombreuses maisons léonardes de la côte portent dans leurs murs des meurtrières. Il est vrai que les Jacobites, les partisans des Stuarts, après leur défaite de La Boyne (1690) contre les Orangistes protestants, partirent d’Ecosse et d’Irlande pour se réfugier en Bretagne, et après avoir connu la misère et obtenu des brevets de corsaire, menèrent des expéditions punitives et lucratives contre les Anglais, en mer et sur les côtes. Il est vrai que les marins de Sa majesté très chrétienne, le roi de France, lorsqu’ils étaient pris par les navires anglais pourrissaient dans les pontons dans les ports anglais. Il est vrai que la flotte anglaise bloqua les ports et côtes bretonnes pendant toute la Révolution et l’Empire réduisant à la misère les marins bretons, ruinant toute l’économie bretonne. Il y eut bien une reprise au XIXe siècle lorsque le charbon gallois vint alimenter les usines du Sud de la Bretagne, mais cela ne dura pas. Les autorités à Paris décidèrent qu’il fallait mieux acheter le charbon de Lorraine. Pourtant les Bretons (les Johnnies), à partir de 1828, étaient bien accueillis en Angleterre lorsqu’ils faisaient du porte-à-porte pour vendre leurs oignons.

 

Et l’Irlande ?

Remarquer que je n’ai guère parlé de l’Irlande. Il est vrai que les marins jusqu’à l’arrivée des grands vaisseaux à voile à partir du XVIe siècle n’aimaient guère le large et pour aller de Bretagne en Irlande, on préférait traverser la Manche, la Cornouaille, le canal de Bristol et atteindre un port gallois afin de trouver un navire vers l’Irlande. En lien avec l’Irlande, il y a bien ce Richard Le Maréchal, comte de Pembroke et seigneur de Dublin, époux de Gervaise, dame de Dinan, qui mourut en Irlande en 1234. Il y a bien aussi les Jacobites.


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Les fondateurs de la Bretagne, des saints… celtiques ou britonniques ? 

 

Attention cet article est un peu long à lire, mais, pour m’excuser par avance, je me dois de vous dire que le sujet est d’importance. Pour compléter une de mes récentes interventions à propos de ces saints et un ancien article sur les Celtes qui vient d’avoir un assez grand succès sur facebook, regardons donc, à un moment où la Bretagne semble connaître une nouvelle étape dans son histoire, du côté de ces saints dont l’influence sur la Bretagne a été gigantesque et le mot n’est pas trop fort. Qui furent-ils ?

 

Des sources obscures

Le sujet n’est pas simple, je dois vous l’avouer, et il faut le plus souvent se référer aux résultats de chercheurs d’Outre-manche. Pour internet, connecter vous à des sites en anglais. Cette situation n’est pas nouvelle car les saints ont vécu dans une période sombre, dite par ces chercheurs, Dark Ages. Ce sont les heures noires de la fin de l’Empire romain, ce que l’on nomme en France l’Antiquité tardive, IVe-VIe siècle après J.C. L’Empire romain, riche, couvrant tout le bassin méditerranéen, réunissant de très nombreuses ethnies, connaît alors querelles entre les généraux pour s’emparer du pouvoir impérial, épidémies, révoltes de soldats et d’esclaves (ce que l’on nomme les bagaudes qui a donné le mot bagad) et bien sûr poussées de peuples étrangers sur ses frontières. Les sources ne sont pas claires, mais alors pas du tout, écrites souvent par des religieux (que l’on nomme les hagiographes) des siècles postérieurs à l’époque des saints, entre le IXe et le XIIIe siècles, qui préfèrent mettre en valeur bien sûr – il faut les comprendre –les miracles de leurs héros sanctifiés. Et aujourd’hui, les historiens s’arrachent les cheveux pour distinguer imaginaire et réalité. Comme si cela ne suffisait pas, de très nombreux écrits ont disparu dans les destructions des abbayes par les Vikings aux IXe-Xe siècles.

 

La fin de l’Empire romain

Les saints sont surtout des hommes – sur les quelques 700 répertoriés, on trouve une vingtaine de femmes -  chrétiens, originaires de Bretagne, pas la Bretagne continentale, mais de la Bretagne insulaire, c’est-à-dire des îles britanniques. A la fin de l’Empire romain, la Bretagne actuelle était comprise dans la province romaine de Lyonnaise III (qui était plus étendue que l’Armorique) tandis qu’Outre-manche, l’Angleterre et le Pays de Galles actuels étaient comprises dans la Province de Bretagne. Si sur le continent, les Armoricains sont désignés comme Gallo-romains, de l’autre côté de la Manche, on les nomme Brito-romains, protégés des Pictes (vivant dans l’actuel Ecosse) par deux murs (celui des empereurs Hadrien et Antonin, édifiées au IIe siècle) et par trois légions. Depuis le IIIe siècle, la Bretagne romaine est très importante politiquement. C’est sur son territoire que se font et se défont les empereurs. Constantin y fut acclamé empereur par les légions de Bretagne en 306. Le problème fut que de plus en plus le recrutement des légionnaires devint local. Si ces légions partent encore sur le Rhin défendre les frontières de l’empire contre les turbulents germains, il est pour les empereurs de plus en plus difficile de leur faire quitter les villes qu’elles ont fondé et développé en Angleterre et au Pays de Galles (comme Chester et York) surtout que les légionnaires reçoivent de moins en moins bien leurs soldes.

En 363 a lieu la Grande Conspiration. Les troupes romaines désertent et laissent passer les Pictes d’Ecosse. Les Saxons débarquent à l’Est comme les Scots d’Irlande. Campagnes et villes brito-romaines sont dévastées. De nombreux Brito-romains sont kidnappés et réduits en esclavage. Le futur empereur Théodose intervient et remet de l’ordre. Mais rien ne va plus. Le Tractus Armoricanus et Nervicanus, cette administration militaire chargée du contrôle de toutes les côtes de Boulogne à la Gironde, créée en 370, est dépassée. Les mers sont infestées de pirates. C’est l’époque où un jeune Brito-romain, nommé Maun Succat, fut enlevé par des pirates Scots d’Irlande et vendu comme esclave. De 405 à 411, il vivra en Irlande où il trouva Dieu. Il finira par s’enfuir pour revenir chez lui. Il repartira en Irlande pour évangéliser ses anciens maîtres. Ce jeune garçon est saint Patrick. C’est aussi l’époque où le jeune fils de Théodose, l’empereur Honorius III décida d’abandonner à leur sort les Brito-Romains qui répliquèrent en chassant les officiers romains (407). Il est vrai que Rome fut mise à sac par les Vandale trois ans plus tard. Un soldat romain de Bretagne, Constantin, voulut s’emparer de l’empire romain d’Occident. Il quitta la Bretagne avec toutes les troupes et laissa le territoire sans défense. Vaincu par Honorius III, il sera exécuté. 

 

Une Bretagne romaine qui n’est plus romaine

Les Brito-Romains furent donc livrés à eux-mêmes. Qui pouvait maintenir l’ordre ? L’aristocratie britto-romaine bien sûr, ceux qui pouvaient se payer des troupes, faire construire des défenses, se constituer des principautés. Mais l’esprit de Rome était encore très présent. Le presque légendaire Ambrosius Aurélianus – que certains assimilent au roi Arthur – après avoir repoussé des incursions de Saxons (455) de plus en plus installés dans l’Est, serait parti sur le Rhin combattre les Germains. Récemment l’archéologie a révélé une vague de constructions de type romain, bains, villas, entre 450 et 500.

C’est aussi à cette époque qu’apparaissent les saints. Comme saint Patrick, ils fondent des monastères peuplés par des milliers d’hommes, de femmes, de soldats… bref ce sont de vraies cités. Souvent les abbés ont le titre d’évêque à l’instar de saint Patrick qui semble avoir été leur modèle. Les disciples de Patrick formèrent saint Finen qui fonde l’abbaye de Clonard (comté de Meath, Irlande), plus de 3 000 personnes y vivaient, où étudièrent Saints Kiaran, Colomba et Brendan (qui fonde l’abbaye de Clonfert et une abbaye à Alet près de Saint-Malo vers 560). Saint Ildut (mort en 522) peut être considéré comme aussi important que saint Patrick. Il fonde l’abbaye de LLanildutt (ou en gallois Llanilltud Fawr à Llantwit Major, Glamorgan, sud Pays de Galles), où furent formés des jeunes aristocrates des environs, saint David (le saint patron du Pays de Galles), saint Samson (le fondateur de l’évêché de Dol), saint Pol Aurélien (le fondateur de l’évêché de Saint-Pol de Léon), saint Tugdual (le fondateur de l’évêché de Tréguier), saint Gildas (auteur de l’ouvrage De Excidio et Conquestu Britanniae, l’une des sources majeures de l’histoire de la Grande-Bretagne). Ces saints fondent un réseau d’abbayes, de prieurés, d’ermitages, proches des côtes, dans les îles, à tel point que l’on peut se demander s’ils n’ont pas voulu créé un empire thalassocratique. 

 

Un empire monastique sur la mer d’Irlande

C’était loin d’être stupide de leur part. Ils étaient bien sûr des religieux, mais aussi des politiques. Ils appartenaient très souvent à des familles princières du Pays de Galles et d’Irlande. Certains auraient renoncé à être rois préférant la vie religieuse. On trouve de nombreux sains au sein de mêmes familles. On peut même élaborer d’impressionnantes généalogies de saints. Ils évangélisent, c’est-à-dire qu’ils font des conquêtes… et pas seulement spirituelles. Ils diffusent une nouvelle religion, le christianisme, religion de l’élite romaine surtout à partir de la conversion de l’empereur Constantin en 313, religion devenue officielle par la décision de l’empereur Théodose, ce qui ne signifie pas que toute la population avait adopté le christianisme… Toute la mer d’Irlande est sous leur contrôle et bien sûr les territoires qui la bordent :  Irlande, Ouest de l’Ecosse, Pays de Galles, Sud-ouest de l’Angleterre actuelle et aussi un peu plus loin, la Bretagne actuelle. Leurs points d’appuis, abbayes, ermitages, se situent sur les côtes, dans des îles. Aujourd’hui, on se dit lorsque l’on voit où ils habitaient : « ils devaient être fous pour vivre dans de tels endroits ». En fait, ces îles et ces côtes étaient très fréquentées car elles appartenaient à la très ancienne route maritime de l’étain. Si on prend le cas de Llanilltud Fawr au Sud du Pays de Galles ; en fait l’abbaye dominait le canal de Bristol (Bristol Channel) et la route allant du Nord au Sud de l’Ouest de la Grande-Bretagne.

 

Des saints en Bretagne continentale

Et la Bretagne continentale ? L’Armorique ne pouvait être qu’intégrée à leurs zones d’activités et cela pour deux raisons. La première est que pour défendre le Sud du Tractus Armoricanus et Nervicanus des populations brito-romaines avaient été installés sur les côtes armoricaines à la fin du IVe siècle. En quelle quantité ? On ne sait pas. La seconde cause provient de la géographie même de notre Bretagne. Pendant des siècles, si vous vouliez passer du Nord au Sud de l’Europe, vous aviez le choix entre soit faire le tour de la Bretagne en faisant du cabotage, soit traverser la Bretagne en utilisant ses rivières intérieures. Ce n’est donc pas pour rien que saint Pol Aurélien s’installa à Saint-Pol-de-Léon, non loin d’un antique port près de Roscoff, ou que saint Brendan créa une abbaye près d’Alet, non loin de Saint-Malo.

Il faut remarquer aussi que Saint-Pol de Léon et Alet avaient été occupés par des Romains. Alet est proche de la romaine Corseul et le nom de Léon fait référence à une légion romaine. Ces saints sont des chrétiens romains, ce qui signifie qu’ils obéissaient à l’autorité du pape. Bien sûr, ils avaient une tonsure étrange ; bien sûr ils fêtaient Pâque un autre jour que les autres chrétiens ; bien sûr ils vivaient différemment, entourés de femmes ; bien sûr ils n’étaient guère enfermés dans leurs monastères et voyageaient beaucoup. Cependant depuis les deux séjours de saint Germain d’Auxerre (mort en 448) en Bretagne insulaire afin de lutter contre le moine hérétique brito-romain Pélage dont l’influence fut énorme – il mettait en avant le libre arbitre davantage que la grâce-, les chrétiens brito-romains reconnaissaient l’autorité du pape de Rome. Saint Patrick reçut le titre d’évêque de saint Germain. Certains saints se rendirent à Rome.

 

Et les malheurs revinrent

Les saints semblent donc avoir construit pendant un siècle (milieu Ve-milieu VIe siècle) un empire politico-religieux reposant sur un réseau de monastères plus ou moins grands, où l’on commença à fusionner différentes cultures, celle des Brito-romains, venant d’une Rome fortement teintée d’influences grecques et orientales, venant aussi d’un passé plus ancien remontant au néolithique, et celles des Scots d’Irlande et des Pictes d’Ecosse, peu touchées par la Romanisation. Cependant une catastrophe se produisit : vers 540, le climat changea et le froid et l’humidité s’installèrent réduisant les ressources agricoles. Surtout la peste justinienne arriva. Plus de moitié de la population européenne disparut. Le désordre fut si important en Bretagne insulaire que les Anglo-saxons bien implantés dans la moitié Est de la Bretagne insulaire et dominant la mer du Nord gagnèrent du terrain… et finirent par remporter sur des Brito-romains la bataille de Dyrham (577) provoquant en masse l’exil des Brito-romains vers l’Armorique. Ces Brito-romains auraient été conduits par leurs chefs religieux, les saints.

 C’est du moins ce l’on a cru pendant très longtemps. A partir des années 1990, l’archéologie et la génétique ont révélé que les populations brito-romaines ne sont pas parties en masse, que les Anglo-saxons étaient beaucoup moins nombreux qu’on ne l’a cru. On ne sait même pas si cette bataille de Dyrham a vraiment eu lieu. Des historiens pensent maintenant que des chefs anglo-saxons, des guerriers, prirent le pouvoir et que les populations brito-romaines – il est vrai que le vernis romain, dès le départ de Rome, s’était bien vite écaillé – adoptèrent la culture de leurs nouveaux chefs. Même cette théorie est aussi sujette à polémique. On pense de plus en plus que le chef anglo-saxon Cerdic, à l’origine du royaume de Wessex (royaume du Sud-ouest de l’Angleterre) d’où est issu directement le royaume d’Angleterre, était un Brito-romain. Pour s’imposer, il se serait entouré d’Anglo-saxons… et pourquoi pas de guerriers d’autres origines.

 

Des saints conduisant l’émigration bretonne

Peut-on aller plus loin ? Peut-on envisager que ce ne furent seulement que les chefs brito-romains, c’est-à-dire les saints, qui partirent se réfugier en Bretagne continentale à partir de la seconde moitié du VIe siècle ? Cependant, il n’est guère envisageable qu’ils partirent seuls. Les monastères étant peuplés par plusieurs milliers de personnes. Les saints avaient de nombreux disciples. Et en plus ils étaient souvent des princes. Ils durent être accompagnés par des centaines de personnes, voire de milliers. Mais en fait on ne sait pas.

Ce que l’on sait, c’est que leur influence en Bretagne continentale, tout comme au Pays de Galles, fut énorme et durable. En Bretagne, ils ont marqué les paysages. Leurs noms sont partout, villes, villages, hameaux, églises, chapelles, fontaines. Ils ont créé l’ensemble de la structure administrative de la Bretagne et cela jusqu’à la révolution, évêchés, paroisses portent leurs noms. Une énorme partie des croyances et des pratiques religieuses se réfèrent à eux. Comment ont-ils réussi ce tour de force d’encadrer des territoires de plusieurs dizaines de milliers de km² à tel point que leurs souvenirs perdurent encore et cela depuis plus de mille ans ? 

Ont-ils pu le faire car il n’y avait plus rien en Armorique ? A leur arrivée, la population y aurait disparu à cause des malheurs temps, peste, famine, pirates, révoltes de bagaudes (soldats déserteurs, esclaves en fuite, paysans libres en rébellion contre des plus riches qui profitaient de la disparition de Rome pour former de véritables seigneuries). C’est peu probable. L’Armorique envoyait encore des troupes au général romain Aetius pour combattre Attila le Hun en 451. En fait, il est préférable de penser qu’à partir du Ve siècle, le terrain était particulièrement propice à leurs arrivées qui semblent s’être étalées sur des décennies, voire des siècles. Les populations se connaissaient très bien. Depuis des millénaires, les liens commerciaux étaient constants entre le Nord et le Sud de la Manche. Lorsqu’arrivèrent les malheurs de la seconde moitié du VIe siècle,  depuis des décennies, les saints britto-romains parcouraient la Bretagne et y avaient installée abbayes et ermitages, bref un réseau d’encadrement. Les structures étaient déjà bien implantées. Si Outre-manche, ils virent leurs espaces d’influence se réduire, en Bretagne, ils paraissent avoir eu un énorme succès à tel point qu’on se référait à eux pendant des siècles.

 

Celtes ou Britonniques

Et puis on va me dire bien sûr que des deux côtés de la Manche, on est en présence de Celtes. Et là nous avons un problème. Les analyses historiques, linguistiques, archéologiques, génétiques récentes  mentionnent que les populations de la Bretagne insulaire et même d’Armorique ne sont pas les mêmes que les populations du centre de l’Europe (de la région d’Halstatt et de la Tène) que l’on nomme Celtes. En fait ce ne sont les géographe- marchands grecs qui parlent de ces derniers en tant que Celtes. C’est aussi un grec de Marseille, Pythéas, qui vers 310 avant J.C., alors qu’il osait prendre la route de l’étain sous le contrôle des Carthaginois, parla le premier d’un territoire qu’il nomma Pretannikai nesoi. Le mot Britanni est alors donné. Selon une ancienne théorie, ces populations celtes du Centre de l’Europe auraient migré – avec une certaine brutalité - faisant la conquête de toute l’Europe, mais elles furent arrêtées au Sud par les Grecs et les Romains. Elles auraient même traversé la Manche pour faire la conquête de la Bretagne insulaire. En fait, ce sont des Belges qui ont traversé et ils ne sont pas « Celtes ».

Par contre, une théorie commence à prendre le dessus, que l’on peut qualifier de moins brutale. Pendant des millénaires, les populations de la zone atlantique et ceux de la zone alpine ont eu des liens commerciaux et culturels étroits ; les mers, comme la Manche, et les fleuves n’auraient pas été des frontières, mais des lieux d’échanges drainant toute l’Europe. Une culture européenne serait alors développée, diverse et riche… Mais attentons encore pour nous avancer davantage les résultats des chercheurs… surtout ceux d’Outre-manche.

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La question de l’enseignement de l’histoire de Bretagne.

 

Chronique de la semaine : La question de l’enseignement de l’histoire de Bretagne. Non, madame la maire adjointe de Brest, Anne-Marie Kervern, il faut continuer de s’user à demander, avec force et conviction, au ministère de l’Education nationale et aux Rectorats des Académies de Rennes et de Nantes (pour la Loire-Atlantique) que l’histoire de Bretagne soit enseignée dans les collèges et les lycées, que tous les jeunes élèves et étudiants relevant de ces deux rectorats et demeurant dans les cinq départements bretons puissent recevoir cet enseignement, et bien sûr puissent connaître l’histoire de la Bretagne.

 

Des jeunes guère présents

Bien sûr, et vous avez eu raison de mentionner comme vous l’avez fait lors de votre intervention lundi soir 4 janvier à Brest lors de la conférence de Jean-Jacques Monnier sur la question de l’enseignement de l’histoire de la Bretagne, qu’il existe d’autres voies, les actions du réseau associatif breton, les actions des collectivités locales (mairies, départements, Région) de Bretagne, l’édition, la TV, la radio, etc. Tout cela est bel et bien. Mais est-ce suffisant ? Avez-vous remarqué l’âge des gens venus écouter et participer au débat ?  Sur les 70, à peine 5 avaient moins de 30 ans… Toutes les associations se plaignent. Cela râle de toute part : où sont les jeunes ? Que font-ils ? Se sentent-ils concernés ? Pour cela, faudrait-il qu’ils soient touchés ? Certains le sont. Ceux touchés par les actions des associations, des collectivités territoriales, des radios et TV, par les enseignements de professeur d’histoire qui enseignent de temps à autre, lorsque les programmes le permettent, lorsqu’ils disposent de connaissances, sans savoir s’ils en ont le droit, en se demandant s’ils ne vont pas subir les foudres de quelques parents, de principaux ou proviseurs ou de leurs inspecteurs. Et pourtant, le Centre d’Histoire de Bretagne-Kreizenn Istor Breizh avait obtenu de la part du Recteur en novembre 2014 un texte informatif réaffirmant le droit de ces enseignants d’histoire à enseigner l’histoire de Bretagne. Mais ce texte n’a pas été diffusé… ni par les Rectorats, ni, il faut aussi le dire, par le mouvement associatif breton.

 

Qui est responsable ?

Une participante à cette rencontre de lundi soir s’est exclamée à juste titre : « qui est responsable ? ».  Mais nous tous et cela sans exception. On a baissé les bras. C’est trop dur. Ils sont trop forts. Il faut affronter l’Etat et l’Education nationale. Mais force aussi est de constater partout, dans les différents mondes bretons (culturel, économique, politique) qu’il faut que rien ne bouge, que rien ne change. Rester entre nous… Et la démographie est là. On vieillit et on se demande où sont les jeunes. Certains arrivent, surtout lorsqu’ils sont issus des écoles bilingues. Souvent, il faut bien l’avouer, ils sont bien reçus et puis très rapidement car ils bousculent les habitudes on les regarde avec suspicion… il est vrai qu’ils parlent de Facebook, de réseaux sociaux, d’ordinateurs, de téléphones portables, de You Tube, bref de modernités et de phénomènes mondiaux, dont on ne comprend pas tout. Et tout cela coûte cher. Et les autres jeunes ? Et bien on les abandonne à leur sort. On ne peut pas lutter contre l’inéluctable, contre des gens qui ne veulent pas, contre un système éducatif aussi puissant, contre l’Etat.

 

Et pourtant, tout est en place

Et oui, tout est en place pour que les jeunes puissent recevoir des enseignements d’histoire de la Bretagne. Le droit est là. Il est tout à fait légal pour un enseignant d’histoire de l’enseignement privé comme public d’enseigner l’histoire de Bretagne. Cela doit même être recommandé comme ailleurs, sur tout le territoire de la République française. Le monde culturel breton est prêt. Et je sais que des personnalités très célèbres de ce monde bouillonnent d’impatience à l’idée d’intervenir publiquement en sa faveur. Quant au monde économique ? Savez-vous que de très importants, mais alors très importants, industriels bretons souhaitent que les futurs cadres de leurs entreprises parlent le breton et connaissent la culture bretonne, dont bien sûr l’histoire de la Bretagne. Quant au monde politique ? On voit mal JY. Le Drian être contre puisqu’il est professeur agrégé d’histoire. Le nombre de politiciens bretons diplômés en histoire (et même de la Bretagne) est proprement hallucinant : B. Malgorn, P. Molac, C. Troadec, G. Bui, etc. Jean-Jacques Monnier lors de sa conférence a mentionné que même le Recteur de l’Académie de Rennes, breton de Morlaix, avait montré presque de l’enthousiasme à l’idée que la Région Bretagne diffuse à tous les lycées son CD sur l’histoire de Bretagne.

 

Alors où se trouve le verrou ?

Il semblerait que cela vienne de certains inspecteurs de l’Education nationale, bref de la haute-administration. Si cela se vérifie, il faudra  leur dire : mais de quoi avez-vous peur ? Qu’en connaissant l’histoire de la Bretagne, les jeunes vivant en Bretagne (B5) demandent dans le futur l’indépendance de la Bretagne, qu’ils deviennent des nationalistes, indépendantistes, identitaires, totalitaires, extrémistes, voire des terroristes, influencés par les idées provenant des gens de Breizh Atao et du Bezen Perrot. Soyez sérieux et soyons sérieux une minute. Nous vivons au XXIe siècle, à l’ère de Facebook, de Tweeter, de Wikipédia, de Google et d’Amazon. Ce n’est pas en recevant au sein des établissements scolaires des enseignements sur l’histoire de la Bretagne qu’ils vont rejeter la République française. Bien au contraire. Ils apprendront en fait comment leurs ancêtres, comment les Bretons et les habitants de la Bretagne ont intégré cette République pour en faire, comme l’ont prouvés une nouvelle fois les résultats des dernières élections régionales, leur République. Messieurs les inspecteurs qui ne semblent pas très bien connaitre l’histoire de la Bretagne – bien que les choses paraissent peut-être évoluer-, l’histoire, la République, la Démocratie proviennent d’hommes et de femmes. Et Dieu sait que les Bretons et les Bretonnes ont eu un part importante dans ces avancées. L’Histoire ne doit pas être vue uniquement d’en haut, mais aussi d’en bas, au niveau des êtres humains. Ce ne sont pas les Institutions et les grands corps de l’Administration qui ont fait l’Histoire. Alors ayez confiance ! Et n’oubliez pas que vous travaillez pour le Peuple. N’oubliez jamais les vraies significations de République (la chose publique) et de Démocratie (le pouvoir au Peuple). Et le Peuple, tout le peuple sans exception, a le droit et le devoir de connaître son Histoire, toute son Histoire, même s’il n’est pas glorieux.  




L’histoire de la jeunesse bretonne

Vaste sujet qui a ma connaissance n’a jamais été traité. Et pourtant, on en apprendrait beaucoup sur l’avenir. Et les historiens aiment bien, même s’ils s’en défendent, s’appuyer sur le passé pour découvrir l’avenir. On se demande si certains ne veulent pas jouer un peu des dames Soleils. Moi, j’aime bien. Il est clair que nous sommes dans une période de grandes transformations, que peut-être on peut qualifier de Révolution. Vers où se dirige la jeunesse bretonne ? Comment va-t-elle agir ? Comment va-t-elle construire son avenir ?

On m’a dit qu’un jeune avait entre 15 et 35 ans, voire jusqu’à 40 ans – bien que l’on m’a dit aussi que des gens de 80 ans étaient jeunes d’esprit. Durant des siècles, des millénaires, à cause de la démographie, ce sont eux qui ont fait l’histoire. En exagérant un peu le trait, avant la Révolution démographique qui a commencé au milieu du XVIIIe, je dis à mes élèves qu’un quart des enfants mourrait avant 1 an, un autre quart décédait avant 10 ans… et il fallait être une force de la nature pour dépasser les 50 ans.

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Un nouveau rêve pour la Bretagne. 

Tout le monde en Bretagne, provenant des milieux économiques, culturels, politiques, est d’accord pour dire : il faut autre chose car nous allons droit dans le mur ou nous sommes dans le mur. Nous n’arrivons plus à donner du travail aux nouvelles générations. La Bretagne devient de plus en plus une région de villégiature pour retraités aisés en quête de tranquillité. Vrai ou faux, impression ou réalité, peu importe car face au pessimisme ambiant, il faut apporter des solutions, de l’espoir. Plusieurs ouvrages ont fait l’état des lieux. Voyons si l’histoire ne peut pas nous aider.

La Bretagne était riche, et l’a toujours été, bien sûr avec des hauts et des bas. Mais force est de constater qu’elle disposait des atouts nécessaires pour en faire une des régions les plus prospères de l’Occident chrétien, atouts qu’elle conserve aujourd’hui. C’est clair que la Bretagne, territoire de 32 000 km² - et oui elle est plus grande que la Belgique - est superbement bien placée. Elle est à l’entrée du canal naturel qui a toujours été le plus fréquenté du monde : la Manche. Elle constitue donc une des portes de l’Europe, région la plus riche du monde. Elle possède aussi l’entrée d’un grand fleuve, la Loire. La mer l’entoure de trois côtés et les côtes sont truffées de petits ports. Comment imaginer que le petit port léonard d’Argenton a été l’un des plus importants d’Europe au Moyen Age.

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les Bretons sont-ils des héros ?

Je l’espère bien puisque je suis breton. Tout le monde aime les héros et les héroïnes. Et Dieu sait qu’il y en a eu beaucoup en Bretagne, qu’il y en a aujourd’hui et qu’il y aura encore. Beaucoup sont célèbres, voire très célèbres dans le monde entier.

Parmi les politiques, on trouve Nominoë, ce souverain breton du IXe siècle qui imposa sa volonté aux empereurs carolingiens, bien sûr la duchesse Anne de Bretagne (morte en 1514), mais aussi Du Guesclin, Clisson, Arthur de Richemont,  trois connétables de France du Moyen Age qui jouèrent des rôles majeurs pendant la Guerre de Cent ans. On peut rencontrer aussi le nantais Aristide Briand, ministre et prix Nobel de la paix qui mit fin à la querelle de la Séparation des Eglises et de l’Etat, René Pleven qui après la Seconde guerre mondiale, avec le fameux CELIB, permit à la Bretagne de renaître et de se moderniser. Les explorateurs et navigateurs sont tellement nombreux qu’on a du mal à choisir : Jacques Cartier (qui découvrit le Québec), les corsaires Surcouf, Duguay-Trouin, La Motte-Picquet, le second de Bougainville, Fleuriot de Langle. Parmi les scientifiques, on peut compter comme héros Laennec, médecin, Fulgence Bienvenüe (l’ingénieur du métro parisien) ou le toujours vivant Yves Coppens (celui qui découvrit Lucy). Il faut aussi mentionner parmi les héros de la littérature les Bretons Châteaubriand, Théodore Botrel, Anatole Le Braz, Pierre-Jakez Hélias, La Villemarqué et combien d’autres. Sans le courage et le talent de Glenmor et du toujours dynamique et très précieux Alan Stivell où en serait la culture bretonne ?

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 Les Bretons sont-ils conservateurs ou progressistes ?

On dit souvent, et je l’ai dit dans les médias, que les Bretons sont conservateurs, traditionnalistes, bref légitimistes, c’est-à-dire qu’ils aiment la sécurité, que le changement leur fait peur, que cette volonté de stabilité est un des pivots des institutions en place. J’ai dit aussi qu’il ne fallait pas aller trop loin avec eux, sinon… Mais en fait, il faut bien se garder de toute généralisation. Prenons quelques exemples historiques. Et commençons par la célèbre Anne de Bretagne.

On voit souvent Anne de Bretagne (morte en 1514) comme l’archétype de la bretonne, pieuse, dévouée à sa Bretagne, bonne épouse et bonne mère, femme de l’époque médiévale plus que de la Renaissance. Bien sûr, elle était une monarque féodale, comme ses époux, les rois de France, avec ses châteaux-forts, ses vassaux, ses chevaliers. Bien sûr, ses troupes étant vaincues, elle dut se marier avec son ennemi le roi de France, Charles VIII.

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 1373-1379, une Bretagne sans duc

 Pendant six ans, le duché de Bretagne ne fut pas gouverné par son souverain, mais par Bertrand du Guesclin, connétable de France, c’est-à-dire chef des armées du roi de France, armées composées alors essentiellement de troupes bretonnes. Article publié dans l’ABP.  Voir mon livre La chevalerie bretonne au temps de Du Guesclin, 2nd édition, sortie prévue en décembre 2015, publiée par l’Institut Culturel de Bretagne, diffusé par Coop Breizh.

Jean IV, duc de Bretagne en 1364, ne fut jamais accepté par l’aristocratie militaire bretonne. Il est vrai qu’il n’était monté sur le trône breton qu’après sa victoire à la bataille d’Auray (29 septembre 1364), victoire remportée grâce à ses alliés anglais. De nombreux Bretons qui soutenaient Jeanne de Penthièvre, pour eux la vraie duchesse de Bretagne, y avaient trouvé la mort. D’autres y avaient été faits prisonniers, comme Du Guesclin. Beaucoup s’exilèrent et devinrent de redoutables mercenaires. Du Guesclin, libéré, devint leur chef et avec eux permit à Henri de Trastamare de devenir roi de Castille. Récompensés en or, en terres et en châteaux en Espagne, ils étaient alors considérés comme les meilleurs guerriers de l’Europe occidentale. Le gendre de Jeanne de Penthièvre, le duc d’Anjou, frère cadet du roi de France, vint les chercher pour chasser les Anglais du royaume de France. Leur chef, Du Guesclin, obtint l’épée de Connétable de France (2 octobre 1370).

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 Les Bretons aiment Paris

Normal Paris est aussi bretonne… et pas qu’un peu. Attaquer Paris, c’est attaquer la Bretagne car Paris est dans le cœur des Bretons. Bien sûr, les Bretons se plaignent des « abominables » Parisiens qui viennent occuper la Bretagne l’été, tout en, il faut bien l’avouer, les enviant un peu, en sachant que beaucoup sont Bretons ou d’origine bretonne. Les Bretons de Bretagne se plaignent bien sûr, et souvent à juste titre, du centralisme parisien, mais souvent aussi ils n’hésitent pas à dire que Paris est le 6e département breton, tellement la présence bretonne y est importante et cela n’est pas du tout nouveau.

Les exemples sont si nombreux dans l’histoire qu’il faut que je fasse un peu une sélection. Lorsque les Vikings, au IXe siècle, ont attaqué la Bretagne, les moines bretons, portant leurs précieuses reliques, ont trouvé refuge à Paris. Les Bretons ont eu un rôle majeur au Moyen Age dans l’essor intellectuel de Paris : avec bien sûr Pierre Abélard (un Nantais), avec Guillaume le Breton (un léonard, biographe du roi Philippe Auguste). Dans les trois collèges bretons de Paris (ceux de Tréguier, de Léon et du Plessis-Balisson) ont été formée depuis le début du XIVe siècle l’élite ecclésiastique et donc administrative bretonne. Les ducs de Bretagne y avaient à Paris et dans sa région plusieurs résidences. Ce sont les Bretons du léonard Tanguy du Chastel qui maintenaient l’ordre à Paris lors de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

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1765, nuit du 10 au 11 novembre : La Chalotais est arrêté.

Le Parlement de Bretagne fait échec au Roi. Lors de cette nuit historique, Louis de  Caradeuc de La Chalotais (1701-1785), procureur général au Parlement de Bretagne, est arrêté par ordre du roi Louis XV. Ce parlementaire était considéré par le roi comme le chef de la résistance à son autorité, à ce Parlement qui refusait obstinément de lui accorder le droit de lever les nouveaux impôts qu’il réclamait depuis des mois, et que les Etats de Bretagne lui avaient refusé.

Comme très souvent, le roi de France et de Navarre se trouvait dans une situation financière déplorable. Les dettes énormes laissées par Louis XIV (même si l’affairiste Law en avaient éliminé certaines), les siennes, l’entretien d’une Cour de plus de 10 000 personnes, ses palais, surtout Versailles, ses maîtresses, coûtait très chers. Mais le pire était la guerre quasi permanente. Et les rois de la maison de Bourbon adoraient la guerre, à tel point que Louis XIV, Louis XV et encore plus Louis XVI pouvaient être considérés comme les souverains les plus puissants du monde. Le problème est qu’ils en perdirent beaucoup et la guerre, cela coûte cher. En 1763, le roi en perd une, la guerre de 7 ans, la première à être vraiment mondiale, et par le traité de Paris, il perd son empire colonial (des îles dans les Antilles, La Louisiane, le Canada, les Indes) et est au bord de la faillite. Et comme souvent, il lui faut augmenter les impôts et se tourner vers la Bretagne, riche, industrieuse, et en proportion qui paie moins d’impôts que ses autres provinces, du moins c’est ce qu’il se dit…

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 Deux familles ducales pour la Bretagne.

La Bretagne a cette particularité dans son histoire d’avoir deux dynasties, étroitement apparentées, dont les destins s’entrecroisèrent constamment, qui se partagèrent pendant plus de 500 ans le duché de Bretagne, l’une dominait le Nord et l’autre le Sud, l’une était plus centralisatrice, l’autre plus féodale, l’une plus autoritaire que l’autre, l’une plus riche que l’autre

Longtemps on a vu les membres des deux maisons de Penthièvre (la première couvrant la période allant de 1066 à 1339 et la seconde allant de 1365 à 1598) comme de simples grands seigneurs, c’est bien sûr ce que voulut imposer la propagande des ducs de Bretagne de la maison de Montfort (au XVe siècle). Cependant très récemment, mes travaux, ceux de Stéphane Morin et d’historiens britanniques comme Daniel Power, ont montré que ces deux familles étaient d’importance politique égale, toutes deux pouvant réclamer le titre ducal et elles ne s’en privèrent pas. Tout commença à la mort en 1066 de Conan III de Rennes, duc de Bretagne. Mort sans enfant, son beau-frère, Hoël de Cornouaille, le mari de son unique sœur Havoise, lui succéda. Il réussit à s’imposer car il détenait tout le Sud de la Bretagne, les comtés de Nantes, de Cornouaille et de Vannes. L’oncle de sa femme, Eudes (mort en 1079), qui portait le titre de comte (sous-entendu de Bretagne ou des Bretons), refusa cette succession du titre ducal en ligne féminine.

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Des langues de Bretagne.

A la différence de certains politiciens qui pensent encore vouloir imposer de nos jours une langue unique, et cela à l’ère de l’Union européenne, de la mondialisation, de l’Internet et des jeux vidéo qui obligent à comprendre au moins deux ou trois langues, la Bretagne et les Bretons aiment et ont aimé la diversité linguistique. Quatre langues ont coexisté durablement et sans problème en Bretagne : le français, le latin, le gallo (ou britto-roman) et le breton, les deux premières étant réservées à l’administration, à la vie publique, et les deux dernières à la vie quotidienne.

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Les Bretons à la bataille d'Azincourt (25 octobre 1415).

Puisque vous, chers lectrices et lecteurs, semblez aimer les batailles qui ont fait l'histoire (11 000 vues sur les pages facebook pour l'article sur les Bretons à Hastings), puisque c'est le 600e anniversaire de cette fameuse bataille, parlons de la présence des Bretons à Azincourt. Avant tout, un peu de contexte, le roi de France, Charles VI, était devenu fou dès 1392, lors de son expédition contre la Bretagne. Son frère cadet, Louis, duc d'Orléans, tenta de gouverner à sa place mais il fut assassiné en 1407 sur ordre de son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Le gendre du duc d'Orléans, le comte d'Armagnac, décida de le venger. La guerre civile commença et les massacres aussi.  La listes des morts à Azincourt

  Le 26 octobre 1440 était exécuté Gilles de Rais sur ordre du duc de Bretagne.

Il est considéré comme le barbe-bleu breton. Orphelin, et riche seigneur de Retz, région au sud de Nantes, il fut éduqué par son grand-père maternel, l'angevin Jean de Craon, qui fit enlever la riche Catherine de Thouars, dame de Tiffauges, de Pouzauges, de Mauléon, dans le Bas-Poitou, de Confolens, et autres terres, pour la marier à Gilles.

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De l'émigraton bretonne en Angleterre.

Aujourd'hui nous commémorons la bataille d'Hastings (14 octobre 1066). Vous me direz : quel est le rapport avec l'histoire de la Bretagne et des Bretons ? Et bien en fait tout. Une grande partie de l'armée de Guillaume de Normandie qui remporta la bataille puis le trône d'Angleterre était composée de Bretons conduits par le prince Alain de Bretagne (de la maison de Rennes), fils de l'ancien tuteur de Guillaume, Eudes. En récompense, le nouveau roi donna des seigneuries avec le droit de construire de beaux châteaux (bien plus grands qu'en Bretagne) aux Bretons surtout dans les zones « dangereuses », face aux Gallois et aux Ecossais. Alain devint l'un des trois seigneurs les plus riches du royaume. Ses biens furent transmis à sa famille qui accéda au trône ducal de Bretagne un siècle plus tard.

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De la souveraineté de la Bretagne :

le duc de Bretagne roi en son pays. Après avoir parlé de l’indépendance de la Bretagne et avoir reçu quelques volées de bois vert, passons à un autre thème : la souveraineté de la Bretagne. A partir de 1385, et systématiquement après 1417, les ducs de Bretagne se sont désignés comme ducs par la grâce de Dieu. L’année suivante, en 1418, le pape Martin V déclara que  « le duc de Bretagne tient son pouvoir de la largesse divine, comme tout roi et prince ». Ce qui ne pouvait qu’énerver l’Administration du roi de France. 

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la Bretagne a-t-elle été indépendante ?

La question est d’actualité après les élections en Ecosse et en Catalogne. Certains parlent d’indépendance pour d’autres régions européennes, et bien sûr de la Corse et de la Bretagne. Mais les contextes historiques sont-ils similaires ? La Corse a été annexée purement et simplement à la France en 1768 (au fait le premier gouverneur de Corse était breton). La Bretagne a été unie en 1532 à la France après la mort de Claude de France, dernière duchesse de Bretagne,

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