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Le comte de Plélo ou Mourir pour Dantzig en 1734

 

Lorsque Maupertuis revenait à Paris, que ce soit de son expédition polaire ou de Berlin, il y avait deux endroits où il séjournait avec un plaisir particulier : auprès de son ami Jean Bernoulli à Bâle et auprès de sa compatriote Louise-Félicité de Bréhan, baronne de Pordic, duchesse d’Aiguillon (1726-1796) dans la région parisienne. Femme philosophe, cette nièce des ministres Maurepas et Saint-Florentin « simple, timide, silencieuse, mais vertueuse et sensible » (Soulavie, Mémoires de la minorité de Louis XV, 1792)  était un « bas-bleu » du temps dont on reconnaissait l’intelligence. Et surtout, elle était  la fille d’un personnage extraordinaire, le type achevé du grand seigneur, mais un type que le XVIIIe siècle connaîtra de moins en moins puisqu’il allie en lui les qualités de l’homme des Lumières, à la fois philosophe et écrivain, aux vertus du chevalier médiéval, le sens du service de l’État et du sacrifice personnel, un courage qui touche à la témérité. On pourrait encore ajouter à ces quelques traits déjà exceptionnels dans leur union, le mari plus amant qu’époux, totalement fidèle à la dame de son cœur et à sa famille, bien avant qu’on ne tourne en ridicule le préjugé à la mode!

Louis Robert Hippolyte de Bréhan naît à Rennes le 28 mars 1699. Son père, le futur comte de Mauron, occupe alors les fonctions de conseiller au parlement de Bretagne et sa mère est la fille d’un premier président de ce parlement. Elle mourra alors que Louis n’a que 13 ans. Il voit peu son père médiocrement intéressé par ses enfants tant qu’ils sont en bas âge comme il était alors de coutume, mais, quand ce fils atteint sa seizième année, il lui fait intégrer une compagnie de mousquetaires, le corps privilégié de la Maison du roi (où entrent, à la même époque Maupertuis et bien d’autres fils de famille). Au bout de dix-huit mois, celui qui est désormais comte de Plélo, passe aux gendarmes de Flandre, un corps dépendant aussi de la Maison du roi, en qualité de sous-lieutenant. Ses garnisons ne l’empêchent ni de voyager ni de mener la vie des jeunes privilégiés : il se rend en Hollande, en Angleterre, à Paris bien entendu. Cette vie très agitée dérange vite le comte de Mauron, d’autant plus que les dettes s’accumulent. En 1722, il le marie à Louise-Françoise Phélypeaux de la Vrillière (1707-1737), qui n’a que quatorze ans. Mauron, pourtant assez regardant, n’hésite pas à richement doter son fils. Il est vrai qu’avec ce mariage il a réalisé un « beau coup » : si Louis reçoit 60 000 livres de rentes, sa charge de sous-officier, des terres en Bretagne et un hôtel dans la capitale, son épouse est fille et belle-sœur de personnages considérables : Louis Phélypeaux, marquis de La Vrillière a succédé à son père, Balthazar Phélypeaux de Châteauneuf, comme secrétaire d’État de la Religion prétendue réformée (RPR) en 1700, puis secrétaire d’État à la Maison du Roi de 1715 à 1718. Il avait épousé en 1700 Françoise de Mailly-Nesle, à la réputation sulfureuse. Louise-Françoise était la dernière de ses filles. Marie-Jeanne, la puînée, avait convolé en justes noces avec Jean Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas, et Louis, le frère, sera le célèbre comte de Saint-Florentin, duc de La Vrillière à la fin de sa vie, le ministre de Louis XV.

En 1723, Plélo vend sa charge de sous-lieutenant pour acquérir celle de mestre-de-camp d’un régiment de dragon qui portera son nom. À l’automne, le colonel rejoint son épouse à Paris et participe à la vie de société. Il aime la littérature, mais aussi les sciences, les mathématiques, la physique, l’astronomie et il se passionne pour les discussions auxquelles il participe dans les cafés parisiens où il retrouve son compatriote Maupertuis, tout juste nommé à l’Académie des Sciences et pour lequel on prévoit un avenir de savant exceptionnel. Il l’invitera et lui présentera son épouse. Plélo fait aussi partie de l’Entresol, ce club fondé par l’abbé Alary sur le modèle anglais en 1720 et qui réunit une vingtaine de participants 7, Place Vendôme, dans l’entresol du logement du président Hénault. On y rencontrait les meilleurs esprits du temps, qui s’intéressaient surtout aux questions politiques : le marquis d’Argenson, le futur grand ministre des Affaires Étrangères, Montesquieu, l’abbé de Saint-Pierre, Horace Walpole, Madame du Deffand, Bolingbroke, Helvétius, la future marquise de Pompadour, la fille de Vauban, le chevalier de Ramsay, l’auteur des Voyages de Cyrus et bientôt réformateur de la franc-maçonnerie française… La conférence avait lieu tous les samedis, de cinq heures du soir à huit heures. Montesquieu y lut par exemple son célèbre Dialogue de Sylla et d’Eucrate et ses Réflexions sur la richesse de l’Espagne tandis que Saint-Pierre recueillait les suffrages des auditeurs avec son projet de paix perpétuelle. Plélo y lut également ses propres contributions dont un discours sur les formes de gouvernement qui recueillit tous les suffrages. Quand il sera au Danemark, il n’aura de cesse de réclamer des nouvelles de son cher Entresol !

Le Cardinal Fleury se faisait tenir au courant des discussions qu’on y menait, autant par intérêt politique que philosophique. Pourtant, il le fera fermer en 1731.

Le jeune comte mène donc à Paris la vie d’un grand : il sort beaucoup, va régulièrement au théâtre, y admire Adrienne Lecouvreur, reçoit, écrit et prononce des discours, publie sans doute. Ainsi, connaissant ses talents anglophones, on lui attribuera la traduction de l’Essai sur la poésie épique, de Voltaire paru chez Chaubert en 1728. Il est également poète et ses manuscrits, ses lettres renferment certaines pièces qui surprennent par leur bonne tenue et des sonorités romantiques bien avant l’heure.

Il est très lié au chevalier de Vieuville (1697-1771) et participe avec ce dernier à une société du mercredi qui se penche sur les ouvrages philosophiques, société de libres penseurs qui médite Horace et Lucrèce, Étienne Guillaume, un ecclésiastique auteur d’un traité déiste mais tendant quasiment à l’athéisme ou le curé Meslier (en manuscrit)[1]. 

Pourtant, au milieu de cette vie brillante, il connaît vite des ennuis d’argent et doit revendre à perte son régiment qui, s’il lui donne une raison sociale, lui coûte trop cher. Il se sépare aussi de quelques-uns de ses biens et voit ses ressources très réduites, les créanciers aux basques. Il décide de s’installer alors au château de Brécourt, près de Vernon et y sauve son cabinet de science et la plus belle part de la bibliothèque qu’il s’est constituée, résolu à adopter l’existence moins dispendieuse d’un châtelain campagnard. Il semble qu’il ait accepté de gaieté de cœur cette nouvelle situation. Un ami proche écrira à ce propos que ses ressources « étaient une espèce de philosophie flexible à tout événement, une humeur égale, une femme d’esprit et de courage qu’il adorait et dont il était chéri ». C’est alors que son beau-frère Maurepas, lui propose l'ambassade du Danemark. Il accepte d’autant plus que son épouse pourra l’accompagner. Le départ a lieu en février 1729. Les époux sont à pied d’œuvre le 17 avril, fort satisfaits de la vaste demeure mise à la disposition de l’ambassadeur.

Plélo se met aussitôt au travail et cherche sans tarder à connaître le gouvernement danois et les personnages influents du pays où il va désormais exercer ses fonctions. Le Danemark ne semble pas l’avoir d’emblée enthousiasmé. Copenhague se relève lentement d’un incendie et les Danois paraissent tristes à cet homme habitué aux mondanités parisiennes. Pourtant, il saura gagner la confiance de la cour et se fera de nombreuses amitiés.

Il assure en tout cas ses fonctions avec beaucoup de zèle et la correspondance énorme qu’il entretient avec son beau-frère et le ministre Chauvelin en témoigne. Le roi lui écrira plusieurs fois sa satisfaction. Pourtant, à Paris, son zèle surprend, car il n’hésite pas à s’immiscer dans la politique européenne et on ne tarde pas à le lui reprocher. Il a en effet des vues importantes et personnelles dont il ne se cache pas alors qu’il n’est en poste que pour cautionner les droits du Danemark sur le Schleswig en échange de quoi le royaume danois doit demeurer un allié sûr face aux prétentions de la Russie et de l’Autriche. Paris, en outre, verrait d’un bon œil le rapprochement du Danemark avec son rival la Suède, ce qui ne laisserait pas à l’Angleterre – alors alliée de la France mais… – le rôle exclusif d’arbitre des affaires du nord de l’Europe. Enfin, Plélo doit bien entendu soutenir et défendre les intérêts commerciaux de son pays.

Le poste d’ambassadeur se révèle être également dispendieux : il souhaite soutenir la réputation, l’éclat de son pays et n’hésite pas à la dépense. Ainsi, lors de la naissance du dauphin, il offre 3 jours de réjouissances à la cour et au peuple danois… Il est contraint de réclamer des avances à Maurepas. Il a dû également s’adresser à son père qui le bat froid. Il envisage d’emprunter à Samuel Bernard, qui refuse… En outre, son fils, Frédéric-Anne-Christian, qui vient de naître fin 1729 (« Il tette, il crie, il est rouge comme un chérubin, et galeux comme un braque : voilà le vrai portrait de votre neveu, et, comme vous voyez, le digne fils d'un Breton », écrit-il à Maurepas) et qui a pour parrain et marraine les souverains danois meurt en 1732. Enfin, il continue à s’ennuyer au Danemark et l’importance de sa correspondance privée en témoigne. Le nouveau roi, Christian VI, dans lequel il avait placé beaucoup d’espoirs pour mener à bien son ambassade, le déçoit et il craint d’autant plus un renversement des alliances que le Danemark, contrairement à ses engagements, néglige son armée et plus encore sa marine. Les négociateurs danois regardent aussi vers la Russie susceptible de leur offrir des subsides plus importants que ceux concédés par la France qui souhaite encore les diminuer, car le cardinal Fleury est plus qu’économe. Plélo s’emporte de voir que la France ne tient pas ses engagements des traités signés et pousse à une renégociation désavantageuse pour le Danemark. Il ne peut rien faire, car on le prive de tout moyen et de toute espérance réaliste lorsque ce dernier pays signe un traité avec l’Autriche et la Russie le 26 mai 1732. Sa seule satisfaction est apportée par la négociation qu’il conduit pour la vente d’une île antillaise au Danemark qui souhaite y ménager un comptoir commercial. On est alors loin de la grande politique !

Il continue cependant ses activités de savant et de littérateur : il correspond avec l’Académie des sciences, effectue calculs et observations lors d’une aurore boréale que Mairan intégrera à un de ses ouvrages, il rencontre souvent l’astronome Horrebow, commente Newton. Il lit beaucoup, rédige des études dans tous les domaines et profite de son séjour pour s’intéresser aux littératures des peuples du nord et, comme beaucoup de ses contemporains lettrés, il étudie la philologie, participe à l’élaboration d’un dictionnaire franco-latin-danois. Il est aussi un bibliophile connu et il fera léguer à la Bibliothèque du roi les ouvrages des auteurs de l’Europe du nord qu’il a acquis.

Les époux disposent en outre d’une résidence d’été depuis 1732, Skodborg : « l’ouvrage d’une douzaine de fées au moins : mer, lacs, fontaines, forêts, bocages, prairies, tout cela s’y trouve et mille choses encore ». C’est là, plus encore que dans l’hôtel de l’ambassade qu’il vit ce qui lui tient le plus au cœur, l’amour pour sa jeune épouse qu’il appelle gentiment dans ses lettres « le chat » :

 

« C’est dans ces champêtres asiles

Qu’ont vécu pendant quelque temps

Deux époux heureux et tranquilles

Moins époux il est vrai qu’amants », écrit-il.

 

C’est aussi sous les futaies de Skodborg qu’il compose de nombreux poèmes dont on a vanté, non sans raison, la verve pré-lamartinienne. Plélo n’est pas un rimeur rimailleur. Il a le sens de la poésie en ce siècle qu’on dit généralement sans poète[2].

C’est alors que s’ouvre la question de la succession de Pologne. La France s’oppose aux prétentions autrichiennes et russes et désire voir triompher Stanislas Leszczyński, le beau-père du roi. Dans cette conjoncture, l’ambassade de France au Danemark devrait naturellement être appelée à jouer un rôle important, c’est en tout cas ce que Plélo pense et souhaite. À la mort d’Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne (1er février 1733), la Diète polonaise lui choisit pour successeur Stanislas Leszczyński, le beau-père du roi de France. Cette élection a lieu grâce à l’influence et à l’argent de la France. Tandis que par prudence un sosie prend la mer à Brest sur un navire français, Stanislas quitte le royaume de France, traverse secrètement l’Allemagne et arrive à Varsovie le 8 septembre 1733. Le 12 septembre, il est reconnu par la diète roi de Pologne, mais les partisans de son adversaire, Auguste III, soutenus par la Russie, l’Autriche, le Saint-Empire, ont déjà pris les armes. Plélo attend avec impatience l’escadre française qu’il a réclamée, car il a toujours souhaité voir la France impressionner les puissances du Nord et manifester sa présence en Baltique. Celle-ci arrive – sous une forme réduite – le 20 septembre au moment où il apprend l’élection. Il exulte, car il a participé à toute cette aventure et s’empresse de le faire savoir à la cour de Danemark à laquelle il présente les officiers de marine de l’escadre qui vient de débarquer le double du roi de Pologne. Il tient chaque jour une table de plus de quarante couverts, offre un bal avec un souper à trois cents participants, s’endette encore… Mais la guerre éclate en octobre 1733. La France a certes déclaré les hostilités à l’alliée de la Russie, l’Autriche, mais elle fait preuve d’une grande passivité et ne semble pas avoir l’intention d’envoyer un corps expéditionnaire aussi loin. Les troupes russes entrent en Pologne, chassent Stanislas qui se réfugie à Dantzig, riche ville dont la population est majoritairement allemande. Plélo n’a alors de cesse qu’on aille délivrer le roi de Pologne. Il tente de gagner à cette cause le commandant de la petite flotte française. Malheureusement, celui-ci a reçu des ordres secrets : les navires doivent rentrer immédiatement à Brest. Plélo fait des pieds et des mains pour qu’on tienne parole puisque la France s’était engagée à soutenir Stanislas, inonde Versailles de courriers, de plans… Pendant ce temps, sous la pression russe, une Diète rapidement réunie et matée élit Auguste III roi de Pologne.

Une expédition navale sera effectivement, après bien des tergiversations, envoyée par le roi de France, mais les navires, trop peu nombreux, parviennent au compte-gouttes, les soldats ne sont pas préparés, insuffisamment armés : c’est un échec d’autant plus cuisant qu’à peine arrivé à proximité de Dantzig, jugeant la situation trop épineuse, on a fait demi-tour au grand dam des habitants de la ville, de Stanislas et de ses partisans. Plélo est hors de lui et le fait savoir, ce qui n’améliore pas ses relations avec la Cour où son seul soutien est dans le parti de la reine. Il décide alors de prendre les choses en mains, et s’instaure commandant d’une flottille qu’il constitue pour cingler vers Dantzig. Ce sera le drame. Avant de s’embarquer, il écrit à Fleury « Je suis sûr que je n’en reviendrai pas ; je vous recommande ma femme et mes enfants. » Le petit détachement qui débarque alors avec Plélo à sa tête se bat furieusement, deux mille Russes sont tués et trois retranchements emportés. Au quatrième, Plélo s’effondre criblé de balles. Dantzig tombera. Déguisé en matelot, Stanislas parviendra à s’échapper et se réfugiera à Königsberg puis regagnera la France. Les deux cents survivants de l’expédition seront bien traités en égard à la bravoure de leur chef.

Cette fin de vie, digne d’un chevalier du Moyen Âge, d’un preux, surprendra et Plélo deviendra le symbole de l’opiniâtreté et du courage, du dévouement bretons. Le 23 mars 1751, Madame de Graffigny en bonne Lorraine admire également dans l’homme l’écrivain et elle écrit à un ami que l’abbé Turgot vient de lui apporter une épître en vers de M. de Plélo « qui est la plus jolie chose que j’aye vue de ma vie. Elle est fort au-dessus du Voiage de Chapelle  (Il s’agit d’une lettre écrite à Schottzbourg le 19 août 1732 au Chevalier de La Vieuville, dont les copies, vingt ans après la mort de Plélo circulaient dans les salons).

L’aventure de Plélo, racontée par Voltaire (Siècle de Louis XIV, chapitre XXIII ; Précis du Siècle de Louis XV), servira à l’édification de la jeunesse : on la retrouve par exemple dans les Lectures morales ou nouvelle morale en actions, à l’usage des écoles primaires (1903) :

L’empereur d’Allemagne, uni avec la Russie, était sûr du succès. Il eût fallu, pour tenir la balance égale, que la France eût envoyée par mer une nombreuse armée : mais l’Angleterre n’aurait pas vu ces préparatifs immenses, sans se déclarer. Le cardinal de Fleury, qui ménageait l’Angleterre, ne voulut ni avoir la honte d’abandonner entièrement le roi Stanislas, ni hasarder de grandes forces pour le secourir. Il fit partir une escadre avec quinze cents hommes, commandée par un brigadier. cet officier ne crut pas que sa commission fût sérieuse : il jugea, quand il fut près de Dantzig, qu’il sacrifierait sans fruit ses soldats ; & il alla relâcher en Danemark. Le comte de Plélo, ambassadeur de France auprès du roi de Danemark, vit avec indignation cette retraite, qui lui paraissait humiliante. C’était un jeune homme, qui joignait à l’étude des belles-lettres & de la philosophie des sentiments héroïques, dignes d’une meilleure fortune. Il résolut de secourir Dantzig contre une armée avec cette petite troupe, ou d’y périr. Il écrivit, avant de s’embarquer, une lettre à l’un des secrétaires d’état, laquelle finissait par ces mots : « […] je suis sûr que je n’en reviendrai pas ; je vous recommande ma femme & mes enfants. » il arriva à la rade de Dantzig, débarqua & attaqua l’armée russe ; il y périt percé de coups, comme il l’avait prévu ; & ce qui ne fut pas tué de sa troupe, fut prisonnier de guerre. Sa lettre arriva avec la nouvelle de sa mort. Dantzig fut pris ; l’ambassadeur de France auprès de la Pologne, qui était dans cette place, fut prisonnier de guerre, malgré les privilèges de son caractère. Le roi Stanislas n’échappa qu’à travers beaucoup de dangers & à la faveur de plus d’un déguisement, après avoir vu sa tête mise à prix par le général des Moscovites, dans un pays libre, dans sa propre patrie, au milieu de la nation qui l’avait élu suivant toutes les lois.

 

Chateaubriand rappelle pour sa part que son père participa à l’expédition :

 

« La petite république malouine soutenait seule alors sur la mer l’honneur du pavillon français. La goélette (sur laquelle navigue son père) rejoignit la flotte que le cardinal de Fleury envoyait au secours de Stanislas, assiégé dans Dantzick par les Russes. Mon père mit pied à terre et se trouva au mémorable combat que quinze cents Français commandés par le brave Breton, de Bréhan comte de Plélo, livrèrent, le 29 mai 1734 à quarante mille Moscovites, commandés par Munich. De Bréhan, diplomate, guerrier et poète, fut tué et mon père blessé deux fois. (Mémoires d’Outre-tombe, I, 1)

 

Éléments de bibliographie

 

Argenson, Charles-Marc-René de Voyer de Paulmy (marquis d'), Mémoires du marquis d'Argenson, ministre sous Louis XV, Paris, 1825, p. 269 et suivantes.

Carrer, Philippe, Louis de Plélo, une folle entreprise au siècle des Lumières, Spézet, 1996.

Estrées, Paul d’, Callet, Albert, Une grande dame à la Cour de Louis XV : la Duchesse d’Aiguillon (1726-1796), Paris, 1912.

Frostin, Charles,« Le comte de Plélo (1699-1734), gentilhomme breton du siècle des Lumières », in : Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, Année 1999, Volume 106, Numéro 2,  pp. 33-49.

Rathery, E.-J.-B., Le Comte de Plélo, Paris, 1876 (Pour la lettre citée plus haut voir pages 151-152)

Nota : il existe à la Bibliothèque de l’Institut le manuscrit d’une comédie héroïque de Léon Dufeu : Plélo (3 actes en vers).

    

 



[1] Charles-Louis-Marie de Coskaer, Comte de La Vieuville, Mémoires ou »Réflexions sur moi-même, et sur les différentes circonstances où je me suis trouvé dans ma vie« & »Lettres à Mme … sur mon voyage en Hollande«. »Pensées libres sur différents sujets«, édition établie et annotée par Catherine Hémon-Fabre et Pierre-Eugène Leroy. Préface de Marc Fumaroli, Paris (Honoré Champion) 2007. La lettre-poème de Plélo à Vieuville dont il sera question plus loin se trouve aux pages 321-334.

[2] Certains de ses poèmes se trouvent dans Élite de poésies fugitives (1769) et dans Recueil des meilleurs contes en vers (1774-1784) ainsi que dans divers journaux.


 

 









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Le CHB-KIB s'exprime

Le CHB-KIB remercie Construire la Bretagne pour son article à son sujet

« L’histoire n’est pas derrière nous, elle est sous nos pieds ». Fondé en octobre 2012 et présidé par Frédéric Morvan, le Centre d’Histoire de Bretagne / Kreizenn Istor Breizh est une association dont l’objectif est de proposer des contenus, d’être un intermédiaire et d’aider dans différents registres à la diffusion de l’histoire bretonne. L’association produit ainsi de manière directe plusieurs études, Lire la suite ICI

François Labbé répond aux inspecteurs

 

L’Histoire de la Bretagne

 

Un inspecteur est seulement un minuscule engrenage perdu dans la grande machine de l’EN, un adjudant ! Le petit doigt sur la couture du pantalon, il « transmet » et fait appliquer ce qui vient d’ « en haut ». En bon fonctionnaire, il fonctionne comme ON le veut. Il a pu devenir IPR par idéalisme (imaginant pouvoir faire passer un message), pour échapper aux élèves ou pour satisfaire à ses pulsions autoritaires, son désir d’être un petit chef... Il fait une « carrière » en attendant (peut-être) de devenir inspecteur général et d’approcher ainsi la sphère du pouvoir, le saint des saints...

 

La voix de son maître se fait entendre dans cette lettre :  à des questions bien précises sur la réalité et la nécessité d’enseigner l’histoire de la Bretagne, les inspecteurs répliquent en utilisant la langue de bois traditionnelle dans ce genre de « dialogue » : hors du « programme, point de salut ! Mais à l’intérieur de ce programme (qui ne fait aucune place dans le cas qui nous intéresse à l’histoire de la Bretagne), le professeur est « libre » de sa démarche et de ses exemples ! Une liberté surveillée, en quelque sorte. L’histoire de la Bretagne devient un aimable accessoire simplement destiné à illustrer, enjoliver le « programme » : Ils (les enseignants) peuvent donc bien évidemment prendre des exemples dans le cadre breton tant en histoire qu’en géographie, non dans une perspective d’histoire ou de géographie locales ou régionales, mais pour concrétiser les phénomènes et les notions qu’ils abordent [...] Et, au cas où le lecteur n’aurait pas compris, on répète cette injonction du « point de salut hors des programmes » :  Il ne s’agit toutefois pas d’«enseigner l’histoire de la Bretagne », mais bien de mobiliser des repères ou des exemples en vue de construire les apprentissages attendus dans le cadre des programmes nationaux.

Les choses sont claires : aux demandes elles aussi claires du CHB, l’habituelle fin de non-recevoir !  La fameuse « liberté pédagogique » dont il est ensuite question est du même acabit et la (énième) réforme des collèges aussi (je signalerais d’ailleurs le coup porté aux enseignements bilingues !).

Il faudrait peut-être un jour changer de mode de communication, Messieurs les inspecteurs ! Vous n’avez plus en face de vous des enseignants timorés qui attendraient tout de votre grâce, une progression de carrière ou une mutation plus rapide. Ils espèrent autre chose de vos compétences : une aide, un soutien, une véritable écoute, et d’abord  que vous fassiez bouger la Machine, que vous-mêmes cessiez de vous comprendre comme des courroies de transmission trop dociles. Choisir de devenir « inspecteur » devrait répondre à des projets personnels qui transcendent le simple désir de carrière ou de fuir la classe. Il faudrait songer à écouter la piétaille, à coopérer avec elle pour faire évoluer le jurassic-parc de la rue de Grenelle. Ancien proviseur d’un lycée franco-allemand où j’ai dû beaucoup ferrailler avec la Direction des lycées et le Ministère n’arrivant pas à comprendre qu’on peut positivement évoluer hors d’une prétendue doxa franco-française, hors du carcan national. Mais j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer un inspecteur d’histoire courageux qui a défendu avec pugnacité la cause du bilinguisme et qui ne se contentait pas de dire « le programme, mon programme » comme Harpagon « ma cassette, ma cassette » ! Hélas, il était bien seul et la Belle au bois dormant du Ministère est rétive aux princes charmants ! À la fin du XVIIIe siècle, un pédagogue et dictionnairiste de talent (oublié par la culture officielle), Jean-Charles Laveaux, affirmait que le mal qui rongeait l’école et la pédagogie était la routine et que c’était contre cette routine qu’il fallait se battre car elle était une sorte de rouille qui paralysait, ankylosait d’ailleurs les grands corps de l’État. Les choses n’ont pas vraiment changé, hélas ! À nous de continuer de réclamer.  Et d’espérer !

F. Labbé, agrégé, Docteur ès lettres...

PS. Ceci dit, ne faisons pas la fine bouche : Messieurs les inspecteurs autorisent tout de même quelque chose d’important : [...], concernant un EPI portant la thématique « langues et cultures régionales », il n’est nullement obligatoire de le dispenser dans une langue régionale, [...] . Ceci revient à dire que si ce n’est pas obligatoire, c’est permis : donc pas d’hésitation, si on  le peut, en gallo ou en breton  l’EPI !