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Chronique littéraire de la Bretagne et des Bretons par François Labbé : François Duine, clerus dolensis en quête de vérité

Dans mon enfance, ma mère m’envoyait chaque semaine au bureau de tabac de l’avenue du Cimetière de l’Est à Rennes pour aller chercher ses Bonnes soirées. Je passais par un raccourci qui me permettait de grimper sur un mur et de jouer les équilibristes. Cette ruelle sombre et délaissée, abandonnée aux « mauvaises herbes », avait pour nom « rue François Duine », François, comme moi. Ce Monsieur Duine, mort à 54 ans (ce que je trouvais bien âgé) m’était ainsi sympathique, et sa rue, presque toujours vide était ma rue...

 

François Duine est né à Dol-de-Bretagne le 8 mai 1870 dans une famille modeste puisque son père (né à Pleine-Fougères) était journalier et que sa mère, originaire de Baguer-Pican, exerçait le dur métier de blanchisseuse. Il sera élève du collège de Dol, puis entrera au petit séminaire de St Méen-le-Grand, et au grand séminaire de Rennes à partir d’août 1887. Comme Zola, il n’obtiendra pas le baccalauréat. Il faut davantage y voir la preuve d’une personnalité forte que d’insuffisances : ses maîtres lui reprocheront ainsi un caractère frondeur et le goût du paradoxe. Nous dirions de nos jours qu’il avait un esprit critique, une qualité qui lui restera toute sa vie et qui n’était pas forcément demandée ni aux candidats à cet examen ni au prêtre de l’Oratoire qu’il deviendra. En 1893, après son ordination, il intègre en effet cette congrégation réputée. Depuis quelque temps déjà il s’intéresse à ce que nous appellerions aujourd’hui les cultures régionales. Ces recherches le mettent en relation avec sa voisine de Saint-Suliac, Elvire de Preissac, comtesse de Cerny (1818-1899), alors la doyenne des écrivains de Bretagne et folkloriste passionnée. À Pâques 1893, il lui rend visite et préface ses Contes et Légendes de Bretagne, après les avoir annotés et corrigés. C’est par l’intermédiaire de cette dame alors fort âgée qu’il entrera en contact avec quelques membres des milieux scientifiques et littéraires de Paris et qu’il pourra commencer sa carrière hors de Bretagne.

Il est nommé professeur au collège de Saint-Lô de 1894 à 1898 puis au prestigieux collège de Juilly, le collège de La Fontaine et de Montesquieu, de 1898 à 1901.

À partir du 17 février 1902, il devient, à sa demande, vicaire au bourg de Guipel, en Ille-et-Vilaine. Il y passe un peu plus de deux années difficiles, car ce jeune prêtre qui a fréquenté des milieux prestigieux, qui s’intéresse à la recherche historique, qui écrit, a du mal à intégrer complètement une situation qu’il a certes désirée dans cette paroisse rurale, mais ou lire est compris comme une « marque de peu de bon sens ». Il confiera dans son journal sa difficulté à vivre : « Je me cache d’aimer les livres […]. C’est un péché », écrit-il alors à un ami. Lorsqu’il rencontre des prêtres semblant se vouer comme lui à l’étude et aux livres, il est vite déçu par leurs méthodes, leur conception « ecclésiastique » d’une recherche qui s’incline sans question devant le dogme. Cette solitude intellectuelle l’amènera près de ce qu’on appelait alors la « neurasthénie », une dépression qui ne laisse pas sa santé physique intacte et, en haut lieu, on comprend que ce jeune homme n’est peut-être pas fait pour végéter dans sa paroisse. Pourtant, au cours de ces mois pénibles, il n’abandonne pas les travaux qu’il poursuit depuis plusieurs années déjà et recueille le patois, les légendes, l’histoire de Guipel et de son canton.

En septembre 1904, il est donc nommé quatrième vicaire de Saint-Martin de Vitré, la patrie de La Borderie. Il y trouve évidemment de meilleures conditions de vie, des relations plus enrichissantes et un milieu plus propice à ses penchants. Il dispose également de davantage de temps pour ses travaux et peut le faire au grand jour.

Le 10 novembre 1906, poussé par des amis universitaires, il devient aumônier des lycées de garçons et de filles de Rennes, une situation qui lui permet d’être à la fois le prêtre qu’il souhaite demeurer et le pédagogue qu’il n’a jamais cessé d’être. En même temps, ce poste est à la jointure de l’Université et de l’Église, à une époque – celle de la « Séparation » – où les rapports entre ces deux institutions sont certes plus que tendus, mais cette situation lui permet d’assumer pleinement les différentes facettes de sa personnalité : le chercheur rigoureux, l’historien méthodique, le partisan d’une vraie tolérance, de l’ouverture d’esprit et l’homme de foi. Il se trace d’emblée un itinéraire précis et humaniste : « Aimer mon siècle pour faire aimer l’Église ». Son œuvre est d’ailleurs marquée de succès : il fréquente les milieux universitaires, s’y fait de nombreux amis et, alors qu’à son arrivée les lycées ne comptaient que 13 communiants, sans rien exiger, il en présente bientôt 73 ! Il rédige de petits manuels pour les enfants du catéchisme, qui rompent avec les habitudes et la routine ennuyeuse comme son Petit manuel du jeune pénitent (1908) et son Petit traité des passions (1913). Son désir est d’« écrire un livre de piété pas bête, très intéressant, capable de faire réfléchir les jeunes gens au goût d’une vie morale intense. » À côté de ses activités « professionnelles », ce clerus dolensis comme il affectait de se nommer lui-même, il est comme ses ancêtres les clercs du Moyen Âge, un savant, un érudit qui sacrifie tous les instants qu’il a de libres à la recherche et à l’étude. Il n’accorde aucune importance à l’aspect matériel de l’existence et mène une vie d’ascète, ce qui lui sera en partie fatal, ses dernières années étant marquées par de graves ennuis de santé : le cœur, les rhumatismes, l’angoisse de la cécité…

À son retour en Bretagne, il a choisi de publier sous le nom d’Henri de Kerbeuzec, une manière de ne pas se mettre en avant face à sa hiérarchie ou à ses paroissiens. Une seconde identité aussi : le double du prêtre, le chercheur, est décidément breton (aristocrate !) et « laïc » !

Particulièrement attentif à l’histoire sous toutes ses formes (économique, religieuse, religieuse, politique…), avec comme point d’ancrage la Haute Bretagne, il s’intéresse au folklore breton, particulièrement à celui de la région de Dol « D’une manière habituelle, écrivait-il, je prends le mot folklore pour désigner les récits oraux du peuple et le mot tradition pour désigner les récits écrits des clercs. Mais le folklore dérive parfois de la tradition, et la tradition ne fut souvent, à l’origine, que du folklore. » (Inventaire liturgique de l’Hagiographie Bretonne, H. Champion — Paris – 1922). Il collecte et recueille les légendes se rapportant aux saints bretons comme saint Samson ou saint Pol et apporte des vues très modernes sur l’hagiographie. Il étudie les généraux des paroisses, les bréviaires et les missels des abbayes et des églises de Bretagne. Il consacre deux monographies à Guipel, « fouine » dans les dépôts d’archives pour y découvrir des documents inédits et publie des lettres inconnues de Bretons célèbres comme Duclos, Chateaubriand, Lamennais… Il éclaire la pensée et l’action de ce dernier dans des ouvrages brillants. Il consacre une biographie à un évêque de Dol, prédécesseur de Bossuet (nommé évêque de Dol en 1693). Il écrit sur le schisme breton et la métropole de Bretagne, et consacre un gros ouvrage à sa ville natale, des origines à 1789. C’est surtout de 1906 à sa mort qu’il donne la mesure de ses talents. Il se prive de tout pour passer ses « vacances » à la Bibliothèque Nationale ou au British Museum, et y étancher sa soif de documents authentiques. Parallèlement, il publie des études littéraires. Quand il mourra, il laissera quantité de projets et de manuscrits inachevés sur Chateaubriand, sur Renan, sur les cantiques d’Armorique. Tout au long de sa vie, il cultivera aussi une passion particulière pour l’archéologie.

Cette curiosité pour tous les aspects de la pensée a été résumée par Georges Dottin : « Ce qui étonne le plus, dans ce prodigieux labeur, c’est que le même homme ait été capable, avec la même perfection, de recueillir des chants populaires, de dresser de scrupuleuses et abondantes bibliographies et d’écrire avec art de pénétrantes études littéraires. Tout atteste chez lui une culture générale peu commune ».

 

Ce qui le distingue particulièrement, c’est le culte qu’il voue à la vérité et, de cette vérité, il pense en approcher par la découverte du document original, par son exégèse, par les recoupements qui permettront de vérifier telle ou telle assertion.

Son travail est salué par les universitaires les plus réputés. Georges Dottin est son ami ; en 1918, B. Pocquet du Haut-Jussé lui rend hommage dans son compte rendu d’Histoire féodale des marais, territoire et église de Dol. Enquête par tourbe ordonnée par Henri II, roi d’Angleterre (Bibliothèque de l’École des Chartes). Ce texte latin devait être publié avec bibliographie, traduction et notes par Jean Allenou, un autre ami de F. Duine. Il le sera par ce dernier auquel Jean Allenou a légué ses notes avant de décéder (Paris, Champion 1917). B. Pocquet du Haut-Jussé le félicitera d’avoir réalisé le vœu de La Borderie en 1862 réclamant une édition critique de cette Enquête et il ajoutera : « Ce travail de Messieurs Allenou et Duine est, en un mot, excellent et il peut être proposé pour modèle aux jeunes chercheurs bretons. »

 

Enfin, ce prêtre était un adepte de la liberté intellectuelle. Pendant la guerre, ses supérieurs lui interdiront de continuer à publier ses travaux : persuadé avec raison de la nécessité scientifique de son travail, il publiera tout de même en se servant à nouveau de pseudonymes.

Sa bibliographie compte plus de 320 articles et ouvrages publiés !

Il s’éteint prématurément usé, le 5 décembre 1924. Un imposant cortège universitaire suivra son enterrement en l’église Saint-Hélier de Rennes.

Georges Dottin, dans l’hommage qu’il lui rendit dans les Annales de Bretagne au lendemain de son décès, rappelait qu’il n’y avait quasiment pas de numéro des Annales qui soit paru depuis le tome XII (1897) sans une ou plusieurs contributions de François Duine, celles-ci commençant par des recherches sur le patois et les chansons du pays dolois.

 

On se reportera pour avoir une vision complète de la vie intellectuelle et de la personnalité de François Duine à ses Souvenirs et observations édités par Bernard Heudré aux P.U.R. (2009), ce livre découvert à Bécherel et qui m’a donné envie de connaître davantage cet auteur, même si se procurer ses livres ou articles n’est pas toujours aisé.

 


Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : la diversité sociale des Bretons.

Lorsque l’on parle de l’histoire sociale de la Bretagne et des Bretons, on a l’impression qu’il y a deux parties : les riches, voire les très riches, et les pauvres, voire les très pauvres. Cette impression provient de ce XIXe, siècle vraiment maudit pour la Bretagne et sa population, où le territoire comme ses habitants ont connu en masse une profonde misère et l’émigration En fait, c’est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.

Commençons par les plus riches. Je les aime bien car c’est assez facile de les étudier tant nous disposons de documents à leur sujet. Et puis, ils sont partout et détiennent le pouvoir social, politique, militaire, économique, culturel, religieux. Bref, tous les pouvoirs… Au sommet, nos ducs de Bretagne, parmi les plus riches princes de l’Occident chrétien. Le duc Jean II, à sa mort en 1305, était richissime : il disposait d’un Domaine ducal reconstitué par son père et son grand-père, avec 80 châteaux de pierre rien qu’en Bretagne, plus 8 dans le Perche, deux demeures à Paris, plus des fiefs en Picardie, des revenus sur les foires de Champagne et sur le Trésor royal de Normandie et… l’énorme honneur de Richmond, troisième ensemble foncier d’Angleterre, avec plus de 250 manoirs et 3 châteaux forts énormes (Richmond et Bolton). Il avait même une partie de la ville de Cambridge et une demeure bien sûr à Londres. A sa mort, on trouva dans ses chambres, à Ploërmel, à Suscinio, à Nantes, des coffres bourrés d’or. Son testament écrit tout petit (il faut une loupe) fait un mètre carré. On sait qu’Anne de Bretagne était très riche et dépensait sans compter. C’est avec ses bijoux que son gendre guère aimé par elle, le roi François Ier, constitua les premiers Joyaux de la Couronne de France. La féodalité bretonne ne fut pas en reste. L’archevêque puis évêque de Dol était l’un des prélats les plus riches de l’Occident chrétien. Ses domaines allaient jusqu’à Flandre. Nombre d’abbayes bretonnes avaient des biens en Angleterre et possédaient les très lucratives îles bretonnes. Landévennec possédait une grande partie de la presqu’île de Crozon. Sainte-Croix de Quimperlé avait Groix.

Dans la féodalité puis aristocratie bretonne et même au-delà de la Bretagne, ce fut constamment et jusqu’à une date assez récente la chasse aux riches héritières bretonnes et Dieu sait qu’il y en a eu beaucoup. Les guerres et les maladies ont provoqué des phénomènes d’entonnoir : 4 familles à la fin du Moyen Age concentraient entre leurs mains plus de biens que le duc lui-même : Rohan, Rieux, Kergorlay (Montfort), Laval-Vitré. Il est donc normal que depuis la chute de Pierre Landais en 1485 ils avaient plein pouvoir. Le roi François Ier dès son avènement s’appuya sur eux ; ils étaient tous ses proches cousins. Le roi disait mon oncle au maréchal de Rieux, ancien tuteur d’Anne de Bretagne. Normal la grand-mère paternelle du roi était une Rohan. Les rois de France marièrent leurs favoris aux riches héritières de la féodalité bretonne : Richelieu eut le droit de marier son neveu et héritier à la baronne de Rostrenen et de Pont-L’Abbé, le duc de Rochechouart épousa la comtesse de Laval et baronne de Vitré, et dame de dizaines de fiefs bretons. Le top fut le mariage en 1645 d’Henri de Chabot, noble poitevin, avec la duchesse de Rohan, princesse de Léon, comtesse de Porhoët, marquise de Blain et de La Garnache. La vie à la Cour royale coutait très cher et beaucoup s’y ruinèrent. Le duc de Brissac, très grand seigneur en Bretagne, vendit une à une ses terres et châteaux. Le prince de Rohan-Guéméné créa une banque, acheta les riches marquisats de Carman et du Chastel (allant de Plouescat à Recouvrance) et fit en 1682 faillite, ruinant bon nombre de Brestois. Mais rassurez-vous, le prince ne fut guère ruiné, Louis XVI épongea ses dettes en rachetant à prix d’or ces deux marquisats. Après la Révolution, ses descendants, les princes de Rohan, qui s’étaient installés en Autriche et en Bohême pendant la Révolution, vendirent Guéméné et autres lieux et purent faire construire le château de Sychrow (République tchèque actuelle) et acheter 12 000 hectares de terre. Il est vrai qu’il avait aussi vendu les biens qu’ils avaient hérités des La Tour d’Auvergne, comte d’Auvergne, d’Evreux, et surtout ducs souverains de Bouillon. J’ai eu l’occasion de voir à la mairie de Guéméné les trois gros volumes contenant la liste des biens qui furent vendus rien que pour la principauté de Guéméné.

Ces biens furent vendus à de nouveaux arrivants, qui avaient fait fortune dans le commerce, dans la justice, dans l’exploitation plus raisonnée des terres, mais aussi dans la guerre : ce sont bien sûr ces messieurs de Saint-Malo (à leur tête les richissimes Magon) et de Nantes qui construisirent les Malouinières et les hôtels particuliers de Nantes ; ce sont aussi ces familles parlementaires (Robien, La Bourdonnaye, Lorgeril, Boisgelin, Marboeuf, etc) qui édifièrent de somptueuses demeures dans les styles de l’époque. Plus ils montaient, plus ils se fermaient. Il était inévitable qu’ils se heurtent à des nouveaux arrivants, qui firent la Révolution… Française, tel Isaac Le Chapelier ou Lanjuinais, tous les deux présidents de l’Assemblée constituante en 1789. Mais si Le Chapelier finit sur l’échafaud, Lanjuinais devint comte par la grâce de Louis XVIII. Si la Révolution avait permis aux très gros fermiers, aux notaires de profiter de la vente massive des Biens nationaux, surtout ceux de l’Eglise, il est clair que la Restauration permit à beaucoup d’aristocrates émigrés pendant cette Révolution de voir leurs fortunes rétablies. La noblesse construisit au XIXe siècle plus de 300 châteaux et en restaura le double. Les indemnités du milliard des émigrés aidèrent considérablement. A Paris, les nobles bretons édifièrent plus d’une centaine d’hôtels particuliers. Comme la terre était devenue la seule source de richesse en Bretagne, les grands propriétaires tenaient le haut du pavé et étaient pour les plus considérables députés et présidents de Conseil départemental. C’est l’époque des notables. C’est l’ère de ce que je nomme la Bretagne des marquis : Montaigu, Kerouartz, Ferronnays, Kernier, Juigné, disposant de plusieurs châteaux et de milliers d’hectares. Le top était bien sûr les ducs de Rohan – jusqu’à peu il y a toujours eu un Rohan sur les bancs de l’Assemblée nationale - mais aussi les marquis de Talhouët, héritiers du comte Roy, richissime ministre des finances de Louis XVIII. Les nobles recherchaient les riches héritières et la bourgeoisie aisée, carrément très aisée, vivaient noblement. Les Levesque, descendants de l’industriel, armateur et maire de Nantes, chassaient dans leurs immenses forêts (dont la forêt de Paimpont, encore récemment ils devaient être les plus grands propriétaires terriens de Bretagne après l’Etat et l’Armée). On connaît peu l’étendue des fortunes des industriels, armateurs et grands commerçants bretons, ce que l’on nomme la grande bourgeoisie. Il y a peu d’études sur le sujet...   

Face aux riches, il y a bien sûr les pauvres. Et Dieu sait qu’il y en a eu beaucoup en Bretagne. En fait, on les connait bien et mal. Bien, au Moyen Age, ils sont très souvent cités dans les testaments des riches, ducs et grands seigneurs (ces testaments sont parmi les plus importants de l’histoire de France), car pour le salut de son âme, on donnait beaucoup aux pauvres, surtout à partir du XIIIe siècle avec le développement des Ordres mendiants (surtout les Franciscains et les Dominicains), répondant ainsi à une des plus célèbres Béatitudes divines : « Heureux les pauvres… ».  On les connait mal car ils ne sont cités qu’à travers les dons des riches et les études sont bien maigres.

La documentation sur eux est abondante surtout pour les époques modernes et contemporaines. Regardons du côté de ce XIXe siècle : la pauvreté y fut tellement abondante et extrême que les Bretons et les Bretonnes émigrèrent par centaines de milliers, migrations internes, des campagnes vers les villes bretonnes - des Finistériens arrivèrent à Nantes où leur pauvreté dégouta bon nombre de Nantais -, migrations externes, vers Paris, vers les ports du Havre, de Boulogne, de La Rochelle, vers le Périgord ou vers l’Anjou, mais aussi vers l’étranger, le Canada, les Etats-Unis (les habitants de Gourin et de sa région).

Les ouvriers agricoles plus qu’ailleurs se comptaient par centaines de milliers. On louait sa force de travail car le lopin de terre hérité– souvent on disposait de moins d’un hectare de terre – ne suffisait pas à nourrir la famille. On travaillait pour les plus gros propriétaires fonciers qui avaient besoin de main d’œuvre jusqu’à l’arrivée de la mécanisation. Les domestiques, travaillant en ville comme à la campagne, étaient dans le Finistère en 1893 plus de 67 000 et dans les Côtes-du-Nord près de 57 000. Ils possédaient quelques affaires et surtout le couteau et la cuillère en bois. Un serviteur qui ne la raccrochait pas au porte-cuillère mentionnait ainsi son intention de quitter la ferme. Pour les plus pauvres, les mendiants, ce que l’on appelait pudiquement les indigents les chiffres sont hallucinants : en 1872, près de 50 000 dans les Côtes-du-Nord, dont 4 000 à Saint-Brieuc et 3 000 à Guingamp. Heureusement, la solidarité est là.  Il était extrêmement mal vu de renvoyer un pauvre quémandant aux portes, sans lui avoir donné un peu la soupe, de la farine, des pommes de terre. Charité chrétienne bien sûr, mais aussi on pouvait sombrer si vite à son tour dans la misère. On faisait attention à tout et il ne faut pas rêver, le beurre et le bon vin étaient réservés aux plus riches. Avec la pression démographique et la mécanisation, les Bretons et les Bretonnes les plus pauvres partirent. Il est vrai qu’à Paris et dans les villes portuaires en plein essor, on pouvait trouver du travail. A Paris, les dizaines de milliers de Bretons furent les terrassiers du Métropolitain et du chemin de fer ou de simples ouvriers d’usine. Le sort de ces paysans (pour la plupart) ne fut guère enviable. Mal logés, mal nourris, mal payés car sans aucune formation professionnelle, parlant mal le français pour beaucoup, durs à la tâche, ils constituèrent une main d’œuvre à bon marché. Quant aux Bretonnes, beaucoup devinrent des bonnes et des nourrices ou sombrèrent dans la prostitution.

Les riches et les pauvres. C’est un peu réducteur, ne trouvez-vous pas ? Avec les années, les pauvres, à force de travail, d’économies, de luttes sociales et politiques, auraient vu leurs conditions d’existence s’améliorer grignotant la part des plus riches. Le suffrage universel et la mise en place des isoloirs obligatoires (1913) lors des votes auraient permis de mettre au pouvoir des élus plus proches du peuple, qui votèrent des lois aidant les plus pauvres. La Papauté se pencha aussi très sérieusement sur leurs sorts permettant que s’expriment à partir de la fin du XIXe siècle largement les abbés démocrates qui ont tant influencé les élites bretonnes. Tout cela est vrai bien sûr, comme il est vrai que les tueries de la Grande Guerre ont permis de réduire la pression démographique, que les départs de plus en plus massifs des Bretons, mieux éduqués vers les villes et surtout vers Paris après cette guerre et jusque dans les années 1960, ont permis d’augmenter considérablement la superficie des fermes. Néanmoins, on ne peut m’empêcher de penser qu’il a existé une couche intermédiaire, moyenne, médiane, peu importe, particulièrement puissante en Bretagne, qui en fait a commandé les communautés villageoises et paroissiales.

Si on remonte loin, on trouve en Bretagne de nombreux chevaliers, sans doute petits propriétaires terriens. On les reconnait au fait qu’ils sont fils de X, à la différence des autres qui ne sont cités que par leur prénom. On peut les trouver dans les centaines de documents d’avant le XIIIe siècle conservés aux archives des Côtes d’Armor. On estime qu’il y avait sans doute entre 3 ou 4 chevaliers par paroisse en Bretagne. Un chevalier à l’époque est surtout un homme qui peut se payer un cheval pour aller à la guerre. Cette situation perdura pendant très longtemps. Beaucoup d’entre eux, et bien d’autres, composeront durant les siècles suivants les armées de Du Guesclin, Olivier de Clisson et d’Arthur de Richemont, les trois connétables de France bretons durant la guerre de Cent ans. Ils revinrent des guerre enrichis et purent construire les fameux manoirs bretons, en fait des grosses fermes en pierre, avec quelques éléments décoratifs et surtout des éléments seigneuriaux, une tour, des hauts murs de pierre. Il y en a environ 15 000 en Bretagne. Au XVIIe et XVIIIe siècle, ils formèrent cette noblesse bretonne pauvre étudiée par Michel Nassiet, en fait pas si pauvre que cela surtout pour ceux qui surent bien se marier, et bien sûr pour ceux qui vivaient au bord de la mer. Certains vont connaître l’ascension sociale et d’autres la dégringolade, surtout pour les cadets. Pour ces derniers, ce sera pour éviter le pire la marine du Roi ou la prêtrise.

Les prêtres, recteurs, curés, vicaires, appartiennent à cette catégorie intermédiaire : ils furent respectés bien sûr et furent donc au sommet de la hiérarchie paroissiale. Devenir Recteur d’une paroisse pour un homme issu d’une famille de domestiques représentait une formidable ascension sociale. Religieux et religieuses étaient complétement intégrés à la société bretonne, sans doute plus qu’ailleurs. Il est vrai qu’ils pouvaient prétendre être les héritiers des saints britonniques qui avaient mise en place les structures sociale, politique et administratives après le VIe siècle.

J’ai découvert qu’au XIIIe siècle les agents ducaux étaient partout. Les ducs puis les rois de France ont employé de très nombreux fonctionnaires afin d’encadrer la Bretagne. On recourait très souvent aux notaires et on pouvait en trouver dans presque toutes les paroisses, comme aujourd’hui. Mais bien sûr, les gens importants tant en ville qu’en campagne étaient les aubergistes, surtout ceux qui tenaient leurs propres auberges, toujours à usage multiples, cabaret-quincaillerie, cabaret-tabac, cabaret-épicerie et cela pas uniquement au XIXe et au XXe, certainement bien avant aussi. Il y en avait partout, parfois plusieurs par hameau : 43 000 en 1914 contre 29 000 en 1872, soit une progression un peu plus rapide que la moyenne française.

Lorsqu’il fallait décider pour la paroisse, pour répartir les impôts que les seigneurs, les ducs, les rois, les Etats de Bretagne, réclamaient, pour recruter un maître d’école ou un des artisans pour rénover l’église, les plus importants paysans, ceux qui disposaient de fermes de plusieurs dizaines d’hectares, qui employaient des domestiques et des ouvriers agricoles, qui possédaient plusieurs bêtes, qui sur les côtes avaient ses grosses barques qui permettaient de caboter, avaient plus que leur mot à dire. On les reconnaissait à leurs habits, plus luxueux. Etaient-ils à la tête des révoltes antifiscales, surtout celles des Bonnets rouges ou du papier timbré en 1675 ? On peut le croire car rien ne pouvait se faire sans leur accord actif ou passif. Il est clair qu’ils ne pouvaient qu’être mécontents par ces augmentations constantes de la fiscalité royale. Il ne faut pas oublier que c’étaient eux qui payaient les impôts – les pauvres n’en payaient pas ou très peu – et lorsque les demandes des gouvernants, des princes, des prélats, des Etats de Bretagne, du roi de France, devenaient trop pressantes et bien c’était l’explosion. Néanmoins, il semblerait qu’ils n’aient pas été trop touchés par la répression menée par les troupes de Louis XIV. Il est vrai qu’il fallait les ménager. Après tout c’étaient eux qui payaient l’impôt, qui travaillaient pour permettre au roi de financer ses interminables guerres, la construction de ses châteaux, l’entretien de sa cour recevant plus de 15 000 personnes par jour. 

Une autre chose est à remarquer : ce sont eux qui ont bousculé les structures politiques existantes. N’oublions pas que ce fut  Guy  Le Guen de Kerangal (en fait il n’est pas noble du tout, Kerangal est le nom de sa mère et cela faisait mieux à Versailles lorsqu’il fut élu député des Etats-Généraux d’avoir une particule) qui prononça le fameux discours dans la nuit du 4 au 5 août 1789 qui entraina l’abolition des privilèges et donc la fin du système seigneurial et donc la fin de l’Ancien Régime, rien que cela. Ce Le Guen était un assez gros fermier de la région de Landivisiau.

Ce furent les membres de cette catégorie intermédiaire qui finirent par rejeter le conservatisme à la fin du XIXe République de nombre d’élus bretons, députés, conseillers généraux, nobles souvent, royalistes aussi, soutenus par les prélats, pour qui la République était « la gueuse ». En fait, ces couches intermédiaires comprirent que la République n’avait pas de si mauvais côtés : elle fournissait de l’instruction aux enfants, même si on préférait souvent envoyer les siens chez les religieux et religieuses ; elle donnait du travail au sein d’une armée et une marine dynamisées par l’expansion coloniale ; elle permettait, grâce aux concours ouverts à tous ou presque, d’obtenir des postes au sein d’une administration puissante ; bref la République signifia l’opportunité de progresser et bon nombre de Bretons et de Bretonnes surent saisir leur chance…  

Frédéric Morvan, tous droits réservés

Chronique de l’histoire littéraire de la Bretagne et des Bretons par François Labbé : François-René-Jean de Pommereul, ou comment un philosophe devient préfet.

François-René-Jean de Pommereul est né à Fougères en 1745. Il appartenait à une famille noble mais pauvre comme il en existait beaucoup en Bretagne. Jean Meyer comptait au minimum 25 000 personnes appartenant à la noblesse bretonne au début du XVIIIe siècle et il évoquait ces aristocrates « dépourvus de tous biens » et qui étaient incapables de payer le moindre impôt. Des villages comme Pordic ou Plouha comptaient alors respectivement 25 et 46 familles nobles, Plélo 16 !

Cette indigence relarive était le partage des Pommereul qui, sans être totalement démunis, n’avaient rien de commun avec la haute aristocratie de cour ou de parlement.

Il entre comme officier dans l’artillerie en 1765, ce qui est aussi un signe de son indigence : les régiments prestigieux, la cavalerie lui sont fermés, car il n’en a tout simplement pas les moyens. Cependant, il y fait une carrière plus qu’honorable. Après avoir participé au siège de Corfou, et à la campagne de Corse (1769) où il se distingue, il progresse rapidement dans la hiérarchie : un article de l’Encyclopédie méthodique (1784) portant sa signature, « Économie politique et diplomatique », le signale comme capitaine au Corps-Royal d’artillerie. Peu après, il parvient au rang de lieutenant-colonel. C’est vers cette époque qu’il est un des examinateurs du jeune Napoleone Buonaparte, à l’École militaire de Brienne.

En 1787, ses talents sont suffisamment avérés pour que ses supérieurs décident de l’envoyer à Naples afin d’y organiser l’artillerie. Sa mission satisfait et on lui décerne le grade de brigadier puis de maréchal de camp.

Toujours en poste dans le royaume de Naples au début de la Révolution, il y est oublié et sera considéré par mégarde comme émigré. Son épouse et son fils aîné seront d’ailleurs incarcérés et les quelques biens qu’il avait acquis vendus. Le roi de Naples veut le retenir à son service, mais il s’y refuse. Il effectue alors des traductions d’ouvrages scientifiques, s’intéresse à la médecine. Ne pouvant rentrer en France, la période de la Terreur passée, il se rend en 1796 à Florence et y dépose quelques réclamations auprès de l’envoyé de la république française. Pendant son séjour dans cette ville, il a l’occasion de rencontrer Bonaparte alors de passage. Ce dernier, retrouvant son ancien examinateur et surtout l’auteur d’une Histoire de la Corse qui l’a intéressé, lui aurait proposé de reprendre du service dans son armée, mais Pommereul ne croit pas devoir accepter et, ayant obtenu ce qu’il souhaite : sa radiation de la liste des émigrés, il se rend, muni de recommandations de Bonaparte, à Paris, où il est employé au comité central d’artillerie et parvient au grade de général de division. Mis à la réforme en 1798, il reste dans cette position jusqu’au retour de Bonaparte d’Égypte. À cette époque, il entre dans l’administration et, cet ancien général, apprécié du futur empereur, est nommé préfet du département d’Indre-et-Loire le 9 frimaire an IX. C’est dans cette fonction qu’il fait circuler un almanach dans lequel tous les noms des saints ont été remplacés par ceux des philosophes antiques et par des figures emblématiques. En même temps, il propage les listes d’athées publiées par Lalande, sur lesquelles il se fait gloire d’être un des premiers inscrits. Par esprit de dérision, il y avait même fait porter le nom de son compatriote, le cardinal de Boisgelin, un Rennais, qui était alors archevêque de Tours. L’affaire n’étant pas du goût de ce dernier, celui-ci réclame à plusieurs reprises l’éloignement d’un tel préfet goguenard de son diocèse, mais sans y parvenir. Ce n’est qu’après la disparition du cardinal que les plaintes des habitants relatives à l’utilisation de sommes considérables et exagérées pour la réfection de chaussées, amènent le déplacement de Pommereul. Ce changement, loin d’être une sanction, lui vaut au contraire une promotion, celle de préfet du département du Nord. Il reçoit même, quelques années après, le titre de conseiller d’État, puis celui de baron et, à partir du mois de janvier 1811, succédant à Portalis, obtient la direction générale de la librairie – la censure –, qu’il conservera jusqu’à la chute du gouvernement impérial. C’était là un poste de confiance puisqu’il régentait en quelque sorte l’opinion ! Aux ordres absolus de l’Empereur, il le suit lorsque celui-ci cherche à rendre la censure moins impopulaire. S’il fait preuve d’une certaine modération dans cet emploi, parfois, ses décisions peuvent apparaître comme arbitraires ou franchement ridicules quand on les extrait de leur contexte. Ainsi, un sieur Demar demande en janvier 1814 le dépôt de chansons et d’airs russes. Il le refuse et fait savoir au ministre de la police que ce n’est pas le moment « de nous présenter des airs russes. Notre musique avec ces barbares doit n’être que celle des canons et des fusils ». Il frappe aussi d’un impôt la réimpression des livres religieux ou de piété, fidèle à son anticléricalisme fondamental, espérant en outre, avec l’argent récolté, favoriser le marché du livre laïc. Dans la grande tradition des d’Argenson et des Malesherbes, il marquera toujours une certaine complaisance libérale et éclairée envers ses confrères de la République des Lettres et on s’adressera souvent à lui pour que la censure ne soit pas trop lourde.

Il est fait officier de la Légion d’honneur en 1812.

Nommé gouverneur de La Fère, le siège de l’école d’artillerie, il capitule en février devant les armées de la sixième coalition et se refugie en Bretagne. Puis il se présente en vain au gouvernement provisoire de Talleyrand pour recouvrer un emploi. Après le retour de Napoléon, il se flatte d’être plus heureux, mais ses espérances sont déçues par la décision du ministre Carnot, qui ne l’appréciait pas. Napoléon n’abandonne pourtant pas son protégé : il le fait entrer au Conseil d’État le 20 mars 1815, et il sera un des signataires de la délibération du 25 mars destinée à exclure les Bourbons du trône. D’autre part, il est envoyé dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin en qualité de commissaire extraordinaire auprès de la 5e division militaire avec mission de renouveler tous les membres de l’administration locale.

Il est compris, après le second retour du roi, dans l’ordonnance du 24 juillet, et se voit obligé de quitter la France par suite de la loi du 12 janvier 1816. D’abord exilé à Bruxelles, il lui est permis de rentrer en France dès 1819. Il meurt à Paris le 5 janvier 1823.

Cette carrière à la fois mouvementée et bien menée puisque cet aristocrate pauvre parvient à la fin de sa vie aux plus hauts échelons de l’État, ne l’a pas empêché de se livrer à sa passion : l’écriture. Il est l’auteur à la fois d’ouvrages originaux et d’une grande quantité de compilations, de traductions d’ouvrages scientifiques. Son Histoire de l’île de Corse, 1779, appréciée par Bonaparte d’autant plus que l’auteur y distingue la famille du futur empereur, aurait été rédigée dès 1770. Ce livre marque l’aboutissement de son expérience et de ses succès sur l’Île de Beauté, alors que l’ouvrage de Rousseau (1763) est encore présent à toutes les mémoires. Il connaît un certain succès et on le trouvera longtemps supérieur à An account upon Corsica de James Boswell, publié dès 1768, même si on reconnaît qu’il est écrit dans un esprit tout différent. Pommereul est très admiratif de la résistance corse opposée à la tyrannie génoise. Il s’attache à faire connaître tous les aspects de la réalité corse, des plus glorieux aux plus critiquables et, à partir de cette analyse, il trace les perspectives de l’avenir de l’île dans le cadre de la paix française. Son travail est d’une assez grande objectivité et ses idées sont celles d’un homme des Lumières favorable à une monarchie réformiste : contre le règne de la multitude, pour un modernisme guidé par les principes physiocratiques, pour l’intégration de la Corse et des Corses, progressivement, à la « patrie du genre humain », la France. Il dénonce aussi les dessous probables de la politique de Paoli et fait l’éloge au contraire de familles influentes comme celle des Bonaparte. On comprend que l’Empereur ait désiré se l’attacher. En 1767, il avait traduit Saverio Bettinelli, un littérateur italien, ami et correspondant de Voltaire, qui dans ses Lettere Virgiliane s’attaquait en particulier au génie de Dante (Lettre sur la littérature et la poésie italiennes).

 

Ses Recherches sur l’origine de l’esclavage religieux et politique du peuple en France, 1781 l’inscrivent dans la lignée des penseurs sinon athées au moins anticléricaux. On peut imaginer qu’il a lu les livres de d’Holbach, d’Helvétius. Son livre se place dans les prolongements de cette querelle qui vient de reprendre entre les philosophes et l’Église depuis le supplice du chevalier de La Barre. L’Examen critique des apologistes de la religion chrétienne a relancé un débat qui mêlait les thèses déistes ou théistes, panthéistes et athées. D’Holbach y fait la synthèse de tous ces écrits et oriente la réflexion dans une perspective radicalement matérialiste. Il discute en outre les preuves de la révélation et condamne la politique temporelle des papes, selon lui responsables au premier chef d’une théorie ininterrompue de guerres et d’asservissement des populations. Son Système de la Nature, véritable bible du matérialisme français, paraît alors et réduit l’univers à un gigantesque mécanisme exclusivement déterminé par la matière, dont le mouvement est réglé par la causalité. L’ordre du monde n’a pas besoin de divinité : il obéit à l’essence des choses. Seules la peur et l’ignorance ont engendré l’idée d’un dieu. La religion n’est qu’un astucieux montage entièrement au bénéfice du clergé et des princes, qui appuient leur pouvoir sur elle. Ces idées nourrissent les Recherches de Pommereul, dont l’ouvrage sera plus d’un demi-siècle une référence dans les milieux philosophiques et connaîtra de nombreuses rééditions. Il donnera dans le même sens, en 1786, des Étrennes au clergé de France, ou Explication d’un des plus grands mystères de l’Église, un ouvrage qui motivera sa proscription au retour des Bourbons !

En 1783, il avait publié le Manuel d’Épictète, précédé des réflexions sur ce philosophe et sur la morale des stoïciens, ainsi que des Réflexions sur l’Histoire des Russes.

Il s’intéresse à tout en vrai philosophe : aux travaux publics, à la minéralogie, à la politique et l’histoire, à la médecine (Des chemins et des moyens les moins onéreux au peuple et à l’État de les construire et de les entretenir, 1781 ; Observations sur le droit de passe, proposé pour subvenir à la confection des chemins, 1796 ; Vues générales sur l’Italie et Malte dans leurs rapports politiques avec la république française, et sur les limites de la France à la rive droite du Rhin, 1797 ; Campagne du général Bonaparte en Italie, 1797), aux beaux-arts, à l’archéologie (L’Art de voir dans les beaux-arts de Milizia, traduit de l’italien, 1798 ; Mémoire sur les funérailles et les sépultures, 1801 ; Essai sur l’histoire de l’architecture, précédé d’observations sur le beau, le goût et les beaux-arts, extraits et traduits de Milizia, La Haye, 1819).

Poète à ses heures, il imite le sulfureux et caustique Martial et donne ses œuvres dans différentes revues, participe au Dictionnaire géographique et historique de Bretagne d’Ogée, à l’Encyclopédie Méthodique (droit et politique, économie), au Dictionnaire des sciences morales, économiques et diplomatiques de Robinet, à la Clef du cabinet des souverains… Il correspond avec Chateaubriand, Balzac…

Il est un de ceux qui considèrent qu’un culte est nécessaire pour fournir aux citoyens les bases d’une morale publique, nécessaire à la préservation de l’idée républicaine.
Ce besoin d’une nouvelle religion qui s’était fait sentir dès les difficultés rencontrées par la Constitution civile du clergé, en 1791 et qui avait donné lieu à plusieurs tentatives dans ce sens, se renforce après le 9 Thermidor : un renouveau de la religiosité se fait sentir, les églises se remplissent à nouveau, de nombreux prêtres réfractaires rentrent en France, une floraison de nouvelles religions comme la religion naturelle du club du Panthéon, le culte des adorateurs de Daubermesnil, ou le culte social de Benoist-Lamothe dont parle l’abbé Grégoire dans son Histoire des sectes se développent.

Le franc-maçon Jean-Baptiste Chemin-Dupontès (1760-1852), publie le Manuel des théoanthropophiles dans lequel il donne la définition suivante : « Les théophilanthropes croient à l’existence de Dieu et à l’immortalité de l’âme. […] Ces deux vérités sont nécessaires à la conservation des sociétés et au bonheur des individus ». C’étaient là les deux principes de cette religion naturelle dont avait récemment parlé avec grand succès Volney et qui prêchait le respect des devoirs envers les semblables et la société, des vertus parfaitement nécessaires à la république.


La première réunion des « Amis de Dieu et des hommes » se tient à Paris le 15 janvier 1797. Les cérémonies ont lieu en l’église Sainte-Catherine, mise à la disposition de Chemin-Dupontès par Valentin Haüy, le directeur de l’Institut des aveugles. Le parti républicain suit avec beaucoup de sympathie cette tentative d’une religion simple, sans hiérarchie ni sacerdoce (mais avec dogmes et sacrements), prêchant la tolérance et désireuse de restaurer chez les adversaires du catholicisme les principes d’ordre et de morale. Dupont de Nemours, Creuzé-Latouche, Bernardin de Saint-Pierre, Mercier, David, Chénier, Paine, Lecoulteux de Canteleu et Pommereul en sont immédiatement les adeptes actifs. Le 12 floréal an V (1er mai 1797), La Révellière-Lépeaux, un des directeurs, lit à l’Institut des « Réflexions sur le culte, sur les cérémonies civiles et les fêtes nationales » et se proclame protecteur de la théophilanthropie. Les théophilanthropes obtiennent alors de partager avec les catholiques les lieux de culte parisiens.


Pourtant l’engouement devait être de courte durée : avec l’établissement de l’éphémère culte décadaire au début de l’an VII (octobre 1798), il n’y a plus de place pour la théophilanthropie. Le culte civique, l’instruction civique, l’emportant sur la religion naturelle. Le pouvoir met fin à ses activités publiques par un arrêté du 12 vendémiaire an X (septembre 1802), puis le culte est interdit en tout lieu en mars 1803. Pommereul qui avait été associé aux débuts de la théophilanthropie considère d’ailleurs très vite le mieux fondé du culte décadaire et s’éloigne – comme de nombreux enthousiastes de la première heure – d’un mouvement qui avait tendance à s’enfoncer dans un certain sectarisme… et qui – il faut bien le dire – menaçait les carrières.

Un contemporain, dont les jugements ne sont jamais indulgents, le général Thiébault, parle dans ses Mémoires du baron de Pommereul en ces termes « Quant au général Pommereul, ce que j’avais appris de ses travaux scientifiques et littéraires, des missions qu’il avait remplies, de sa capacité enfin, était fort au-dessous de ce que je trouvai en lui. Peu d’hommes réunissaient à une instruction aussi variée et aussi complète une élocution plus nerveuse. Sa répartie était toujours vive, juste et ferme, et, lorsqu’il entreprenait une discussion, il la soutenait avec une haute supériorité, de même que, lorsqu’il s’emparait d’un sujet, il le développait avec autant d’ordre et de profondeur que de clarté ; et tous ces avantages, il les complétait par une noble prestance et une figure qui ne révélait pas moins son caractère que sa sagacité. C’est un des hommes plus remarquables que j’aie connus. »

 

L’autre François-René, l’immortel, Breton comme Pommereul, Chateaubriand, l’a bien connu et son jugement est tout aussi positif, même s’il se laisse peut-être aller à une légère ironie : « Pommereul sous l’Empire, a joui d’une sorte de renom par sa haine pour la noblesse. Quand un gentilhomme s’était fait chambellan, il s’écriait, plein de joie : « Encore un pot de chambre sur la tête de ces nobles ! » Et pourtant, Pommereul prétendait, et avec raison, être gentilhomme. Il signait Pommereux, se faisant descendre de la famille Pommereux des lettres de madame de Sévigné. »

Il eut affaire à lui à propos de son Essai sur les Révolutions, mais ne lui en tint aucune rancune. Sa sœur avait cédé aux Pommereul son château de Marigny : « Marigny a beaucoup changé depuis l’époque où ma sœur l’habitait. Il a été vendu et appartient aujourd’hui à MM. De Pommereul, qui l’ont fait rebâtir et l’ont fort embelli », note-t-il dans ses Mémoires.

 

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : la diversité bretonne en mouvement

Il y a bien sûr une Bretagne, grande, plus vaste en superficie que la Belgique, diverse dans ses paysages – dès que l’on traverse la Loire, les toits sont couverts de tuiles majoritairement et plus en ardoises. Il n’y a pas bien sûr un seul Breton, mais des Bretons et des Bretonnes. Pour ceux qui voulaient, veulent, voudraient un homo britonnicus, comme certains ont voulu un homo anglicanus, un homo sovieticus, un homo americanus, etc, ils en seront pour leurs frais. Les Bretons et les Bretonnes sont multiples et en mouvement comme le révèlent, à mon humble avis, quelques éléments historiques. Regardons dans les trois mondes, pas assez liés entre parenthèses à mon goût, de la politique, de l’économie et de la culture. Lire la suite ICI 


Chronique de l’histoire littéraire des Bretons et de la Bretagne par François Labbé, Yves-Marie André ou l’opiniâtreté bretonne

Il est sans doute un philosophe que les Bretons connaissent peu : leur compatriote, le père Yves-Marie André. Encore un jésuite, direz-vous, oui, mais cette fois, un jésuite cartésien, un homme des Lumières et un auteur ami de la vérité et qui a dû subir les foudres de sa Compagnie car il ne voulut jamais céder à l’intolérance ni taire ce qu’il pensait.

Il est né à Châteaulin en 1675 comme par un signe du destin, l’année des Bonnets Rouges et de l’arrêt du Conseil contre le cartésianisme ! Avec ces deux fées à son berceau, sa destinée ne pouvait être qu’étonnante. Lire la Suite ICI


Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : l’Angleterre et la Bretagne

Ainsi donc les habitants du royaume d’Angleterre et la principauté des Galles souhaitent que la Manche, la mer bretonne en breton, le Channel (ou canal) en anglais, redevienne une frontière une nouvelle fois, que la Bretagne soit coupée encore une fois de son grand voisin du Nord. La création de l’Union européenne était parvenue à effacer cette frontière. Elle envisageait même de former une grande région dont la Manche ne serait qu’un grand fleuve qui l’irriguerait. Mais encore une fois… Et pourtant l’histoire des liens entre la Bretagne et de l’Angleterre-Galles est extrêmement riche, autant, voire davantage que ses relations avec ses voisins de l’Est.

Tout d’abord, les traces néolithiques trouvées des deux côtés de la Manche révèlent des traits communs. Les quelques récentes données génétiques révèlent des populations de même origine. Il est clair que les relations maritimes intenses à l’époque antique unifiaient les deux côtes de la Manche. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque romaine, la Bretagne actuelle appartenait à la province de Lyonnaise, l’Angleterre et le pays de Galles se nommaient la Bretagne. Lorsque l’Empire romain commença à décliner, des populations de la Bretagne insulaire vinrent s’installer dans ce qui allait devenir la Bretagne continentale. Ils seraient venus pour protéger au IVe siècle les côtes bretonnes et pour peupler une région désertée, mais cela n’est pas sûr, à cause de la peste, des ravages des pirates et bagaudes (esclaves révoltés et soldats déserteurs). En quelle quantité, on ne sait pas ?  Un siècle plus tard, d’autres Bretons insulaires quittaient leur île pour fuir les ravages saxons à l’est et surtout les pirates venus d’Irlande à l’Ouest. Du moins, c’est ce que l’on croit car on a longtemps cru qu’ils avaient désertés villes, villages et campagnes en grand nombre pour rejoindre le continent. Cependant les récentes découvertes archéologiques et la génétiques indiquent d’en fait ils y sont restés et se sont accoutumés à la présence saxonne et l’ont même intégrée. Une hypothèse fait de Cédric, premier roi saxon de Wessex, un Briton ou Breton insulaire. Lui et ses descendants auraient mis fin aux royaumes britonniques de Bretagne insulaire tandis que ceux de Bretagne continentale auraient perduré. De cette époque, les deux côtés de la Manche conservent le souvenir d’Arthur, ce roi mythique aujourd’hui célébrissime mais aussi de ces saints, fous de Dieu mais aussi princes et organisateurs d’une structure politco-religieuse qui a perduré pendant des centaines d’années.

Lorsque les pirates vikings ravagèrent la Bretagne profitant de ses rivières qui s’enfonçaient largement à l’intérieur des terre, les princes bretons descendants des rois de Bretagne allèrent se réfugier de l’autre côté de la mer : Alain de Poher (mort en 952) vécut chez son parrain Athelstan (mort en 939), le premier roi d’Angleterre, avant de revenir en Bretagne avec les navires du roi pour devenir le premier duc de Bretagne sous le nom d’Alain Barbetorte. Faisons un bond d’un siècle : à Hasting (en 1066), l’aile droite (ou gauche, je n’arrive jamais à me rappeler, peu importe) de l’armée de Guillaume le conquérant, alors duc de Normandie, était composée de Bretons commandés par Alain le Roux et ses frères, fils du comte Eudes de la maison ducale de Rennes. Victorieux, Guillaume, devenu roi d’Angleterre, ne fut pas avare en récompenses : Alain le Roux eut des centaines de manoirs dans le Richmondshire (qui a voté majoritairement pour le Brexit) et dans plusieurs autres comtés. Son frère eut le comté de Cornouaille. Ils se trouvèrent donc à un niveau égal à celui de Raoul de Gaël, autre breton, qui était si proche du roi Edouard le confesseur (et donc avant l’arrivée de Guillaume le conquérant) qu’il obtint le comté d’East Anglia. Rassurez-vous l’implantation des hommes de guerre bretons en Angleterre ne s’arrête pas là. Henri Beauclerc, fils cadet de Guillaume le conquérant, poursuivi par ses frères ainés, trouva refuge en Bretagne, dans la région de Fougères-Dinan. Il y recruta des hommes d’armes qui l’aidèrent à montrer sur les trônes normands et anglais. En récompense, ils eurent fiefs et châteaux, tels les seigneurs de Dinan et bien sûr le fils du sénéchal héréditaire de l’évêché de Dol, ancêtre direct des Stuart (Stuart venant de Stewart qui signifie sénéchal) qui s’installèrent en Ecosse avant d’en devenir les rois au XIVe siècle.

Lors de l’Anarchie, les Bretons jouèrent un rôle majeur : le petit-fils d’Eudes de Rennes, Alain, alors comte de Richmond, fut un des principaux soutiens du roi Etienne de Blois tout comme Hervé de Léon qui épousa la fille de ce roi. Mathilde et son fils Henri Plantagenêt furent secourus par Bryan fils de Comte, c’est-à-dire le fils bâtard du duc Alain IV de Bretagne. En récompense, il devint le puissant seigneur de Wallingford. Les historiens parlent de l’aristocratie anglo-normande, mais en fait on devrait dire la noblesse anglo-brito-normande ou la noblesse de la Manche, tant ce canal était traversé par les membres de cette noblesse qui devaient gérer sur le continent et en Angleterre des fiefs considérables. Il faut savoir que la richissime noblesse actuelle anglaise a de nombreuses origines bretonnes, tel le duc de Norfork, premier duc d’Angleterre, maréchal d’Angleterre et qui en tant que tel doit organiser le couronnement des souverains anglais. Le duc de Bretagne possédait la 3e fortune foncière anglaise : Alain de Rennes, comte de Rennes, se maria avec la duchesse Berthe de Bretagne et eut un fils, le duc Conan IV, qui vécut très longtemps en Angleterre.

Bien sûr vous avez reconnu en cet Henri Plantagenêt Henri II, roi d’Angleterre, et époux d’Aliénor d’Aquitaine. Il vint de nombreuses fois en Bretagne, surtout pour soumettre les vicomtes de Léon, rebelles à son autorité, qui menaçaient les liens maritimes entre l’Angleterre et l’Aquitaine. Comme en Bretagne Conan IV ne se révéla pas à la hauteur, Henri II le contraignit à abdiquer en faveur de sa fille unique, Constance, alors une enfant, qui fut confiée à Aliénor d’Aquitaine, en attendant qu’elle ne soit mariée au 3e fils d’Henri II. En attendant ce roi gouverna la Bretagne jusqu’à sa mort en 1183. La Bretagne appartenait alors à l’empire Plantagenêt. A la mort de Richard Cœur de Lion, fils d’Henri II, son neveu, Arthur, devait hériter de cet empire qui allait d’Ecosse aux Pyrénées. Comme Arthur était par sa mère, Constance, duc de Bretagne, il se reposa sur les Bretons, en vain car il fut fait prisonnier par son oncle, Jean sans Terre, qui l’exécuta en 1203. Les Bretons le vengèrent : ils aidèrent le roi Philippe Auguste de France à s’emparer de la Normandie. En 1205, eut lieu un véritable séisme en Angleterre (il y en aura d’autres : sous Henri VIII avec les confiscations des monastères, sous Cromwell au XVIIe siècle, la Première guerre mondiale qui faucha la puissante noblesse anglaise et peut-être bientôt le Brexit) : ceux qui avaient des terres sur le continent furent contraints par le roi Jean sans Terre d’y renoncer. Si l’on regarde les origines des seigneurs du Nord de l’Angleterre qui se rebellèrent contre Jean sans Terre et qui furent à l’origine de la Grande Charte de 1214 (ou Magna Carta), on trouve beaucoup de traces bretonnes. Deux des 25 signataires de ce document fondateur de la démocratie moderne étaient des Bretons : Guillaume de Lanvallay et Guillaume d’Aubigné. Jean sans Terre ne put respecter ses engagements et dut subir l’invasion de l’Angleterre par Louis de France et son ami… Pierre de Dreux, époux d’Alix, duchesse de Bretagne.

Les liens de la Bretagne avec l’Angleterre ne s’arrêtent pas. Les ducs de Bretagne jouèrent une politique de bascule entre leurs puissants voisins anglais et français qui étaient aussi leurs proches parents. Jean II de Bretagne (mort en 1305) se maria avec Béatrix d’Angleterre. Son beau-frère, Edouard Ier d’Angleterre, fut son meilleur ami. Il lui confia l’éducation de son fils cadet, Jean, qui obtint à sa mort le comté de Richmond. Meilleur ami d’Edouard II et parrain d’Edouard III, c’est lui qui s’opposa en Ecosse à Robert Bruce et à William Wallace (on le voit un peu dans le film Braveheart). La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) montre à quel point la Bretagne était un enjeu majeur pour les rois d’Angleterre et de France. Il est clair que le comportement des Anglais ne les fit pas aimer des Bretons. Jean IV de Bretagne (mort en 1399) dut son trône à la victoire d’Auray remportée surtout par les troupes anglaises de Chandos. Il se maria à deux reprises à des princesses anglaises et n’oublia jamais ses longs séjours en Angleterre dans son comté de Richmond. Sa veuve et 3e épouse, Jeanne de Navarre, se remaria… au roi d’Angleterre, Henri IV. Son second fils, Arthur de Richemont, futur connétable de Bretagne et duc de Bretagne (Arthur III de 1457 à 1458) travailla un temps pour les Anglais. Souvent les ducs de Bretagne plaçaient un de leurs fils à la cour du roi de France et un autre à la cour d’Angleterre. Ainsi, Gilles de Bretagne, fils de Jean V, fut si apprécié par le roi d’Angleterre que son frère, le duc François Ier, finit par en prendre ombrage et le faire exécuter pour alliance avec l’ennemi anglais. Le duc François II (mort en 1491) ne les prenait pas pour des ennemis : à la bataille de Saint-Aubin du Cormier (1488), 300 Anglais se fit massacrer pour lui. Il est vrai que le roi d’Angleterre, Henri VII Tudor, avant d’être roi, s’était réfugié (un peu contraint et forcé) en Bretagne durant la guerre des Deux roses qui ensanglanta l’Angleterre.

Les liens commerciaux entre la Bretagne et l’Angleterre étaient plus que considérables. Les archives anglaises et bretonnes parlent souvent de ces relations, des traités de commerce, des difficultés à les exécuter. Dans la série très bien documentée concernant la vie de Thomas Cromwell, principal conseiller d’Henri VIII, on voit le roi parler des marchands-navigateurs bretons car ils se trouvaient concurrents de leurs homologues anglais et gallois.

Force est tout de même de constater que depuis la guerre de Cent ans, les rapports Bretons-Anglais ne furent pas tendres : l’occupation de nombreuses forteresses surtout maritimes par les Anglais a été très dure, s’apparentant à du pillage. Brest resta anglaise pendant presque cent ans. Bon, c’est vrai que ce sont les Anglais qui ont payé la construction du château de Brest. Du Guesclin et ses milliers de Bretons détestaient les Anglais. Il est vrai qu’ils les ont combattus partout, en Bretagne, en France, en Espagne. Pendant toute cette guerre couvrant tous les XIVe et XVe siècle, les Bretons étaient devenus les pires ennemis des Anglais. Ce sont eux qui mirent fin à cette guerre lors de leur intervention décisive à la bataille de Castillon en 1453. Ils tentèrent même d’aider les Gallois à reprendre leur indépendance : Jean de Rieux en 1407, afin de venger une expédition anglaise sur les côtes anglaises non loin de chez lui, partit avec 2800 hommes soutenir Owain Glyndŵr qui s’était proclamé, en 1400, prince de Galles. Ils envahirent même l’Angleterre. La principauté de Galles redevint indépendante pendant un temps.

La rivalité pour le contrôle des mers, mer d’Iroise et surtout Manche, devint croissante avec l’expansion économique et donc commerciale. Les incursions anglaises sur les côtes bretonnes répondaient à des pillages bretons des villages et des ports bretons. Jean Coatanlem, le marin-marchand morlaisien, répondit aux attaques des armateurs de Bristol sur Morlaix, en allant piller leur ville en 1485. François II lui retira sa confiance car il était alors l’allié du roi d’Angleterre et Coatanlem partit offrir ses services au Portugal qui devint, grâce à lui, la première puissance maritime d’Europe.

Au XVIe siècle, la découverte de l’Amérique, les conflits religieux issus de la Réforme et de la Contre-Réforme et « l’Union » de la Bretagne à la France n’arrangèrent rien. Le commerce transatlantique devint colossal. L’Angleterre et le pays de Galles devinrent protestants alors que la Bretagne restait catholique. Les ducs de Bretagne avaient disparu et c’étaient maintenant les rois de France et leurs ministres qui décidaient des grandes orientations politiques et économiques. La Manche était devenue une grande zone de conflit. On n’y comptait plus les escarmouches et les batailles navales. La reine d’Angleterre, Elisabeth Ier, tenta de profiter d’une des guerres de religion, la guerre de la Ligue, pour s’emparer de plusieurs ports bretons, surtout de Brest, imitant ses prédécesseurs. Son marin, Norreys, avec 3 000 hommes entre 1591 et 1593 alla jusqu’à prendre Guingamp, mais finit par s’emparer seulement de la forteresse de Crozon alors entre les mains des 200 Espagnols catholiques de Philippe II. La maladie le rattrapa et il perdit la moitié de ses troupes. Il finit par évacuer la Bretagne.  

Les royaumes de France et d’Angleterre avaient alors le même but : contrôler les routes maritimes et se tailler des empires coloniaux. La Bretagne et les Bretons furent bien utiles à la France pour remplir ses objectifs. Si à cause des guerres de religion, la France avait pris du retard, l’Angleterre en profita par une politique maritime volontariste pour devenir une grande puissance navale. Le catholique cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII, s’appuya sur la Bretagne pour les rattraper. Gouverneur de Bretagne et de Brest, il fut à l’origine de Brest alors avant lui pauvre bourgade et de Port-Louis. Son successeur Fouquet, d’origine bretonne, voulut accentuer son œuvre maritime en faisant de son marquisat de Belle-Isle une place maritime, mais il fut arrêté et emprisonné. Colbert voulut continuer sur cette lancée, mais il faut l’avouer avec moins de conviction. Il est vrai que son maître, Louis XIV, décida de porter ses efforts sur  bassin méditerranéen afin de s’emparer de son héritage espagnol (Espagne et Italie). Les Bretons faisaient pour gérer l’avancée anglaise. Les marins bretons devinrent pirates et corsaires, surtout ceux des ports de la Manche. La Bretonne Louise de Kerouale fut mise dans le lit de Charles II d’Angleterre, de 1671 à 1685 pour servir les intérêts français. Elle est l’ancêtre d’une bonne partie de la haute aristocratie britannique, y compris aujourd’hui l’héritier au trône, le prince William. Cette politique fut vaine. Les Anglais continuèrent à répondre aux corsaires qu’ils considéraient comme des pirates par des incursions sur les côtes bretonnes. En 1675, lors de la révolte des Bonnets rouges, leurs navires croisaient au large de Morlaix. Il semblerait que le chef des Bonnets rouges Sébastien Balps ait espérer en leur débarquement.   

La chute des Stuart en 1688 et l’avènement définitif de souverains protestants sur le trône anglais coupa définitivement les ponts. Le roi de France aida son cousin Jacques II, le roi déchu, à débarquer en Irlande. Il fut vaincu à la bataille de La Boyne en 1690. Ses partisans, par milliers, traversèrent la Manche et se réfugièrent en Bretagne. Ce sont eux qui changèrent la donne. Très actifs dans les affaires maritimes, marine de guerre et marine de commerce, ils détestaient les Anglais protestants. Ils soutinrent de toutes leurs forces donc la politique belliciste de Louis XIV, Louis XV et de Louis XVI envers l’Angleterre. De nombreux Bretons les rejoignirent surtout lorsque Louis XV et surtout Louis XVI mirent des moyens énormes dans la Marine et dans le développement et la modernisation des ports bretons. La Motte-Picquet, Guichen, principaux commandants des navires de Louis XVI, étaient Bretons. Louis XVI à la veille de Révolution, après sa victoire en Amérique du Nord (qui permit de créer les Etats-Unis – La Fayette est à demi-Breton), était le souverain le plus puissant du monde. Des arsenaux de Brest, de Lorient, de Saint-Nazaire sortaient des centaines de navires, peuplés de milliers de marins, souvent bretons. La base navale de Brest était sans doute une des plus puissantes d’Europe. Les Anglais répliquaient : en 1693, ils attaquèrent Saint-Malo en vain. Les batailles navales succédaient aux batailles navales. Les marins français (dont beaucoup de Bretons) faits prisonniers mourraient par milliers dans les pontons, véritables « camps de concentration ». Mais Louis XVI semblait l’emporter. Bougainville fit une expédition particulièrement remarquée que poursuivit après sa mort son second le Breton Fleuriot de Langle. L’Australie et la Nouvelle Zélande manquèrent de peu d’être françaises. On comprend mieux pourquoi la Révolution française fut accueillie avec plaisir par les Anglais et soutenue par eux. On sait qu’ils déversèrent des sommes énormes sur les révolutionnaires qui aimèrent bien être corrompus.

La Révolution permit aux Anglais de reprendre le contrôle de la mer, surtout des côtes bretonnes. Durant la Révolution et l’Empire, les navires ne sortaient plus des ports bretons. Les frégates anglaises y veillaient. Et puis la marine française était désorganisée par l’émigration des capitaines, dont beaucoup étaient des nobles bretons. Les îles bretonnes étaient alors occupées par les Anglais. Dans les ports bretons on crevait de faim. Et après l’Empire, la Bretagne se détourna de la mer. Et l’Angleterre devint la plus grande puissance maritime, coloniale et économique du monde pendant que la Bretagne vivait des années les plus noires de son histoire. A la fin du XIXe siècle, le charbon qui était utilisé en Bretagne venait du Pays de Galles et les Johnnies, ces léonards, partaient vendre leurs oignons en Angleterre. Le Colonialisme français n’arrangea rien. Pour la France qui créa son second empire colonial, l’Angleterre resta une grande rivale. S’il y a eu l’Entente cordiale, il y a eu aussi l’affaire de Fachoda. La Manche resta donc une frontière, frontière hermétique surtout durant la Seconde guerre mondiale. Les Allemands qui ne tenaient pas les mers couvrirent les côtes bretonnes de bunkers. Et pour les Anglais, tout ce qui venait de Bretagne signifiait la mort : les U-boots qui partaient de Lorient et de Brest et les bombardiers qui ravagèrent Coventry. Ce ne sont pas les Anglais qui libèrent la Bretagne mais les Américains. Il est vrai qu’en Bretagne, ils n’étaient guère bien vus : ils avaient torpillé les navires de la flotte française, dont le Bretagne, à Mers-El-Kébir en 1940, tuant plus d’un millier de Bretons et souvent à Brest on se moquait de l’imprécision des aviateurs anglais qui bombardaient. Mais ces aviateurs n’en voulurent guère aux Bretons. Il est vrai aussi que beaucoup, qui avaient dû sauter en parachute, durent leur rapatriement au courage des réseaux de résistants bretons. Et puis, des centaines de Bretons vivaient à Londres et en Angleterre après s’être ralliés au général de Gaulle.

L’adhésion du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, il y a 43 ans, permit d’ouvrir cette frontière qu’était la Manche. On n’a plus besoin de visa pour se rendre en Angleterre et dans le Pays de Galles et les Anglais et les Gallois visitent et vivent en Bretagne comme bon leur chante. Des dizaines de milliers de Bretons vivent en Angleterre et surtout à Londres. Les grands historiens de la Bretagne sont Gallois et Anglais. Jamais je n’aurais pu écrire cet article sans leurs travaux. Les liens économiques, culturels (regardez le festival interceltique de Lorient) et même politiques n’ont jamais été aussi intenses. Et il faudrait remettre tout en cause parce que les Anglais et les Gallois de Downtown abbey (même si j’adore cette série) l’ont emporté sur les Anglais et les Gallois des Startup.

Frédéric Morvan, tous droits réservés.    

Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Roger Vercel ou les errances idéologiques d’un ancien combattant

Roger Vercel est le grand contemporain de la ville où « j’on vu le jour ». Ma mère avait eu cette chance de le rencontrer alors qu’elle était jeune fille. Je raconte cette aventure assez extraordinaire dans La Soue, un roman biographique dont Lucienne, l’héroïne, lui ressemble beaucoup. L’assène se passe à l’Aublette, près de Dinan, le jour des courses. Lire la Suite ICI

 

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : la réussite scolaire des Bretons

Et oui, les Bretons réussissent très bien à l’Ecole. Mon futur proviseur vient de m’annoncer que mon principal problème l’an prochain consistera à répondre aux questions brillantes des élèves. Depuis des décennies, les lycées de cinq départements bretons obtiennent les meilleurs résultats de France au BAC, plus de 90 %. Le lycée Diwan de Carhaix vient d’être classé 4e meilleur lycée de France. Comment expliquer ce succès ? Les chauvins répondront par un « c’est normal, les Bretons et les Bretonnes sont génétiquement plus intelligents ! ». Ben voyons ! Et ils sont aussi les plus beaux du monde. Plus justement, il y a la pression familiale et sociale. La famille bretonne est plus qu’ailleurs regardante sur le travail scolaire. Pour la société bretonne, l’école joue un rôle essentiel. Et ce n’est pas nouveau. Lire la suite ICI



Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Un préromantique breton, Loaisel de Tréogate

Bécherel est un lieu de pèlerinage pour qui aime le livre. Sur son piton, la vieille cité et ses libraires un peu mystérieux dans leurs antres divers et chaleureux est une étape nécessaire : feuilleter des bouquins, boire une bonne bolée en dégustant une galette cuite sur le trépied. Je m’y arrête toujours quelques heures quand je viens du Margraviat de Bade où j’habite (Breton de la Diaspora !) et que je file sur Carantec pour me retrouver « au pays ». C’est là qu’un jour j’ai découvert et acheté  un petit livre en mauvais état : les Soirées de mélancolie de Loaisel de Tréogate. La sincérité de ces nouvelles poétiques m’a beaucoup impressionné, voire touché. Pour moi qui me suis intéressé d’assez près à la poésie des années 1770-1790, ce recueil était une exception car la plupart des poètes de cette époque écrivent des préciosités artificielles qui sont un peu comme ces bouquets compliqués que l’on trouve sous verre chez un antiquaire : desséchés, décolorés, sans parfum. Lire la suite ICI


Chronique de la semaine par Frédéric Morvan : l’esprit d’entreprendre, une spécificité bretonne ?

Je vais répondre tout de suite à cette question : je ne le pense pas, sans doute pas plus qu’ailleurs. Et pourtant, les Bretons et les Bretonnes sont aujourd’hui partout, influents, voire même puissants, dans les domaines culturels – rien qu’en histoire de la Bretagne, on sort des dizaines de bouquins sur le sujet par an, les auteurs et les éditeurs bretons se comptent par centaines, les chanteurs bretons et bretonnes sont plus que célèbres -, dans le domaine politique – regardez du côté du gouvernement, regardez du côté de la Haute fonction publique -, dans le domaine économique – bien sûr le fameux club des Trente qui réunit une soixantaine de très grands entrepreneurs bretons et amis de la Bretagne. Lire la suite ICI

Frédéric Morvan, tous droits réservés.





Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648-1734), un abbé qui aimait les femmes

 

Encore un inconnu, vont se dire les quelques lecteurs de cette chronique ! Un tic ! Une obsession, ces minores bretons ! Eh bien oui ! À quoi bon évoquer Chateaubriand ou Renan que tout le monde connaît ? Pezron, Bougeant, Tournemine, Loaisel, Morvan de Bellegarde, par contre... En effet, ces écrivains que l’on ne connaît plus ou si peu ont été très lus de leur vivant et du point de vue de l’histoire des mentalités, se pencher sur leurs écrits, s’interroger sur les causes (et les conséquences) des succès qu’ils ont connus peut être riche d’enseignements.

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Chronique de la semaine par Frédéric Morvan : La Bretagne et les Bretons, au tournant de leur histoire ?

Si on regarde la semaine écoulée, qu’est-ce qu’il y a de commun entre l’OPA réussie du breton Vincent Bolloré sur l’entreprise Gameloft, ce qui a entrainé le départ du PDG de cette entreprise, le breton Michel Guillemot, l’assemblée générale de Bretagne Culture Diversité, une conversation fort intéressante avec une conseillère régionale et un important historien breton, les manifestations à Rennes, le changement de noms de beaucoup de municipalités à l’occasion de fusions de communes, l’absence de réaction des inspecteurs de l’Education nationale, et la découverte qu’un million de jeunes (de moins de 40 ans) sont retournés vivre chez leurs parents faute de moyens ? Lire la suite ICI


Chronique de l’histoire littéraire de François Labbé : Le père René-Joseph de Tournemine (1661-1739). Un ironiste rennais ?

 

Parmi les collaborateurs du Journal de Trévoux se trouvaient un très grand nombre de Bretons : les Quimpérois Guillaume-Hyacinthe Bougeant (1690-1743) et Jean Hardouin (1646-1729), les Vannetais Joseph Baudori (1710-1749) et Jean-Marin de Kervillars  (1668-1745), les Rennais Antoine Despineul (1657-1707) et Jean-François Fleuriau  (1700-1767), le  Vitréen Charles Frey de Neuville, le père Charles Le Gobien de Saint-Malo (1653-1708), le Nantais Le Brun (1607-1663), Morvan de Bellegarde (1648-1734) de Piriac près de Nantes, Yves-Marie André (1675-1764) de Châteaulin... Lire la suite ICI

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : enseigner l'histoire de Bretagne

J’avais le choix cette semaine entre deux sujets : les grèves et l’enseignement de l’histoire de Bretagne. Je choisis la seconde bien sûr. Je ne suis qu’un modeste historien. J’ai dit un jour à un célèbre militant de la cause bretonne que l’histoire de la Bretagne est plus importante que la langue bretonne. Puis je me suis ravisé devant sa tête en lui disant qu’elle est aussi importante. Si la langue bretonne est danger, c’est le moins que l’on puisse dire, l’histoire de Bretagne l’ait tout autant comme le révèlent les différents sondages réalisés par les associations tel Bretagne Culture Diversité ou par des journalistes. Pourquoi ? Si des dizaines de livres sortent tous les ans sur le sujet, cette histoire n’est guère enseignée. Lire la suite ICI

chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé : Germain François Poullain de Foix

Quand j’étais gamin, dans les années cinquante, j’allais parfois avec mon père à vélo jusqu’aux étangs d’Apigné pour une partie de pêche. Après Rennes, on traversait alors une lande très agréable  avant d’arriver à La Prévallaye, sauvage et boisée : Sainte-Foix. Un jour, un vieux pêcheur m’avait raconté qu’Henri IV, en visite à Rennes, s’était reposé en cet endroit après une partie de chasse, à l'ombre d'un grand chêne, sous lequel lui-même avait joué à la fin du siècle précédent. 

Ce que je devais découvrir plus tard, c’est que ce lieu-dit Sainte-Foix, qu’on appelait aussi Saint-Foy, appartenait au XVIIIe siècle à une famille rennaise fortunée, les Poullain et que cette terre et la ferme qui s’y trouvaient avaient échu en apanage au fils aîné qui prit l’habitude de se présenter comme Poullain de Saint-Foix pour se distinguer de son célèbre frère, le juriste Poullain du Parc. Lire la suite ICI


François Labbé répond aux inspecteurs

 

L’Histoire de la Bretagne

 

Un inspecteur est seulement un minuscule engrenage perdu dans la grande machine de l’EN, un adjudant ! Le petit doigt sur la couture du pantalon, il « transmet » et fait appliquer ce qui vient d’ « en haut ». En bon fonctionnaire, il fonctionne comme ON le veut. Il a pu devenir IPR par idéalisme (imaginant pouvoir faire passer un message), pour échapper aux élèves ou pour satisfaire à ses pulsions autoritaires, son désir d’être un petit chef... Il fait une « carrière » en attendant (peut-être) de devenir inspecteur général et d’approcher ainsi la sphère du pouvoir, le saint des saints...

 

La voix de son maître se fait entendre dans cette lettre :  à des questions bien précises sur la réalité et la nécessité d’enseigner l’histoire de la Bretagne, les inspecteurs répliquent en utilisant la langue de bois traditionnelle dans ce genre de « dialogue » : hors du « programme, point de salut ! Mais à l’intérieur de ce programme (qui ne fait aucune place dans le cas qui nous intéresse à l’histoire de la Bretagne), le professeur est « libre » de sa démarche et de ses exemples ! Une liberté surveillée, en quelque sorte. L’histoire de la Bretagne devient un aimable accessoire simplement destiné à illustrer, enjoliver le « programme » : Ils (les enseignants) peuvent donc bien évidemment prendre des exemples dans le cadre breton tant en histoire qu’en géographie, non dans une perspective d’histoire ou de géographie locales ou régionales, mais pour concrétiser les phénomènes et les notions qu’ils abordent [...] Et, au cas où le lecteur n’aurait pas compris, on répète cette injonction du « point de salut hors des programmes » :  Il ne s’agit toutefois pas d’«enseigner l’histoire de la Bretagne », mais bien de mobiliser des repères ou des exemples en vue de construire les apprentissages attendus dans le cadre des programmes nationaux.

Les choses sont claires : aux demandes elles aussi claires du CHB, l’habituelle fin de non-recevoir !  La fameuse « liberté pédagogique » dont il est ensuite question est du même acabit et la (énième) réforme des collèges aussi (je signalerais d’ailleurs le coup porté aux enseignements bilingues !).

Il faudrait peut-être un jour changer de mode de communication, Messieurs les inspecteurs ! Vous n’avez plus en face de vous des enseignants timorés qui attendraient tout de votre grâce, une progression de carrière ou une mutation plus rapide. Ils espèrent autre chose de vos compétences : une aide, un soutien, une véritable écoute, et d’abord  que vous fassiez bouger la Machine, que vous-mêmes cessiez de vous comprendre comme des courroies de transmission trop dociles. Choisir de devenir « inspecteur » devrait répondre à des projets personnels qui transcendent le simple désir de carrière ou de fuir la classe. Il faudrait songer à écouter la piétaille, à coopérer avec elle pour faire évoluer le jurassic-parc de la rue de Grenelle. Ancien proviseur d’un lycée franco-allemand où j’ai dû beaucoup ferrailler avec la Direction des lycées et le Ministère n’arrivant pas à comprendre qu’on peut positivement évoluer hors d’une prétendue doxa franco-française, hors du carcan national. Mais j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer un inspecteur d’histoire courageux qui a défendu avec pugnacité la cause du bilinguisme et qui ne se contentait pas de dire « le programme, mon programme » comme Harpagon « ma cassette, ma cassette » ! Hélas, il était bien seul et la Belle au bois dormant du Ministère est rétive aux princes charmants ! À la fin du XVIIIe siècle, un pédagogue et dictionnairiste de talent (oublié par la culture officielle), Jean-Charles Laveaux, affirmait que le mal qui rongeait l’école et la pédagogie était la routine et que c’était contre cette routine qu’il fallait se battre car elle était une sorte de rouille qui paralysait, ankylosait d’ailleurs les grands corps de l’État. Les choses n’ont pas vraiment changé, hélas ! À nous de continuer de réclamer.  Et d’espérer !

F. Labbé, agrégé, Docteur ès lettres...

PS. Ceci dit, ne faisons pas la fine bouche : Messieurs les inspecteurs autorisent tout de même quelque chose d’important : [...], concernant un EPI portant la thématique « langues et cultures régionales », il n’est nullement obligatoire de le dispenser dans une langue régionale, [...] . Ceci revient à dire que si ce n’est pas obligatoire, c’est permis : donc pas d’hésitation, si on  le peut, en gallo ou en breton  l’EPI !

Des inspecteurs d'histoire et de breton de l'Académie de Rennes répondent au CHB-KIB

Au nom du Recteur de l’Académie de Rennes, deux Inspecteurs de l’Académie de Rennes, l’un d’histoire et l’autre de breton, répondent au courrier  du CHB-KIB en date du 30 mars dernier.

Rennes, le 18 mai 2016,

Monsieur,

Votre courrier en date du 30 mars dernier nous a bien été transmis et nous avons pris bonne note de vos remarques.

Comme cela vous avait été rappelé à l’issue de votre précédente demande d’entretien au mois de novembre 2014, les professeurs ont toute latitude pour employer dans le cadre de leur enseignement les ressources qui leur paraissent les plus appropriées à la mise en œuvre des programmes. Ils peuvent donc bien évidemment prendre des exemples dans le cadre breton tant en histoire qu’en géographie, non dans une perspective d’histoire ou de géographie locales ou régionales, mais pour concrétiser les phénomènes et les notions qu’ils abordent et sans se limiter au cadre de la région. Il ne s’agit toutefois pas d’«enseigner l’histoire de la Bretagne », mais bien de mobiliser des repères ou des exemples en vue de construire les apprentissages attendus dans le cadre des programmes nationaux.

L’actuelle réforme du collège, en renforçant la possibilité de choix offerte aux enseignants, ne fait dans ce domaine que confirmer leur liberté pédagogique. Les enseignements pratiques interdisciplinaires, qui sont des modalités particulières de traitement des programmes, contribuent tout particulièrement à cette liberté. En revanche, concernant un EPI portant la thématique « langues et cultures régionales », il n’est nullement obligatoire de le dispenser dans une langue régionale, ainsi que cela a pu être rappelé lors des journées de formation qui se sont déroulées depuis le mois de décembre dans l’académie lorsque la question a été posée.

Enfin, en ce concerne le mouvement de mutations sur des postes à profil SPEA, je vous rappelle qu’il répond à une procédure spécifique et qu’il est actuellement en cours. Les demandes sont par ailleurs soumises à l’avis des organisations représentatives dans le cadre d’un groupe de travail.

En espérant avoir répondu à vos interrogations, nous vous prions de recevoir, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.

Et c’est signé par Christian LIPPOLD, IA-IPR d’histoire-géographie et Rémy GUILLOU, IA-IPR Langues et Cultures Régionales.

Pour info : Un IA-IPR est un inspecteur d’Académie-Inspecteur pédagogique régional.

Chronique de la semaine : De la disparition de la langue bretonne

La semaine dernière, dans une conversation avec une jeune collègue prof (pour moi, jeune signifie maintenant moins de 50 ans), elle m’a dit « le breton est une langue morte… » et en voyant mon étonnement elle a rajouté « euh… je crois ??? ». Je lui ai demandé si elle était bretonne. Elle m’a répondu par l’affirmative. Les propos de cette enseignante n’ont aujourd’hui absolument rien de surprenant. Elle démontre une situation banale, qui a suscité récemment une véritable polémique lors de l’Assemblée générale de l’Institut Culturel de Bretagne et même la détermination il y a encore quelques jours de Yannick Baron d’alerter sur l’urgence de la situation en effectuant une grève de la faim. La Région Bretagne a décidé, d’après mes informations, de réunir sur le sujet des Assises en septembre-octobre 2016. Alors qu’il y a encore 50 ans, des centaines de milliers de Bretons et de Bretonnes parlaient le breton, y compris ma grand-mère et marraine, aujourd’hui selon Fañch Broudig on compte à peine 180 000 locuteurs. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette chute vertigineuse ? Regardons ensemble dans l’histoire de Bretagne. Lire la suite ICI


Eugène Guillevic, le roc et les choses

Eugène Guillevic, le roc et les choses : « Je ne cherche pas à créer d'ambiguïté, et je fuis la bêtise. » (Entretiens avec P. Marin)

 

Guillevic est lié à mon histoire personnelle d’une façon curieuse. J’habitais alors l’Allemagne, les bords du Rhin non loin de Fribourg et je venais de terminer un essai sur le premier traducteur français de Schiller, J.-H.-Ferdinand Lamartelière. Lire la suite ICI

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : les Bretons et le desespoir

J’ai été confronté cette semaine, de la part d’amis, d’élèves et même à la TV à des comportements désespérés. Tout le monde sait que la misère, sociale, financière, politique, culturelle, affective, amène au désespoir et que le désespoir, si l’on ne trouve pas de solution, si le mur est trop haut à franchir, si l’injustice ressentie est trop grande, peut amener à la violence, ou à une certaine violence, mais aussi à la fuite, à l’exil. L’histoire des Hommes est bourrée de désespérances. Cette semaine, voyons ensemble quelques cas dans l’histoire des Bretons et de la Bretagne. Lire la suite ICI

Frédéric Morvan, tous droits réservés


chronique littéraire de François Labbé : Armand Robin

À la faculté des lettres de Rennes, la section celtique avait une réputation particulière et sulfureuse dans les années 1967-70. On y rencontrait les types les plus étonnants au bar de la section. On y buvait sec en trinquant à la Bretagne libre et on y draguait pas mal au nom de l’amour libre. J’avais ainsi fait la connaissance d’une fille éprise de poésie, de Bretagne et de libertés. Vaguement étudiante, elle vivait avec un maître de conférences spécialiste de Rimbaud. Comme son ami était très occupé par ses recherches, elle avait beaucoup de temps, ce qui tombait bien, car, moi aussi, avec mes lettres modernes, je n’avais pas grand-chose à faire. Lire la suite ICI

François Labbé-CHB-KIB tous droits réservés.


Chronique de la semaine : l’identité bretonne, la terre et l’eau

Lundi dernier à Brest, j’ai assisté à une conférence de Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la Région Bretagne chargé de la Culture, sur l’identité bretonne. Il a conclu que tous les Bretons et les Bretonnes étaient Bretons et Bretonnes, Françaises et Français, Européens et Européennes, ce que tout le monde aujourd’hui convient, à part quelques gens un peu bizarres. Pour lui, s’inspirant des écrits de l’historien médiéviste de la Bretagne aujourd’hui disparu, Jean-Christophe Cassard, l’identité bretonne plonge ses racines dans ce qu’a nommé J-J.Cassard la civilisation paroissiale, terrienne, à l’exception de quelques cas, comme les marins. Et c’est cette exception qui me dérange. Lire la suite ICI



Chronique littéraire de François Labbé : Yves Le Fèbvre, un grand écrivain morlaisien

 J’ai habité quelques années à Morlaix… à mi-temps ! J’y ai eu en effet plusieurs pied-à-terre et j’ai longtemps envisagé d’y vivre définitivement. Cela ne s’est pas fait pour différentes raisons qui sont ici sans intérêt. Pour moi, Morlaix est lié à la littérature, et pas seulement à cause de Souvestre ou des Corbière, de Michel Mohrt ou de Philippe Le Guillou. C’est dans cette ville qu’un éditeur devait publier mon premier roman et qu’avec lui j’ai découvert la ville et ses alentours. Nous étions rendus à Poul Roudou, au café-librairie, pour parler de ce livre qui ne paraîtra en définitive pas à Morlaix, hélas ! Et j’ai bien regretté de ne pas faire partie du riche Parnasse morlaisien. Lire la suite ICI

Le professeur Michael Jones, président d'honneur du CHB-KIB rend hommage au grand histoire de la Bretagne, Hubert Guillotel

J’ai l’honneur de déposer sur le bureau de l’Académie l’œuvre posthume d’Hubert Guillotel, Actes des ducs de Bretagne (944-1148), édités par Philippe Charon, Philippe Guigon, Cyprien Henry, Katharine Keats-Rohan, Jean-Claude Meuret et moi-même, avec une préface de Christiane Plessix-Buisset. Paru en septembre 2014 aux Presses universitaires de Rennes, ce beau livre est publié dans la collection « Sources médiévales de l’histoire de Bretagne » en coédition avec la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. De format in-quarto, il compte 598 pages et comporte un cahier de 32 illustrations (cartes, photographies de documents édités, d’édifices et de sites évoqués dans les actes) toutes en couleur sauf une. Lire la suite ICI

Les Bretons n'aiment pas les extrémismes

Chronique de la semaine. Les Bretons n’aiment pas les extrémismes. Cette affirmation est-elle vraie ? Est-elle vérifiable ? Evidemment, après y avoir été récemment confronté, je me pose la question : le site Breizh Atao a repris sans me le demander intégralement mon texte sur « la Bretagne est-elle une périphérie ? » en le détournant de son propos. J’ai donc pu voir la partie émergée de l’extrémisme breton. Je sais aussi maintenant, sans tomber, je peux vous l’assurer, dans la théorie du complot, qu’il y a une partie immergée, clandestine, occulte, bien active, gangrénant associations et institutions, commandée par quelques individus ou quelques familles. Vérifions donc en regardant dans l’histoire si les Bretons aiment ou non les extrémismes. LIRE la suite ICI

Tous droits réservés. Frédéric Morvan

Publication du CHB-KIB La chevalerie au temps de Du Guesclin

Le Centre d'Histoire de Bretagne/Kreizenn Istor Breizh publie La chevalerie bretonne au temps de Du Guesclin (1341-1381) par Frédéric Morvan, 758 pages, 48 arbres généalogiques, nombreuses références d'archives. ISBN 978-2-36811-019-5 Achat direct au CHB-KIB 25 euros + 9,90 euros de frais de port (avec dédicace de l'auteur) et diffusion Coop Breizh. Adresse CHB-KIB, 6 stréat Kervéoc 29840 PORSPODER


chronique littéraire de François Labbé Louis Guilloux

Saint-Brieuc est d’abord pour moi la ville de Louis Guilloux. Je l’ai découvert vers 1975 grâce à Yannick Pelletier qui écrivait sa thèse sur lui et avait eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises.Je revois cette émouvante photo parue dans Ouest-France vers 1978 : Louis Guilloux âgé, la pipe à la main, assis avec Yannick Pelletier sous le marronnier de la Place Saint-Pierre,
lire la suite sur les sites du CHB-KIB ICI


La Bretagne divisée en deux Blocs : Est et Ouest ?

C’est en effet la question que l’on peut se poser lorsque l’on traverse l’intégralité de la Bretagne, du Conquet à Fougères ou de la Pointe du Raz à Clisson : l’Est ou Haute Bretagne, industrieuse, dynamique, joyeuse ou presque, plus jeune, dominée par Rennes et Nantes, vraies métropoles, considérées parmi les plus agréables de l’Hexagone, et l’Ouest ou Basse Bretagne plus agricole, plus déprimée, plus âgée, dont les cités souvent petites et moyennes ont du mal à se constituer de réelles zones d’influence. Regardons de nouveau vers l’histoire de la Bretagne pour savoir si nous sommes en présence d’un phénomène ancien ou récent ? Lire la suite ICI

La Bretagne en périphérie !

La Bretagne en périphérie ! Jeudi soir dernier, aux Dîners celtiques, à Paris, Jean-Yves Le Drian, président du Conseil de la Région administrative Bretagne, a parlé longuement de la situation périphérique de la Bretagne, situation qu’il est difficile de ne pas constater lorsque l’on passe de la Bretagne à Paris. La Bretagne serait donc sur le pourtour, mais de quoi ? Lire la suite ICI

chronique de la semaine par Frédéric Morvan, Episode 4 Qui dirige la Bretagne de 1515 à 1532

Nous en étions à la mort d’Anne de Bretagne et à celle de son époux Louis XII (1514-1515). Ici nous allons toucher à un des épisodes les plus passionnants et passionnés de l’histoire de Bretagne et de France, qui a fait et fait coulé encore bien de l’encre, et que par des études sérieuses, documentés et argumentés, nous commençons à mieux connaître, malgré d’énormes interrogations : celle de l’Union, de l’Annexion – termes différents selon le camp que l’on choisit, breton ou français - du duché de Bretagne au royaume de France. Moi, je vais me permettre de parler de l’intégration du duché de Bretagne au royaume de France.

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8 avril 1498 : Anne de Bretagne redevient la seule souveraine de Bretagne

Son mari, le roi Charles VIII de France, a décidé de la rejoindre au château d’Amboise afin de la consoler de la perte de sa fille, Anne, morte née – ce n’est pas la première fois que cela arrive et Anne souffre de mélancolie comme on le disait pudiquement. Le roi veut lui changer les idées et comme tous les deux aiment les jeux de paume (ancêtre du tennis), ils se rendent tous les deux, avec leur suite, à la salle de ce jeu. Ils rejoignent par un chemin un peu compliqué et bas de plafond une galerie surplombant la salle. Sur le parcours, la tête du souverain heurte assez violemment le linteau d’une porte. Et tout le monde continue son chemin. On regarde le spectacle. On a poussé les détritus car la salle était en travaux. Et on ne fait pas trop attention à l’odeur car les faucons royaux ont décidé d’y faire leurs besoins. Bref, on admire les joueurs. Et le roi s’écroule. On arrête le jeu et tout le monde descend dans la salle. Charles VIII est allongé sur un tas de détritus. Il est dans le coma dont il sortira trois fois pour prier. Son agonie va durer 9 heures pendant lesquels les médecins lui arrachent mêmes les poils et les cheveux. Il meurt à 27 ans. Selon les experts, en fait il y aurait eu des signes avant-coureurs, des maux de têtes, et puis il faut savoir que son père, Louis XI, est mort d’une attaque cérébrale.  lire la suite ICI



chronique de la semaine : 3e épisoide Qui dirige la Bretagne ? Le cas Anne de Bretagne, par Frédéric Morvan

En 1488, Anne de Bretagne n’avait pas douze ans lorsqu’elle accéda au trône breton. Son père avait désigné avant de mourir les chefs du clan féodal pour « l’aider » à régner : comme tuteur le maréchal de Rieux et comme gouvernante Françoise de Dinan-Montafilant. Philippe de Montauban, issu de la noblesse bretonne, devint chancelier de Bretagne, c’est-à-dire chef de l’administration ducale. Pendant trois ans, ce ne fut autour d’elle que complots, rivalités et impuissances politiques. Le duché n’eut pas vraiment de dirigeant durant cette période ; le territoire breton était alors occupé par les troupes royales et quant aux féodaux, LIRE LA SUITE ICI

chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Une grande écrivaine, Anne de Tourville

 

Le prix Fémina (à l’origine prix du magazine La vie heureuse !) créé et décerné l’année suivant le premier Goncourt, en 1904, avait une vocation bien particulière dans l’esprit de ses créateurs : mettre en valeur la littérature féminine. Sa première lauréate, Myriam Harry, est probablement aujourd’hui bien oubliée ainsi que son roman, La conquête de Jérusalem. Cependant, dès 1905, le prix est attribué à Romain Rolland pour Jean-Christophe et, à partir de cette date, le Fémina ne s’encombre plus du sexe de ceux qu’il couronne et devient « l’autre » Goncourt !

 

Presque sans débat, le jury désigne en 1951 une jeune femme, Anne de Tourville, une Bretonne qui a déjà vu son recueil Gens de par ici recevoir le Prix Interallié de Bretagne en 1944. Le Fémina avait déjà récompensé une Bretonne en 1927 : Marie Le Franc, née à Sarzeau.

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Bretons et Bretonnes célèbres : Alain V de Bretagne, un nouveau duc

Pourquoi ce personnage, pourtant d’envergure, peut-être même un des plus importants de l’histoire de la Bretagne et de l’Occident, a-t-il échappé à la sagacité proverbiale des historiens les plus confirmés ?

A cause de son nom tout d’abord ou plus exactement de ses noms. Jusqu’à récemment on le nommait Alain d’Avaugour. Dans les ouvrages sur l’abbaye de Beauport qu’il a fondé en 1202 il est désigné sous le nom d’Alain de Goëlo, terre qu’il a possédée. En Angleterre, où il était seigneur de Waltham (qui correspond exactement au Conseil du Nord-est Lincolnshire), il est désigné depuis très longtemps sous le nom d’Alain de Bretagne, ce qui n’est pas faux. Dans les actes contemporains, il porte le nom d’Alain fils Comte et après 1205 de comte Alain. Les historiens anglais les plus récents le nomment donc Alan Fitzcount et l’historien breton Stéphane Morin le désigne souvent comme Alain de Goëlo. En fait, il s’agit d’Alain de Rennes, chef à partir de 1205 de la maison de Rennes, et donc héritier en ligne masculine du duc Geoffroy de Bretagne (mort en 1008, le fondateur de l’abbaye Saint-Gildas de Rhuys).


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chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Ansquer de Londres, un Montaigne Breton

Entre 1676 et 1724, pour différentes raisons, les Essais sont quasiment proscrits. Il n’y aura pas en France d’édition autorisée de ses œuvres avant 1783 mais l’édition savante du protestant Pierre Coste (1724) et ses rééditions avec le Discours de la servitude volontaire de La Boétie passent facilement la frontière et plus on avance dans le siècle, plus Montaigne, connaît une renaissance : les hommes des Lumières voient en lui un écrivain, un penseur et un philosophe proche de leurs préoccupations, et cela au moins jusque vers 1780. lire la suite ICI

 




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