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La Bretagne et la guerre

Là encore vaste sujet. Au moment où l’on doit affronter les armes à la main les conséquences de la guerre de religion qui opposent Sunnites et Chiites, conflit multi-centenaires, afin de savoir qui des descendants du Prophète Mahomet ou de chefs politico-religieux élus ou auto-désignés, doivent diriger le monde musulman, trois Bretons ont été désignés pour nous protéger : le ministre de la Défense bien sûr, le nouveau chef d’Etat-major auprès du président de la République et le Directeur général de la Sécurité intérieure. C’est à se demander si les Bretons n’ont pas un rapport particulier avec la guerre. C’est la question que je me suis posé lorsque j’ai choisi ma thèse de doctorat. En explorant le sujet les gens de guerre au Moyen Age, je me suis vite aperçu que je devrais défaire une énorme pelote. Le résultat a été une thèse de 7 kg de papier, 1500 pages et encore sur uniquement la période allant de 1213 à 1341… Il faudrait donc plusieurs vies pour tout traiter.

Résumons un peu pour donner une vision bien trop large. Mais il faut bien commencer. On sait que les Vénètes ont donné beaucoup de fils à retorde à César et qu’il dut faire construire une énorme flotte de guerre pour soumettre ces Armoricains qui semblent avoir contrôlé le Golfe de Gascogne et les liaisons avec les îles britanniques et même au-delà. Peut-on penser que le premiers Bretons venant de la Bretagne insulaires installés sur les côtes du Nord de l’Armorique et qui ont déstabilisé l’organisation des cités armoricaines antiques étaient des guerriers-paysans-marins du Nord du Pays de Galles amené là dans le cadre du Tractus Armoricanus, cette vaste organisation romaine ayant pour but de protéger les côtes de la Manche ? Des troupes du roi Riothamus, qui serait peut-être le bien mystérieux Ambrosius Aurélianus, venus de Bretagne, furent les derniers remparts contre l’invasion des Goths sur l’Empire romain d’Occident. Vaincus en Gaule du Nord, ils se seraient repliés en Armorique. L’efficacité des guerriers bretons des rois Salomon, Erispoë, Nominoë  (IXe siècle), permit à ces souverains originaires du Poher de bousculer l’immense empire de Charlemagne et de ses successeurs à tel point que non seulement les empereurs carolingiens leur cédèrent ce qu’ils nommaient les Marches de Bretagne, Rennais, Nantais, Poitou, Cotentin et même le Maine et l’Anjou actuels, ils les proclamèrent rois ou Princeps permettant à leurs historiens de faire croire que leurs défaites de Ballon (845) et de Jengland (851) n’avaient été que des épisodes malheureux et que les souverains bretons n’étaient somme toute que des aristocrates de l’Empire en rupture avec des empereurs guère à la hauteur.

La période féodale permit aux guerriers bretons de s’exprimer pleinement. Les conflits permanents entre les aristocrates, entre les souverains et surtout en Bretagne entre les ducs et ceux qui leur disputaient leur couronne fournirent à nos combattants bretons bien des occasions de s’exprimer. Quelques exemples célèbres et moins célèbres. En 1066, à la bataille d’Hastings, remportée comme tout le monde devrait le savoir par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, et roi d’Angleterre grâce sa victoire, un très fort contingent breton y était présent sous le commandement d’Alain de Bretagne, fils aîné du comté Eudes de Bretagne (le fondateur des Eudonides). En récompense, Guillaume donna à ces Bretons qui l’avaient aidé manoirs (soit des domaines seigneuriaux), revenus et châteaux. Ces Bretons devinrent les membres les plus éminents de l’aristocratie anglo-normande –on devrait dire davantage de l’aristocratie anglo-bretonno-normande. Lorsqu’Henri Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, chercha des guerriers pour l’aider à s’emparer du trône anglais alors occupé par son frère, il fit appel à la chevalerie bretonne de la région de Dinan-Dol-Fougères qu’il connaissait bien pour s’être réfugié dans cette région pendant des années. Et victorieux, le roi Henri Ier d’Angleterre fut généreux avec ses guerriers bretons. L’un d’entre eux, fils du sénéchal de l’archevêque de Dol, décida de proposer son épée au roi d’Ecosse qui le fils sénéchal d’Ecosse. Lorsque la mode de prendre un nom commença à s’imposer à la fin du XIIe siècle, ses descendants devinrent les Stewart ou en français les Stuarts. Peu de gens le savent, mais ce sont les guerriers bretons qui mirent fin à la puissance politique des Plantagenêts permettant ainsi au roi capétien de France, Philippe Auguste, de faire de son royaume le plus riche et donc le plus puissant de l’Occident chrétien (en gros de l’Europe occidentale). En effet, lorsqu’en 1203 le roi Jean sans Terre tua son neveu et héritier Arthur, duc de Bretagne, les Bretons s’allièrent au roi de France et alors que ce dernier attaquait en Haute Normandie, les Bretons s’emparaient de la Basse Normandie. Il ne resta plus qu’au roi Jean de partir en Angleterre. Il revint sur le continent en 1214 et fut vaincu à la Roche-aux-Moines par les troupes du duc de Bretagne, Pierre de Dreux. Il retourna en Angleterre où il rencontra les pires problèmes avec la noblesse anglo-bretonno-normande qui l’obligea à signer la Grande Charte (1215) et à errer dans son royaume jusqu’à sa mort.

La Guerre de Cent ans (XIVe-XVe siècle) constitua la grande période, comme je l’ai montré seulement pour le XIVe siècle dans mon livre sur la Chevalerie bretonne au temps de Du Guesclin publié par le Centre d’Histoire de Bretagne, pour les combattants bretons. Des Bretons aussi célèbres que Du Guesclin, Clisson, Richemont, tous trois connétables de France, soit chefs des armées du roi de France, furent suivis par des dizaines de milliers d’autres Bretons, qui ont composé les armées de ces connétables et de bien d’autres chefs de guerre comme Jean de Rieux, Jean de Malestroit ou Sylvestre Budes, qui ont opéré non seulement en Bretagne lors de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1420) mais encore en Espagne (avec Du Guesclin), en Allemagne, en Italie et bien sûr en France. Ce sont eux qui ont chassé les Anglais du royaume de France. Ce sont eux qui ont mis sur le trône d’Espagne un nouveau roi qui révolutionna l’Espagne (ce que l’on nomme la révolution trastamarienne). Lorsque l’on entendait « Voilà les Bretons », il fallait s’enfuir bien loin ou fermer à toute vitesse les portes des châteaux et des villes. Les Bretons suscitaient alors terreur et respect. Les souverains, y compris le pape, les payaient à prix d’or, pour les employer ou les faire déguerpir. Les plus dynamiques revinrent en Bretagne, construisirent manoirs et châteaux et pour certains eurent la chance de fonder des dynasties qui constituèrent une nouveau aristocratie bretonne sur laquelle les ducs de Bretagne purent s’appuyer. Ce n’est pas pour rien que Louis XI craignait l’alliance du duc de Bourgogne et du duc de Bretagne, leurs deux armées le mirent à genoux à la bataille de Montargis. Ce n’est qu’à prix d’or qu’il réussit à s’entourer de Bretons. Peut-on penser que le duc François II (mort en 1491) perdit la bataille de Saint-Aubin du Cormier (1488) car il ne parvint pas à mobiliser en sa faveur tout le potentiel guerrier breton. Pire, en face des troupes ducales, dans la bataille, se trouvaient au service du roi de France des contingents bretons.

Comme tout le monde sait la fille de François II dut se marier avec le fils de Louis XI, Charles VIII, puis avec son successeur Louis XII. Ce que l’on ne sait pas assez, c’est que ce dernier, lorsqu’il imposa à son épouse le mariage de leur fille alors unique, Claude, à François d’Angoulême (le futur François Ier), il dut affronter la colère d’Anne de Bretagne qui décida de le quitter et de parcourir son duché de Bretagne (ce fut le fameux Tro Breizh). Le roi et son entourage s’en inquiétèrent, voyant dans ce périple une duchesse-reine belliqueuse, mobilisant son peuple, passant en revue son potentiel militaire (châteaux, villes fortifiés, troupes). Anne dut revenir sur l’ordre formel de son royal époux qui commença à mobiliser ses troupes.  

Deux autres indices révèlent que ce potentiel n’était pas négligeable. A la mort d’Anne, sa fille Claude devint duchesse de Bretagne. Lorsque Louis XII finit par accorder à son gendre François au bout de plusieurs mois l’investiture du duché, les émissaires anglais firent comprendre au nouveau duc de Bretagne l’importance politique de son duché. Il est vrai que des combattants bretons avaient grandement aidé Henri Tudor, père de leur roi, à devenir Henri VII, roi d’Angleterre. Le second indice provient encore de François. Lorsqu’il devint roi de France, il partit en Bretagne et se montra très très très conciliant avec la féodalité bretonne qui disposait de centaines de places fortes et qui pouvait mobiliser de forts contingents militaires. Il accorda dans ses édits de 1532 de nombreux privilèges à la Bretagne, alors pour quelques années encore un duché. Il est vrai que les plus grands seigneurs de Bretagne étaient ses parents (François était le petit-fils d’une Rohan) et qu’il avait besoin de leurs combattants (bref de leurs milliers de vassaux) pour ses guerres en Italie.

L’histoire de l’époque moderne ne retient guère les noms des maréchaux des rois Bourbon de France, Goyon-Matignon, Budes de Guébriant, Rohan-Soubise, Beaumanoir-Lavardin, Fouquet de Belle-île, souvent nobles d’origine bretonne installés hors de Bretagne, mais bien d’avantage les soldats des mers que furent Duguay-Trouin, Kerguelen ou Fleuriot de Langle. Bien sûr il faut mentionner le destin incroyable en Inde du René Madec (héros du roman le Nabab d’Irène Frain) et pendant la période révolutionnaire de Surcouf.

En fait, la Couronne de France avait un besoin énorme des marins bretons. Le nombre d’inscrits maritimes explosa surtout sous le roi marin Louis XVI. Le monde s’était tourné vers l’Atlantique depuis le XVIe siècle et la Bretagne se retrouva en première ligne, surtout lorsque Louis XVI décida de réduire l’influence de plus en plus prépondérante de l’Angleterre, en soutenant en autre la Révolution américaine et en finançant une flotte inégalée. Les ports de Brest et de Lorient devinrent les principaux ports de guerre de la France. Les Bretons y affluaient par milliers de gré ou de force pour servir sur les nouveaux navires royaux. La Révolution désorganisa la flotte et les Anglais purent imposer le blocus continental. Sur les 26 maréchaux de Napoléon Ier, pas un seul Breton. Par contre, Louis XVIII, éleva au rang de maréchal de France, à titre posthume, Georges Cadoudal, le héros de la Chouannerie.

Faisons un bon pour arriver à 1870. Les autorités eurent si peur de l’armée de Bretagne, armée de secours appelés par eux alors que la France était envahie par les troupes allemandes, armée composée de Bretons en qui ils voyaient des chouans, qu’ils refusèrent de les équiper convenablement, les armèrent avec des pétoires, les laissèrent par milliers croupir dans la boue à tel point que des milliers de soldats bretons malades durent être rentrés chez eux. La population bretonne vit donc revenir les leurs dans des états déplorables. Lorsque l’on sut que les Bretons avaient été envoyés sur le front, à l’abattoir, mal équipés, qu’ils avaient traités par les autorités militaires de l’époque de lâches, la coupure fut nette pendant des années entre les nouvelles autorités républicaines et les Bretons, surtout lorsque fut publié le rapport du député et historien breton, Arthur de La Borderie.

Au début de la Grande guerre, les deux Corps d’Armée « bretonnes » partirent pour la Belgique envahie par les Allemands. A Charleroi, le Xe Corps se heurta aux mitrailleuses de la Garde impériale allemande. Le XIe Corps subit un désastre à Maissin. Les cavaliers du 24e dragon de Rennes chargèrent sabre au clair et se firent massacrer. Les Bretons furent de la Course à la mer. Les 6 000 fusiliers-marins dont beaucoup de Bretons, souvent très jeunes, de l’amiral Ronac’h, les célèbres « demoiselles aux pompons rouges», perdirent la moitié de leur effectif à Dixmude en stoppant l’offensive allemande vers Dunkerque. Les régiments durent être reformés, plusieurs fois, avec les restes d’autres régiments. Il faut davantage parler de régiments bretons que de régiments des Bretons. En 1918, à peine 50 % du  47e Régiment d’infanterie de Saint-Malo était composé d’habitants des Côtes d’Armor et d’Ille-et-Vilaine, alors qu’ils étaient 95 % en 1914. Les Bretons furent fauchés par dizaines de milliers à Verdun et  dans la Somme en 1916, au Chemin des Dames en 1917 ou encore face à la poussée allemande du printemps 1918. Les Bretons connurent une sacrée réputation. Pour le général de Castelneau : « les Bretons ne paient pas de mine, mais à la bataille, on ne peut admirer plus de stoïcisme dans la souffrance, plus de résolution dans la mort ». Jusqu’aux derniers moments, les unités « bretonnes » du XIe Corps d’Armée se battirent pour franchir la Meuse. Des Bretons participèrent à la libération de l’Alsace et entrèrent dans Strasbourg. D’autres participèrent encore en 1919 à l’offensive alliée contre les Bolchéviques russes dont la propagande ne fut pas sans résultat parmi les marins des navires de la Royale qui se mutinèrent en Mer noire.

Entre 120 000 et 150 000 Bretons ne reviendront pas, soit 22 % des mobilisés en Bretagne, alors que la moyenne nationale est de 17 %. Et on ne compte pas les Bretons de Paris morts pour la France. Et vint alors le temps des monuments aux morts et des commémorations.

Durant la Drôle de guerre, en 1940, à  part une entrée dans la Sarre allemande et l’intervention de la Royale en Norvège, les Bretons comme les autres soldats de la République patientèrent durant de long mois derrière les frontières françaises ou sur les navires de la Flotte.  Comme pour des centaines de milliers de Français, ils furent faits prisonniers et envoyés dans le Reich allemand dans les camps de prisonniers. Sur les navires de guerre qui quittèrent Brest et Lorient pour trouver refuge en Méditerranée, on trouve beaucoup de Bretons. En 1850, 20 % des effectifs de la Royale étaient Bretons, en 1936, ce furent 73 %.  Plusieurs centaines périront lorsque les Anglais attaquèrent la base navale de Mers-el-Kébir en Algérie française le 3 juillet 1940.

Malgré la défaite et le discours de Pétain, la résistance est précoce chez les Bretons et nombre d’entre eux en devinrent les chefs, tel le colonel Remy, Rol-Tanguy, Charles Tillon ou Eugène Hénaff. Dès juin 1940, plusieurs centaines partirent pour l’Angleterre à l’appel du général de Gaulle qui connait la Bretagne et sa culture. Lors d’une de ses revues militaires, voyant autant de Sénans, le général se serait exclamé «L’île de Sein, c’est donc le quart de la France ». Les Bretons des cinq départements représentèrent un quart des effectifs de la France Libre. Sur les 177 « bérets verts » du camp d’Achnacarry en Ecosse du commandant Kieffer, 43 étaient Bretons. La proximité de l’Angleterre et une certaine tradition militaire expliqueraient cet engagement, mais aussi sans doute la dureté de l’occupation allemande. Hitler a compris l’importance stratégique de la Bretagne, de ses ports tournés vers la Manche et l’Atlantique et qui en a fait une région militaire.

Durant la guerre, on vit les Bretons sur tous les fronts, en Bretagne, à Paris, en Normandie, à la bataille d’El Alamein où le colonel de Kersauson se distingua dans sa mitrailleuse herminée. Les 150 000 Allemands dont beaucoup avaient été envoyés là par Hitler qui voyait un possible débarquement allié en Bretagne y seront bloqués par 30 000 résistants de Bretagne qui vont accompagner la « chevauchée fantastique » des blindés de la IIIe armée du général américain Middleton. Cependant il faudra des mois pour faire capituler les Allemands repliés dans les poches de Saint-Nazaire, Lorient et Brest.

Après la Libération, un certain nombre de résistants bretons intégreront l’armée régulière de la République français et participeront, comme de nombreux appelés et engagés aux conflits en Indochine et en Algérie. On ne connait pas aujourd’hui le nombre de Bretons engagés dans l’armée, la marine, et l’aviation de la République, mais il est clair qu’ils sont nombreux, voire très nombreux.  

Frédéric Morvan, tous droits réservés.

Chronique de Frédéric Morvan. Les Bretons et le christianisme.

Vaste sujet, énorme même. J’aurais pu titrer les Bretons sont avant tout chrétien, mais par les temps qui courent cela n’aurait peut-être pas plu. Ou peut-être encore les Bretons ont été le fer de lance du christianisme ? Après tout, la démocratie chrétienne a été « inventée » par un député de Bretagne, le comte de Mun. Après tout, les missionnaires bretons ont « évangélisé » des régions entières en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique. Après tout, ce sont les saints britonniques, ceux-là même qui sont en grande partie à l’origine des structures culturelles et politiques bretonnes, qui ont permis la christianisation des campagnes de l’Occident chrétien. Si l’on veut parler de la culture bretonne, on doit d’abord parler du christianisme en Bretagne et chez les Bretons.

A la différence d’autres territoires, le cas breton est spécifique car il y a le christianisme en Armorique et le christianisme chez les Bretons car il ne faut pas oublier l’émigration bretonne venant de Bretagne insulaire (soit l’Angleterre actuelle) dès le IVe siècle.

La christianisation des habitants de l’Ouest de l’Armorique (la province romaine Lyonnaise III avec pour capitale Tours) a commencé, comme pour les autres régions périphériques de la Gaule, durant les IVe et Ve siècles. Les premiers indices remontent aux années 286-304, époque des probables martyrs Donatien et Rogatien à Nantes. Elle est attestée par la découverte d’un médaillon de verre à l’effigie du Bon Pasteur à La Chapelle-des-Fougeretz ou par celle d’un tesson sigillée gravé d’un Chrisme à Locmaria (à Quimper) qui remonteraient au IVe siècle. Des évêques sont mentionnés en 453, 461 et 463 respectivement à Nantes, Rennes et Vannes, c’est-à-dire dans les chefs-lieux des cités antiques. Ainsi, comme ailleurs en Gaule, la structure ecclésiastique se calque sur l’organisation administrative gallo-romaine. Les évêques étaient devenus, surtout depuis que l’empereur Théodose (347-395) avait proclamé le christianisme religion officielle et exclusive, les personnages les plus importants de l’Empire romain, comparables à des hauts fonctionnaires. Riches, ces prélats dominaient des groupes cathédraux composés de plusieurs églises et de sanctuaires hors les murs : à Nantes, quatre églises et douze sanctuaires intra et extra-muros ; à Rennes, seize édifices religieux intra et extra-muros ; à Vannes, quatre sanctuaires et à Alet, deux.

Lorsque les Bretons insulaires débarquèrent en Armorique à partir du IVe siècle, ils amenèrent avec eux un christianisme quelques peu différent. Le premier historien de la Bretagne insulaire, saint Gildas, a daté l’arrivée du christianisme à la fin du règne de Tibère (Ier siècle). En fait, les premières traces remontent au IIIe siècle, ce qui est déjà pas mal du tout, sans doute provenant de légionnaires romains. Les premiers martyrs chrétiens de l’île sont saint Alban et Amphilabus vivant sans doute au début du siècle suivant. Les premiers évêques bretons apparaissent au concile d’Arles en 314. Et Pélage et son hérésie bretonne si importante pour l’histoire de la Grande Bretagne fit trembler un peu plus tard même le grand Augustin d’Hippone. En 367, la Grande Conspiration provoqua un véritable désastre. Les Légionnaires du Mur d’Hadrien se mutinèrent et laissèrent passer les Pictes en se joignant même à eux. Les Saxons et les Irlandais en profitèrent pour ravager les côtes. L’empereur Théodose reprit les choses en mains l’année suivante, mais rien n’était plus comme avant : les villes avaient été détruites, les campagnes ravagées, de nombreux Bretons avaient été enlevés, tel le futur saint Patrick (issu d’une famille de prêtres) kidnappé par les Scots d’Irlande en 405. Rome ne pouvait plus rien faire surtout que les Wisigoths l’avaiet pillée en 410. Rome évacua l’île et des roitelets bretons ou britons se partagèrent le pouvoir. Un personnage apparut, peut-être né en Bretagne continentale, dans le Léon, Iltud. Il aurait été formé par Budog qui était peut-être chrétien, dans une école installée dans une île près des côtes armoricaines. Si saint Patrick et saint Ildut étaient des chrétiens orthodoxes tous les deux, reconnaissant l’autorité de Rome, influencés tous les deux par l’influent Germain d’Auxerre, saint Patrick occupa la fonction d’évêque tandis que saint Ildut était un formateur. De l’abbaye galloise de Llaniltud Fawr qu’il avait fondé sortiront un nombre énorme d’évangélisateurs qui christianisèrent d’abord le grand bassin que forment mer d’Irlande, mer Celtique et Manche de l’Ouest. Alors que la papauté était totalement soumise à l’empereur byzantin, soumission dont elle ne sortira qu’en s’alliant aux rois « barbares » lombards, alors que les « moines noirs » (les bénédictins) s’étaient retirés auprès du pape au Latran, les moines dits celtiques, de ce bassin, évangélisaient à tour de bras, tel l’Irlandais saint Colomban (543-615) qui convertit les populations campagnardes de Gaule, d’Allemagne, de Suisse, d’Autriche et même d’Italie. C’était un christianisme de monastères, intellectuels, rigoureux, voire même très rigoureux qui plaisait aux souverains car tout en étant soumis à eux seuls, il structurait les territoires et encadrait les populations. L’abbaye ne comptait pas, comme aujourd’hui, quelques moines, mais on en dénombrait des milliers qui n’étaient pas tous enfermés, mais qui au contraire bougaient, et même beaucoup. Souvent apparentés aux souverains, ces moines jouèrent des rôles politiques majeurs. Et les monastères remplacaient les villes. Il est vrai que ces monastères ressemblaient à des villes.   

Ces influents moines si dynamiques se heurtèrent bien vite aux puissants évêques de Gaule héritiers des structures romaines, surtout lorsque l’évêque de Rome, le pape, parvint au VIIe siècle à se débarrasser du joug byzantin. Les bénédictins les virent comme leurs concurrents surtout lorsqu’ils se mirent à fonder des abbayes dans leur zone d’influence : Gaule et surtout Italie. Au concile de Whitby (663), le souverain de Northumbrie trancha en faveur des évêques «romains » : le calcul de la date de Pâques qui commençait l’année suivra dorénavant les ordres venant de Rome, tout comme la tonsure des ecclésiastiques qui devra être comme celle des bénédictins de Rome. Les abbayes les unes après les autres adoptèrent la règle de saint Benoît de Nursie.

Vous me direz sans doute : c’est intéressant, mais un peu long en rajoutant mais quelle importance pour aujourd’hui. Et là je puis vous répondre : énorme car à partir de ce concile quelque peu secondaire commença l’essor d’une Eglise catholique internationale et uniforme, débuta aussi la spécificité bretonne, sa diversité, son originalité.

En Armorique, deux christianismes semblent avoir coexisté, toutes deux, ne vous y trompez pas, reconnaissant l’autorité supérieure du pape de Rome : le christianisme « celtique » comme l’a désigné l’abbé Louis Gougaud, christianisme que je préfère appeler britonnique ou du bassin de la mer d’Irlande, et le christianisme romain ou continental. Coexister car les chercheurs pensent de plus en plus que les Britons qui émigrèrent en Armorique n’arrivèrent pas dans un territoire vide de populations, surtout là où ils s’installèrent, c’est-à-dire dans la région nord-ouest économiquement la plus riche de Bretagne, région riche à bonnes terres, région qui contrôlait le passage entre la Manche et l’Atlantique, entre donc l’Europe du Nord et l’Europe du Sud. La peste justinienne, les bagaudes (soldats déserteurs et esclaves en fuite – mot qui a donné bagad), les pirates avaient fait bien des ravages, mais tout de même. Ils devaient bien rester des populations armoricains dans ces espaces si lucratifs. Une idée pour expliquer ces mystérieux 180 occurrences de l'appellatif toponymique préfixé Plou- et ses variantes Plo-, Plœ-, etc, à l’origine des paroisses bretonnes, ils ont pu être créés par des soldats-paysans-marins brito-romains, recrutés en Bretagne insulaires, dans le cadre du Tractus Armoricanus du IVe siècle. Ils auraient été chargés de protéger les côtes de la Manche. Ces paroisses se seraient développées avec l’arrivée les siècles suivants d’immigrants bretons insulaires. Ils seraient étendus en taille, certains couvrant des superficies supérieures à 20 000 hectares et auraient essaimé avec des annexes et de nouveaux plou sur plusieurs siècles. Pour appuyer cette argumentation : l’origine du mot Plou qui vient du latin Plebs qui signifie paroisse, comme les Loc qui remonte au latin Locus. N’oublions pas que ces Bretons étaient des Brito-romains, connaissant la culture latine et soumis à une organisation militaire romaine (pour ce qui concerne le tractus)

Ces structures d’origine britonnique se mêlèrent au réseau de sanctuaires qui lui aussi était en train de se constituer autour d’églises baptismales élevées dans les vici, agglomérations rurales secondaires, autour des chapelles privées construites par exemple dans le sein d’un domaine, autour de sanctuaires de petits monastères. Avec le soutien des souverains, moines britonniques et évêques post gallo-romains coexistèrent afin d’encadrer les populations rurales. L’arrivée au IXe  siècle des Vikings, païens, aurait pu tout remettre en question car les riches abbayes et les groupes cathédraux furent détruits provoquant la fuite des élites religieuses et politiques. En fait, il n’en fut rien.

A leur retour, les puissants retrouvèrent leur place. Seul changement et de taille : on fortifia partout, c’est le féodalisme. Les seigneurs construisirent des chapelles dans l’enceinte de leurs châteaux et dans leur domaine. Au centre des villages qu’ils contrôlaient, ils édifièrent des églises qui furent sources d’abondants revenus car elles leur permettaient de prélever les dîmes, c’est-à-dire la part de récoltes due aux prêtres pour son entretien et l’entretien des sanctuaires. Ce fut si lucratif que la fonction ecclésiastique devint héréditaire et que l’aristocratie militaire et politique s’en empara et cela pour longtemps. Les comtes de Cornouaille furent avant tout évêques de Quimper et se marièrent aux héritières des évêques et comtes de Vannes et de Nantes, avant de ceindre la couronne ducale avec Hoel de Cornouaille en 1066. Et oui, à l’époque, les prêtres pouvaient se marier.

Mais le système était arrivé à un tel niveau de corruption, de népotisme et d’incompétence (les services religieux étaient devenus déplorables) que Rome intervint avec le soutien de nouveaux moines bénédictins, véritables « fous » de Dieu, tel Bernard de Clairvaux. Les souverains les appelèrent afin d’encadrer les populations et surtout réduire le pouvoir des féodaux qui durent abandonner églises et chapelles et surtout leurs dîmes. Cela ne se fit pas sans heurts comme partout : du XIe au XIIIe siècles, aux violences contre les moines répondirent les sentences d’excommunication, qui touchèrent même les souverains bretons. En Bretagne, comme je l’ai mentionné, il y a une particularité politique : le Nord appartenait aux comtes de Bretagne de la maison de Rennes (les Eudonides), le Sud aux ducs de Bretagne issus de la maison de Cornouaille. Chacun constitua un réseau de monastères structurant leurs zones d’influence. Si le duc Conan III chercha dans le moine Abélard, grand philosophe, fils de proches de ses parents, un homme capable de prendre la direction de cette nouvelle structure, il ne put que constater l’échec de sa tentative – Abélard étant trop fragile psychologiquement et politiquement- et dut lui aussi se tourner vers Cîteaux, c’est-à-dire vers des moines non bretons.

Cependant cela ne suffisait toujours pas. Il fallait constamment remettre des couches. Les pouvoirs politiques se méfiaient de ces prêtres devenus trop puissants, trop bien installés, trop proches du peuple ou des seigneurs, devenus trop libres et donc peu contrôlables. Il ne faut pas oublier qu’ils étaient pour le souverains des fonctionnaires qui transmettaient partout, jusqu’au moindre hameau, leurs ordres. Aux Cisterciens succédèrent à partir du XIIIe siècle les Mendiants, dominicains, franciscains, carmes. Vers 1500, près de mille religieux mendiants quadrillèrent la Bretagne. Croix et calvaires furent édifiés partout et par milliers. Le protestantisme ne prit pas racine en Bretagne, trop nobiliaire, trop urbain, trop bourgeois. Et les mendiants avaient bien travaillé.  

Malgré tout, on considère en haut lieu que les façons de croire et de pratiquer en Bretagne n’étaient guère « catholiques ». Bien sûr l’adhésion de la symbolique chrétienne montrait bien que les Bretons étaient catholiques, mais l’adhésion populaire restait plus démonstrative qu’intériorisée. L’amalgame d’éléments dits celtiques ou pré-celtiques (ou britonniques, armoricains) et orthodoxes (romains) avait donné naissance à une foi hétéroclite qui convenait aux fidèles, mais guère aux autorités ecclésiastiques qui suivaient les dogmes romains. La foi était plus collective qu’individuelle. La vie paroissiale avec ses grands rassemblements populaires, dont les traces de paganisme étaient bien visibles, était trop flamboyante pour les nouveaux prêtres réformateurs. Ils n’appréciaient guère, mais étaient contraints d’accepter, que les Bretons entretiennent d’étroites relations personnelles avec leurs saints à qui ils demandaient tout ou presque : la prospérité, la santé, la fécondité et même la vengeance. Ces saints, dont très peu étaient reconnus par Rome, pouvaient tout ou presque. Ils étaient les héros des Bretons et des Bretonnes. Leurs histoires remontant au plus Haut Moyen Age étaient racontés pendant des centaines d’année au coin du feu. Alors qu’ailleurs, le surnaturel, le côté magique, pouvaient amener à se retrouver accuser de sorcellerie devant l’Inquisition, et même sur le bucher (comme ce fut le cas pour un Breton installé à Toulouse au XVIIe siècle), en Bretagne, ce n’était pas le cas, bien au contraire. On en redemandait, au grand déplaisir de nombre de prêtres romains.  

Cette foi, étrange, mixte, à la fois romaine et « celtique », était difficilement compréhensible par des épiscopats romains, mieux formés grâce à la Contre-Réforme, qui la considéraient comme archaïque et peu canonique. Il fallut donc de nouveau mieux encadrer : ce furent les Missions qui débutèrent au XVIIe siècle et perdurèrent jusqu’au milieu du XXe siècle ; ce furent les fameux pardons qui réunirent des dizaines de milliers de personnes ; ce furent les séminaires, petits et grands ; ce furent les écoles chrétiennes. Les résultats furent spectaculaires. La Bretagne devint une terre de grande foi religieuse et de stabilité politique. On sait aujourd’hui que les Missions ont eu un grand rôle pour calmer les régions dites « dde bonnets rouges » de 1675. Même si les Bretons, surtout urbains et bourgeois, ont eu un immense rôle dans les débuts de la Révolution, les décisions de la Première République opposée à l’Eglise romaine n’ont pas été bien perçues, c’est le moins que l’on puisse dire, dans les régions bretonnes qui avaient connu les missions. Au XIXe et XXe siècle, la Bretagne était considérée comme un pivot du catholicisme. La Bretagne était très bien encadrée par des milliers de prêtres et de religieuses bretons formés dans les séminaires et les couvents. Ils se trouvaient si nombreux qui migrèrent pour évangéliser le monde : en Afrique, en Chine, dans les Caraïbes, en Amérique. Ils surent se moderniser pour mieux encadrer les populations qui elles aussi migraient. Et là nous retrouvons le rôle majeur des prêtres de la Mission bretonne de Paris qui échouèrent néanmoins en partie faute de moyens laissant partir de nombreux Bretons et Bretonnes vers l’extrémisme de l’époque, le communisme. Si au sommet, les prélats bretons aimaient le faste – il n’y a qu’à regarder les photo des enterrements des évêques -, de simples abbés que l’on nommait les abbés démocrates révolutionnèrent la vie politique, créant des journaux comme Ouest France, et surtout la vie économique puisqu’ils furent à l’origine d’énormes coopératives. L’éducation était leur terrain de prédilection, à l’école bien sûr et hors de l’école avec les Jeunesses catholiques (JOC, JEC, JAC, Scouts) qui eurent le vent en poupe jusque dans les années 1950 et qui formèrent nombre de cadres politiques, économiques et sociaux, dont des ministres bretons actuels parmi les plus connus.

A partir de 1950, ce fut la dégringolade. Le clergé ne sembla plus vouloir encadrer. Il paraît avoir privilégié la qualité de la foi à la quantité. Et ce fut le cercle vicieux. Puisque les populations étaient moins encadrées, les pratiques régressèrent et donc les vocations furent moins nombreuses et le nombre de prêtres bretons s’écroula. Il est vrai que devenir prêtre ne permet plus aujourd’hui, à la différence des XIXe et XXe siècles, de progresser socialement. En 2006, on comptait dans les cinq diocèses de la région administrative Bretagne 780 prêtres ayant moins de 76 ans. Ils ne seraient plus que 423 en 2014, dont 200 âgés de moins de 65 ans. Les baptêmes, les mariages, les funérailles, cérémonies qui ont marqué profondément pendant plus d’un millénaire la vie des Bretons et des Bretonnes ne sont plus assurés par des prêtres mais par des diacres, et encore sur rendez-vous. Les spécialistes de la question religieuse en Bretagne prévoient qu’un grand nombre de paroisse va être gérée par des laïcs, paroisses qui devraient retrouver leur superficie d’origine, couvrant des dizaines de milliers d’hectares. Le catholicisme pourrait, selon eux, en Bretagne se transformer en minorité religieuse.

Photo : quelques statues de la Vallée des Saints à Carnoët.

Frédéric Morvan, tous droits réservés


Chronique de l’histoire littéraire de Bretagne et des Bretons par François Labbé : Le père Hardouin, un « hérésiarque pernicieux » et breton

Dans une chronique précédente, j’ai rapidement évoqué la figure du Quimpérois Jean Hardouin, un érudit jésuite que son compatriote le père Tournemine s’efforça de faire taire tant ses thèses pouvaient paraître dangereuse.

Hardouin est peu connu en France, davantage chez les Anglo-saxons passionnés par une œuvre assez exceptionnelle qui n’est pas sans annoncer les visions d’un Orwell où les techniques que mettront au point pour réécrire l’histoire les régimes dictatoriaux du XXe siècle !

Comme le rapporte l’abbé Irailh, à sa mort, on lui fit une épitaphe qui certes le dépeint assez bien :

 

Dans l’attente du jugement

Cy-git

Le plus paradoxal des hommes,

Né français, catholique romain,

Prodige d’érudition,

Amateur et destructeur de la vénérable antiquité,

Frénétique, savant,

Qui, éveillé, publia mille rêveries,

Qui fut dévot et Pyrrhonien,

Enfant par sa crédulité, jeune homme par son audace,

Vieillard par ses délires.

 

... sauf que le père Hardouin était tout à fait autre chose qu’un doux naïf, un savant un peu fou !

 

Hardouin naît donc dans une famille de la petite bourgeoisie. Son père est un des libraires de la ville. Il fréquente évidemment le collège des jésuites et y fait d’excellentes études. Très vite, il est attiré par l’écriture et l’érudition : sa vie entière, il travaillera quatorze heures par jour, rapporte-t-on ! Nous sommes à cette époque – la fameuse crise de la conscience européenne jadis chère à Paul Hazard –  où sur la lancée de l’humanisme du XVIe siècle, l’esprit critique se développe avec des hommes comme Descartes, bien entendu, puis Pierre Bayle, Richard Simon, Fontenelle voire Spinoza.  On se livre à la critique de la Bible, à l’exégèse des textes sacrés et des savants comme l’abbé Fleury ou Mabillon cherchent simplement à redécouvrir les textes originaux sous les strates successives déposées par des traducteurs maladroits, des copistes peu honnêtes, par la volonté d’enjoliver les faits dans une perspective apologétique ou pour mieux intéresser les foules.

 Descartes a publié en 1637, en français, son Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences et remet en cause une bonne part des certitudes et des préjugés, de la routine. Hardouin, qui commence, entre autres, par donner au public une nouvelle édition – enfin correcte, « critique » au sens moderne – de l’Histoire naturelle de Pline, va pousser le doute méthodique à ses extrémités, vers un scepticisme conséquent. Non pas qu’il soit cartésien : il s’en défend, mais comme le philosophe, il érige en principe «  de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie qu’ [il] ne la connusse évidemment être telle : c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en [ses] jugements, que ce qui se présente si clairement et si distinctement à [son] esprit, qu’[il n’eût] aucune occasion de le mettre en doute ».   La thèse qu’il élabore (simplifiée) est la suivante : toute la littérature antique que nous révérons n’est à de rares exceptions que le produit du travail ou de la falsification apportée par des moines des XIIIe et XIVe siècle aux quelques œuvres originales qui nous sont effectivement parvenues. Ces faussaires ont utilisé des ouvrages authentiques (les œuvres d’Homère, celles d’Hérodote, quelques-unes de Plaute; les Églogues et les Géorgiques de Virgile, les Épîtres d’Horace) pour produire des apocryphes.

Rien n’arrête son zèle critique, car il est ardemment chrétien et ne souhaite qu’une chose : redonner toute son lustre au dogme catholique, défendu par Rome et les jésuites, mais menacé par l’ignorance, le faux savoir et les superstitions, « superstare » qui, couches après couches ont « enténébré » la vérité. Il  fera aussi porter sa critique sur le Nouveau Testament, ce qui sera difficilement admis par les autorités ecclésiastiques, car il va bien plus loin que Mabillon, Fleury ou Simon !

Certes, ce savant vite réputé pour ses connaissances (toute l’Europe célèbre son savoir) a des partisans, des continuateurs, mais il se fait beaucoup d’ennemis car ce qu’il faut bien appeler ses paradoxes sont des bombes à retardement. Le pyrrhonisme qui l’anime pourrait servir d’aliment à l’impiété, voir à l’esprit de révolte qui, alors, se développe souterrainement, mais un peu partout. Il est mis à l’index, on ne publiera ces œuvres interdites qu’après sa mort ! Pourtant, Jean Hardouin n’est pas un crypto philosophe, il mène un combat pour défendre la religion, il est un homme profondément croyant et déteste le cartésianisme dont il pressent les aboutissements matérialistes, hait les athées, les libertins et s’enflamme contre eux.  Il abhorre tout autant le jansénisme qui s’impose dans toutes les couches sociales et veut s’adresser, pour le convaincre, en priorité à un lectorat qui tend à fuir l’Église romaine et les vues des jésuites. Sa grande idée est de prouver que les écrits sur lesquels s’appuient tous ces discoureurs, tous ces hérésiarques, tous ces ennemis de la vraie foi, sont faux, ne sont que les produits d’une sorte de conjuration dont le seul but est de porter des coups mortels à la vraie foi, celle dont le bastion est Rome et dont les soldats sont les fils de Loyola ! En bref, il veut mettre son savoir au service de ce qu’il considère être le vrai pour faire taire tous les mécréants et imposer la véritable religion. Il ne fait rien d’autre que ce que ses confrères bretons, Bougeant ou Tournemine par exemple feront aussi avec plus de mesure et de finesse : affronter tous ceux qui s’opposent à l’Église romaine et à l’ultramontanisme, car ils sont persuadés n’y a d’Église chrétienne forte et vraie que dans son unité première. Cependant, eux le font sans éclats apparents. Les écrits jésuites se plient aux circonstances particulières tout en prônant inflexiblement une foi universelle, catholique au sens premier du terme. Jean Hardouin est moins souple. Ses collègues sont un peu le roseau de la fable ; il est plutôt le chêne..., on sait comment la fable se termine !

À la suite de ses études et de son noviciat, il est Professeur de belles-lettres, de rhétorique et de théologie à Louis-le-Grand dès 1685, et grand ami du célèbre père Garnier, le bibliothécaire. Pourtant, son interprétation hardie de saint Augustin, fait qu’il est éloigné de l’enseignement dès 1691. Il doit alors subir la vindicte de ses confrères : on le considère comme un extravagant (Le Tellier), un esprit chimérique (Tournemine) et on ne lui confie plus que la fonction de bibliothécaire à la mort de Garnier, ce qui n’a pas dû vraiment lui déplaire, car la bibliothèque de Louis-le-Grand était une des meilleures de la capitale. Ainsi il peut poursuivre  une œuvre d’érudit (en latin le plus souvent). Jusqu’à la fin de sa vie, il écrit, compare, dissèque, rétablit les textes et s’intéresse à quantité de domaines : l’édition des actes du Concile de Trente, des commentaires (critiques) sur le Nouveau Testament, l’édition critique de Themistius,  des réflexions sur l’histoire et les belles-lettres (Homère, Horace, Dante), sur la chronologie en s’appuyant sur la science numismatique qu’il possède parfaitement. Il travaille sur la philosophie platonicienne, s’intéresse à son contemporain Newton... Le domaine de prédilection de ce Breton qui parle plusieurs langues, dont le breton, est évidemment la philologie, car cette science bien dominée permet de déceler les livres originaux et les apocryphes, de débusquer les faussaires.  Il s’emploie donc principalement  à démasquer tous les écrits de l’Antiquité faussement attribués à tel ou tel auteur. Il passe au crible de son savoir immense les littératures grecque et latine, les  écrits des Pères de l’Église...  Nous l’avons dit, Hardouin n’est pas seul dans cette démarche, mais sa rigueur est exceptionnelle. Ainsi, dans son appréhension des textes augustiniens, que critiquent d’autres auteurs, jésuites, il ne se contente pas  de contester l’usage qu’en font les jansénistes, il refuse à l’évêque d’Hippone la paternité de son œuvre ! Une telle démarche est bien entendu inacceptable par l’Église car c’est remettre en cause indirectement toute la culture écrite de l’Antiquité et du moyen âge, tant Augustin l’a façonnée. C’est d’ailleurs ce qu’il veut car son souhait le plus profond est de retrouver une Église prétridentine voire une Église proche des origines. Son projet est fou dans sa dimension car il pense passer au peigne fin de sa critique quasiment l’ensemble de la culture écrite profane et religieuse. Il ne se contente pas des écrivains latins ou des Pères de l’Église, il aborde  la littérature grecque et des historiens comme Grégoire de Tours ou Joinville dans sa volonté, seul contre tous, de mettre en échec la « maudite cabale » des moines médiévaux, falsificateurs  décidés dans des ateliers immenses, inventant des hérésies fictives comme celles d’Arius et de Pélage, des  chartes, des annales, des décrétales... Wycliff, Luther puis  Calvin ont ensuite poursuivi cette tâche de falsification, tous, comme les jansénistes aussi appuyant leurs prétentions sur une érudition qui peut faire illusion à celui qui n’a pas le sens critique. En revanche, il saura démontrer la vanité de telles prétentions en prouvant que les textes sur lesquels reposent toutes ces gesticulations sont des faux !  CQFD, pourrait-on dire...  On pourrait alors s’étonner de la réaction de la Compagnie à son égard, car Hardouin combat en définitive avec eux et pour eux ; le scepticisme n’est pas rejeté par les jésuites qui sont fondamentalement convaincus que si la foi et la raison peuvent être, un temps, compagnons de route, la première devra toujours l’emporter. La foi du charbonnier demeurera longtemps le dernier argument opposé à l’athéisme, un acte d’humilité. L’apologétique jésuite ne se laisse cependant pas entraîner au pyrrhonisme intégral préférant affirmer (mais sans trop de bruit) la supériorité du magistère de l’Église, seule capable de compenser les insuffisances de la raison. C’est ce qui explique la mise à l’écart du père Hardouin, car le scepticisme trop poussé est un danger pour cette Église comme le montre un autre scepticisme radical, celui de Pierre Bayle et ses conséquences.  

Dès 1702, son compatriote, le père Tournemine,  le réfute dans une brochure car ses thèses poussées à leurs extrêmes menacent davantage le christianisme dans son ensemble que le jansénisme par exemple. En décembre 1708, ses écrits en cours sont  désavoués par avance  (Mémoires de Trévoux, 1709).  

En apparence, Jean Hardouin se soumettra et ne publiera plus, ses manuscrits s’accumuleront et il ne quittera guère sa bibliothèque. Mais en bon jésuite, il pratique la restriction mentale et poursuivra son œuvre, car il est persuadé du bien fondé de sa démarche !

On comprend le sens du combat qu’il mène avec ses œuvres posthumes (conscients que ses manuscrits seront détruits à sa mort, il en fait passer un double à un ami, probablement l’abbé d’Olivet). En particulier, dans son traité  Athei detecti (paru en 1733), il soumet à sa critique entre autres Jansénius, Thomassin, Malebranche, Pasquier, Quesnel, Antoine Arnauld, Pierre Nicole, Pascal, Descartes, tous auteurs d’inspiration rationaliste qui selon lui s’appuient sur des falsifications et cherchent ainsi à tromper, à détourner de la vraie religion, de la foi. 

D’autre part, il s’en prend aux tendances suivies par l’Église de son temps : la prédication sur les mœurs privilégiées à l’explication des mystères du Christ, le goût du placere horatien, le resserrement théocentrique que les réformes posttridentines avaient suggéré. Les jansénistes et leurs amis restent toutefois les ennemis le plus évidents avec leur tentative de concilier le monde profane et la Bible...

Hardouin, pourtant, n’est pas inflexible dans ses principes. Il affirme certes que si la philologie peut dans certains cas soutenir la théologie, elle ne peut ni ne doit la remplacer : dès que les mystères sacrés s’imposent à la raison, la démarche philologique est sans effet, annihilée ! Hardouin effectue ainsi des choix étonnants : pour lui, seul le texte latin de la                                                  

Vulgate a valeur d’autorité et les jansénistes avec leur goût pour les sources grecques se trompent évidemment !  En dehors de tout esprit critique, il croit que la foi aurait été fille de la parole divine, un logos apparu entre la Création et la rédaction des premiers livres mosaïques.  En fait, cet homme veut débarrasser la religion de la patine des siècles pour retrouver  une chrétienté primitive, que jésuites et milieux gallicans ont revendiquée après les soubresauts ayant suivi la Réforme. En conséquence, il vit aussi le rêve d’une catholicité   portée vers l’action apostolique dans le monde, vecteur de vérité et pourquoi pas de « modernisation », car il faut arracher les hommes aux « ténèbres » qui enveloppent la « vérité ». Hardouin n’est donc pas du tout un savant étranger au monde, un peu bizarre, c’est un jésuite dans toute la force du terme, mais ses supérieurs  craignent que ses arguments ne nuisent d’abord à l’apologétique chrétienne. Son érudition mise au service d’une foi purifiée risque en effet de saper l’autorité des livres sacrés voire la transmission de la foi par l’écrit...

On le traitera d’« hérésiarque pernicieux », on en fera un pyrrhoniste à rapprocher de ces libertins abhorrés que sont La Mothe Le Vayer  ou Gabriel Naudé. Un érudit, Charles-Étienne Jordan, écrira à son propos :

« [le] système monstrueux et chimérique [de Hardouin] va directement à nous faire perdre les preuves les plus sensibles de la vérité de notre sainte religion. Si les Pères grecs et latins ont été forgés par une cabale telle qu’on la veut insinuer et établir, qui pourra empêcher un impie de mettre dans le même ordre de supposition arbitraire les exemplaires grecs et latins du Nouveau Testament ? »

Montesquieu, pour sa part, ironisera sur Hardouin en reprenant sans son Spicilège l’épitaphe citée au début de cette notice et due à Jacob Vernet, l’éditeur suisse de l’Esprit des Lois. Avec sa morgue de président à mortier et d’historien convaincu de son savoir, il écrira dans ce dernier ouvrage : « Mais il n’est permis qu’au P. Hardouin d’exercer ainsi sur les faits un pouvoir arbitraire ». Il avait en partie tort et les adversaires d’Hardouin assez raison : ses dévoilements en appelaient d’autres...

*

 

On se reportera à l’article (paru sur internet) du professeur de l’université de Bâle, Adrien Paschoud, « L’érudition au péril de la foi L’œuvre apologétique de Jean Hardouin », 2014, dont nous avons utilisé certains résultats.

Voir encore (facilement accessibles) :

J. HARDOUIN, Athei detecti, dans Opera omnia, Amstelodami, apud Henricum Du Sauzet, & Hagæ Comitum, apud Petrum de Hondt, 1733. 

J. HARDOUIN, Réflexions importantes, qui doivent se mettre à la fin du traité intitulé Athei detecti, dans Opera varia, Amstelodami, apud Henricum Du Sauzet, & Hagæ Comitum, apud Petrum de Hondt, 1733. 

C.-É. JORDAN, Histoire d’un voyage littéraire fait en M. DCC. XXIII […], La Haye, A. Moetjens, 1736.   

VOLTAIRE, Dictionnaire philosophique, dans Œuvres complètes, Oxford, The Voltaire Foundation, 1994, vol. 35.

B. CHÉDOZEAU, « Le P. Hardouin et le refus du rationalisme en religion. Une reconstruction ultramontaine de l’histoire », dans Revue des sciences philosophiques et théologiques, 79, 1995, p. 249-281.   

S. VAN DAMME, « Écriture, institution et société. Le travail littéraire dans la Compagnie de Jésus en France (1620-1720) », dans Revue de synthèse 120/2-3, 1999, p. 260-283   - « Les martyrs jésuites et la culture imprimée à Lyon au XVIIe siècle », dans Revue des Sciences Humaines, 269/1, 2003, p. 189-205. 


Chronique littéraire de Bretagne et des Bretons de François Labbé : Claude Le Coz, l’évêque révolutionnaire


Chronique de l’histoire littéraire des Bretons et de la Bretagne par François L’ABBE : René-Guy Cadou : « Mon enfance est à tout le monde »

Le 21 juin 2014, je venais d’arriver en Bretagne avec l’été, à Morlaix exactement, lorsque j’appris une nouvelle qui m’attrista beaucoup : Hélène Cadou venait de mourir. Quelques années auparavant, à Nouméa, où j’enseignais à l’IUFM, on m’avait beaucoup parlé, à moi le Breton, du court séjour qu’Hélène avait fait sur le Caillou, rencontrant élèves et professeurs, récitant ses textes et ceux de René-Guy, semant partout où elle allait la poudre d’or de la poésie. J’avais lu avec émotion son livre Le bonheur du jour, mais assez tard, car ma vraie rencontre avec René-Guy Cadou Lire la suite ICI



Chronique de l’histoire littéraire de la Bretagne et des Bretons par François Labbé : Daillant de la Touche, un Neveu de Rameau breton

 

 

Le Candide de Voltaire est une des œuvres majeures des Lumières et il s’en est suivi une mode qui s’est prolongée bien au-delà du XVIIIe siècle d’ouvrage « dans le goût du Candide » et naguère Jacques Vercruysse a écrit un bel article sur « Les enfants de Candide ».

Je viens d’avoir la chance de lire un de ces bâtards de Candide, que les rares chercheurs qui l’ont étudié qualifient peu ou prou de Candide breton. Il s’agit du petit roman de Daillant de la Touche, Kerfolin ou l’étoile. Histoire véritable, paru en 1785. LIRE LA SUITE ICI


[1] Cristina Trinchero, « Histoire et mémoires d’un  poète oublié, François-Jean Daillant de la Touche », in :   La ricerca della verità  a cura di Piero de Gennaro, 2010,Torino.   Bibliothèque Nationale de France [BNF]: Mss Nouv. Acq. Fr. 9196, Collection Ginguené 5. Correspondance, fol. 79-233; Lettre de Ginguené à Marmontel, s. d. [1783], fol. 11-12; Et Bibliothèque Historique de la Ville de Paris [BHVP], Collection Parent de Rosan III, vol XX: Papiers de Ginguené, fol. 216-227 etc.

 

Article de Construire la Bretagne sur le CHB-KIB

« L’histoire n’est pas derrière nous, elle est sous nos pieds ». Fondé en octobre 2012 et présidé par Frédéric Morvan, le Centre d’Histoire de Bretagne / Kreizenn Istor Breizh est une association dont l’objectif est de proposer des contenus, d’être un intermédiaire et d’aider dans différents registres à la diffusion de l’histoire bretonne. L’association produit ainsi de manière directe plusieurs études, Lire la suite ICI

Chronique littéraire de la Bretagne et des Bretons par François Labbé : François Duine, clerus dolensis en quête de vérité

Dans mon enfance, ma mère m’envoyait chaque semaine au bureau de tabac de l’avenue du Cimetière de l’Est à Rennes pour aller chercher ses Bonnes soirées. Je passais par un raccourci qui me permettait de grimper sur un mur et de jouer les équilibristes. Cette ruelle sombre et délaissée, abandonnée aux « mauvaises herbes », avait pour nom « rue François Duine », François, comme moi. Ce Monsieur Duine, mort à 54 ans (ce que je trouvais bien âgé) m’était ainsi sympathique, et sa rue, presque toujours vide était ma rue... Lire la suite ICI  


Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : la diversité sociale des Bretons.

Lorsque l’on parle de l’histoire sociale de la Bretagne et des Bretons, on a l’impression qu’il y a deux parties : les riches, voire les très riches, et les pauvres, voire les très pauvres. Cette impression provient de ce XIXe, siècle vraiment maudit pour la Bretagne et sa population, où le territoire comme ses habitants ont connu en masse une profonde misère et l’émigration En fait, c’est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît. Lire la suite ICI
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Chronique de l’histoire littéraire de la Bretagne et des Bretons par François Labbé : François-René-Jean de Pommereul, ou comment un philosophe devient préfet.

François-René-Jean de Pommereul est né à Fougères en 1745. Il appartenait à une famille noble mais pauvre comme il en existait beaucoup en Bretagne. Jean Meyer comptait au minimum 25 000 personnes appartenant à la noblesse bretonne au début du XVIIIe siècle et il évoquait ces aristocrates « dépourvus de tous biens » et qui étaient incapables de payer le moindre impôt. Des villages comme Pordic ou Plouha comptaient alors respectivement 25 et 46 familles nobles, Plélo 16 ! Lire la suite ICI


Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : la diversité bretonne en mouvement

Il y a bien sûr une Bretagne, grande, plus vaste en superficie que la Belgique, diverse dans ses paysages – dès que l’on traverse la Loire, les toits sont couverts de tuiles majoritairement et plus en ardoises. Il n’y a pas bien sûr un seul Breton, mais des Bretons et des Bretonnes. Pour ceux qui voulaient, veulent, voudraient un homo britonnicus, comme certains ont voulu un homo anglicanus, un homo sovieticus, un homo americanus, etc, ils en seront pour leurs frais. Les Bretons et les Bretonnes sont multiples et en mouvement comme le révèlent, à mon humble avis, quelques éléments historiques. Regardons dans les trois mondes, pas assez liés entre parenthèses à mon goût, de la politique, de l’économie et de la culture. Lire la suite ICI 


Chronique de l’histoire littéraire des Bretons et de la Bretagne par François Labbé, Yves-Marie André ou l’opiniâtreté bretonne

Il est sans doute un philosophe que les Bretons connaissent peu : leur compatriote, le père Yves-Marie André. Encore un jésuite, direz-vous, oui, mais cette fois, un jésuite cartésien, un homme des Lumières et un auteur ami de la vérité et qui a dû subir les foudres de sa Compagnie car il ne voulut jamais céder à l’intolérance ni taire ce qu’il pensait.

Il est né à Châteaulin en 1675 comme par un signe du destin, l’année des Bonnets Rouges et de l’arrêt du Conseil contre le cartésianisme ! Avec ces deux fées à son berceau, sa destinée ne pouvait être qu’étonnante. Lire la Suite ICI


Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : l’Angleterre et la Bretagne

Ainsi donc les habitants du royaume d’Angleterre et la principauté des Galles souhaitent que la Manche, la mer bretonne en breton, le Channel (ou canal) en anglais, redevienne une frontière une nouvelle fois, que la Bretagne soit coupée encore une fois de son grand voisin du Nord. La création de l’Union européenne était parvenue à effacer cette frontière. Elle envisageait même de former une grande région dont la Manche ne serait qu’un grand fleuve qui l’irriguerait. Mais encore une fois… Et pourtant l’histoire des liens entre la Bretagne et de l’Angleterre-Galles est extrêmement riche, autant, voire davantage que ses relations avec ses voisins de l’Est. Lire la suite ICI
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Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Roger Vercel ou les errances idéologiques d’un ancien combattant

Roger Vercel est le grand contemporain de la ville où « j’on vu le jour ». Ma mère avait eu cette chance de le rencontrer alors qu’elle était jeune fille. Je raconte cette aventure assez extraordinaire dans La Soue, un roman biographique dont Lucienne, l’héroïne, lui ressemble beaucoup. L’assène se passe à l’Aublette, près de Dinan, le jour des courses. Lire la Suite ICI

 

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : la réussite scolaire des Bretons

Et oui, les Bretons réussissent très bien à l’Ecole. Mon futur proviseur vient de m’annoncer que mon principal problème l’an prochain consistera à répondre aux questions brillantes des élèves. Depuis des décennies, les lycées de cinq départements bretons obtiennent les meilleurs résultats de France au BAC, plus de 90 %. Le lycée Diwan de Carhaix vient d’être classé 4e meilleur lycée de France. Comment expliquer ce succès ? Les chauvins répondront par un « c’est normal, les Bretons et les Bretonnes sont génétiquement plus intelligents ! ». Ben voyons ! Et ils sont aussi les plus beaux du monde. Plus justement, il y a la pression familiale et sociale. La famille bretonne est plus qu’ailleurs regardante sur le travail scolaire. Pour la société bretonne, l’école joue un rôle essentiel. Et ce n’est pas nouveau. Lire la suite ICI



Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Un préromantique breton, Loaisel de Tréogate

Bécherel est un lieu de pèlerinage pour qui aime le livre. Sur son piton, la vieille cité et ses libraires un peu mystérieux dans leurs antres divers et chaleureux est une étape nécessaire : feuilleter des bouquins, boire une bonne bolée en dégustant une galette cuite sur le trépied. Je m’y arrête toujours quelques heures quand je viens du Margraviat de Bade où j’habite (Breton de la Diaspora !) et que je file sur Carantec pour me retrouver « au pays ». C’est là qu’un jour j’ai découvert et acheté  un petit livre en mauvais état : les Soirées de mélancolie de Loaisel de Tréogate. La sincérité de ces nouvelles poétiques m’a beaucoup impressionné, voire touché. Pour moi qui me suis intéressé d’assez près à la poésie des années 1770-1790, ce recueil était une exception car la plupart des poètes de cette époque écrivent des préciosités artificielles qui sont un peu comme ces bouquets compliqués que l’on trouve sous verre chez un antiquaire : desséchés, décolorés, sans parfum. Lire la suite ICI


Chronique de la semaine par Frédéric Morvan : l’esprit d’entreprendre, une spécificité bretonne ?

Je vais répondre tout de suite à cette question : je ne le pense pas, sans doute pas plus qu’ailleurs. Et pourtant, les Bretons et les Bretonnes sont aujourd’hui partout, influents, voire même puissants, dans les domaines culturels – rien qu’en histoire de la Bretagne, on sort des dizaines de bouquins sur le sujet par an, les auteurs et les éditeurs bretons se comptent par centaines, les chanteurs bretons et bretonnes sont plus que célèbres -, dans le domaine politique – regardez du côté du gouvernement, regardez du côté de la Haute fonction publique -, dans le domaine économique – bien sûr le fameux club des Trente qui réunit une soixantaine de très grands entrepreneurs bretons et amis de la Bretagne. Lire la suite ICI

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Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648-1734), un abbé qui aimait les femmes

 

Encore un inconnu, vont se dire les quelques lecteurs de cette chronique ! Un tic ! Une obsession, ces minores bretons ! Eh bien oui ! À quoi bon évoquer Chateaubriand ou Renan que tout le monde connaît ? Pezron, Bougeant, Tournemine, Loaisel, Morvan de Bellegarde, par contre... En effet, ces écrivains que l’on ne connaît plus ou si peu ont été très lus de leur vivant et du point de vue de l’histoire des mentalités, se pencher sur leurs écrits, s’interroger sur les causes (et les conséquences) des succès qu’ils ont connus peut être riche d’enseignements.

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Chronique de la semaine par Frédéric Morvan : La Bretagne et les Bretons, au tournant de leur histoire ?

Si on regarde la semaine écoulée, qu’est-ce qu’il y a de commun entre l’OPA réussie du breton Vincent Bolloré sur l’entreprise Gameloft, ce qui a entrainé le départ du PDG de cette entreprise, le breton Michel Guillemot, l’assemblée générale de Bretagne Culture Diversité, une conversation fort intéressante avec une conseillère régionale et un important historien breton, les manifestations à Rennes, le changement de noms de beaucoup de municipalités à l’occasion de fusions de communes, l’absence de réaction des inspecteurs de l’Education nationale, et la découverte qu’un million de jeunes (de moins de 40 ans) sont retournés vivre chez leurs parents faute de moyens ? Lire la suite ICI


Chronique de l’histoire littéraire de François Labbé : Le père René-Joseph de Tournemine (1661-1739). Un ironiste rennais ?

 

Parmi les collaborateurs du Journal de Trévoux se trouvaient un très grand nombre de Bretons : les Quimpérois Guillaume-Hyacinthe Bougeant (1690-1743) et Jean Hardouin (1646-1729), les Vannetais Joseph Baudori (1710-1749) et Jean-Marin de Kervillars  (1668-1745), les Rennais Antoine Despineul (1657-1707) et Jean-François Fleuriau  (1700-1767), le  Vitréen Charles Frey de Neuville, le père Charles Le Gobien de Saint-Malo (1653-1708), le Nantais Le Brun (1607-1663), Morvan de Bellegarde (1648-1734) de Piriac près de Nantes, Yves-Marie André (1675-1764) de Châteaulin... Lire la suite ICI

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : enseigner l'histoire de Bretagne

J’avais le choix cette semaine entre deux sujets : les grèves et l’enseignement de l’histoire de Bretagne. Je choisis la seconde bien sûr. Je ne suis qu’un modeste historien. J’ai dit un jour à un célèbre militant de la cause bretonne que l’histoire de la Bretagne est plus importante que la langue bretonne. Puis je me suis ravisé devant sa tête en lui disant qu’elle est aussi importante. Si la langue bretonne est danger, c’est le moins que l’on puisse dire, l’histoire de Bretagne l’ait tout autant comme le révèlent les différents sondages réalisés par les associations tel Bretagne Culture Diversité ou par des journalistes. Pourquoi ? Si des dizaines de livres sortent tous les ans sur le sujet, cette histoire n’est guère enseignée. Lire la suite ICI

chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé : Germain François Poullain de Foix

Quand j’étais gamin, dans les années cinquante, j’allais parfois avec mon père à vélo jusqu’aux étangs d’Apigné pour une partie de pêche. Après Rennes, on traversait alors une lande très agréable  avant d’arriver à La Prévallaye, sauvage et boisée : Sainte-Foix. Un jour, un vieux pêcheur m’avait raconté qu’Henri IV, en visite à Rennes, s’était reposé en cet endroit après une partie de chasse, à l'ombre d'un grand chêne, sous lequel lui-même avait joué à la fin du siècle précédent. 

Ce que je devais découvrir plus tard, c’est que ce lieu-dit Sainte-Foix, qu’on appelait aussi Saint-Foy, appartenait au XVIIIe siècle à une famille rennaise fortunée, les Poullain et que cette terre et la ferme qui s’y trouvaient avaient échu en apanage au fils aîné qui prit l’habitude de se présenter comme Poullain de Saint-Foix pour se distinguer de son célèbre frère, le juriste Poullain du Parc. Lire la suite ICI


François Labbé répond aux inspecteurs

 

L’Histoire de la Bretagne

 

Un inspecteur est seulement un minuscule engrenage perdu dans la grande machine de l’EN, un adjudant ! Le petit doigt sur la couture du pantalon, il « transmet » et fait appliquer ce qui vient d’ « en haut ». En bon fonctionnaire, il fonctionne comme ON le veut. Il a pu devenir IPR par idéalisme (imaginant pouvoir faire passer un message), pour échapper aux élèves ou pour satisfaire à ses pulsions autoritaires, son désir d’être un petit chef... Il fait une « carrière » en attendant (peut-être) de devenir inspecteur général et d’approcher ainsi la sphère du pouvoir, le saint des saints...

 

La voix de son maître se fait entendre dans cette lettre :  à des questions bien précises sur la réalité et la nécessité d’enseigner l’histoire de la Bretagne, les inspecteurs répliquent en utilisant la langue de bois traditionnelle dans ce genre de « dialogue » : hors du « programme, point de salut ! Mais à l’intérieur de ce programme (qui ne fait aucune place dans le cas qui nous intéresse à l’histoire de la Bretagne), le professeur est « libre » de sa démarche et de ses exemples ! Une liberté surveillée, en quelque sorte. L’histoire de la Bretagne devient un aimable accessoire simplement destiné à illustrer, enjoliver le « programme » : Ils (les enseignants) peuvent donc bien évidemment prendre des exemples dans le cadre breton tant en histoire qu’en géographie, non dans une perspective d’histoire ou de géographie locales ou régionales, mais pour concrétiser les phénomènes et les notions qu’ils abordent [...] Et, au cas où le lecteur n’aurait pas compris, on répète cette injonction du « point de salut hors des programmes » :  Il ne s’agit toutefois pas d’«enseigner l’histoire de la Bretagne », mais bien de mobiliser des repères ou des exemples en vue de construire les apprentissages attendus dans le cadre des programmes nationaux.

Les choses sont claires : aux demandes elles aussi claires du CHB, l’habituelle fin de non-recevoir !  La fameuse « liberté pédagogique » dont il est ensuite question est du même acabit et la (énième) réforme des collèges aussi (je signalerais d’ailleurs le coup porté aux enseignements bilingues !).

Il faudrait peut-être un jour changer de mode de communication, Messieurs les inspecteurs ! Vous n’avez plus en face de vous des enseignants timorés qui attendraient tout de votre grâce, une progression de carrière ou une mutation plus rapide. Ils espèrent autre chose de vos compétences : une aide, un soutien, une véritable écoute, et d’abord  que vous fassiez bouger la Machine, que vous-mêmes cessiez de vous comprendre comme des courroies de transmission trop dociles. Choisir de devenir « inspecteur » devrait répondre à des projets personnels qui transcendent le simple désir de carrière ou de fuir la classe. Il faudrait songer à écouter la piétaille, à coopérer avec elle pour faire évoluer le jurassic-parc de la rue de Grenelle. Ancien proviseur d’un lycée franco-allemand où j’ai dû beaucoup ferrailler avec la Direction des lycées et le Ministère n’arrivant pas à comprendre qu’on peut positivement évoluer hors d’une prétendue doxa franco-française, hors du carcan national. Mais j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer un inspecteur d’histoire courageux qui a défendu avec pugnacité la cause du bilinguisme et qui ne se contentait pas de dire « le programme, mon programme » comme Harpagon « ma cassette, ma cassette » ! Hélas, il était bien seul et la Belle au bois dormant du Ministère est rétive aux princes charmants ! À la fin du XVIIIe siècle, un pédagogue et dictionnairiste de talent (oublié par la culture officielle), Jean-Charles Laveaux, affirmait que le mal qui rongeait l’école et la pédagogie était la routine et que c’était contre cette routine qu’il fallait se battre car elle était une sorte de rouille qui paralysait, ankylosait d’ailleurs les grands corps de l’État. Les choses n’ont pas vraiment changé, hélas ! À nous de continuer de réclamer.  Et d’espérer !

F. Labbé, agrégé, Docteur ès lettres...

PS. Ceci dit, ne faisons pas la fine bouche : Messieurs les inspecteurs autorisent tout de même quelque chose d’important : [...], concernant un EPI portant la thématique « langues et cultures régionales », il n’est nullement obligatoire de le dispenser dans une langue régionale, [...] . Ceci revient à dire que si ce n’est pas obligatoire, c’est permis : donc pas d’hésitation, si on  le peut, en gallo ou en breton  l’EPI !

Des inspecteurs d'histoire et de breton de l'Académie de Rennes répondent au CHB-KIB

Au nom du Recteur de l’Académie de Rennes, deux Inspecteurs de l’Académie de Rennes, l’un d’histoire et l’autre de breton, répondent au courrier  du CHB-KIB en date du 30 mars dernier.

Rennes, le 18 mai 2016,

Monsieur,

Votre courrier en date du 30 mars dernier nous a bien été transmis et nous avons pris bonne note de vos remarques.

Comme cela vous avait été rappelé à l’issue de votre précédente demande d’entretien au mois de novembre 2014, les professeurs ont toute latitude pour employer dans le cadre de leur enseignement les ressources qui leur paraissent les plus appropriées à la mise en œuvre des programmes. Ils peuvent donc bien évidemment prendre des exemples dans le cadre breton tant en histoire qu’en géographie, non dans une perspective d’histoire ou de géographie locales ou régionales, mais pour concrétiser les phénomènes et les notions qu’ils abordent et sans se limiter au cadre de la région. Il ne s’agit toutefois pas d’«enseigner l’histoire de la Bretagne », mais bien de mobiliser des repères ou des exemples en vue de construire les apprentissages attendus dans le cadre des programmes nationaux.

L’actuelle réforme du collège, en renforçant la possibilité de choix offerte aux enseignants, ne fait dans ce domaine que confirmer leur liberté pédagogique. Les enseignements pratiques interdisciplinaires, qui sont des modalités particulières de traitement des programmes, contribuent tout particulièrement à cette liberté. En revanche, concernant un EPI portant la thématique « langues et cultures régionales », il n’est nullement obligatoire de le dispenser dans une langue régionale, ainsi que cela a pu être rappelé lors des journées de formation qui se sont déroulées depuis le mois de décembre dans l’académie lorsque la question a été posée.

Enfin, en ce concerne le mouvement de mutations sur des postes à profil SPEA, je vous rappelle qu’il répond à une procédure spécifique et qu’il est actuellement en cours. Les demandes sont par ailleurs soumises à l’avis des organisations représentatives dans le cadre d’un groupe de travail.

En espérant avoir répondu à vos interrogations, nous vous prions de recevoir, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.

Et c’est signé par Christian LIPPOLD, IA-IPR d’histoire-géographie et Rémy GUILLOU, IA-IPR Langues et Cultures Régionales.

Pour info : Un IA-IPR est un inspecteur d’Académie-Inspecteur pédagogique régional.

Chronique de la semaine : De la disparition de la langue bretonne

La semaine dernière, dans une conversation avec une jeune collègue prof (pour moi, jeune signifie maintenant moins de 50 ans), elle m’a dit « le breton est une langue morte… » et en voyant mon étonnement elle a rajouté « euh… je crois ??? ». Je lui ai demandé si elle était bretonne. Elle m’a répondu par l’affirmative. Les propos de cette enseignante n’ont aujourd’hui absolument rien de surprenant. Elle démontre une situation banale, qui a suscité récemment une véritable polémique lors de l’Assemblée générale de l’Institut Culturel de Bretagne et même la détermination il y a encore quelques jours de Yannick Baron d’alerter sur l’urgence de la situation en effectuant une grève de la faim. La Région Bretagne a décidé, d’après mes informations, de réunir sur le sujet des Assises en septembre-octobre 2016. Alors qu’il y a encore 50 ans, des centaines de milliers de Bretons et de Bretonnes parlaient le breton, y compris ma grand-mère et marraine, aujourd’hui selon Fañch Broudig on compte à peine 180 000 locuteurs. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette chute vertigineuse ? Regardons ensemble dans l’histoire de Bretagne. Lire la suite ICI


Eugène Guillevic, le roc et les choses

Eugène Guillevic, le roc et les choses : « Je ne cherche pas à créer d'ambiguïté, et je fuis la bêtise. » (Entretiens avec P. Marin)

 

Guillevic est lié à mon histoire personnelle d’une façon curieuse. J’habitais alors l’Allemagne, les bords du Rhin non loin de Fribourg et je venais de terminer un essai sur le premier traducteur français de Schiller, J.-H.-Ferdinand Lamartelière. Lire la suite ICI

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : les Bretons et le desespoir

J’ai été confronté cette semaine, de la part d’amis, d’élèves et même à la TV à des comportements désespérés. Tout le monde sait que la misère, sociale, financière, politique, culturelle, affective, amène au désespoir et que le désespoir, si l’on ne trouve pas de solution, si le mur est trop haut à franchir, si l’injustice ressentie est trop grande, peut amener à la violence, ou à une certaine violence, mais aussi à la fuite, à l’exil. L’histoire des Hommes est bourrée de désespérances. Cette semaine, voyons ensemble quelques cas dans l’histoire des Bretons et de la Bretagne. Lire la suite ICI

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chronique littéraire de François Labbé : Armand Robin

À la faculté des lettres de Rennes, la section celtique avait une réputation particulière et sulfureuse dans les années 1967-70. On y rencontrait les types les plus étonnants au bar de la section. On y buvait sec en trinquant à la Bretagne libre et on y draguait pas mal au nom de l’amour libre. J’avais ainsi fait la connaissance d’une fille éprise de poésie, de Bretagne et de libertés. Vaguement étudiante, elle vivait avec un maître de conférences spécialiste de Rimbaud. Comme son ami était très occupé par ses recherches, elle avait beaucoup de temps, ce qui tombait bien, car, moi aussi, avec mes lettres modernes, je n’avais pas grand-chose à faire. Lire la suite ICI

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Chronique de la semaine : l’identité bretonne, la terre et l’eau

Lundi dernier à Brest, j’ai assisté à une conférence de Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la Région Bretagne chargé de la Culture, sur l’identité bretonne. Il a conclu que tous les Bretons et les Bretonnes étaient Bretons et Bretonnes, Françaises et Français, Européens et Européennes, ce que tout le monde aujourd’hui convient, à part quelques gens un peu bizarres. Pour lui, s’inspirant des écrits de l’historien médiéviste de la Bretagne aujourd’hui disparu, Jean-Christophe Cassard, l’identité bretonne plonge ses racines dans ce qu’a nommé J-J.Cassard la civilisation paroissiale, terrienne, à l’exception de quelques cas, comme les marins. Et c’est cette exception qui me dérange. Lire la suite ICI



Chronique littéraire de François Labbé : Yves Le Fèbvre, un grand écrivain morlaisien

 J’ai habité quelques années à Morlaix… à mi-temps ! J’y ai eu en effet plusieurs pied-à-terre et j’ai longtemps envisagé d’y vivre définitivement. Cela ne s’est pas fait pour différentes raisons qui sont ici sans intérêt. Pour moi, Morlaix est lié à la littérature, et pas seulement à cause de Souvestre ou des Corbière, de Michel Mohrt ou de Philippe Le Guillou. C’est dans cette ville qu’un éditeur devait publier mon premier roman et qu’avec lui j’ai découvert la ville et ses alentours. Nous étions rendus à Poul Roudou, au café-librairie, pour parler de ce livre qui ne paraîtra en définitive pas à Morlaix, hélas ! Et j’ai bien regretté de ne pas faire partie du riche Parnasse morlaisien. Lire la suite ICI

Le professeur Michael Jones, président d'honneur du CHB-KIB rend hommage au grand histoire de la Bretagne, Hubert Guillotel

J’ai l’honneur de déposer sur le bureau de l’Académie l’œuvre posthume d’Hubert Guillotel, Actes des ducs de Bretagne (944-1148), édités par Philippe Charon, Philippe Guigon, Cyprien Henry, Katharine Keats-Rohan, Jean-Claude Meuret et moi-même, avec une préface de Christiane Plessix-Buisset. Paru en septembre 2014 aux Presses universitaires de Rennes, ce beau livre est publié dans la collection « Sources médiévales de l’histoire de Bretagne » en coédition avec la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. De format in-quarto, il compte 598 pages et comporte un cahier de 32 illustrations (cartes, photographies de documents édités, d’édifices et de sites évoqués dans les actes) toutes en couleur sauf une. Lire la suite ICI

Les Bretons n'aiment pas les extrémismes

Chronique de la semaine. Les Bretons n’aiment pas les extrémismes. Cette affirmation est-elle vraie ? Est-elle vérifiable ? Evidemment, après y avoir été récemment confronté, je me pose la question : le site Breizh Atao a repris sans me le demander intégralement mon texte sur « la Bretagne est-elle une périphérie ? » en le détournant de son propos. J’ai donc pu voir la partie émergée de l’extrémisme breton. Je sais aussi maintenant, sans tomber, je peux vous l’assurer, dans la théorie du complot, qu’il y a une partie immergée, clandestine, occulte, bien active, gangrénant associations et institutions, commandée par quelques individus ou quelques familles. Vérifions donc en regardant dans l’histoire si les Bretons aiment ou non les extrémismes. LIRE la suite ICI

Tous droits réservés. Frédéric Morvan

Publication du CHB-KIB La chevalerie au temps de Du Guesclin

Le Centre d'Histoire de Bretagne/Kreizenn Istor Breizh publie La chevalerie bretonne au temps de Du Guesclin (1341-1381) par Frédéric Morvan, 758 pages, 48 arbres généalogiques, nombreuses références d'archives. ISBN 978-2-36811-019-5 Achat direct au CHB-KIB 25 euros + 9,90 euros de frais de port (avec dédicace de l'auteur) et diffusion Coop Breizh. Adresse CHB-KIB, 6 stréat Kervéoc 29840 PORSPODER


chronique littéraire de François Labbé Louis Guilloux

Saint-Brieuc est d’abord pour moi la ville de Louis Guilloux. Je l’ai découvert vers 1975 grâce à Yannick Pelletier qui écrivait sa thèse sur lui et avait eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises.Je revois cette émouvante photo parue dans Ouest-France vers 1978 : Louis Guilloux âgé, la pipe à la main, assis avec Yannick Pelletier sous le marronnier de la Place Saint-Pierre,
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La Bretagne divisée en deux Blocs : Est et Ouest ?

C’est en effet la question que l’on peut se poser lorsque l’on traverse l’intégralité de la Bretagne, du Conquet à Fougères ou de la Pointe du Raz à Clisson : l’Est ou Haute Bretagne, industrieuse, dynamique, joyeuse ou presque, plus jeune, dominée par Rennes et Nantes, vraies métropoles, considérées parmi les plus agréables de l’Hexagone, et l’Ouest ou Basse Bretagne plus agricole, plus déprimée, plus âgée, dont les cités souvent petites et moyennes ont du mal à se constituer de réelles zones d’influence. Regardons de nouveau vers l’histoire de la Bretagne pour savoir si nous sommes en présence d’un phénomène ancien ou récent ? Lire la suite ICI

La Bretagne en périphérie !

La Bretagne en périphérie ! Jeudi soir dernier, aux Dîners celtiques, à Paris, Jean-Yves Le Drian, président du Conseil de la Région administrative Bretagne, a parlé longuement de la situation périphérique de la Bretagne, situation qu’il est difficile de ne pas constater lorsque l’on passe de la Bretagne à Paris. La Bretagne serait donc sur le pourtour, mais de quoi ? Lire la suite ICI

chronique de la semaine par Frédéric Morvan, Episode 4 Qui dirige la Bretagne de 1515 à 1532

Nous en étions à la mort d’Anne de Bretagne et à celle de son époux Louis XII (1514-1515). Ici nous allons toucher à un des épisodes les plus passionnants et passionnés de l’histoire de Bretagne et de France, qui a fait et fait coulé encore bien de l’encre, et que par des études sérieuses, documentés et argumentés, nous commençons à mieux connaître, malgré d’énormes interrogations : celle de l’Union, de l’Annexion – termes différents selon le camp que l’on choisit, breton ou français - du duché de Bretagne au royaume de France. Moi, je vais me permettre de parler de l’intégration du duché de Bretagne au royaume de France.

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8 avril 1498 : Anne de Bretagne redevient la seule souveraine de Bretagne

Son mari, le roi Charles VIII de France, a décidé de la rejoindre au château d’Amboise afin de la consoler de la perte de sa fille, Anne, morte née – ce n’est pas la première fois que cela arrive et Anne souffre de mélancolie comme on le disait pudiquement. Le roi veut lui changer les idées et comme tous les deux aiment les jeux de paume (ancêtre du tennis), ils se rendent tous les deux, avec leur suite, à la salle de ce jeu. Ils rejoignent par un chemin un peu compliqué et bas de plafond une galerie surplombant la salle. Sur le parcours, la tête du souverain heurte assez violemment le linteau d’une porte. Et tout le monde continue son chemin. On regarde le spectacle. On a poussé les détritus car la salle était en travaux. Et on ne fait pas trop attention à l’odeur car les faucons royaux ont décidé d’y faire leurs besoins. Bref, on admire les joueurs. Et le roi s’écroule. On arrête le jeu et tout le monde descend dans la salle. Charles VIII est allongé sur un tas de détritus. Il est dans le coma dont il sortira trois fois pour prier. Son agonie va durer 9 heures pendant lesquels les médecins lui arrachent mêmes les poils et les cheveux. Il meurt à 27 ans. Selon les experts, en fait il y aurait eu des signes avant-coureurs, des maux de têtes, et puis il faut savoir que son père, Louis XI, est mort d’une attaque cérébrale.  lire la suite ICI



chronique de la semaine : 3e épisoide Qui dirige la Bretagne ? Le cas Anne de Bretagne, par Frédéric Morvan

En 1488, Anne de Bretagne n’avait pas douze ans lorsqu’elle accéda au trône breton. Son père avait désigné avant de mourir les chefs du clan féodal pour « l’aider » à régner : comme tuteur le maréchal de Rieux et comme gouvernante Françoise de Dinan-Montafilant. Philippe de Montauban, issu de la noblesse bretonne, devint chancelier de Bretagne, c’est-à-dire chef de l’administration ducale. Pendant trois ans, ce ne fut autour d’elle que complots, rivalités et impuissances politiques. Le duché n’eut pas vraiment de dirigeant durant cette période ; le territoire breton était alors occupé par les troupes royales et quant aux féodaux, LIRE LA SUITE ICI

chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Une grande écrivaine, Anne de Tourville

 

Le prix Fémina (à l’origine prix du magazine La vie heureuse !) créé et décerné l’année suivant le premier Goncourt, en 1904, avait une vocation bien particulière dans l’esprit de ses créateurs : mettre en valeur la littérature féminine. Sa première lauréate, Myriam Harry, est probablement aujourd’hui bien oubliée ainsi que son roman, La conquête de Jérusalem. Cependant, dès 1905, le prix est attribué à Romain Rolland pour Jean-Christophe et, à partir de cette date, le Fémina ne s’encombre plus du sexe de ceux qu’il couronne et devient « l’autre » Goncourt !

 

Presque sans débat, le jury désigne en 1951 une jeune femme, Anne de Tourville, une Bretonne qui a déjà vu son recueil Gens de par ici recevoir le Prix Interallié de Bretagne en 1944. Le Fémina avait déjà récompensé une Bretonne en 1927 : Marie Le Franc, née à Sarzeau.

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Bretons et Bretonnes célèbres : Alain V de Bretagne, un nouveau duc

Pourquoi ce personnage, pourtant d’envergure, peut-être même un des plus importants de l’histoire de la Bretagne et de l’Occident, a-t-il échappé à la sagacité proverbiale des historiens les plus confirmés ?

A cause de son nom tout d’abord ou plus exactement de ses noms. Jusqu’à récemment on le nommait Alain d’Avaugour. Dans les ouvrages sur l’abbaye de Beauport qu’il a fondé en 1202 il est désigné sous le nom d’Alain de Goëlo, terre qu’il a possédée. En Angleterre, où il était seigneur de Waltham (qui correspond exactement au Conseil du Nord-est Lincolnshire), il est désigné depuis très longtemps sous le nom d’Alain de Bretagne, ce qui n’est pas faux. Dans les actes contemporains, il porte le nom d’Alain fils Comte et après 1205 de comte Alain. Les historiens anglais les plus récents le nomment donc Alan Fitzcount et l’historien breton Stéphane Morin le désigne souvent comme Alain de Goëlo. En fait, il s’agit d’Alain de Rennes, chef à partir de 1205 de la maison de Rennes, et donc héritier en ligne masculine du duc Geoffroy de Bretagne (mort en 1008, le fondateur de l’abbaye Saint-Gildas de Rhuys).


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chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Ansquer de Londres, un Montaigne Breton

Entre 1676 et 1724, pour différentes raisons, les Essais sont quasiment proscrits. Il n’y aura pas en France d’édition autorisée de ses œuvres avant 1783 mais l’édition savante du protestant Pierre Coste (1724) et ses rééditions avec le Discours de la servitude volontaire de La Boétie passent facilement la frontière et plus on avance dans le siècle, plus Montaigne, connaît une renaissance : les hommes des Lumières voient en lui un écrivain, un penseur et un philosophe proche de leurs préoccupations, et cela au moins jusque vers 1780. lire la suite ICI

 




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