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Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : l’Angleterre et la Bretagne

Ainsi donc les habitants du royaume d’Angleterre et la principauté des Galles souhaitent que la Manche, la mer bretonne en breton, le Channel (ou canal) en anglais, redevienne une frontière une nouvelle fois, que la Bretagne soit coupée encore une fois de son grand voisin du Nord. La création de l’Union européenne était parvenue à effacer cette frontière. Elle envisageait même de former une grande région dont la Manche ne serait qu’un grand fleuve qui l’irriguerait. Mais encore une fois… Et pourtant l’histoire des liens entre la Bretagne et de l’Angleterre-Galles est extrêmement riche, autant, voire davantage que ses relations avec ses voisins de l’Est.

Tout d’abord, les traces néolithiques trouvées des deux côtés de la Manche révèlent des traits communs. Les quelques récentes données génétiques révèlent des populations de même origine. Il est clair que les relations maritimes intenses à l’époque antique unifiaient les deux côtes de la Manche. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque romaine, la Bretagne actuelle appartenait à la province de Lyonnaise, l’Angleterre et le pays de Galles se nommaient la Bretagne. Lorsque l’Empire romain commença à décliner, des populations de la Bretagne insulaire vinrent s’installer dans ce qui allait devenir la Bretagne continentale. Ils seraient venus pour protéger au IVe siècle les côtes bretonnes et pour peupler une région désertée, mais cela n’est pas sûr, à cause de la peste, des ravages des pirates et bagaudes (esclaves révoltés et soldats déserteurs). En quelle quantité, on ne sait pas ?  Un siècle plus tard, d’autres Bretons insulaires quittaient leur île pour fuir les ravages saxons à l’est et surtout les pirates venus d’Irlande à l’Ouest. Du moins, c’est ce que l’on croit car on a longtemps cru qu’ils avaient désertés villes, villages et campagnes en grand nombre pour rejoindre le continent. Cependant les récentes découvertes archéologiques et la génétiques indiquent d’en fait ils y sont restés et se sont accoutumés à la présence saxonne et l’ont même intégrée. Une hypothèse fait de Cédric, premier roi saxon de Wessex, un Briton ou Breton insulaire. Lui et ses descendants auraient mis fin aux royaumes britonniques de Bretagne insulaire tandis que ceux de Bretagne continentale auraient perduré. De cette époque, les deux côtés de la Manche conservent le souvenir d’Arthur, ce roi mythique aujourd’hui célébrissime mais aussi de ces saints, fous de Dieu mais aussi princes et organisateurs d’une structure politco-religieuse qui a perduré pendant des centaines d’années.

Lorsque les pirates vikings ravagèrent la Bretagne profitant de ses rivières qui s’enfonçaient largement à l’intérieur des terre, les princes bretons descendants des rois de Bretagne allèrent se réfugier de l’autre côté de la mer : Alain de Poher (mort en 952) vécut chez son parrain Athelstan (mort en 939), le premier roi d’Angleterre, avant de revenir en Bretagne avec les navires du roi pour devenir le premier duc de Bretagne sous le nom d’Alain Barbetorte. Faisons un bond d’un siècle : à Hasting (en 1066), l’aile droite (ou gauche, je n’arrive jamais à me rappeler, peu importe) de l’armée de Guillaume le conquérant, alors duc de Normandie, était composée de Bretons commandés par Alain le Roux et ses frères, fils du comte Eudes de la maison ducale de Rennes. Victorieux, Guillaume, devenu roi d’Angleterre, ne fut pas avare en récompenses : Alain le Roux eut des centaines de manoirs dans le Richmondshire (qui a voté majoritairement pour le Brexit) et dans plusieurs autres comtés. Son frère eut le comté de Cornouaille. Ils se trouvèrent donc à un niveau égal à celui de Raoul de Gaël, autre breton, qui était si proche du roi Edouard le confesseur (et donc avant l’arrivée de Guillaume le conquérant) qu’il obtint le comté d’East Anglia. Rassurez-vous l’implantation des hommes de guerre bretons en Angleterre ne s’arrête pas là. Henri Beauclerc, fils cadet de Guillaume le conquérant, poursuivi par ses frères ainés, trouva refuge en Bretagne, dans la région de Fougères-Dinan. Il y recruta des hommes d’armes qui l’aidèrent à montrer sur les trônes normands et anglais. En récompense, ils eurent fiefs et châteaux, tels les seigneurs de Dinan et bien sûr le fils du sénéchal héréditaire de l’évêché de Dol, ancêtre direct des Stuart (Stuart venant de Stewart qui signifie sénéchal) qui s’installèrent en Ecosse avant d’en devenir les rois au XIVe siècle.

Lors de l’Anarchie, les Bretons jouèrent un rôle majeur : le petit-fils d’Eudes de Rennes, Alain, alors comte de Richmond, fut un des principaux soutiens du roi Etienne de Blois tout comme Hervé de Léon qui épousa la fille de ce roi. Mathilde et son fils Henri Plantagenêt furent secourus par Bryan fils de Comte, c’est-à-dire le fils bâtard du duc Alain IV de Bretagne. En récompense, il devint le puissant seigneur de Wallingford. Les historiens parlent de l’aristocratie anglo-normande, mais en fait on devrait dire la noblesse anglo-brito-normande ou la noblesse de la Manche, tant ce canal était traversé par les membres de cette noblesse qui devaient gérer sur le continent et en Angleterre des fiefs considérables. Il faut savoir que la richissime noblesse actuelle anglaise a de nombreuses origines bretonnes, tel le duc de Norfork, premier duc d’Angleterre, maréchal d’Angleterre et qui en tant que tel doit organiser le couronnement des souverains anglais. Le duc de Bretagne possédait la 3e fortune foncière anglaise : Alain de Rennes, comte de Rennes, se maria avec la duchesse Berthe de Bretagne et eut un fils, le duc Conan IV, qui vécut très longtemps en Angleterre.

Bien sûr vous avez reconnu en cet Henri Plantagenêt Henri II, roi d’Angleterre, et époux d’Aliénor d’Aquitaine. Il vint de nombreuses fois en Bretagne, surtout pour soumettre les vicomtes de Léon, rebelles à son autorité, qui menaçaient les liens maritimes entre l’Angleterre et l’Aquitaine. Comme en Bretagne Conan IV ne se révéla pas à la hauteur, Henri II le contraignit à abdiquer en faveur de sa fille unique, Constance, alors une enfant, qui fut confiée à Aliénor d’Aquitaine, en attendant qu’elle ne soit mariée au 3e fils d’Henri II. En attendant ce roi gouverna la Bretagne jusqu’à sa mort en 1183. La Bretagne appartenait alors à l’empire Plantagenêt. A la mort de Richard Cœur de Lion, fils d’Henri II, son neveu, Arthur, devait hériter de cet empire qui allait d’Ecosse aux Pyrénées. Comme Arthur était par sa mère, Constance, duc de Bretagne, il se reposa sur les Bretons, en vain car il fut fait prisonnier par son oncle, Jean sans Terre, qui l’exécuta en 1203. Les Bretons le vengèrent : ils aidèrent le roi Philippe Auguste de France à s’emparer de la Normandie. En 1205, eut lieu un véritable séisme en Angleterre (il y en aura d’autres : sous Henri VIII avec les confiscations des monastères, sous Cromwell au XVIIe siècle, la Première guerre mondiale qui faucha la puissante noblesse anglaise et peut-être bientôt le Brexit) : ceux qui avaient des terres sur le continent furent contraints par le roi Jean sans Terre d’y renoncer. Si l’on regarde les origines des seigneurs du Nord de l’Angleterre qui se rebellèrent contre Jean sans Terre et qui furent à l’origine de la Grande Charte de 1214 (ou Magna Carta), on trouve beaucoup de traces bretonnes. Deux des 25 signataires de ce document fondateur de la démocratie moderne étaient des Bretons : Guillaume de Lanvallay et Guillaume d’Aubigné. Jean sans Terre ne put respecter ses engagements et dut subir l’invasion de l’Angleterre par Louis de France et son ami… Pierre de Dreux, époux d’Alix, duchesse de Bretagne.

Les liens de la Bretagne avec l’Angleterre ne s’arrêtent pas. Les ducs de Bretagne jouèrent une politique de bascule entre leurs puissants voisins anglais et français qui étaient aussi leurs proches parents. Jean II de Bretagne (mort en 1305) se maria avec Béatrix d’Angleterre. Son beau-frère, Edouard Ier d’Angleterre, fut son meilleur ami. Il lui confia l’éducation de son fils cadet, Jean, qui obtint à sa mort le comté de Richmond. Meilleur ami d’Edouard II et parrain d’Edouard III, c’est lui qui s’opposa en Ecosse à Robert Bruce et à William Wallace (on le voit un peu dans le film Braveheart). La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) montre à quel point la Bretagne était un enjeu majeur pour les rois d’Angleterre et de France. Il est clair que le comportement des Anglais ne les fit pas aimer des Bretons. Jean IV de Bretagne (mort en 1399) dut son trône à la victoire d’Auray remportée surtout par les troupes anglaises de Chandos. Il se maria à deux reprises à des princesses anglaises et n’oublia jamais ses longs séjours en Angleterre dans son comté de Richmond. Sa veuve et 3e épouse, Jeanne de Navarre, se remaria… au roi d’Angleterre, Henri IV. Son second fils, Arthur de Richemont, futur connétable de Bretagne et duc de Bretagne (Arthur III de 1457 à 1458) travailla un temps pour les Anglais. Souvent les ducs de Bretagne plaçaient un de leurs fils à la cour du roi de France et un autre à la cour d’Angleterre. Ainsi, Gilles de Bretagne, fils de Jean V, fut si apprécié par le roi d’Angleterre que son frère, le duc François Ier, finit par en prendre ombrage et le faire exécuter pour alliance avec l’ennemi anglais. Le duc François II (mort en 1491) ne les prenait pas pour des ennemis : à la bataille de Saint-Aubin du Cormier (1488), 300 Anglais se fit massacrer pour lui. Il est vrai que le roi d’Angleterre, Henri VII Tudor, avant d’être roi, s’était réfugié (un peu contraint et forcé) en Bretagne durant la guerre des Deux roses qui ensanglanta l’Angleterre.

Les liens commerciaux entre la Bretagne et l’Angleterre étaient plus que considérables. Les archives anglaises et bretonnes parlent souvent de ces relations, des traités de commerce, des difficultés à les exécuter. Dans la série très bien documentée concernant la vie de Thomas Cromwell, principal conseiller d’Henri VIII, on voit le roi parler des marchands-navigateurs bretons car ils se trouvaient concurrents de leurs homologues anglais et gallois.

Force est tout de même de constater que depuis la guerre de Cent ans, les rapports Bretons-Anglais ne furent pas tendres : l’occupation de nombreuses forteresses surtout maritimes par les Anglais a été très dure, s’apparentant à du pillage. Brest resta anglaise pendant presque cent ans. Bon, c’est vrai que ce sont les Anglais qui ont payé la construction du château de Brest. Du Guesclin et ses milliers de Bretons détestaient les Anglais. Il est vrai qu’ils les ont combattus partout, en Bretagne, en France, en Espagne. Pendant toute cette guerre couvrant tous les XIVe et XVe siècle, les Bretons étaient devenus les pires ennemis des Anglais. Ce sont eux qui mirent fin à cette guerre lors de leur intervention décisive à la bataille de Castillon en 1453. Ils tentèrent même d’aider les Gallois à reprendre leur indépendance : Jean de Rieux en 1407, afin de venger une expédition anglaise sur les côtes anglaises non loin de chez lui, partit avec 2800 hommes soutenir Owain Glyndŵr qui s’était proclamé, en 1400, prince de Galles. Ils envahirent même l’Angleterre. La principauté de Galles redevint indépendante pendant un temps.

La rivalité pour le contrôle des mers, mer d’Iroise et surtout Manche, devint croissante avec l’expansion économique et donc commerciale. Les incursions anglaises sur les côtes bretonnes répondaient à des pillages bretons des villages et des ports bretons. Jean Coatanlem, le marin-marchand morlaisien, répondit aux attaques des armateurs de Bristol sur Morlaix, en allant piller leur ville en 1485. François II lui retira sa confiance car il était alors l’allié du roi d’Angleterre et Coatanlem partit offrir ses services au Portugal qui devint, grâce à lui, la première puissance maritime d’Europe.

Au XVIe siècle, la découverte de l’Amérique, les conflits religieux issus de la Réforme et de la Contre-Réforme et « l’Union » de la Bretagne à la France n’arrangèrent rien. Le commerce transatlantique devint colossal. L’Angleterre et le pays de Galles devinrent protestants alors que la Bretagne restait catholique. Les ducs de Bretagne avaient disparu et c’étaient maintenant les rois de France et leurs ministres qui décidaient des grandes orientations politiques et économiques. La Manche était devenue une grande zone de conflit. On n’y comptait plus les escarmouches et les batailles navales. La reine d’Angleterre, Elisabeth Ier, tenta de profiter d’une des guerres de religion, la guerre de la Ligue, pour s’emparer de plusieurs ports bretons, surtout de Brest, imitant ses prédécesseurs. Son marin, Norreys, avec 3 000 hommes entre 1591 et 1593 alla jusqu’à prendre Guingamp, mais finit par s’emparer seulement de la forteresse de Crozon alors entre les mains des 200 Espagnols catholiques de Philippe II. La maladie le rattrapa et il perdit la moitié de ses troupes. Il finit par évacuer la Bretagne.  

Les royaumes de France et d’Angleterre avaient alors le même but : contrôler les routes maritimes et se tailler des empires coloniaux. La Bretagne et les Bretons furent bien utiles à la France pour remplir ses objectifs. Si à cause des guerres de religion, la France avait pris du retard, l’Angleterre en profita par une politique maritime volontariste pour devenir une grande puissance navale. Le catholique cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII, s’appuya sur la Bretagne pour les rattraper. Gouverneur de Bretagne et de Brest, il fut à l’origine de Brest alors avant lui pauvre bourgade et de Port-Louis. Son successeur Fouquet, d’origine bretonne, voulut accentuer son œuvre maritime en faisant de son marquisat de Belle-Isle une place maritime, mais il fut arrêté et emprisonné. Colbert voulut continuer sur cette lancée, mais il faut l’avouer avec moins de conviction. Il est vrai que son maître, Louis XIV, décida de porter ses efforts sur  bassin méditerranéen afin de s’emparer de son héritage espagnol (Espagne et Italie). Les Bretons faisaient pour gérer l’avancée anglaise. Les marins bretons devinrent pirates et corsaires, surtout ceux des ports de la Manche. La Bretonne Louise de Kerouale fut mise dans le lit de Charles II d’Angleterre, de 1671 à 1685 pour servir les intérêts français. Elle est l’ancêtre d’une bonne partie de la haute aristocratie britannique, y compris aujourd’hui l’héritier au trône, le prince William. Cette politique fut vaine. Les Anglais continuèrent à répondre aux corsaires qu’ils considéraient comme des pirates par des incursions sur les côtes bretonnes. En 1675, lors de la révolte des Bonnets rouges, leurs navires croisaient au large de Morlaix. Il semblerait que le chef des Bonnets rouges Sébastien Balps ait espérer en leur débarquement.   

La chute des Stuart en 1688 et l’avènement définitif de souverains protestants sur le trône anglais coupa définitivement les ponts. Le roi de France aida son cousin Jacques II, le roi déchu, à débarquer en Irlande. Il fut vaincu à la bataille de La Boyne en 1690. Ses partisans, par milliers, traversèrent la Manche et se réfugièrent en Bretagne. Ce sont eux qui changèrent la donne. Très actifs dans les affaires maritimes, marine de guerre et marine de commerce, ils détestaient les Anglais protestants. Ils soutinrent de toutes leurs forces donc la politique belliciste de Louis XIV, Louis XV et de Louis XVI envers l’Angleterre. De nombreux Bretons les rejoignirent surtout lorsque Louis XV et surtout Louis XVI mirent des moyens énormes dans la Marine et dans le développement et la modernisation des ports bretons. La Motte-Picquet, Guichen, principaux commandants des navires de Louis XVI, étaient Bretons. Louis XVI à la veille de Révolution, après sa victoire en Amérique du Nord (qui permit de créer les Etats-Unis – La Fayette est à demi-Breton), était le souverain le plus puissant du monde. Des arsenaux de Brest, de Lorient, de Saint-Nazaire sortaient des centaines de navires, peuplés de milliers de marins, souvent bretons. La base navale de Brest était sans doute une des plus puissantes d’Europe. Les Anglais répliquaient : en 1693, ils attaquèrent Saint-Malo en vain. Les batailles navales succédaient aux batailles navales. Les marins français (dont beaucoup de Bretons) faits prisonniers mourraient par milliers dans les pontons, véritables « camps de concentration ». Mais Louis XVI semblait l’emporter. Bougainville fit une expédition particulièrement remarquée que poursuivit après sa mort son second le Breton Fleuriot de Langle. L’Australie et la Nouvelle Zélande manquèrent de peu d’être françaises. On comprend mieux pourquoi la Révolution française fut accueillie avec plaisir par les Anglais et soutenue par eux. On sait qu’ils déversèrent des sommes énormes sur les révolutionnaires qui aimèrent bien être corrompus.

La Révolution permit aux Anglais de reprendre le contrôle de la mer, surtout des côtes bretonnes. Durant la Révolution et l’Empire, les navires ne sortaient plus des ports bretons. Les frégates anglaises y veillaient. Et puis la marine française était désorganisée par l’émigration des capitaines, dont beaucoup étaient des nobles bretons. Les îles bretonnes étaient alors occupées par les Anglais. Dans les ports bretons on crevait de faim. Et après l’Empire, la Bretagne se détourna de la mer. Et l’Angleterre devint la plus grande puissance maritime, coloniale et économique du monde pendant que la Bretagne vivait des années les plus noires de son histoire. A la fin du XIXe siècle, le charbon qui était utilisé en Bretagne venait du Pays de Galles et les Johnnies, ces léonards, partaient vendre leurs oignons en Angleterre. Le Colonialisme français n’arrangea rien. Pour la France qui créa son second empire colonial, l’Angleterre resta une grande rivale. S’il y a eu l’Entente cordiale, il y a eu aussi l’affaire de Fachoda. La Manche resta donc une frontière, frontière hermétique surtout durant la Seconde guerre mondiale. Les Allemands qui ne tenaient pas les mers couvrirent les côtes bretonnes de bunkers. Et pour les Anglais, tout ce qui venait de Bretagne signifiait la mort : les U-boots qui partaient de Lorient et de Brest et les bombardiers qui ravagèrent Coventry. Ce ne sont pas les Anglais qui libèrent la Bretagne mais les Américains. Il est vrai qu’en Bretagne, ils n’étaient guère bien vus : ils avaient torpillé les navires de la flotte française, dont le Bretagne, à Mers-El-Kébir en 1940, tuant plus d’un millier de Bretons et souvent à Brest on se moquait de l’imprécision des aviateurs anglais qui bombardaient. Mais ces aviateurs n’en voulurent guère aux Bretons. Il est vrai aussi que beaucoup, qui avaient dû sauter en parachute, durent leur rapatriement au courage des réseaux de résistants bretons. Et puis, des centaines de Bretons vivaient à Londres et en Angleterre après s’être ralliés au général de Gaulle.

L’adhésion du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, il y a 43 ans, permit d’ouvrir cette frontière qu’était la Manche. On n’a plus besoin de visa pour se rendre en Angleterre et dans le Pays de Galles et les Anglais et les Gallois visitent et vivent en Bretagne comme bon leur chante. Des dizaines de milliers de Bretons vivent en Angleterre et surtout à Londres. Les grands historiens de la Bretagne sont Gallois et Anglais. Jamais je n’aurais pu écrire cet article sans leurs travaux. Les liens économiques, culturels (regardez le festival interceltique de Lorient) et même politiques n’ont jamais été aussi intenses. Et il faudrait remettre tout en cause parce que les Anglais et les Gallois de Downtown abbey (même si j’adore cette série) l’ont emporté sur les Anglais et les Gallois des Startup.

Frédéric Morvan, tous droits réservés.    

Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Roger Vercel ou les errances idéologiques d’un ancien combattant

Roger Vercel est le grand contemporain de la ville où « j’on vu le jour ». Ma mère avait eu cette chance de le rencontrer alors qu’elle était jeune fille. Je raconte cette aventure assez extraordinaire dans La Soue, un roman biographique dont Lucienne, l’héroïne, lui ressemble beaucoup. L’assène se passe à l’Aublette, près de Dinan, le jour des courses.

 

« Eh bien jeune fille, on lit au lieu d’aller voir courir les chevaux ou de servir les clients ?

Pardon, Monsieur, je ne vous avais pas vu arriver. Que puis-je vous servir ?

Donnez-moi, mon enfant, un verre de bière. Elle doit être bien fraîche !

Ne vous en faites pas, Monsieur, l’eau des baquets où sont les bouteilles est glaciale !

 

Ce monsieur est un bourgeois de Dinan, son costume en tweed, sa casquette, ses lunettes dorées révèlent un homme respectable d’une cinquantaine d’années. Tout en le servant, Lucienne l’observe du coin de l’œil, alors qu’il essaye de déchiffrer le titre du livre qu’elle a posé tête-bêche sur un tabouret à demi glissé sous la table.

L’Aublette est en fête, c’est le moment des courses. Tout Dinan est venu admirer le spectacle, jouer au Pari Mutuel, rencontrer des connaissances, mettre ses beaux habits. Ce n’est pas Auteuil, bien sûr, mais on voit quelques grands chapeaux à fleurs, des costumes, des robes de toutes les couleurs. Il y a partout des voitures, des vélos, des sulkys brancards en l’air, des lads, de tout petits jockeys tirant de grands chevaux nerveux et suant à travers la foule ; ça sent le crottin chaud, la transpiration, la poussière et l’herbe foulée, le vin et les saucisses, le cidre, des relents, un remugle qui grise un peu en ce jour de mai où il fait déjà chaud.

Tout autour du champ de courses, les petits commerces se sont installés dès la veille des deux journées de réjouissances : échoppes de galettes et saucisses, déballage de pains d’épice, buvettes, charcuterie, bibelots, loteries et tombolas, quelques manèges, deux stands de tir, un homme fort, un mât de cocagne, des musiciens ambulants, le père Denis en personne… Des boulistes ont aménagé un terrain de jeu et s’insultent copieusement sans se préoccuper des regards courroucés que leur lancent les mères de famille et les veuves de guerre dans leurs voiles noirs…

Louise a dressé son stand comme chaque année. Elle a fait transporter quelques tables, des bancs. Lucienne est responsable du stand. Le café, situé à moins de cinq cents mètres de l’hippodrome est ouvert et Louise aidée d’une voisine, la mère Ruquet, sert la clientèle nombreuse, qui cherche à reprendre souffle en dehors de la foule agglutinée autour de la piste.

C’est le jour des affaires. À ne pas manquer. […]

Et qu’est-ce que tu lis, si je peux te le demander, dit le monsieur qui est en train de boire sa bière ?

La vie de Du Guesclin !

Ah ! Tu aimes l’histoire et les chevaliers bretons !

Oh oui, Monsieur, mais je lis aussi beaucoup d’autres livres!

Et les voilà tous deux en train de parler bouquins, lectures. Le monsieur paraît s’étonner, il questionne, s’amuse. Lucienne est parfois déroutée par les questions. Il lui donne sa carte et lui confie qu’il écrit aussi des livres et que, si elle veut, elle peut passer chez lui 4, rue François-Marie Luzel. C’est marqué sur la carte. Roger Vercel, lit-elle. Il lui aura fait préparer un petit ballot de bouquins. Il suffira de sonner. La cuisinière le lui remettra.

Un gros monsieur en costume sombre et chapeau melon, accroche le bras de Roger Vercel. Ils commencent à discuter. Le gros monsieur rit fort, s’exclame, essuie son visage couvert de sueur avec un immense mouchoir à carreaux, lui tape sur l’épaule, fait de grands gestes ; Roger Vercel salue, repose son bock et suit son interlocuteur.

N’oubliez pas Mademoiselle la liseuse. Les livres vous attendront à partir de demain ! Au revoir !

Lucienne se demande comment un monsieur si bien peut être l’ami d’un aussi grossier personnage. On ne voit jamais cela dans les livres.

Une bande de jeunes gens réclame du cidre. Il n’est plus temps de lire ou de rêver aux livres de M. Vercel. Lucienne glisse la carte de visite dans la poche de son tablier. Le coup de feu tant redouté est là. Après la cinquième course, on profite d’une pause pour remettre la piste en état. […]

 

Voilà les livres que M. Vercel vous a promis.

La grosse dame aux cheveux blancs remet à Lucienne un paquet bien lourd.

Ce sont des aventures de marins ! Des histoires d’homme et de guerre ! Tu verras. Et puis, il y a aussi son dernier livre, Capitaine Conan, un roman terrible ! On dit que M. Vercel aura peut-être le prix Goncourt !

Lucienne dit merci et ne sait pas ce qu’est ce prix Goncourt.

Elle a osé, après bien des tergiversations, sonner à la porte de la villa des Vercel, la villa Magdale comme l’annonce la plaque de marbre rose apposée sous la chaîne de la cloche. Elle a failli s’enfuir en courant quand elle a entendu le tintement sourd de cette cloche et des pas crissant sur le gravier, de l’autre côté du portail monumental recouvert d’une énorme glycine qui embaume toute la rue, et puis elle est restée parce que M. Vercel habite rue François-Luzel et qu’elle a lu des livres de ce dernier. Un bon signe.

J’ai aussi une lettre pour toi, ajoute la dame en sortant de la poche de son tablier un carré de papier blanc.

Une lettre ! Pour elle ! La deuxième de sa vie après celle que Jacqueline lui a envoyée après les dernières vacances pour lui confier son ennui d’être toujours surveillée par sa mère.

Lucienne prend précieusement la lettre, coince le paquet contre sa hanche.

Au revoir Madame. Vous direz merci à M. Vercel !

 

Au coin de la rue, Lucienne pose sans façon son paquet par terre et ouvre ou plutôt déchire l’enveloppe pour l’ouvrir.

« Avec les compliments de Roger Vercel, en remerciement pour la bière bien fraîche servie au champ de courses par une après-midi torride. Bien du plaisir à la lecture.

PS : Je ne voudrais pas paraître m’occuper de ce qui ne me regarde pas, mais mon ami, M. Le Dru, le chapelier de la rue de l’Horloge, cherche une jeune vendeuse pour sa chapellerie. Il est aussi un grand liseur. Il serait enchanté d’avoir derrière son comptoir une jeune fille qui partage ses plaisirs.

Je ne sais pas si vous allez à l’école ou si vous travaillez déjà ; je ne sais pas si la chapellerie vous attire, en tout cas, si vous voyez un intérêt quelconque dans cette offre, allez le voir et montrez-lui cette lettre. »

 

Vendeuse en ville !

Songeuse, Lucienne replie précautionneusement la lettre.

Ce serait bien, mieux en tout cas que de perdre son temps à l’Aublette au risque de devoir rempiler dans une des fermes du voisinage.

Mais Louise voudra-t-elle ? »

 

Louise voudra et Lucienne vendra quelques années durant des chapeaux rue de la Mittrie, comme je l’ai dit plus haut, dans la maison même où est né Théodore Botrel, une autre de ses admirations ; Roger Vercel, lui, sera prix Goncourt en 1934 avec son Capitaine Conan et connaîtra bien d’autres récompenses. Il écrira aussi un livre sur Du Guesclin, bien meilleur que celui que lisait Lucienne !

J’ai personnellement découvert Vercel assez tard. « Ce ne sont pas des livres pour enfants », avait décidé ma mère et je n’ai jamais vu les livres donnés par l’écrivain…

 

J’ai acheté Capitaine Conan d’occasion alors que je n’habitais plus la Bretagne et, en souvenir de ces lectures prohibées, en souvenir du temps passé, j’ai commencé à lire ce roman dont le papier avait jauni. Hélas, cette lecture « pieuse » n’a pas vraiment fait place à une lecture « passion » même si je me suis procuré d’autres ouvrages de Vercel. Capitaine Conan (assez librement adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1996) raconte dans une langue certes parfaite et élégante la dérive de ces troupes abandonnées à elles-mêmes sur les lieux de leurs opérations après l’armistice de 1918. Cependant, la narration paraît souvent artificielle et les personnages sans vraie profondeur. Quand on songe que deux ans auparavant, le prix Goncourt avait été refusé à Céline, on ne peut que s’interroger sur la valeur de ces « récompenses » ! Vingt-et-un ans plus tôt, Le Peuple de la mer, roman maritime du Nantais Marc Elder (Marcel Tendron, 1884-1933) avait aussi obtenu ce prix Goncourt, au onzième tour de scrutin contre Alain-Fournier et son Grand Meaulnes, contre Léon Werth et sa Maison blanche. Roger Martin du Gard avait tenté de promouvoir son Jean Barois et Du côté de chez Swann — premier tome de la Recherche — n’avait même pas été retenu sur la liste des concurrents. Autres temps, autres goûts…

Au-delà de l’histoire d’un corps franc qui reste mobilisé et prend ses quartiers en Roumanie, Vercel choisit pour thème la camaraderie militaire, la détresse de soldats qui doivent abandonner la violence, le danger et l’action héroïque, la démesure pour accepter les exigences de la paix impliquant le retour à la mesure, l’individualisme et une certaine médiocrité. Les hommes du lieutenant puis capitaine Conan se plient difficilement aux lois de la vie civile surtout dans un pays qui peu avant était ennemi. Conan tente de les préserver, en dépit des exactions auxquelles se livrent ces hommes plongés dans l’inaction. La justice militaire est mise en question et on peut y lire la condamnation des tribunaux qui ont sévi avec une rigueur aveugle pendant le conflit. Conan est lui-même un être déchiré et qui ne réussira pas à se réadapter à la vie, une victime de la guerre. Le narrateur le retrouve des années plus tard devenu un ivrogne « jauni par la cirrhose » qui ne tarde pas à mourir.

 

Roger Vercel (1894-1957) a écrit une œuvre qui exprime d’une part sa fascination pour la mer et la vie des marins, d’autre part son dégoût de la guerre qui est pour lui avant tout déshumanisation.

Si ses aventures marines sont purement imaginaires – son expérience de la marine est réduite à la plus simple expression – il a vécu l’horreur du premier conflit mondial.

Il voit ses études interrompues en août 1914 et, sa mauvaise vue lui interdit de faire la guerre comme brancardier sur les champs de bataille du Nord et de l’Est de la France. Devant les pertes énormes en officiers, le gouvernement de la France a décidé de former le plus possible de jeunes officiers. Vercel est sollicité et intègre l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Il terminera la guerre sur le front est.

À partir de 1921, il enseigne au collège de la ville de Dinan et passe une thèse de doctorat sur Corneille en 1927. Il écrit alors de nombreux romans avec succès comme Au large de l’Éden ou Remarques, ses deux romans maritimes les plus notables.

Comme de nombreux anciens combattants, en 1940, devant les malheurs de la France, il aura, hélas, un « réflexe » antisémite et publiera en particulier un article virulent qui lui coûtera son poste de professeur à la Libération.

À la lecture de Capitaine Conan, je me suis demandé comment une fillette de 13 ans avait pu apprécier ce livre à la thématique difficile et d’une écriture assez peu fluide, mais il est vrai que ma mère vivait à la campagne, dans un bistro fréquenté par quantité d’anciens poilus, de gueules cassées dont les seules discussions devaient tourner autour de la Grande guerre comme je le narre dans La Soue :

 

Madame Salmon a demandé à Lucienne de descendre le drapeau tricolore qu’elle avait fait installer au-dessus de la porte. On dit que les Boches approchent. Ils seraient entrés à Caen et à Rennes. Ils ne vont pas trop tarder à se pointer. On dit qu’ils sont très polis. Inutile de les provoquer.

Jacques Guyader, le maire, a d’ailleurs fait le tour des maisons pavoisées et c’est lui qui a demandé qu’on décroche tout cela. Même la mairie n’arbore plus les trois couleurs. On ne sait jamais.

 

Les Allemands se sont installés au camp d’aviation. Ils n’ont rien réquisitionné au village. On les voit seulement passer en groupe quand ils descendent à Dinan.

Une fois, un de ces groupes est venu boire un verre. Ils ont regardé, ont parlé entre eux, ils ont bien observé les décorations de Fernand. Heureusement, Charles avait fait enlever le casque boche et accrocher un portrait du vainqueur de Verdun. Ils ont remercié dans un français incompréhensible et ont payé. Des clients comme les autres dans le fond.

 

On écoute les discours du maréchal dans la salle. Madame Salmon a acheté une nouvelle TSF. Cela amène du monde. Il n’a pas tort le Maréchal. La France a besoin d’un traitement de cheval. Les anciens de 14-18 sont tout contents d’avoir leur chef à la tête de la France. On plaisante sur la déculottée de l’armée française. On peut bien plaisanter puisque les cinq gars de l’Aublette sont rentrés : ni blessés, ni prisonniers. Une chance. Bien sûr, on apprend qu’à gauche et à droite il y a eu des morts, des blessés. Quelques gars des environs se sont fait prendre, mais le père Forbras, qui a été en captivité à Koenigsberg, ajoute avec un clin d’œil que les Bochesses ont la cuisse chaude et que nos p’tits gars doivent pas s’ennuyer dans un pays où tous les bonshommes sont à la guerre, lui-même, à Koenigsberg, que sa pauvre femme lui pardonne…

 

Les anciens de 14 sont partagés sur la rencontre de Montoire. Les Boches sont tout de même les Boches, mais bon… Par contre, à l’Aublette, on s’enthousiasme pour la charte du travail. Fini les fainéants, plus de grèves en France ! Vive le Maréchal ! À la tienne Étienne…

 

Les quelques familles israélites de Dinan portent désormais l’étoile. On raconte que les Juifs ont été arrêtés à Paris.

Après tout, jamais de fumée sans feu. Si on les arrête, c’est bien qu’ils doivent être coupables.

Et puis, on a d’autres soucis. Il n’est pas facile de s’approvisionner, même à la campagne. Il n’y a plus de voisins. Celui qui n’a pas de jardin est mal parti. Les patates coûtent la peau des fesses. Ne parlons pas des œufs ou du beurre.

Un jour, des camions ont emporté les Juifs de Dinan vers Paris à ce qu’on dit, Drancy pour être exact. Les femmes en cheveux, les enfants cartables au dos avaient du mal à grimper à bord. Les gendarmes et des miliciens les ont aidés, si l’on peut dire. Il y avait quelques curieux, mais la plupart des Dinannais passaient sans rien voir ou restaient chez eux.

Une valise est tombée d’un camion. Personne ne l’a ramassée. Elle est restée toute une journée à la même place. Et puis, le matin, elle avait disparu.

La municipalité a attribué les appartements vides à de bons Français nécessiteux. La villa des Cohen, au-dessus de la promenade des Anglais, est devenue bien national. Elle est fermée en attendant qu’on lui trouve une affectation. Les vieux se rappellent que les Cohen sont arrivés d’Alsace en 1871. Ils n’avaient rien. En soixante-dix ans, ils sont devenus une des familles les plus riches de la ville à ce qu’on dit. C’est quand même étonnant. Pas de fumée sans feu là non plus. Laval a bien raison quand il vitupère. Bien sûr, Monsieur Cohen a fait le Chemin des Dames, bien sûr, il est décoré…

On en parle chez Louise. C’est bien malheureux pour les enfants, mais on les réinstallera sûrement ailleurs, on leur apprendra l’effort et l’honnêteté… Faudra tout de même les surveiller de près, s’emporte le boulanger, pour qu’ils ne recommencent pas.

On a organisé des enchères pour vendre les meubles abandonnés. La vente a été bien fréquentée.

À Dinan, M. Le Dru a fouillé les archives : en 1278 et en 1621, les Juifs ont été chassés de Dinan. Il va écrire un article pour sa nouvelle revue Dinan, huit siècles d’Histoire.

Le gars Mahé a rempilé, dans la Milice à Darlan cette fois… Il ne se prend pas pour rien, ce petit con, quand il parade à l’Aublette. Plus facile de faire le malin avec un uniforme de pacotille que de travailler aux champs !  [...]

 

Roger Vercel s’éteint à Dinan en 1957. Pendant ses dernières années, on le voyait souvent se promenant avec son ami Jean Urvoy. Il est le père de l'écrivaine Simone Roger-Vercel, (1923-2015), et de Jean Vercel (1929-2011). Son nom donné au collège de Dinan a récemment soulevé bien des vagues. Lors de la session du conseil général, le président Claudy Lebreton a cherché à calmer les passions : “Il faut faire un travail d’analyse et ne pas jeter d’anathème,” a-t-il dit (Le Télégramme). Il y a la famille et la réputation d’un écrivain derrière. Nous allons faire appel à un comité d’historiens. On ne jugera pas sur un article, mais sur une attitude éventuelle de Roger Vercel. Dans ses romans, il n’y a rien de condamnable en lien avec l’antisémitisme. Et quand le collège a été ainsi nommé, sous René Pléven, son contemporain, il n’y avait pas eu de problème.”

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : la réussite scolaire des Bretons

Et oui, les Bretons réussissent très bien à l’Ecole. Mon futur proviseur vient de m’annoncer que mon principal problème l’an prochain consistera à répondre aux questions brillantes des élèves. Depuis des décennies, les lycées de cinq départements bretons obtiennent les meilleurs résultats de France au BAC, plus de 90 %. Le lycée Diwan de Carhaix vient d’être classé 4e meilleur lycée de France. Comment expliquer ce succès ? Les chauvins répondront par un « c’est normal, les Bretons et les Bretonnes sont génétiquement plus intelligents ! ». Ben voyons ! Et ils sont aussi les plus beaux du monde. Plus justement, il y a la pression familiale et sociale. La famille bretonne est plus qu’ailleurs regardante sur le travail scolaire. Pour la société bretonne, l’école joue un rôle essentiel. Et ce n’est pas nouveau.

Saint Ildut, mort vers 522, moine gallois ou armoricain (on ne sait pas vraiment), un des fondateurs du christianisme celtique ou britonnique, était selon la Vie de Saint-Samson, « de tous les Bretons le plus versé dans les Écritures, à savoir l'Ancien et le Nouveau Testament, ainsi que dans les sciences de toute espèce, c'est-à-dire la géométrie, la rhétorique, la grammaire, l'arithmétique et toutes les théories de la philosophie[]». C’est lui qui fut à l’origine du monastère de Llanilldut, situé au Sud du Pays de Galles, centre culturel immense, école très recherchée par l’aristocratie bretonne, d’où sortiront de très nombreux saints bretons.

Il est plus que vraisemblable qu’existaient au Moyen Age des écoles dans les principaux centres religieux, dans les abbayes, mais aussi dans les cours épiscopales, autour des cathédrales. Il est vraisemblable de même que les paroisses qui en avaient les moyens disposaient d’écoles où l’on apprenait quelques rudiments. Pierre Abélard (mort en 1142), le très grand philosophe breton, fréquenta l’école de la cathédrale de Nantes, cathédrale desservie à titre héréditaire par des membres de sa famille. Il partit en Anjou et à Tours puis à Paris où il devint un des maîtres de l’université. Il fonda le Paraclet. Je pense de plus en plus qu’il fut nommé par le duc Conan III de Bretagne abbé de Saint-Gildas-de-Rhuys afin de rénover l’école de cette abbaye et y attirer par sa gloire des étudiants et des disciples qui pourraient devenir les futurs agents de l’administration ducale. En effet, à l’époque, les administrations étaient tenues par les clercs.

Un autre personnage important de l’histoire, Guillaume le Breton (mort en 1226), a dû connaître quelques réussites scolaires, probablement dans l’école cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, avant de partir à douze ans à Mantes puis à Paris où il suivit des cours. Il devint un proche du roi Philippe II Auguste de France au point d’en être le principal chroniqueur. C’est donc un léonard qui est à l’origine de la propagande capétienne visant à la domination du roi de France sur les autres souverains.

Le fameux saint Yves ou Yves Hélory de Kermatin (1253-1303) fit sans doute sa scolarité à l’école cathédrale de Tréguier avant de partir à Paris. Il étudiera le droit à l’université d’Orléans, puis reviendra à Tréguier où il occupa la fonction de prêtre de paroisses considérables. Il sera canonisé en 1347 grâce à l’appui de la duchesse de Bretagne.

Un autre breton, beaucoup moins connu, semble avoir suivi les pas de saint Yves : il s’agit d’Henri Bohic (mort en 1357), lui aussi issu de la petite noblesse, mais celle du Bas-Léon, et plus exactement de Plourin (c’est-à-dire près de Lanildut). Après avoir passé par l’école cathédrale de Léon ou l’école de l’abbaye de Saint-Mathieu du Finneterre, il fit ses études de droits à Orléans et en 1334 il était à Paris où il enseigna. Il fut avocat, conseiller du duc d’Orléans, frère du roi, et même du roi Philippe VI. Ses commentaires des décrétales du pape Grégoire IX seront largement diffusés grâce à l’imprimerie et serviront de sujets d’examen du doctorat jusqu’en 1679.  

Comme vous avez pu le constater, les meilleurs élèves partaient vers Paris et occupaient des places de choix au sein de son université où les rois de France recrutaient leurs plus brillants administrateurs : Abélard fut protégé par le chancelier du roi Louis VI, Guillaume le Breton par le roi Philippe II et Bohic par Philippe VI. Rien de plus normal car les Bretons disposaient de trois collèges prestigieux à Paris : celui de Tréguier, celui du Léon et celui du Plessis. Le collège du Plessis fut fondé en 1322 par Geoffroy du Plessis-Balisson, pronotaire de France et conseiller du roi Philippe V, pour accueillir les étudiants venant de l’évêché de Saint-Malo, rue Saint-Jacques, à l’emplacement où se dresse aujourd’hui le Collège de France. Trois ans plus tard, l’archidiacre du Léon, Even de Kerobert, fondait le collège du Léon où se retrouvèrent les étudiants de l’évêché de Léon qui parlaient latin bien sûr mais aussi le breton. Ce collège fut dominé pendant tout le XIVe siècle par la dynastie des Bohic. Le collège comptait 44 clercs. Les excellents devenaient évêques ou abbés. Les bons devenaient recteurs de paroisses. Grâce au collège de Léon, les paroisses du diocèse bénéficiaient d'un fort taux de doctorats et offrait à des hommes modestes un formidable ascenseur social. Le collège de Tréguier fut fondé la même année que le collège de Léon par le grand chancelier de l’église de Tréguier afin de recevoir des étudiants pauvres issus de l’évêché de Tréguier. Au XVIIe siècle, les collèges de Tréguier et de Léon étaient en ruine. Ils reprirent un peu de prestige grâce aux riches seigneurs de Kergroades. En 1763, ils étaient unis au collège Louis le Gand.

Face à cette hémorragie de l’élite intellectuelle vers Paris, le duc de Bretagne, François II, réussit en 1460 à obtenir du pape Pie II l’autorisation de créer l’université de Nantes où l’on enseigna les Arts, la Théologie, le Droit et la Médecine. Jusqu’au XVIIe, on pouvait y compter plus de mille étudiants.

Pour les succès intellectuels des Bretons pendant l’époque moderne, je vous laisse à la lecture des excellentes chroniques de mon ami François Labbé. A l’origine de cette réussite, il faut mentionner que grâce à l’essor « industriel » et commercial de la Bretagne, de nombreuses fabriques (ou associations) paroissiales purent payer des maîtres d’école afin d’enseigner aux enfants de la paroisse.

Après la Révolution et donc pendant la Restauration, selon la loi Guizot (1833), chaque commune devait avoir son école publique et un maître qualifié formé à l’Ecole normale. Mais pour nombre de commune, c’était beaucoup trop cher et souvent l’instituteur se retrouvait à la limite de la mendicité. La loi Falloux (1850) laissa aux municipalités le droit de choisir entre instituteur laïc et frère enseignant. Les congrégations religieuses enseignantes envahirent alors toute la Bretagne. En 1819, Jean-Marie de La Mennais créa l’Institut des Frères de l’Instruction chrétiennes (qui gère aujourd’hui 72 établissements scolaires). Beaucoup de communes préférèrent les religieux, qui disposaient de leurs propres locaux et donc ne grevaient pas le budget communal, et les religieuses qui enseignaient aux jeunes filles, visitaient les malades, secouraient les pauvres. Mais tout dépendait si l’on était d’une commune « bleue », celle qui avait suivi la Révolution, celle qui préférait les instituteurs laïcs, ou d’une commune « blanche», monarchiste et chouanne pendant la même période, celle qui choisit les frères.  L’enseignement était très limité, compter, lire, écrire, surtout pour les garçons que ne venaient à l’école qu’au printemps et qui la désertait lors des moissons. Pour les filles, vouées au foyer, au mariage, à la maternité, elles n’avaient droit qu’au strict minimum. Il faut savoir que l’enseignement était loin d’être gratuit : 1 francs 50 par mois et par enfant, alors qu’un ouvrier agricole ne gagnait que 90 centimes par mois. L’école secondaire était réservée à l’élite bien sûr. Dans les lycées, les élèves, souvent pensionnaires, vivaient selon des rythmes militaires et monastiques. Pour presque tous, avoir son baccalauréat tenait du rêve. Accéder à l’université pour un fils de paysan tenait du miracle. Déjà obtenir son certificat d’étude représentait un évènement.

Une chose peu connu. Les lois Ferry (1882-1884) n’eurent pas eu un retentissement extraordinaire en Bretagne. L’école était devenue obligatoire et gratuite de 6 à 13 ans, soit, mais dans les années 1890, les 2/3 des garçons ne restaient à l’école que 5 ans. Et puis les vêtements, les chaussures, les livres, les crayons et le papier n’étaient pas accessibles pour tous… En fait, le déclin de l’analphabétisme breton n’a pas suivi les lois Ferry, mais est intervenu bien plutôt, vers 1860. Le principal résultat est qu’avec ces lois débutèrent la guerre sans merci entre le gouvernement radical, laïc et républicain, assisté par son armée d’instituteurs, et l’Eglise catholique, appuyée par les frères et les religieuses. En Bretagne, le dualisme scolaire s’imposa. Les écoles catholiques progressèrent face aux écoles publiques souvent abritées dans les mairies. Plus les lois anticléricales et laïques pleuvaient, plus les écoles catholiques bretonnes s’ouvraient et recevaient des élèves.  En 1911, un élève morbihanais sur deux fréquentait l’école « libre ».

Cette dualité va perdurer jusqu’à nos jours. On dit même qu’elle a suscité l’émulation entre les établissements scolaires, et qu’elle serait donc à l’origine de la réussite scolaire des Bretons et et des Bretonnes. Par ailleurs, la Bretagne s’est parfaitement bien adaptée au système élitiste créé par Napoléon Ier, développé par la IIIe République en vue de disposer de cadres militaires et politiques de qualité. La sélection des meilleurs élèves semble remonter au Moyen Age. On m’a raconté que dans les années 1930-1940 l’évêque de Quimper faisait le tour des écoles primaires et testaient les connaissances des élèves. Les meilleurs allaient au petit séminaire et les meilleurs des meilleurs incorporaient le Grand séminaire, consécration suprême pour de nombreuses familles. Et puis on travaillait pour s’en sortir. La période noire pour la Bretagne et les Bretons reste le XIXe siècle. Les choses vont un peu mieux à partir de 1880-1890. Il faut travailler à l’école, passer les différentes classes et examens afin de réussir aux concours d’Etat que l’on veut égalitaires, qui permettent de sortir de la misère, d’accéder à la fonction publique ou être intégré dans une armée et une flotte considérées comme les plus puissantes du monde. Si les Bretons finissent contremaîtres ou premier maître à la veille de la Première guerre mondiale, ils sont ingénieurs, instituteurs, sous-lieutenant pendant l’Entre-deux-guerres et depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et surtout depuis les années 1970, ils sont professeurs d’université, commandants voire amiraux et généraux, entrepreneurs parmi les plus importants d’Europe, ministres et même premiers ministres, et pourquoi pas un jour président de la République !     

Frédéric Morvan, tous droits réservés.


Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Un préromantique breton, Loaisel de Tréogate

Bécherel est un lieu de pèlerinage pour qui aime le livre. Sur son piton, la vieille cité et ses libraires un peu mystérieux dans leurs antres divers et chaleureux est une étape nécessaire : feuilleter des bouquins, boire une bonne bolée en dégustant une galette cuite sur le trépied. Je m’y arrête toujours quelques heures quand je viens du Margraviat de Bade où j’habite (Breton de la Diaspora !) et que je file sur Carantec pour me retrouver « au pays ». C’est là qu’un jour j’ai découvert et acheté  un petit livre en mauvais état : les Soirées de mélancolie de Loaisel de Tréogate. La sincérité de ces nouvelles poétiques m’a beaucoup impressionné, voire touché. Pour moi qui me suis intéressé d’assez près à la poésie des années 1770-1790, ce recueil était une exception car la plupart des poètes de cette époque écrivent des préciosités artificielles qui sont un peu comme ces bouquets compliqués que l’on trouve sous verre chez un antiquaire : desséchés, décolorés, sans parfum. Les Soirées étaient si différentes (elles annonçaient les meilleures poésies romantiques, celles de Musset par exemple) que j’ai bien sûr voulu lire les autres livres de cet auteur. Son nom déjà était tout un programme : Loaisel de Tréogate ! Ses romans m’enchantèrent à un tel point que je décidai d’y consacrer une étude solide et d’aider ainsi à « réhabiliter » un auteur peu connu, mais, à mon avis (ce que je crois toujours), de grande valeur. J’ai alors beaucoup lu et beaucoup « mis en fiches » (c’était avant l’époque des PC) ses ouvrages, sa vie, des classeurs entiers.  En bref, un gros travail de deux ou trois années, qui n’aboutit à rien : un universitaire américain, Raphael Gimenez, fit paraître avant moi une très belle étude sur Loaisel : L’espace de la douleur chez Loaisel de Tréogate. Je lus ce livre avec avidité et désespoir et ne pus que reconnaître la grande valeur de la recherche menée : tout y était, je n’avais plus rien à dire.

De dépit, je brûlai mes fiches, inutiles désormais.

Tout cela est bien loin. Il n’empêche que j’ai conservé beaucoup d’admiration pour cet auteur, insuffisamment connu, malgré le travail de Gimenez. Quand je passe en Morbihan, je fais un détour par le château de Bovrel me recueillir quelques instants et contempler ces vieux murs (que le propriétaire actuel a parfaitement rénovés) qui ont vu l’enfance et les tourments de Loaisel.

 

En la grève de Saint-Guyomarc’h

une allée de marronniers noirs

mène à l’arc d’une porte cavalière

qui ouvre sur une clairière

où poussent ajoncs et genêts

Parmi les feuilles moisies et les effluves de la mer.

De vieilles pierres grises mangées de lichen épais

envahies de folles fougères

et de mille mains de lierre

Tremblent derrière un bouquet d’aulnes noueux.

Au bout d’un chemin creux

Le sourd écho des voix de tes aïeux

la source près de laquelle tu jouais

la margelle où tu t’asseyais [...]

 

Joseph-Marie-Vincent Loaisel de Tréogate voit le jour au manoir de la Cour de Bovrel près de Saint-Guyomard (trêve de Sérent), non loin de Malestroit, le 17 août 1752. De bonne bourgeoisie, son père et son grand-père occupaient les fonctions de sénéchaux.

Il se rend à Paris en 1771 où il paraît « toujours d’une bonne conduite » si l’on en croit une lettre d’un beau-frère, ce qui est moins certain si on relit son « rêve » autobiographique, Le songe, dans lequel le héros – qui lui ressemble comme un frère – évoque des frasques probablement très réelles. Il faut dire qu’il est de bonne heure en relations avec une joyeuse équipe : Évariste Parny (1753-1814), le Réunionnais, et le Breton Joseph Auguste Pinczon du Sel (1754-1794).  Tous deux ont étudié au collège de Rennes, ils ont son âge.  

Parny est gendarme depuis 1772, un corps d’élite dont les jeunes officiers sacrifiaient davantage aux muses et à Vénus qu’à Mars. Sous l’impulsion d’Antoine Bertin (1752-1790) et de quelques autres Créoles également militaires, est fondée en leur lieu de garnison une sorte de Thélème poétique, la « Société de la Caserne » qui avait ses rites et ses habitudes :

« Représentez-vous, écrira Bertin dans son Voyage en Bourgogne, une douzaine de jeunes militaires, dont le plus âgé ne compte pas encore cinq lustres, transplantés la plupart dans un autre hémisphère, unis entre eux par la plus tendre amitié, passionnés pour tous les arts et pour tous les talents, faisant de la musique, griffonnant quelquefois des vers, paresseux, délicats et voluptueux par excellence, passant l’hiver à Paris et la belle saison dans la délicieuse vallée de Feuillancour. L’un et l’autre asile est nommé par eux la CASERNE. C’est là qu’aimant et buvant tour à tour, ils mettent en pratique les leçons d’Aristipe et d’Epicure. Qu’on appelle cette société charmante l’ordre de la Caserne ou de Feuillancour, le titre n’y fait rien, la chose est tout. C’est toujours l’ordre qui dispense le bonheur et les autres ne promettent que la gloire ».

Loaisel qui a rejoint Paris en attendant d’être admis dans la gendarmerie le 31 mai 1773 y a été également reçu en ses qualités de Breton, de passionné de littérature. Il a participé aux soirées qu’organisaient ces jeunes gens où l’on ne manquait pas d’inviter de véritables muses comme les sœurs Sentuary modèles des Eucharis, Camille et Éléonore, les égéries de ces jeunes poètes. Loaisel chantera une Julie qui logeait, confie-t-il, dans un château voisin de Bovrel.

Mais les malheurs s’abattent sur lui : il doit quitter l’armée moins de deux années plus tard, sans doute à la demande du marquis de Castries, alors inspecteur général, qui « s’éleva avec trop de vigueur, nous dit Loaisel, contre les écarts d’une jeunesse inconsidérée ». On peut penser que ce jeune homme sans fortune s’est vite laissé griser par ses amis qui, eux, avaient leurs entrées à Versailles et qu’il a mené une vie de jeune libertin sans en avoir ni les moyens ni la naissance. Dans Le Songe, il évoque des dissipations de toute nature : dépenses inconsidérées, dettes, duels, aventures en un couvent de Visitandines…

Ce « congé de retraite » lui a donc été vraisemblablement imposé pour des fautes de jeunesse mais certainement aussi parce qu’il ne put confirmer la déclaration de noblesse qu’il avait faite un peu vite pour intégrer la gendarmerie !  

Toujours est-il que cette rupture avec le métier des armes laisse beaucoup d’amertume au jeune homme. Dans la préface de Florello, son second roman, il confie en note :

« Ô jours que j’ai passés au service de mon roi, jours que je regrette et si vite écoulés ! Vous fûtes les plus beaux de ma vie… Que ne puis-je oublier l’événement malheureux qui me fit renoncer pour un temps à une profession faite pour produire l’enthousiasme des vertus ! »

Il était alors en garnison à Lunéville. Parny et Pinczon venaient de partir pour l’île Bourbon, les membres de la Caserne n’allaient pas tarder à se disperser.  

Le 10 avril 1775, il reçoit donc son congé. La nostalgie des hommages aux muses, des amours, des duels, des soirées bachiques et poétiques, le regret des amis poètes, de l’uniforme (« Autrefois, monté sur un beau cheval que je nommais le « Superbe », dont le regard de feu, la magnifique encolure répondait merveilleusement à son nom, j’aimais à me voir enveloppé d’un noble tourbillon de poussière, au milieu d’un brillant escadron ; […] « Lettre à M. Coll. », 3 mars 1776, Florello ») le rappellent vite à Paris.

Que faire alors sinon écrire, lui qui admire, fréquente Baculard d’Arnaud et ses romans noirs. Il ne lui reste plus, note-t-il, qu’à prendre le « manteau platonicien, courbé sous la besace philosophique ». Il ajoute : « Je marche d’un pas lent et timide dans les sombres détours qui précèdent les avenues du Temple de Mémoire » (« Lettre à M. Coll. », Florello). La gloire militaire désormais inaccessible, il reste la renommée littéraire, là-bas, à l’horizon, ailleurs ! La Société de la Caserne cultivait aussi la nostalgie de l’ailleurs : « transplantés d’un autre hémisphère », Bertin, Parny, Pinczon songeaient à l’île Bourbon, à ses charmes et à ses langueurs, Loaisel, et un autre membre de la Caserne, Ginguené, venaient de Bretagne, de cette province éloignée dont les parisiens musqués se moquaient dans le sillage de Voltaire. Pourtant,  depuis quelque temps, on commençait à célébrer les charmes d’une Celtie sœur des provinces gaéliques que le barde Ossian venait de populariser quelques années auparavant. Être breton, c’était donc aussi venir d’un autre hémisphère, comme Bertin ou Parny ! Et puis, c’est l’époque où Jean-Jacques va disparaître, l’époque où l’on va se rendre en pèlerinage, comme Dolbreuse, le héros de son principal roman, sur le tombeau du père d’Héloïse en l’Île des Peupliers, c’est l’époque où Le Tourneur traduit Young, où le goût des ruines s’impose en peinture comme en littérature, où le « genre sombre » triomphe, où Goethe publie son Werther… Devenir écrivain donc, mais un écrivain déraciné, marqué par ce premier mal du siècle, cette société qui refuse tout avenir aux jeunes gens « mal nés », trop sensibles, cette société détestable qui pousse au crime par désespoir, par haine de l’injustice, cette société des apparences et de la futilité alors que ses illuminations aveuglantes et ignobles projettent des ombres angoissantes, mais tellement attirantes ! Loaisel ressemble à Chatterton et d’ailleurs sa destinée annonce celle de Vigny. Le passage ne pouvait pas être plus brutal : « Il fut un temps où mon esprit pétillait comme le Champagne, où j’étais fou comme une vieille amoureuse ; mais de disciple joyeux de Mars que j’étais alors, je suis devenu le triste élève d’Apollon. » Dans la préface de Florello, il se décrit comme un être prisonnier d’une imagination débordante qui l’entraîne vers les chimères.

Il sera d’abord romancier alors que le roman est le genre plébiscité par le public, mais encore entouré de suspicion par les lettrés, qui font (officiellement) la fine bouche.

De 1776 à 1788 paraissent six ouvrages qui s’y apparentent, puis Valrose en 1799 et un roman historique en 1803.

De 1788 à 1811, il se tourne vers le théâtre et donne 6 comédies, une comédie héroïque, 6 mélodrames, une pantomime.

En 1780, il donne un recueil de vers : Aux âmes sensibles. En tête de ces élégies, il confie sa conception de l’écriture : écrire ce qu’on aime, ne pas chercher à plaire, être vrai : « Je connais mes travers, ils sont affreux, je l’avoue ; mais je les aime… Mais je me console d’avance… Une larme, une seule larme que mes faibles écrits auront fait couler dans le silence en sera l’éloge et le salaire » !

Dès 1776 donc, paraissent chez Moutard une anecdote, Valmore, et une histoire, Florello.

Valmore est « l’enfant adoptif du malheur », la passion réciproque de deux adolescents qui se refusent à ne pas faire du droit à l’amour vrai le bien suprême et qui sont alors entraînés (au cœur de leur Bretagne natale) dans une série de malheurs vers la déchéance.

Florello emmène le lecteur vers des paysages exotiques de l’Amérique, mais la destinée de ce héros n’est guère plus enviable. Après bien des déboires, il croit trouver la paix auprès d’un vieux sage vivant retiré au milieu de la belle nature. Il s’éprend d’une jeune sauvage du voisinage, mais cet amour est mal accepté par les Indiens et un rival jaloux enlève la bien-aimée alors qu’ils allaient enfin pouvoir s’épouser. Comme Des Grieux à la recherche de Manon, Florello erre dans des déserts, cette fois sur les berges de l’Orénoque, croit reconnaître le ravisseur, le tue mais il s’est mépris et a sacrifié un innocent. Lorsque la jeune fille le retrouve après s’être échappée, il n’est plus qu’un être déchiré par le remords, qui ne croit plus en la possibilité d’un bonheur terrestre et se laisse mourir. Chateaubriand a lu Florello ; Atala et René lui sont certainement redevables.

Dès la parution de Valmore, un long article, très positif, paraît dans Suite de la Clef ou Journal historique sur les matières du temps (juin 1776). Le Journal des Sciences et des Beaux-Arts est lui aussi élogieux même si, comme le Journal Encyclopédique, il regrette quelques imperfections. Dans les deux cas, on excuse toutefois ce jeune auteur. D’autres journaux lui reprochent toutefois son aspect lugubre tout en lui reconnaissant des qualités d’écriture et d’imagination, comme Les Affiches, annonces et avis divers du 6 juin 1776. Le Mercure de France résume les opinions à propos de Florello : « Il y a de l’intérêt et de la chaleur dans ce petit roman, qui porte partout l’empreinte d’une imagination vive et sensible, mais mélancolique et sombre. »

Un an plus tard, il fait paraître les Soirées de Mélancolie, l’ouvrage que j’ai trouvé à Bécherel, un recueil de nouvelles ou de poèmes en prose qui passe un peu inaperçu : l’aspect « préromantique », l’implication d’un moi souffrant, décliné à l’infini, la sincérité du ton, une écriture qui parfois échappe aux canons du temps, aux clichés alors obligatoires pour parvenir à une vraie originalité qui ne reparaîtra qu’avec Chateaubriand ont pu désorienter le lecteur. Plusieurs des nouvelles ont un contenu autobiographique : le sentiment de la faute, les illusions perdues, le regret de l’enfance, de la Bretagne. « Le Port », « À ma Julie », « Le Remords » sont en particulier de véritables poèmes, ce dernier constituant également une sorte d’autobiographie symbolique tout comme « Le Songe » qui possède même pour le lecteur moderne une grande force. Puis viennent La Comtesse d’Aligre ou les Lois du sentiment (1779), une « anecdote française » qui adapte les recettes du roman noir. Il donne au public son chef-d’œuvre en 1783 : Dolbreuse, ou l’homme du Siècle ramené à la vérité par le sentiment et la raison, un roman moral, peut-être inspiré par le D’Olban de Carbonnières et la lecture du Werther, mais un roman moral qui frappe par son intensité (3 éditions successives). Dolbreuse est l’annonciateur des René, Adolphe, Oberman, Dominique…. Loaisel mêle des souvenirs personnels à la fiction comme dans toutes ses œuvres : son héros a vu le jour dans un vieux manoir breton, il aime son amie d’enfance née dans un château voisin et l’épouse, mais au bout de trois ans de bonheur dans la paix des chaumières, Dolbreuse, poussé par une inquiétude viscérale, va chercher à la ville et à la cour un bonheur encore plus grand. Il est alors pris dans le tourbillon de la corruption et le libertinage le dépouille de toutes ses qualités. Mais comme le héros des Confessions du Comte de***, de Duclos, comme Des Grieux aussi, il garde la nostalgie de la vertu et, lorsque Ermance, son épouse, vient le chercher pour le sauver, il accepte cette main tendue, confesse ses fautes et retourne en Bretagne expier ses débauches et retrouver les plaisirs calmes de la famille, le bien-être de la nature et la consolation de la religion. Cet itinéraire moral et initiatique indique au lecteur la seule voie raisonnable : celle de la vertu simple, loin des artifices de la ville et de la vie mondaine, la mort nécessaire de l’individu marqué par le mal pour permettre la renaissance aux vraies valeurs. La Bretagne étant cette jouvence nécessaire. Le roman, d’une belle et intense écriture, très « vécu » est parcouru de réflexions qu’on retrouvera plus tard sous les plumes des auteurs romantiques.

Ainsi finissent les grandes passions (réécrit en 1799 sous le titre de Valrose, ou les orages de l’amour), est un roman épistolaire plus convenu sur les « convulsions du cœur ». Il marque la fin d’une longue période uniquement consacrée au roman d’un moi souffrant (et à la poésie, car Loaisel publie anonymement dans différents recueils et journaux). Cette « fin des passions » est paradoxalement le moment de son mariage avec Marie-Opportune Prout (décédée en février 1800), dont il aura deux enfants. Il reviendra au roman en 1803 avec un roman historique (genre à succès alors) : Héloïse et Abélard, ou les Victimes de l’amour.

Dans tous ses romans, après une période de stabilité, voire de bonheur, le héros connaît, par sa faute, par son hybris une longue période de déréliction qui le mène à une sorte de mort morale et il ne retrouve le vrai sens de la vie que lorsque les épreuves l’ont fait se dépouiller de toute vanité. La fin des romans est certes édifiante (regrets, mort physique du héros, suicide…), mais les réflexions, les scènes tragiques qui les parsèment laissent une impression de tristesse qui sera le partage de la génération romantique.

Sans doute pour assurer l’existence de sa jeune famille, il se lance alors dans un genre plus rémunérateur que le roman : le théâtre. Beaumarchais vient de défendre les droits des auteurs face aux comédiens ; le goût de la scène est d’autant plus vif qu’avec la Révolution le nombre des salles augmente prodigieusement et que les contraintes d’écritures tendent sinon à s’effacer au moins à permettre la naissance de genres nouveaux et populaires comme le mélodrame.

Il commence par trois comédies assez traditionnelles mais en prose : L’Amour arrange tout (1788), sorte d’essai en un acte qui proclame que « l’éducation met de niveau tous les hommes et que la vraie noblesse est dans le cœur », Lucile et Delcour (1790), Virginie, qu’il qualifie de drame (1790).

En 1793, il fait représenter, honneur insigne, sur le théâtre de la République sa grande comédie en 5 actes : Les Bizarreries de la fortune, une comédie bourgeoise qui lui assure une certaine notoriété et qui sera traduite dans de nombreuses langues. La même année, il se lance dans le tout nouveau « genre » qu’est le mélodrame : Le château du diable, qui connaît un succès important. Il se tourne aussi vers les sujets « patriotiques » avec le Combat des Thermopyles, ou l’école des guerriers (1795) qui lui vaudra d’être encouragé par la Convention le 4 septembre par une aide de 2000 livres.

La suite de sa carrière est marquée par des ouvrages surtout alimentaires : Le vol par amour (1796) où il revient à la comédie traditionnelle mêlant intrigue et caractères, La forêt périlleuse ou les bandits de Calabre (1797) qui aura une très longue vogue, La fontaine merveilleuse ou les époux musulmans, une pantomime féerie (1799), Roland de Montglave (1799) et Adélaïde de Bavière (1801), deux drames historiques et « allemands », un mélodrame en collaboration avec Pixérécourt : Le grand Chasseur, ou l’île des palmiers, et puis Les amants siciliens, La loi singulière, ou malheur et constance (1811- sous le nom de M.L.T. de la Glehenaye (nom d’un fief de l’abbaye de Roga en Malestroit, où il situe la fin de Valmore)

Il a aussi participé à l’Histoire des hommes de Delisle de Sales, avec les histoires de Philippe II et de Louis le Débonnaire, histoires présentées par les pétitionnaires lui ayant procuré le soutien national de 1793, comme écrites contre le despotisme. Ces mêmes pétitionnaires parlent en outre de « nombre d’écrits brûlants de civisme, composés dans le cours de la Révolution » mais dont on ne sait rien.

Les Annales dramatiques de A.-P.-F. Ménégault (1808-1812) indiquent encore que vers la fin de l’Empire « cet auteur jouit d’une assez grande réputation au boulevard. »

Le 10 octobre 1804, il épouse en secondes noces la fille d’un général chouan, Jeanne Sophie Laville de Baucé. Celle-ci indiquera plus tard dans une demande de pension (Liste générale des pensionnaires de l’ancienne liste civile, Paris, 1833), qu’elle est non seulement fille d’un officier général vendéen mais aussi « veuve d’un gendarme de la garde de Louis XV » ! Dans la famille Loaisel, on a cette habitude de légèrement tricher avec la vérité historique… Rappelons à ce propos que si le romancier reçoit une aide de la Convention au nom de son œuvre et de son civisme présumé, il n’a sans doute jamais oublié des origines rêvées aristocratiques et est probablement resté (prudemment) en contact avec les membres de sa famille notoirement liés à la réaction, comme son cousin et filleul de son père Joseph-Anne Loaisel de Saulnays (1752-1812), une des têtes de la conjuration bretonne qui s’organise après la proclamation de la République à l’initiative d’Armand Tuffin de la Rouërie et qui mourra en exil à Jersey.

L’époque de son second mariage est aussi celle de son entrée dans l’administration des postes, la situation d’écrivain étant probablement trop aléatoire et la réorganisation de l’État sous Napoléon offre des opportunités qu’il faut savoir saisir : la plupart des auteurs feront comme lui. Il semble avoir auparavant sollicité un emploi au Camp de Boulogne…

Il s’éteint en 1812 après avoir mené une fin de vie modestement bourgeoise. Il entretient une domestique et son épouse a apporté en dot un mobilier assez conséquent qu’elle réclamera à sa mort puisqu’ils se sont mariés sous le régime de la séparation de biens, au grand dam des enfants du malheureux écrivain.

 

Loaisel est l’« homme sensible » par excellence, entraîné par le mirage de l’imagination à faire le contraire de ce que sa nature morale lui imposerait. Il est marqué par les influences de Prévost, de Duclos, de Rousseau, de Baculard, certes, mais il y ajoute une réhabilitation de l’amour, l’affirmation du droit au plaisir et la dénonciation d’une société injuste, tant de thèmes qui seront l’apanage de la génération romantique et qui suffisent à établir sa réputation de précurseur, d’autant plus qu’il est un vrai poète et un excellent prosateur.

 

Éléments de bibliographie

 

Bowling, Towsend W., The Life, Works and Literary career of Loaisel de Tréogate, Oxford : Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, Vol. 196, 1981.

Bowling, Towsend W., « Night Thoughts on the New world : Loaisel de Tréogate’s Florello », Oxford : Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, Vol. 256, 1988.

Delon, Michel, « Visions du monde « préromantique » dans Dolbreuse de Loaisel de Tréogate », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, T. 83, 1976.

Gimenez, Raphael, L’espace de la douleur chez Loaisel Tréogate (1752-1812), Paris, 1992

Mornet, Daniel, « Un « Préromantique » : Les Soirées de Mélancolie de Loaisel de Tréogate », Revue d’histoire littéraire de la France, Vol. 16, 1910.

Trahard, Pierre, Les maîtres de la sensibilité française au XVIIIe siècle (1715-1789), Paris, 1931.

 

 


Chronique de la semaine par Frédéric Morvan : l’esprit d’entreprendre, une spécificité bretonne ?

Je vais répondre tout de suite à cette question : je ne le pense pas, sans doute pas plus qu’ailleurs. Et pourtant, les Bretons et les Bretonnes sont aujourd’hui partout, influents, voire même puissants, dans les domaines culturels – rien qu’en histoire de la Bretagne, on sort des dizaines de bouquins sur le sujet par an, les auteurs et les éditeurs bretons se comptent par centaines, les chanteurs bretons et bretonnes sont plus que célèbres -, dans le domaine politique – regardez du côté du gouvernement, regardez du côté de la Haute fonction publique -, dans le domaine économique – bien sûr le fameux club des Trente qui réunit une soixantaine de très grands entrepreneurs bretons et amis de la Bretagne. Lire la suite ICI

Frédéric Morvan, tous droits réservés.





Chronique de l’histoire littéraire des Bretons par François Labbé, Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648-1734), un abbé qui aimait les femmes

 

Encore un inconnu, vont se dire les quelques lecteurs de cette chronique ! Un tic ! Une obsession, ces minores bretons ! Eh bien oui ! À quoi bon évoquer Chateaubriand ou Renan que tout le monde connaît ? Pezron, Bougeant, Tournemine, Loaisel, Morvan de Bellegarde, par contre... En effet, ces écrivains que l’on ne connaît plus ou si peu ont été très lus de leur vivant et du point de vue de l’histoire des mentalités, se pencher sur leurs écrits, s’interroger sur les causes (et les conséquences) des succès qu’ils ont connus peut être riche d’enseignements.

L’Armorique littéraire de Marie-Auguste Mareschal (1739-1811) rapporte le jugement de ses contemporains sur ce Breton de Pihiriac (Piriac) « territoire de Guérande » : « On trouve à l’abbé de Bellegarde, assez de facilité, quelquefois de l’élégance, et beaucoup de moralités froides ou triviales. » En bref, un auteur à classer entre les abbés musqués producteurs d’ouvrages insignifiants et les pisse-froid d’une morale dénuée d’imagination. C’est bien entendu une opinion a posteriori car Morvan représentait pour ses contemporains tout à fait autre chose que ce que portrait laisse entendre. 

 

Son père, Jacob de Morvan, seigneur de Norverel, était procureur fiscal d’une terre appartenant aux Tournemine, comme l’indiquera avec ostentation le Père Tournemine dans son éloge du Mercure (1735). Un de ses frères sera avocat au Parlement de Bretagne. À la suite de ses études au collège des jésuites de Nantes, il entre dans la Compagnie et y reste 17 ans, au cours desquelles il se signale par des articles dans le Journal de Trévoux et des publications religieuses, publications qu’il poursuivra d’ailleurs après son départ, des traductions des Pères de l’Église (Jean Chrysostôme en 6 volumes, St Basile, St Ambroise...),  et des ouvrages d’auteurs profanes comme Ovide, Horace ou Épictète. Ses contemporains le décrivent aussi comme un prédicateur de talent et un homme peu préoccupé par sa fortune matérielle mais au contraire désireux de faire autant qu’il le pouvait le bien autour de lui. Tournemine rappelle sa fidélité : les deux hommes sont restés amis plus de 60 ans !

Pourquoi cette séparation ? Apparemment parce que, adepte de la philosophie de Descartes dont les œuvres avaient été mises à l’index en 1662, il n’aurait pas accepté qu’on lui interdise l’étude de cette nouvelle vision du monde et du savoir. En réalité, il ne s’est pas vraiment agi d’une rupture au sens fort du terme, mais plutôt d’une prise de distance, d’un besoin de plus de liberté, car il reste en contact avec des confrères comme Dominique Bouhours (1628-1702), l’historien René Rapin (1621-1687) ou le père Pardiès et l’on sait que la position des jésuites (de nombreux jésuites) vis-à-vis du cartésianisme est ambivalente. Descartes, lui-même correspond avec plusieurs amis de la Compagnie, dont le Père Noël, certains jésuites condamnent l’augustinisme des Méditations, d’autres enfin sont « partagés », comme le Père Tournemine. Bellegarde, pour sa part, aurait voulu chercher à concilier religion et raison, philosophie et dogme, ce qui, dans le cas de la philosophie originale de Descartes, était parfaitement possible. On peut trouver au moins quatre raisons à son intérêt pour la cette philosophie. Des raisons d’abord intellectuelles : le jeune jésuite qu’il est a un esprit ouvert (ses œuvres le prouvent) et les perspectives qu’ouvre Descartes de faire table rase des préjugés, de libérer la pensée et de construire un monde neuf sans rejeter la religion ne pouvaient que l’attirer.

Ensuite, des raisons plus sentimentales : on sait assez les liens de Descartes avec la Bretagne, son père Joachim était conseiller au Parlement de cette province. 

Enfin, des raisons « biographiques », Descartes était un ancien élève du célèbre collège jésuite de La Flèche.

Le jeune homme reste prêtre et choisit alors de vivre de sa plume, ce qui n’était pas une entreprise aisée à une époque où un auteur ne dispose quasiment d’aucun « droit » et ne peut que, dans le meilleur des cas, s’il n’a pas le soutien d’un mécène, vendre ses manuscrits à un libraire-éditeur. C’est ce qu’il fit d’abord avec en contrepartie l’exigence de beaucoup écrire pour pallier l’irrégularité des revenus et la rapacité des éditeurs. Enfin, écrivain de métier, il n’est pas question qu’il écrive ce qui lui plaît : il doit tenir compte de l’horizon d’attente de son public, des modes et des désirs. C’est en ce sens que ces « écrivains à la toise » sont particulièrement intéressants pour le lecteur moderne désireux de connaître l’époque où ils vécurent. Dans cette optique d’une « demande » du public, en 1697, il fait paraître une traduction du livre de Las Casas sur les ravages des Espagnols dans ce qu’on appelait alors les Indes, et aligne les « Histoires » monumentales, que chacun veut avoir dans sa bibliothèque : de Rome, d’Espagne (en adaptant Mariana – Montesquieu se sert de son livre). Il rédige également le début d’une Histoire générale des voyages (1707), qui est un projet gigantesque, en un temps où la découverte de « l’autre » fascine toujours. Enfin, il devient un spécialiste de la littérature des « comportements sociaux », de sortes de manuels du bien vivre : Réflexions sur ce qui peut plaire ou déplaire dans le monde (1688), Réflexions sur le ridicule et sur les moyens de l’éviter (1696), Réflexions sur l’élégance et la politesse du style (1695), Modèles de conversation (1697), tous ces « usuels », ces vade-mecum qui se vendent bien dans une société où les messieurs Jourdain sont de plus en plus nombreux et rêvent de porter un jour des talons rouges, d’aimer une marquise ou de partager l’idéal de l’ « honnête homme »... Il faut bien vivre !

Pourtant ce côté « mercenaire » des lettres lui laisse sinon le choix de traiter ce qu’il veut parmi les sujets en vogue, au moins la manière de les aborder et de faire ressortir ce qui correspond le plus à ses propres tendances.

Lorsqu’il quitte les jésuites dans les années 1680, un grand débat traverse la société française, débat qui va intéresser le cartésien qu’il est : celui de l’émancipation des femmes. Les salons de Madeleine de Scudéry (1607-1701), du président du Parlement Chrétien-François de Lamoignon (1644-1709) résonnent de ce thème que les salons du premier demi-siècle avaient déjà « lancé » et pour lequel la « fille » de Montaigne, Mademoiselle de Gournay (1565-1645), avait ferraillé de sa plume acérée (1622, Égalité des hommes et des femmes). En 1672, Les femmes savantes avaient d’autant plus ravivé le débat déjà illustré en 1659 avec Les Précieuses ridicules qu’un jeune auteur, Poullain de la Barre (1647-1723), répondit à Molière avec éclat en s’appuyant sur Descartes et posa solidement la question des sexes : De l’égalité des deux sexes. Discours moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugez (1673, 7 rééditions jusqu’en 1692).

Morvan de Bellegarde qui ne se préoccupe pas des Méditations (1647) paraît surtout avoir été marqué par le Discours de la Méthode (1637). Or, Descartes y fournit de nouveaux arguments à cette question cuisante de l’égalité de l’homme et de la femme.

Pour lui, l’esprit rationnel participe d’un ordre différent de celui qui anime la matière et ce postulat est vite considéré comme une base du discours féministe. La raison est désexualisée pour ainsi dire et l’égalité intellectuelle entre les deux sexes paraît avec cependant pour conséquence, comme le pensera la nièce et filleule du philosophe, Catherine Descartes, le fait que l’esprit doit diriger le corps et la raison s’imposer à la matière : la volonté force le dépassement des passions : Catherine refusera de se marier. Chassez les préjugés contre l’inégalité féminine par la porte, ils rentrent par la fenêtre sous l’aspect d’un corps, d’une matière « hystérique » qu’il convient alors de dompter !

Morvan de Bellegarde a médité tout cela. Il voit le succès de Poullain, lui aussi cartésien convaincu, partage largement ses réflexions. Il a donc l’idée de publier à son tour un ouvrage qui intéressera le public qui se passionne pour cette question de la situation de la femme : ses Lettres curieuses de littérature et de morale (1702), que tout le monde peut lire aujourd’hui sur Gallica et qui eurent un grand succès (rééditions 1702, 1720, 1730, 1761 (La Haye), 1705, 1707, (Amsterdam) ; 1708, 1709 (Bruxelles) ; Paris, 1729, Leipzig 1760.... Traduites en anglais dès 1705 (Londres) et 1715 en allemand (Leipzig), en italien... L’influence de Bellegarde est attestée sur des penseurs comme l’Espagnol Benito Jeronimo Feijoo (1676-1764) Defensa de la mujeres, 1726, ou l’Allemand Carl Friedrich Pockels, Versuch einer Characteristik des weiblichen Geschlechts, Hannover, 1802.

Il s’agit d’un échange de lettres fictives entre une dame de la Cour et l’auteur. L’ouvrage est dédié à la duchesse du Maine, Marie-Anne-Louise-Béatrice de Bourbon-Condé (1676-1753), écrivains, poétesse, férue de Descartes et Gassendi, « exemple vivant » selon l’auteur de ce que pourraient être les femmes si on ne les éduquait pas à des petits riens qui « étouffent leur vivacité » (et future passionaria des complots contre le régent Philippe d’Orléans). Déjà, plusieurs de ses livres précédents avaient été adressés à son époux, le duc du Maine et, en remerciement, celui-ci lui avait procuré le poste d’inspecteur du livre auprès de l’imprimerie de Trévoux.

Un avertissement explique le « fonctionnement » de son livre : une dame doit séjourner dans sa campagne quelque temps et s’est adressée à lui afin qu’il lui procure des « réflexions » sur des thèmes qui l’intéressent. Une courte lettre de cette dame effectue la demande et l’abbé y répond longuement. Le séjour terminé, la dame a pensé qu’il fallait publier ces lettres et leurs réponses qui, conçues à l’origine comme un simple « amusement », le dépassent largement et pourraient « entrer dans les conversations des personnes polies », il faut entendre « aux femmes de la bonne société ». Une finalité pédagogique donc, d’autant plus que poursuivant une réflexion commencée dans son ouvrage sur le ridicule il affirme sans ambages : si la conversation des femmes est souvent si insignifiante « c’est parce qu’elles ne savent rien » et que leur absence d’éducation les réduit à des « bagatelles ».

Cinq demandes sont ainsi faites, auxquelles il est répondu avec précision et compétence en évitant comme l’abbé le souligne la trivialité et l’enflure pédantesque. La première lettre pose la question du « bon goût ». La seconde porte sur l’histoire et la littérature en général, la troisième sur les différences de mœurs entre les Anciens et les Modernes (Bellegarde est un Moderne), la quatrième sur l’épineuse question de l’égalité des femmes avec les hommes sur le plan de l’esprit et la cinquième sur les pièces de théâtre. Ces conversations par lettres sont reliées par une thématique commune : le refus des préjugés et des visions simplistes, l’horreur de l’argument d’autorité, la 4e lettre concentrant toutes les remarques allant sans ce sens sur le cas particulier de la situation faite au « beau sexe ».

Dans le cadre de cette notice nous ne parlerons que de la première et de la quatrième lettre en conseillant aux lecteurs de lire tout l‘ouvrage car il est riche d’idées (sur le roman, sur la tragédie, sur la querelle des Anciens et des Modernes...) et écrit dans une langue parfaite.

La première réponse de l’abbé de Bellegarde démontre la complexité de sa pensée. En effet, il affirme en bon cartésien que « Le goût est exquis quand il est réglé par la raison. [... ] Il est l’effet d’une raison droite et éclairée ». Cependant, avec une approche qui annonce le sensualisme du siècle suivant et qui est assez originale, il rappelle que tout savoir passant par les sens, et ceux-ci dépendant pour une part de la conformation des organes, en matière de goût, il ne peut y avoir de jugement définitif. Ce « cartésien » entaché de pyrrhonisme ne fait guère la part belle aux idées innées ! Et il va plus loin : si les personnes de qualité paraissent avoir un meilleur sens du bon goût, proclame-t-il, c’est en raison de leur éducation et aussi d’organes plus réceptifs, car mieux nourris, préservés des efforts et des difficultés qui les émoussent. Enfin,  il critique le poids des modes futiles en France, les mauvais professeurs qui gâchent les talents non encore éclos, les savants ennuyeux et imbus d’eux-mêmes qui détournent de la science et du savoir...

Dans la quatrième lettre, d’emblée, il part d’une affirmation : «  Pour moi, [...], je crois qu’elles pourraient remplir les plus grands emplois si on les leur confiait, et atteindre à la perfection des sciences si on les y appliquait de bonne heure, et qu’on leur donnait la même éducation qu’aux hommes. » Cependant « la coutume, les préjugés, la loi du plus fort les ont insensiblement assujetties aux hommes »  à tel point qu’elles y croient elles-mêmes ! Il pense deviner les raisons de cette discrimination : les hommes ont peur de perdre des avantages qui ne sont fondés sur rien. S’il concède tout de même une moins grande force physique qui justifie certaines des exclusions dont elles sont victimes,  « Les talens des femmes  ne se renferment pas dans l’enceinte de leur ménage ; elles sont capables, comme les hommes, des connaissances les plus sublimes, puisque l’esprit n’a point de sexe. » 

En outre, il reconnaît au sexe faible une supériorité naturelle : elles sont plus conviviales, plus urbaines, ont plus de cœur, maîtrisent mieux la parole même quand elles sont peu éduquées.

On se complaît pourtant à répéter ce préjugé de l’infériorité féminine alors que : « [...] l’expérience détruit tous les faux raisonnemens que l’on fait à leur préjudice ; puisqu’une infinité de femmes ont donné, dans toutes les occasions, des marques d’un esprit solide, d’une haute sagesse, d’une éminente vertu ; on en a vu qui ont gouverné les plus grands empires avec autant de prudence et d’équité qu’eussent pu faire les hommes les plus accomplis. La vertu héroïque et militaire, qui semble incompatible avec la douceur, et la timidité de leur sexe, s’est trouvée en quelques femmes dans un éminent degré, et peut-être en verrait-on des exemples plus nombreux si on les mettait plus souvent à l’épreuve ; mais la dépendance où on les tient les empêche de se produire. » La suite de la lettre démontre l’inanité des reproches faits aux femmes, leur légèreté, leur incapacité à comprendre les sciences, la théologie qui leur serait impénétrable, ces femmes savantes qui ne seraient que des précieuses ridicules, l’incapacité féminine à écrire de grands livres ou à exceller dans les beaux-arts et il rappelle « quantité d’exemples de femmes héroïques » dont on tait généralement le nom : Deborah, Judith, Sappho, Marguerite de Valois, Elisabeth d’Angleterre, Marie Stuart..., et quand cette inanité n’est pas assez illustrée, il montre que tel ou tel défaut incriminé appartient de toute façon aux deux sexes !

Pour être juste, ce plaidoyer vibrant  en faveur de l’égalité des hommes et des femmes doit beaucoup à Poullain. Bellegarde y a ajouté quelques vues personnelles dont une appréciation novatrice de l’importance de l’environnement social sur l’épanouissement des individus, son érudition et une langue d’une grande pureté.

Ceci dit, au fond, je crois que cet homme solitaire, éperdu de divertissement au sens pascalien du terme, qui passe ses jours et ses nuits à traduire et écrire, cet habitué de la Cour de Sceaux, a construit toute son œuvre pour aboutir à ces 140 pages de sa quatrième lettre sur la condition féminine. Pourquoi ? À cause de Descartes ? Certainement ! Pour profiter de l’aubaine Poullain de la Barre et d’un public demandeur ? Bien sûr ! En raison d’un sens aigu de l’équité et de l’honnêteté intellectuelle ? Certainement ! Mais il y a plus : cet abbé aimait les femmes...

*

À partir de 1716, il cessera d’écrire et se consacrera à sa vie religieuse, voyant disparaître avant lui presque tous ses amis. Il se défait aussi de tout ce qu’il possède et envoie ses livres et manuscrits à « un curé de Bretagne » de sa connaissance.

Après avoir perdu l’usage des jambes et la vue, Bellegarde se retirera dans la communauté de prêtres de St François de Salles, à Paris et y mourra en 1734.

Dans le Mercure de France, son compatriote breton, le père Tournemine, ami également des ducs du Maine, lui consacrera une courte notice nécrologique qui insiste sur sa profonde religiosité, sur la beauté de sa langue et sur son acharnement au travail : « [...] il a donné au public presque autant d’ouvrages qu’il a vécu d’années ».

 

NB. Sur le succès du livre de Bellegarde, sur son rôle comme transmetteur des thèses de Poullain de la Barre, on se reportera à l’article de Christian von Tschilschke, « Weil de Verstand kein Geschlecht hat » - Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648-1734) als Vermittler des « cartesianischen Feminismus », in : Frauen, Philosophie und Bildung im Zeitalter der Aufklärung, 2010. Sur la biographie voir Le Mercure de France (1735), le bel éloge du Rennais Tournemine.

Voir encore Olivier de Gourcuff, « Un moraliste breton, l’abbé de Bellegarde », in Revue de Bretagne et de Vendée, 2, 1887.

Plus loin : L’examen des préjugés vulgaires (1704), du jésuite Claude Buffier (ami de Mme de Lambert), Les avantages du sexe ou le triomphe des femmes (1698), par C-M.D. Noël, Traité de la morale et de la politique (1693) d’Élisabeth Suchon (1631-1703), La Nouvelle Pandore ou les femmes illustres du siècle de Louis XIV (1698), de Guyonnet de Vertrons..., qui n’ont pas eu le succès international de Bellegarde !

 

François Labbé, tous droits réservés.


Chronique de la semaine par Frédéric Morvan : La Bretagne et les Bretons, au tournant de leur histoire ?

Si on regarde la semaine écoulée, qu’est-ce qu’il y a de commun entre l’OPA réussie du breton Vincent Bolloré sur l’entreprise Gameloft, ce qui a entrainé le départ du PDG de cette entreprise, le breton Michel Guillemot, l’assemblée générale de Bretagne Culture Diversité, une conversation fort intéressante avec une conseillère régionale et un important historien breton, les manifestations à Rennes, le changement de noms de beaucoup de municipalités à l’occasion de fusions de communes, l’absence de réaction des inspecteurs de l’Education nationale, et la découverte qu’un million de jeunes (de moins de 40 ans) sont retournés vivre chez leurs parents faute de moyens ? Lire la suite ICI


Chronique de l’histoire littéraire de François Labbé : Le père René-Joseph de Tournemine (1661-1739). Un ironiste rennais ?

 

Parmi les collaborateurs du Journal de Trévoux se trouvaient un très grand nombre de Bretons : les Quimpérois Guillaume-Hyacinthe Bougeant (1690-1743) et Jean Hardouin (1646-1729), les Vannetais Joseph Baudori (1710-1749) et Jean-Marin de Kervillars  (1668-1745), les Rennais Antoine Despineul (1657-1707) et Jean-François Fleuriau  (1700-1767), le  Vitréen Charles Frey de Neuville, le père Charles Le Gobien de Saint-Malo (1653-1708), le Nantais Le Brun (1607-1663), Morvan de Bellegarde (1648-1734) de Piriac près de Nantes, Yves-Marie André (1675-1764) de Châteaulin... Lire la suite ICI

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : enseigner l'histoire de Bretagne

J’avais le choix cette semaine entre deux sujets : les grèves et l’enseignement de l’histoire de Bretagne. Je choisis la seconde bien sûr. Je ne suis qu’un modeste historien. J’ai dit un jour à un célèbre militant de la cause bretonne que l’histoire de la Bretagne est plus importante que la langue bretonne. Puis je me suis ravisé devant sa tête en lui disant qu’elle est aussi importante. Si la langue bretonne est danger, c’est le moins que l’on puisse dire, l’histoire de Bretagne l’ait tout autant comme le révèlent les différents sondages réalisés par les associations tel Bretagne Culture Diversité ou par des journalistes. Pourquoi ? Si des dizaines de livres sortent tous les ans sur le sujet, cette histoire n’est guère enseignée. Lire la suite ICI

chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé : Germain François Poullain de Foix

Quand j’étais gamin, dans les années cinquante, j’allais parfois avec mon père à vélo jusqu’aux étangs d’Apigné pour une partie de pêche. Après Rennes, on traversait alors une lande très agréable  avant d’arriver à La Prévallaye, sauvage et boisée : Sainte-Foix. Un jour, un vieux pêcheur m’avait raconté qu’Henri IV, en visite à Rennes, s’était reposé en cet endroit après une partie de chasse, à l'ombre d'un grand chêne, sous lequel lui-même avait joué à la fin du siècle précédent. 

Ce que je devais découvrir plus tard, c’est que ce lieu-dit Sainte-Foix, qu’on appelait aussi Saint-Foy, appartenait au XVIIIe siècle à une famille rennaise fortunée, les Poullain et que cette terre et la ferme qui s’y trouvaient avaient échu en apanage au fils aîné qui prit l’habitude de se présenter comme Poullain de Saint-Foix pour se distinguer de son célèbre frère, le juriste Poullain du Parc. Lire la suite ICI


François Labbé répond aux inspecteurs

 

L’Histoire de la Bretagne

 

Un inspecteur est seulement un minuscule engrenage perdu dans la grande machine de l’EN, un adjudant ! Le petit doigt sur la couture du pantalon, il « transmet » et fait appliquer ce qui vient d’ « en haut ». En bon fonctionnaire, il fonctionne comme ON le veut. Il a pu devenir IPR par idéalisme (imaginant pouvoir faire passer un message), pour échapper aux élèves ou pour satisfaire à ses pulsions autoritaires, son désir d’être un petit chef... Il fait une « carrière » en attendant (peut-être) de devenir inspecteur général et d’approcher ainsi la sphère du pouvoir, le saint des saints...

 

La voix de son maître se fait entendre dans cette lettre :  à des questions bien précises sur la réalité et la nécessité d’enseigner l’histoire de la Bretagne, les inspecteurs répliquent en utilisant la langue de bois traditionnelle dans ce genre de « dialogue » : hors du « programme, point de salut ! Mais à l’intérieur de ce programme (qui ne fait aucune place dans le cas qui nous intéresse à l’histoire de la Bretagne), le professeur est « libre » de sa démarche et de ses exemples ! Une liberté surveillée, en quelque sorte. L’histoire de la Bretagne devient un aimable accessoire simplement destiné à illustrer, enjoliver le « programme » : Ils (les enseignants) peuvent donc bien évidemment prendre des exemples dans le cadre breton tant en histoire qu’en géographie, non dans une perspective d’histoire ou de géographie locales ou régionales, mais pour concrétiser les phénomènes et les notions qu’ils abordent [...] Et, au cas où le lecteur n’aurait pas compris, on répète cette injonction du « point de salut hors des programmes » :  Il ne s’agit toutefois pas d’«enseigner l’histoire de la Bretagne », mais bien de mobiliser des repères ou des exemples en vue de construire les apprentissages attendus dans le cadre des programmes nationaux.

Les choses sont claires : aux demandes elles aussi claires du CHB, l’habituelle fin de non-recevoir !  La fameuse « liberté pédagogique » dont il est ensuite question est du même acabit et la (énième) réforme des collèges aussi (je signalerais d’ailleurs le coup porté aux enseignements bilingues !).

Il faudrait peut-être un jour changer de mode de communication, Messieurs les inspecteurs ! Vous n’avez plus en face de vous des enseignants timorés qui attendraient tout de votre grâce, une progression de carrière ou une mutation plus rapide. Ils espèrent autre chose de vos compétences : une aide, un soutien, une véritable écoute, et d’abord  que vous fassiez bouger la Machine, que vous-mêmes cessiez de vous comprendre comme des courroies de transmission trop dociles. Choisir de devenir « inspecteur » devrait répondre à des projets personnels qui transcendent le simple désir de carrière ou de fuir la classe. Il faudrait songer à écouter la piétaille, à coopérer avec elle pour faire évoluer le jurassic-parc de la rue de Grenelle. Ancien proviseur d’un lycée franco-allemand où j’ai dû beaucoup ferrailler avec la Direction des lycées et le Ministère n’arrivant pas à comprendre qu’on peut positivement évoluer hors d’une prétendue doxa franco-française, hors du carcan national. Mais j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer un inspecteur d’histoire courageux qui a défendu avec pugnacité la cause du bilinguisme et qui ne se contentait pas de dire « le programme, mon programme » comme Harpagon « ma cassette, ma cassette » ! Hélas, il était bien seul et la Belle au bois dormant du Ministère est rétive aux princes charmants ! À la fin du XVIIIe siècle, un pédagogue et dictionnairiste de talent (oublié par la culture officielle), Jean-Charles Laveaux, affirmait que le mal qui rongeait l’école et la pédagogie était la routine et que c’était contre cette routine qu’il fallait se battre car elle était une sorte de rouille qui paralysait, ankylosait d’ailleurs les grands corps de l’État. Les choses n’ont pas vraiment changé, hélas ! À nous de continuer de réclamer.  Et d’espérer !

F. Labbé, agrégé, Docteur ès lettres...

PS. Ceci dit, ne faisons pas la fine bouche : Messieurs les inspecteurs autorisent tout de même quelque chose d’important : [...], concernant un EPI portant la thématique « langues et cultures régionales », il n’est nullement obligatoire de le dispenser dans une langue régionale, [...] . Ceci revient à dire que si ce n’est pas obligatoire, c’est permis : donc pas d’hésitation, si on  le peut, en gallo ou en breton  l’EPI !

Des inspecteurs d'histoire et de breton de l'Académie de Rennes répondent au CHB-KIB

Au nom du Recteur de l’Académie de Rennes, deux Inspecteurs de l’Académie de Rennes, l’un d’histoire et l’autre de breton, répondent au courrier  du CHB-KIB en date du 30 mars dernier.

Rennes, le 18 mai 2016,

Monsieur,

Votre courrier en date du 30 mars dernier nous a bien été transmis et nous avons pris bonne note de vos remarques.

Comme cela vous avait été rappelé à l’issue de votre précédente demande d’entretien au mois de novembre 2014, les professeurs ont toute latitude pour employer dans le cadre de leur enseignement les ressources qui leur paraissent les plus appropriées à la mise en œuvre des programmes. Ils peuvent donc bien évidemment prendre des exemples dans le cadre breton tant en histoire qu’en géographie, non dans une perspective d’histoire ou de géographie locales ou régionales, mais pour concrétiser les phénomènes et les notions qu’ils abordent et sans se limiter au cadre de la région. Il ne s’agit toutefois pas d’«enseigner l’histoire de la Bretagne », mais bien de mobiliser des repères ou des exemples en vue de construire les apprentissages attendus dans le cadre des programmes nationaux.

L’actuelle réforme du collège, en renforçant la possibilité de choix offerte aux enseignants, ne fait dans ce domaine que confirmer leur liberté pédagogique. Les enseignements pratiques interdisciplinaires, qui sont des modalités particulières de traitement des programmes, contribuent tout particulièrement à cette liberté. En revanche, concernant un EPI portant la thématique « langues et cultures régionales », il n’est nullement obligatoire de le dispenser dans une langue régionale, ainsi que cela a pu être rappelé lors des journées de formation qui se sont déroulées depuis le mois de décembre dans l’académie lorsque la question a été posée.

Enfin, en ce concerne le mouvement de mutations sur des postes à profil SPEA, je vous rappelle qu’il répond à une procédure spécifique et qu’il est actuellement en cours. Les demandes sont par ailleurs soumises à l’avis des organisations représentatives dans le cadre d’un groupe de travail.

En espérant avoir répondu à vos interrogations, nous vous prions de recevoir, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.

Et c’est signé par Christian LIPPOLD, IA-IPR d’histoire-géographie et Rémy GUILLOU, IA-IPR Langues et Cultures Régionales.

Pour info : Un IA-IPR est un inspecteur d’Académie-Inspecteur pédagogique régional.

Chronique de la semaine : De la disparition de la langue bretonne

La semaine dernière, dans une conversation avec une jeune collègue prof (pour moi, jeune signifie maintenant moins de 50 ans), elle m’a dit « le breton est une langue morte… » et en voyant mon étonnement elle a rajouté « euh… je crois ??? ». Je lui ai demandé si elle était bretonne. Elle m’a répondu par l’affirmative. Les propos de cette enseignante n’ont aujourd’hui absolument rien de surprenant. Elle démontre une situation banale, qui a suscité récemment une véritable polémique lors de l’Assemblée générale de l’Institut Culturel de Bretagne et même la détermination il y a encore quelques jours de Yannick Baron d’alerter sur l’urgence de la situation en effectuant une grève de la faim. La Région Bretagne a décidé, d’après mes informations, de réunir sur le sujet des Assises en septembre-octobre 2016. Alors qu’il y a encore 50 ans, des centaines de milliers de Bretons et de Bretonnes parlaient le breton, y compris ma grand-mère et marraine, aujourd’hui selon Fañch Broudig on compte à peine 180 000 locuteurs. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette chute vertigineuse ? Regardons ensemble dans l’histoire de Bretagne. Lire la suite ICI


Eugène Guillevic, le roc et les choses

Eugène Guillevic, le roc et les choses : « Je ne cherche pas à créer d'ambiguïté, et je fuis la bêtise. » (Entretiens avec P. Marin)

 

Guillevic est lié à mon histoire personnelle d’une façon curieuse. J’habitais alors l’Allemagne, les bords du Rhin non loin de Fribourg et je venais de terminer un essai sur le premier traducteur français de Schiller, J.-H.-Ferdinand Lamartelière. Lire la suite ICI

Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : les Bretons et le desespoir

J’ai été confronté cette semaine, de la part d’amis, d’élèves et même à la TV à des comportements désespérés. Tout le monde sait que la misère, sociale, financière, politique, culturelle, affective, amène au désespoir et que le désespoir, si l’on ne trouve pas de solution, si le mur est trop haut à franchir, si l’injustice ressentie est trop grande, peut amener à la violence, ou à une certaine violence, mais aussi à la fuite, à l’exil. L’histoire des Hommes est bourrée de désespérances. Cette semaine, voyons ensemble quelques cas dans l’histoire des Bretons et de la Bretagne. Lire la suite ICI

Frédéric Morvan, tous droits réservés


chronique littéraire de François Labbé : Armand Robin

À la faculté des lettres de Rennes, la section celtique avait une réputation particulière et sulfureuse dans les années 1967-70. On y rencontrait les types les plus étonnants au bar de la section. On y buvait sec en trinquant à la Bretagne libre et on y draguait pas mal au nom de l’amour libre. J’avais ainsi fait la connaissance d’une fille éprise de poésie, de Bretagne et de libertés. Vaguement étudiante, elle vivait avec un maître de conférences spécialiste de Rimbaud. Comme son ami était très occupé par ses recherches, elle avait beaucoup de temps, ce qui tombait bien, car, moi aussi, avec mes lettres modernes, je n’avais pas grand-chose à faire. Lire la suite ICI

François Labbé-CHB-KIB tous droits réservés.


Chronique de la semaine : l’identité bretonne, la terre et l’eau

Lundi dernier à Brest, j’ai assisté à une conférence de Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la Région Bretagne chargé de la Culture, sur l’identité bretonne. Il a conclu que tous les Bretons et les Bretonnes étaient Bretons et Bretonnes, Françaises et Français, Européens et Européennes, ce que tout le monde aujourd’hui convient, à part quelques gens un peu bizarres. Pour lui, s’inspirant des écrits de l’historien médiéviste de la Bretagne aujourd’hui disparu, Jean-Christophe Cassard, l’identité bretonne plonge ses racines dans ce qu’a nommé J-J.Cassard la civilisation paroissiale, terrienne, à l’exception de quelques cas, comme les marins. Et c’est cette exception qui me dérange. Lire la suite ICI



Chronique littéraire de François Labbé : Yves Le Fèbvre, un grand écrivain morlaisien

 J’ai habité quelques années à Morlaix… à mi-temps ! J’y ai eu en effet plusieurs pied-à-terre et j’ai longtemps envisagé d’y vivre définitivement. Cela ne s’est pas fait pour différentes raisons qui sont ici sans intérêt. Pour moi, Morlaix est lié à la littérature, et pas seulement à cause de Souvestre ou des Corbière, de Michel Mohrt ou de Philippe Le Guillou. C’est dans cette ville qu’un éditeur devait publier mon premier roman et qu’avec lui j’ai découvert la ville et ses alentours. Nous étions rendus à Poul Roudou, au café-librairie, pour parler de ce livre qui ne paraîtra en définitive pas à Morlaix, hélas ! Et j’ai bien regretté de ne pas faire partie du riche Parnasse morlaisien. Lire la suite ICI

Le professeur Michael Jones, président d'honneur du CHB-KIB rend hommage au grand histoire de la Bretagne, Hubert Guillotel

J’ai l’honneur de déposer sur le bureau de l’Académie l’œuvre posthume d’Hubert Guillotel, Actes des ducs de Bretagne (944-1148), édités par Philippe Charon, Philippe Guigon, Cyprien Henry, Katharine Keats-Rohan, Jean-Claude Meuret et moi-même, avec une préface de Christiane Plessix-Buisset. Paru en septembre 2014 aux Presses universitaires de Rennes, ce beau livre est publié dans la collection « Sources médiévales de l’histoire de Bretagne » en coédition avec la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. De format in-quarto, il compte 598 pages et comporte un cahier de 32 illustrations (cartes, photographies de documents édités, d’édifices et de sites évoqués dans les actes) toutes en couleur sauf une. Lire la suite ICI

Les Bretons n'aiment pas les extrémismes

Chronique de la semaine. Les Bretons n’aiment pas les extrémismes. Cette affirmation est-elle vraie ? Est-elle vérifiable ? Evidemment, après y avoir été récemment confronté, je me pose la question : le site Breizh Atao a repris sans me le demander intégralement mon texte sur « la Bretagne est-elle une périphérie ? » en le détournant de son propos. J’ai donc pu voir la partie émergée de l’extrémisme breton. Je sais aussi maintenant, sans tomber, je peux vous l’assurer, dans la théorie du complot, qu’il y a une partie immergée, clandestine, occulte, bien active, gangrénant associations et institutions, commandée par quelques individus ou quelques familles. Vérifions donc en regardant dans l’histoire si les Bretons aiment ou non les extrémismes. LIRE la suite ICI

Tous droits réservés. Frédéric Morvan

Publication du CHB-KIB La chevalerie au temps de Du Guesclin

Le Centre d'Histoire de Bretagne/Kreizenn Istor Breizh publie La chevalerie bretonne au temps de Du Guesclin (1341-1381) par Frédéric Morvan, 758 pages, 48 arbres généalogiques, nombreuses références d'archives. ISBN 978-2-36811-019-5 Achat direct au CHB-KIB 25 euros + 9,90 euros de frais de port (avec dédicace de l'auteur) et diffusion Coop Breizh. Adresse CHB-KIB, 6 stréat Kervéoc 29840 PORSPODER


chronique littéraire de François Labbé Louis Guilloux

Saint-Brieuc est d’abord pour moi la ville de Louis Guilloux. Je l’ai découvert vers 1975 grâce à Yannick Pelletier qui écrivait sa thèse sur lui et avait eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises.Je revois cette émouvante photo parue dans Ouest-France vers 1978 : Louis Guilloux âgé, la pipe à la main, assis avec Yannick Pelletier sous le marronnier de la Place Saint-Pierre,
lire la suite sur les sites du CHB-KIB ICI


La Bretagne divisée en deux Blocs : Est et Ouest ?

C’est en effet la question que l’on peut se poser lorsque l’on traverse l’intégralité de la Bretagne, du Conquet à Fougères ou de la Pointe du Raz à Clisson : l’Est ou Haute Bretagne, industrieuse, dynamique, joyeuse ou presque, plus jeune, dominée par Rennes et Nantes, vraies métropoles, considérées parmi les plus agréables de l’Hexagone, et l’Ouest ou Basse Bretagne plus agricole, plus déprimée, plus âgée, dont les cités souvent petites et moyennes ont du mal à se constituer de réelles zones d’influence. Regardons de nouveau vers l’histoire de la Bretagne pour savoir si nous sommes en présence d’un phénomène ancien ou récent ? Lire la suite ICI

La Bretagne en périphérie !

La Bretagne en périphérie ! Jeudi soir dernier, aux Dîners celtiques, à Paris, Jean-Yves Le Drian, président du Conseil de la Région administrative Bretagne, a parlé longuement de la situation périphérique de la Bretagne, situation qu’il est difficile de ne pas constater lorsque l’on passe de la Bretagne à Paris. La Bretagne serait donc sur le pourtour, mais de quoi ? Lire la suite ICI

chronique de la semaine par Frédéric Morvan, Episode 4 Qui dirige la Bretagne de 1515 à 1532

Nous en étions à la mort d’Anne de Bretagne et à celle de son époux Louis XII (1514-1515). Ici nous allons toucher à un des épisodes les plus passionnants et passionnés de l’histoire de Bretagne et de France, qui a fait et fait coulé encore bien de l’encre, et que par des études sérieuses, documentés et argumentés, nous commençons à mieux connaître, malgré d’énormes interrogations : celle de l’Union, de l’Annexion – termes différents selon le camp que l’on choisit, breton ou français - du duché de Bretagne au royaume de France. Moi, je vais me permettre de parler de l’intégration du duché de Bretagne au royaume de France.

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8 avril 1498 : Anne de Bretagne redevient la seule souveraine de Bretagne

Son mari, le roi Charles VIII de France, a décidé de la rejoindre au château d’Amboise afin de la consoler de la perte de sa fille, Anne, morte née – ce n’est pas la première fois que cela arrive et Anne souffre de mélancolie comme on le disait pudiquement. Le roi veut lui changer les idées et comme tous les deux aiment les jeux de paume (ancêtre du tennis), ils se rendent tous les deux, avec leur suite, à la salle de ce jeu. Ils rejoignent par un chemin un peu compliqué et bas de plafond une galerie surplombant la salle. Sur le parcours, la tête du souverain heurte assez violemment le linteau d’une porte. Et tout le monde continue son chemin. On regarde le spectacle. On a poussé les détritus car la salle était en travaux. Et on ne fait pas trop attention à l’odeur car les faucons royaux ont décidé d’y faire leurs besoins. Bref, on admire les joueurs. Et le roi s’écroule. On arrête le jeu et tout le monde descend dans la salle. Charles VIII est allongé sur un tas de détritus. Il est dans le coma dont il sortira trois fois pour prier. Son agonie va durer 9 heures pendant lesquels les médecins lui arrachent mêmes les poils et les cheveux. Il meurt à 27 ans. Selon les experts, en fait il y aurait eu des signes avant-coureurs, des maux de têtes, et puis il faut savoir que son père, Louis XI, est mort d’une attaque cérébrale.  lire la suite ICI



chronique de la semaine : 3e épisoide Qui dirige la Bretagne ? Le cas Anne de Bretagne, par Frédéric Morvan

En 1488, Anne de Bretagne n’avait pas douze ans lorsqu’elle accéda au trône breton. Son père avait désigné avant de mourir les chefs du clan féodal pour « l’aider » à régner : comme tuteur le maréchal de Rieux et comme gouvernante Françoise de Dinan-Montafilant. Philippe de Montauban, issu de la noblesse bretonne, devint chancelier de Bretagne, c’est-à-dire chef de l’administration ducale. Pendant trois ans, ce ne fut autour d’elle que complots, rivalités et impuissances politiques. Le duché n’eut pas vraiment de dirigeant durant cette période ; le territoire breton était alors occupé par les troupes royales et quant aux féodaux, LIRE LA SUITE ICI

chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Une grande écrivaine, Anne de Tourville

 

Le prix Fémina (à l’origine prix du magazine La vie heureuse !) créé et décerné l’année suivant le premier Goncourt, en 1904, avait une vocation bien particulière dans l’esprit de ses créateurs : mettre en valeur la littérature féminine. Sa première lauréate, Myriam Harry, est probablement aujourd’hui bien oubliée ainsi que son roman, La conquête de Jérusalem. Cependant, dès 1905, le prix est attribué à Romain Rolland pour Jean-Christophe et, à partir de cette date, le Fémina ne s’encombre plus du sexe de ceux qu’il couronne et devient « l’autre » Goncourt !

 

Presque sans débat, le jury désigne en 1951 une jeune femme, Anne de Tourville, une Bretonne qui a déjà vu son recueil Gens de par ici recevoir le Prix Interallié de Bretagne en 1944. Le Fémina avait déjà récompensé une Bretonne en 1927 : Marie Le Franc, née à Sarzeau.

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Bretons et Bretonnes célèbres : Alain V de Bretagne, un nouveau duc

Pourquoi ce personnage, pourtant d’envergure, peut-être même un des plus importants de l’histoire de la Bretagne et de l’Occident, a-t-il échappé à la sagacité proverbiale des historiens les plus confirmés ?

A cause de son nom tout d’abord ou plus exactement de ses noms. Jusqu’à récemment on le nommait Alain d’Avaugour. Dans les ouvrages sur l’abbaye de Beauport qu’il a fondé en 1202 il est désigné sous le nom d’Alain de Goëlo, terre qu’il a possédée. En Angleterre, où il était seigneur de Waltham (qui correspond exactement au Conseil du Nord-est Lincolnshire), il est désigné depuis très longtemps sous le nom d’Alain de Bretagne, ce qui n’est pas faux. Dans les actes contemporains, il porte le nom d’Alain fils Comte et après 1205 de comte Alain. Les historiens anglais les plus récents le nomment donc Alan Fitzcount et l’historien breton Stéphane Morin le désigne souvent comme Alain de Goëlo. En fait, il s’agit d’Alain de Rennes, chef à partir de 1205 de la maison de Rennes, et donc héritier en ligne masculine du duc Geoffroy de Bretagne (mort en 1008, le fondateur de l’abbaye Saint-Gildas de Rhuys).


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chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Ansquer de Londres, un Montaigne Breton

Entre 1676 et 1724, pour différentes raisons, les Essais sont quasiment proscrits. Il n’y aura pas en France d’édition autorisée de ses œuvres avant 1783 mais l’édition savante du protestant Pierre Coste (1724) et ses rééditions avec le Discours de la servitude volontaire de La Boétie passent facilement la frontière et plus on avance dans le siècle, plus Montaigne, connaît une renaissance : les hommes des Lumières voient en lui un écrivain, un penseur et un philosophe proche de leurs préoccupations, et cela au moins jusque vers 1780. lire la suite ICI

 




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