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Chronique de la semaine : De la disparition de la langue bretonne

La semaine dernière, dans une conversation avec une jeune collègue prof (pour moi, jeune signifie maintenant moins de 50 ans), elle m’a dit « le breton est une langue morte… » et en voyant mon étonnement elle a rajouté « euh… je crois ??? ». Je lui ai demandé si elle était bretonne. Elle m’a répondu par l’affirmative. Les propos de cette enseignante n’ont aujourd’hui absolument rien de surprenant. Elle démontre une situation banale, qui a suscité récemment une véritable polémique lors de l’Assemblée générale de l’Institut Culturel de Bretagne et même la détermination il y a encore quelques jours de Yannick Baron d’alerter sur l’urgence de la situation en effectuant une grève de la faim. La Région Bretagne a décidé, d’après mes informations, de réunir sur le sujet des Assises en septembre-octobre 2016. Alors qu’il y a encore 50 ans, des centaines de milliers de Bretons et de Bretonnes parlaient le breton, y compris ma grand-mère et marraine, aujourd’hui selon Fañch Broudig on compte à peine 180 000 locuteurs. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette chute vertigineuse ? Regardons ensemble dans l’histoire de Bretagne.

Peut-être que cela ne va pas plaire à certains, que la semaine prochaine je ne serais pas apte à rédiger une autre chronique, mais allons-y. Un peu de courage, que diable ! Car le sujet est ultra-sensible et fâche. Je ne vais pas dire que je suis un spécialiste. Je vais simplement vous exposer ma vision, mon analyse, ce que j’ai compris par mes recherches, surtout lorsque j’ai été amené à écrire le livre les Bretons 1870-1970.

Comme je l’ai écrit déjà, la Bretagne n’a pas, à ma connaissance, disposé d’une seule langue, mais d’au moins quatre : deux langues officielles, le latin et le français et deux langues communes, le breton et le gallo. Comme Jean Kerhervé, qui a beaucoup consulté les documents officiels du XVe siècle, je n’ai jamais trouvé dans les archives des XIIe au XIVe siècles des écrits en breton, tout est en latin jusqu’au milieu du XIIIe puis majoritairement en français à partir de cette époque, bien sûr à cause de la révolution notariale et surtout parce que les ducs de Bretagne étaient des princes de la maison royale de France. Le breton et le gallo étaient donc les langues parlées, même par l’élite, surtout dans l’Ouest du duché. Mon propos n’est pas ici de dire jusqu’où on a parlé le breton, je laisse cela aux spécialistes. Bien que… on a parlé le breton à Rennes et aussi à Nantes. Au XIXe siècle des Bretons de Basse-Bretagne y ont migrée et y furent très mal accueillis car ils étaient misérables et surtout les Nantais ne les comprenaient pas. Pour revenir au Moyen Age, il est assez amusant de constater le mal de chien des agents ducaux pour écrire les noms des grands seigneurs bretons de Basse-Bretagne. On constate qu’ils ne savaient pas le breton. Il est vrai que les ducs du XIIIe siècle ont recruté leurs agents dans leurs terres du Perche, de Champagne et d’Ile-de-France.

Lorsque ce cher roi de France, François Ier, ordonna que tous les actes en son royaume soient rédigés en français, pour la Bretagne, ce n’était pas un problème puisque le français s’était imposé comme la langue des écrits officiels depuis sans doute l’avènement des Montforts (fin XIVe siècle). Et encore c’était un français que peu de gens comprenaient. On estime qu’à peine 20 % des Français au XVIIIe siècle parlaient le français. Paraît-il qu’Henri IV le parlait mal et Louis XIV faisait plein de fautes d’orthographe. Il est vrai que les règles n’étaient pas aussi draconiennes qu’aujourd’hui. A la Révolution, on tenta d’unifier et d’imposer une seule langue… Il est vrai encore que c’était plus pratique pour transmettre les ordres lors des batailles. Je me suis demandé quels avaient été les cris de ralliement lorsque les fédérés bretons et marseillais s’emparèrent du palais des Tuileries le 10 août 1792. A mon avis, ce sont des cris bretons et provençaux qui ont mis fin à la Monarchie constitutionnelle et donc ont permis la mise en place de la Ière République. C’est aussi sans doute en donnant ses ordres en breton que le capitaine de Kerjégu lança ses troupes bretonnes en 1870 contre l’Hôtel de Ville de Paris alors occupée par les Communards, permettant ainsi l’installation de la Troisième République. A ce propos, le général Trochu, premier président de cette République, originaire de Belle-Isle-en-Mer, parlait-il breton ?

Les choses changèrent lorsque les Républicains parvinrent au pouvoir, c’est-à-dire vers 1877-1880. Il faut rappeler le contexte. La France avait perdu la guerre contre les Prussiens qui avaient formé le puissant empire allemand. La France voulait sa revanche et il fallait à tout prix constituer une armée moderne, disciplinée et unie, unie bien sûr par une même langue. Il était hors de question que se reproduise l’affaire de Conlie (1870), c’est-à-dire que les Républicains avaient été obligés de permettre la constitution d’une armée de Bretagne conduite par des chefs militaires exclusivement bretons. On eut rapidement peur, et Gambetta en premier, de voir se reconstituer une armée chouanne, car pour beaucoup de membres de l’élite cultivée, un Breton égal un chouan. De plus, même si l’enquête parlementaire menée par le royaliste et historien de la Bretagne Arthur de La Borderie avait démontré le comportement scandaleux des autorités gouvernementales, pour l’élite militaire, l’origine de l’échec de la contre-attaque française demeurait l’indiscipline des soldats bretons qui ne parlaient pas ou mal le français.

Pire encore, pour les chefs politiques, alors au pouvoir, Jules Ferry, l’ancien séminariste Emiles Combes et le nantais Waldeck-Rousseau, les Bretons étaient entre les mains des prêtres, alliés aux nobles royalistes, ce qui n’est pas faux, qui s’opposaient, ce qui n’est pas faux aussi, à toutes les décisions qui pourraient permettre l’installation définitive de la République française. Pour ces leaders politiques, pour que cette République soit puissante, il fallait l’unir et que tous doivent comprendre les ordres, qui seront dits qu’en français. Waldeck-Rousseau épura l’armée et vira les nobles royalistes souvent haut-gradés de l’armée. Il imposa la loi sur les associations de 1901 permettant de fermer de nombreuses congrégations religieuses particulièrement puissantes en Bretagne. Les religieux et religieuses, qui parlaient souvent breton, partout, s’occupaient de la santé, des indigents, de l’enseignement des enfants, et bien du salut des âmes, souvent gratuitement. Les décisions gouvernementales suscitèrent des violences, ce que les historiens ont nommé les batailles, comme celles du Folgoët et de Braspart. Il semblerait que dans son opposition farouche au puissant clergé, Emile Combes ait lié curé et langue bretonne.

« Les prêtres bretons veulent tenir leurs ouailles dans l'ignorance en s'opposant à la diffusion de l'enseignement et en n'utilisant que la langue bretonne dans les instructions religieuses et le catéchisme. Les Bretons ne seront républicains que lorsqu'ils parleront le français ».

Émile Combes, président du Conseil, 23 Septembre 1902.

 

Que l'église n'accorde la première communion qu'aux seuls enfants parlant le français

Discours de l'inspecteur d'académie Dantzer au conseil Général du Morbihan, 1902

Le gouvernement d’alors comprit assez aisément que la clé de l’unicité était l’enseignement et bien sûr ce furent les lois Jules Ferry. Avant 1880, les écoles primaires bretonnantes étaient tolérées. Avec les lois Ferry, le français fut la seule langue qui devait être parlée dans toutes les écoles de la République. Des ordres furent transmis dans ce sens aux Inspecteurs de l’Instruction publique qui obéirent aveuglement.

Ce sont des Français qu'il faut pour franciser les Bretons, ils ne se franciseront pas tout seuls. Il y a un intérêt de premier ordre à ce que les Bretons comprennent et parlent la langue nationale. Ils ne seront vraiment français qu'à cette condition.

Irénée Carré, Inspecteur général de l’Instruction publique, 1905

Beaucoup de parents, de responsables politiques et religieux approuvèrent car pour entrer dans l’Administration, dans la Marine nationale, dans l’Armée, connaître une certaine ascension sociale, bref, réussir, il fallait passer les concours qui étaient tous en français (comme aujourd’hui !). Aussi, on apprit le français, et on l’apprit très bien et il n’y eut pas que les instituteurs de la République qui imposèrent durement de parler le français aux petits Bretons, les curés enseignants aussi, il en allait de la réussite de leurs élèves…

Et puis les temps changèrent en cette extrême fin du XIXe siècle. Les Bretons quittèrent les campagnes pour les villes où l’on parlait le français, beaucoup, surtout dans les ports militaires (comme à Brest). Ils partirent en masse vers Paris où pour se faire comprendre ils durent couramment et très souvent parler le français. Et puis partout en Bretagne, le français devint utile et obligatoire : lorsque l’on allait voter, les bulletins de vote étaient en français, pour s’informer, les plus grands journaux étaient en français. Pour prendre le train, tout était en français. Je me demande de quand date les panneaux ? d’entrée et de sortie des communes, des rues ? On allait au cinéma, et là aussi les plus grands films étaient en français (sous-titrés en français, car nous sommes encore au cinéma muet). Et pour suivre les étapes du tour de France, il fallait bien sûr connaître le français. Cependant le breton restait prépondérant dans la vie courante, bien entendu dans la zone bretonnante, soit à l’Ouest de la Bretagne. Selon une enquête réalisée à la demande de l’évêque du Finistère en novembre 1902, 256 paroisses sur 310 paroisses parlaient exclusivement le breton.

Seconde étape, la Grande guerre, qui  va être une véritable catastrophe pour le breton. On m’a raconté que nombre de Bretons étaient arrivés à l’incorporation habillés en costume breton et étaient revenus en complet trois pièces et casquette lors de leur démobilisation. Si au début, les Bretons ont combattu ensemble, très vite, parce que les régiments avaient été décimés dès les premiers combats, ils furent dispersés dans d’autres régiments. Dans les régiments bretons furent affectés des soldats venant de toute la France. Et chacun, pour communiquer, dut parler en français. Les propos du grand historien du Moyen Age sont terribles : « Les hommes de l’intérieur des terres nous parurent de bien médiocres guerriers. Vieillis avant l’âge, ils semblaient déprimés par la misère et l’alcool. Leur ignorance de la langue ajoutait encore à leur abrutissement. Pour comble de malheur, le recrutement les avait pris aux quatre coins de la Bretagne, si bien que chacun parlait un dialecte différent, ceux d’entre eux qui savaient un peu de français ne pouvaient que rarement servir d’interprètes auprès des autres »  (Marc Bloch, Souvenirs de guerre, 1914-1918). Et on sait aujourd’hui que ces propos sont injustifiés. Nous savons que beaucoup de Bretons connaissaient le français. N’oublions pas que l’école était obligatoire et gratuite (du moins presque) depuis alors une trentaine d’années. Et puis les lettres et les carnets de souvenirs sont la plupart du temps écrits en français. Peu de Bretons savaient alors écrire en breton, le breton étant la langue de l’oral, de la famille, du quotidien.

3e étape : après la guerre, on veut vivre autrement. La tendance qui a débuté avant guerre s’accéléra. Il fallait paraître moderne. Les costumes bretons, les pardons, les noces bretonnes furent considérés comme ringards, et le breton n’y échappa pas. Et les départs en masse vers les villes, vers Paris, n’arrangèrent rien. On parla de plus en plus français et de moins en moins breton. Toutefois, cela n’a rien à voir avec aujourd’hui car le breton fut toujours utilisé dans la sphère privée, même aussi parfois au travail lorsque l’on savait que le collègue parlait le breton, et on parlait en breton des voisins, des amis, de la commune, comme sur les navires de guerre de la Royale. Et on changeait de langue lorsqu’un gradé s’approchait et encore car souvent ce gradé était breton. En fait, à l’époque, beaucoup de locuteurs de breton étaient bilingues. Alors que l’on sait qu’aujourd’hui le bilinguisme est un atout, à l’époque, cela était peu apprécié. On se sentait plouc car les locuteurs exclusifs du français ne se gênaient pas pour montrer leur supériorité.

Pendant la Seconde guerre mondiale, peu de gens savent aujourd’hui que les très nombreux Bretons partis rejoindre le général de Gaulle à Londres étaient des bretonnants. Ils ont même créé une association réunissant des milliers de membres et qui a eu pour président d’honneur justement le général. Cette association a même publié des revues en breton. Peu de gens savent que De Gaulle parlaient un peu le breton. Normal, son oncle, Charles de Gaulle était un expert de la langue bretonne. Sa mère mourut en Bretagne et avant de partir à Londres, le général rendit visite à sa femme réfugiée à Carantec.

4e étape : la descente aux enfers. Après la guerre, pour la langue bretonne, c’est une longue chute. Danses, musique et chants bretons ne font guère le poids face au Rock venus d’Amérique et à la Pop anglaise. Les films les plus célèbres sont en français. Le breton commença à ne plus être parler dans la sphère privée, chez le boucher ou le boulanger, et même au lavoir et cela va empirer lorsque la Télévision arriva (elle joua le même rôle que la radio ou TSF dans l’Entre deux-guerres). La sphère familiale fut touchée. On ne le parlait le breton même plus à la maison. Beaucoup de Bretons décidèrent de faire table rase du passé. Honte du passé et de leur culture ou sacrifice pour permettre à ses enfants d’accéder à un avenir meilleur, les anciens ne la transmirent pas, souvent volontairement.

L’Etat n’a pas aidé le breton. C’est le moins que l’on puisse dire. Le très influent Marcel Cachin, paimpolais, fondateur du Parti communiste, député de la Seine, directeur de l’humanité, déposa en 1947 une proposition de loi en faveur du breton. Cette proposition, vidée de sa substance par ses collègues parlementaires, aboutit en 1951 à la loi Deixonne, qui autorisa l'enseignement du breton à l'école.

Pourquoi y a-t-il si peu de réaction des Bretons ? Bien sûr les amicales et associations bretonnes réagirent, mais en vain. Il est clair que [l’extrémisme de certains séparatistes pendant la guerre avait provoqué le rejet de la population bretonne, fondamentalement légitimiste. Celui qui défendait le breton, la culture traditionnelle recevait l’insulte suprême : « Breizh Atao ». On a eu conscience qu’il faut faire quelque chose. En 1966, la pétition pour obtenir un enseignement facultatif du breton à l’école récolta 160 000 signatures. Glenmor et Alan Stivell montreront que le breton était loin d’être une langue ringarde. Des écoles où l’on apprend le breton, où l’on parle le breton ouvriront, dans la difficulté, sans bien sûr beaucoup de moyens ; la puissante administration de l’Education nationale ne les voyant pas du tout d’un bon œil.  

Toutefois, le déclin continua. Pourquoi ? Effet cumulatif ? Il est de plus en plus difficile de trouver des gens qui le parlent, alors on finit par l’oublier. Je me rappelle de voir ma grand-mère devant une émission en breton sur FR3 dire « mais je ne comprends pas son breton » en parlant du commentateur, et elle passa sur une autre chaine… en français. Elle me dira plus tard alors que je lui demandais des renseignements car je suivais les cours de toponymie bretonne de Bernard Tanguy, devenu plus tard mon collègue, « je ne vous ai pas appris le breton, car je ne parle pas bien le breton ». Surprenant, alors que le breton était sa langue natale. Au fait, c’est elle, avec sa sœur, toutes deux bretonnantes, avec leurs économies, qui ont financé ma thèse sur l’histoire de Bretagne au Moyen Age… en français.

Aujourd’hui, l’écrasante majorité des Bretons et des Bretonnes, on m’a cité le chiffre de 89 % des habitants de Basse-Bretagne, veulent que le breton ne meure pas. De gros moyens financiers ont été mis en œuvre. On parle et on écrit en breton à l’école, dans les médias (livres, presse, radio), sur internet (de 200 à 300 sites). Et pourtant, la chute continue…. La presse a un mal de chien à trouver des rédacteurs en breton. Les radios ont du mal à trouver des intervenants qui veulent bien parler breton. Pourquoi ? Peut-être ont-ils peur qu’on leur reproche de mal écrire ou de mal parler le breton. Yannick Baron a parlé d’un jeu des quatre familles, quatre familles dont les membres jouent un rôle très important dans la lutte pour promouvoir le breton. Il m’a même dit qu’un d’eux lui a dit « Tant pis s’il ne reste qu’un millier de personnes qui parlent le breton, pourvu que ce soit le bon breton ». Mais quel est ce breton ? Correspond-il au breton de ma grand-mère ?

Autre problème : Il n’y a que 5% des bretonnants qui se connectent sur des sites en breton. Pourquoi ? Bien sûr en est responsable la surpuissance des langues dites impériales : le français et l’anglais. Enfin, on me dit qu’on a les plus grandes difficultés à trouver des enseignants en breton, car il n’y a pas les formations à l’université n’existent pas. Que fait le ministère de l’Education nationale, de la recherche et de l’enseignement supérieur ? Lorsque je me suis rendu en tant que président du Centre d’Histoire de Bretagne à ce ministère, j’avais été reçu par une des plus importantes conseillères de la ministre qui m’avait interrogé longuement sur le devenir de la langue bretonne. Elle semblait alors à l’écoute.  

On me reproche souvent lorsque je reçois des commentaires de mes chroniques de ne pas donner de solution. Je me lance, même si cela ne va pas plaire. Peut-être est-il temps que les quatre familles, si elles disposent de ce pouvoir, s’écartent. Elles ont joué leur rôle. Il est peut-être temps que d’autres agissent, autrement. Peut-être sans s’en rendre compte, ont-elles enfermé le breton sous une cloche. Je me rappelle avoir entendu mes neveux parler de leur prof de breton – ils ont eu en primaire une initiation. Leur prof a eu des propos très durs envers eux car ils ne parlaient pas un mot de breton…malgré leur usage massif de bretonnismes. Dommage que je n’ai été mis au courant que des années plus tard, sinon il m’aurait entendu cet ayatollah. A mon humble avis, il faut dire aux gens : faites apprendre le breton à vos enfants… ils vont l’apprendre assez rapidement car ils utilisent déjà tellement de bretonnismes. Ainsi, ils seront bilingues et apprendront ainsi plus facilement d’autres langues pour devenir polyglotte, atout indéniable aujourd’hui, et trouveront peut-être plus facilement un travail bien rémunéré et intéressant, d’autant plus que de très grands entrepreneurs bretons à la tête d’empires industriels d’envergure mondiale ont décidé de favoriser l’embauche de ceux qui parlent le breton.

Souhaitez moi bonne chance pour la semaine !

Frédéric Morvan, tous droits réservés.


Eugène Guillevic, le roc et les choses

Eugène Guillevic, le roc et les choses : « Je ne cherche pas à créer d'ambiguïté, et je fuis la bêtise. » (Entretiens avec P. Marin)

 

Guillevic est lié à mon histoire personnelle d’une façon curieuse. J’habitais alors l’Allemagne, les bords du Rhin non loin de Fribourg et je venais de terminer un essai sur le premier traducteur français de Schiller, J.-H.-Ferdinand Lamartelière. Je m’étais rendu plusieurs fois dans la petite ville de Ferrette, où était né cet écrivain estimable, pour voir les lieux où il avait vécu sa jeunesse. Mon livre terminé, j’y allais une nouvelle fois pour déposer un exemplaire au musée que la municipalité projetait d’installer dans sa maison natale. Ferrette est distant d’une trentaine de kilomètres de mon domicile et c’est une agréable petite cité, pleine d’histoire, située dans une région très pittoresque, le Sundgau. Une personne que je rencontrai sur place me dit après avoir lu la quatrième de couverture du bouquin que j’apportais :

- Ah ! Vous êtes breton ! Savez-vous qu’ici a vécu un Breton célèbre ? Le poète Eugène Guillevic ?

Je ne connaissais Guillevic quasiment que de nom, sachant seulement qu’il était né à Cornac et qu’il avait publié avec Éluard et les poètes de la Résistance, Desnos, Aragon, Vercors, Tardieu..., son tragique poème Bretagne (in : L’honneur des poètes) qui est si beau et si émouvant, si fort que je ne peux que le redonner à lire:

 

Il y a beaucoup de vaisselle,

Des morceaux blancs sur le bois cassé,

 

Des morceaux de bol, des morceaux d'assiette

Et quelques dents de mon enfant

Sur un morceau de bol blanc

 

Mon mari aussi a fini

Vers la prairie, les bras levés,

Il est parti, il a fini

 

Il y a tant de morceaux blancs,

De la vaisselle, de la cervelle

Et quelques dents de mon enfant;

 

Il y a beaucoup de bols blancs,

Des yeux, des poings, des hurlements,

 

Beaucoup de rire et tant de sang

Qui ont quitté les innocents.

 

 

- Non répondis-je, mais vous m’intéressez...

Et ce monsieur me raconta tout ce qu’il savait sur ce poète. Il me montra sa vieille école, la gendarmerie où son père était en poste et où il habitait, l’endroit présumé où il jouait avec les autres gamins...

C’est ainsi que j’ai vraiment découvert Guillevic.

En amateur de Ponge et de son Parti pris des choses, je n’ai pas été surpris par sa poésie et y ai retrouvé le même goût de la quête profonde et de la volonté de faire voir, de montrer le sublime et le plus humble ou mieux encore le sublime dans le plus humble.

Guillevic commence à publier dès les années trente, seul, en dehors de toute école. Bien entendu, il a tout lu et n’ignore pas les surréalistes, mais il construit une œuvre très personnelle avec une conception originale de la poésie. Terraqué, son premier recueil officiel (1942, comme le Parti pris des choses) le fait immédiatement remarquer : un ton, une manière particulière de dire, politique aussi dans un double sens : résistance à l’occupant nazi et surtout résistance à l’hydre de l’oppression. Sa poésie, caractérisée par une lisibilité farouche, s’oppose à la fois à l’inspiration libre et à la puissance immanente des mots en liberté. En ce sens, il suit une voie opposée aux amis d’André Breton, mais fait un peu comme certains artistes de l’époque tel Margritte qui, exposant l’objet du quotidien, à la fois le montrent dans sa simplicité et subliment, transcendent son caractère utilitaire ou banal, le « détournent ». Guillevic, un peu comme le Normand Jean Follain aussi, s’ancre dans le concret et le caractère immédiat de l’expérience sensible de ce concret.  Il ouvre ainsi à la poésie d’autres champs d’expérience et réalise un des vœux du Voyant, de Rimbaud : la poésie objective. Cependant, si Ponge considère comme nécessaire de nommer les objets pour en affirmer les propriétés, Guillevic reste en quelque sorte dans la nuit de l’objet, dans son mystère, dans son épaisseur : ils conservent une part indicible parfois presque menaçante. Il cherche enfin à reconstituer l’expérience de la rencontre naïve de l’homme et de l’objet, sans préjugés ni rigidités. Le poète cherche à libérer la réalité des clichés dans lesquels l’enferment toutes les rhétoriques.

La poésie est aussi pour lui un acte de modestie, d’effacement. Il n’est pas là pour se faire briller, pour se mettre en avant. Les mots et les choses, les êtres en définitive importent seuls : son rôle n’est que de chercher des adéquations, de faire surgir ce qui n’est pas immédiat parce que nous ne savons plus voir librement, com-prendre. Il est metteur en mots et en images d’un réel qui existe en dehors de nous et malgré nous.

Mais l’œuvre de Guillevic est très diverse et évolutive.

Dans les années d’après-guerre, le militant qu’il est se fourvoiera un peu dans une poésie  didactique qui ne lui convient guère, allant même jusqu’à se mouler dans la forme traditionnelle du sonnet (Trente et Un Sonnets, 1954). Mais ce n’est qu’un épisode, conjoncturel, dirons-nous. Il retrouve vite sa voix/voie de poète se confrontant au réel et lui donnant forme dans les mots, sans pour autant être apolitique. Désormais, il questionne ce réel sans vouloir le rompre à une idéologie.

En 1961, avec son recueil Carnac il décrit l’objet, la chose, et la tentative de rendre compte de l’espace qu’il occupe. Carnac, c’est l’inventaire du pays natal retrouvé, les lieux et quelques témoins, menhirs, rochers, maisons de pêcheur, l’immensité insondable de la mer :

 

À Carnac, l’odeur de la terre

A quelque chose de pas reconnaissable.

 

C’est une odeur de terre

Peut-être, mais passée

À l’échelon de la géométrie

Où le vent, le soleil, le sel

L’iode, les ossements, l’eau douce des fontaines,

Les coquillages morts, les herbes, le purin.

La saxifrage, la pierre chauffée, les détritus,

Le linge encore mouillé, le goudron des barques,

Les étables, la chaux des murs, les figuiers,

Les vieux vêtements des gens, leurs paroles

Et toujours le vent, le soleil, le sel,

L’humus un peu honteux, le goémon séché,

Tous ensemble et séparément luttent

Avec l’époque des menhirs

 

Pour être dimension.

 

 Sphère (1963) comporte dix parties et forme un itinéraire clos allant de « Chemins » à  « En cause » en passant par « Chose », « Conscience »..., et  met en scène les rapports tissés entre l’objet regardé et celui qui regarde. Le poème « Morbihan » (septième section intitulée « Chansons ») montre particulièrement combien il reste fidèle malgré tout à ses convictions politiques et humanistes et je me suis toujours étonné que Gilles Servat, par exemple, n’ait pas chanté ce texte :

 

Ce qui fut fait à ceux des miens,

Qui fut exigé de leurs mains,

Du dos cassé, des reins vrillés,

 

Vieille à trente ans, morte à vingt ans,

Quand le regard avait pour âge

L'âge qu'on a pour vivre clair,

 

Ce qui fut fait à ceux des miens,

Pas de terre assez pour manger,

Pas de temps assez pour chanter

 

Et c'est la terre ou c'est la mer,

Le travail qui n'est pas pour soi,

La maison qui n'est pas pour toi,

 

Quatorze pour les rassembler,

L'armistice pour les pleurer,

L'alcool vendu pour les calmer,

 

Un peu d'amour pour commencer,

Quelques années pour s'étonner,

Quelques années pour supporter,

 

Je ne peux pas le pardonner.

 

En 1969, il publie Ville (Paris, dont il traque aussi bien le visible que l’invisible, le superficiel que le souterrain) et avec cet œuvre consacrée à l’espace de l’expérience humaine, le poète d’un certain concret donne à sa quête une dimension plus explicitement métaphysique (qui n’était de toute façon pas vraiment absente de ses livres précédents) : « Mais j’existe pourtant. Je cherche où c’est./ Essayez-moi. »

Cette expérience, il la renouvelle avec Paroi (1970) où les mots cherchent à maîtriser cette paroi en présentant à chaque texte un aspect nouveau. 

Ses poèmes (d’inspiration très diverse : géométrie, gastronomie, animaux, plantes...) deviennent de plus en plus ét(h)hic, presque des aïkous :  quelques vers, parfois quelques mots, qui éclatent sur une page blanche. La forme, l’apparition  du poème, l’objet poème lui importe beaucoup. Il met en scène ses écrits à la façon d’un  graphiste et, artiste dans l’âme, il accompagnera de sa parole des amis peintres dans leurs publications.

 

 

Eugène Guillevic est né en 1907. Si ses parents parlent le breton, ils se sont bien gardés de le lui apprendre et il avouera n’en avoir d’abord qu’une connaissance assez réduite, qu’il approfondira un peu ensuite. Lorsque son père est muté à Ferrette juste après la guerre, en 1919, il se retrouve dans une province qui vient de revenir à la France où la majorité de la population parle l’alsacien dans sa variante sundgauvienne, sans doute parfois l’allemand et très peu le français. Au collège d’Altkirch, la ville la plus proche de Ferrette, comme ailleurs, on multiplie les efforts, pour que les élèves apprennent et s’expriment correctement dans leur nouvelle langue nationale. Eugène n’a pas ce souci, mais il en profite pour se mettre au dialecte alémanique que parlent la plupart de ses condisciples comme le futur poète Jean-Paul de Dadelsen dans la cour de récréation ou quand ils jouent. Il est à un âge où l’on déteste être « différent » ! Au lycée, il apprendra ainsi plus aisément l’allemand. C’est dans le train qui le conduit au lycée qu’il rencontre le poète du Sundgau, Nathan Katz. Nous sommes en 1922 et ce dernier lui parle de Goethe, des poètes romantiques, de Rilke et de la figure tragique de Trakl. 

Il convient de souligner l’importance de cette jeunesse expatriée : la découverte de la langue de l’ennemi et l’amour de certains de ses poètes, l’existence d’une triple vision du monde à travers les prismes du français, du breton, de l’alsacien et de l’allemand. Entouré de mots, Eugène Guillevic en sera toujours amoureux et surtout frappé par leur mystère, le pouvoir (cratylique) de dire  les choses, de les faire exister, de les faire varier. Le jeu continuel avec ces langues, la recherche d’équivalents, la conscience des différences, toute une expérience qui sera le bien du futur poète. (Qu’est-ce qu’un poète sinon un « traducteur » ?) Futur poète ? Pas vraiment, car, dès cette époque, il rêve poésie et commence à écrire.

Pourtant, ses études terminées, il entre dans l’administration de l’enregistrement. On peut imaginer les discours de son gendarme de père intimant à son fils de faire quelque chose de sérieux et de sacrifier ensuite à la poésie. C’est ce qu’il fera, en apparence au moins : de 1935 à sa retraite en 1967, il travaillera rue de Rivoli au Ministère des Finances et des Affaires économiques (avec deux années au cabinet de ministres communistes en 1946 et 1947), mais il saura toujours réserver le meilleur de son temps à l’écriture. Depuis Terraqué, il est d’ailleurs un poète connu et reconnu. Il fréquente Éluard et Aragon, et très lié à Jean Follain, fait partie du groupe de l’École de Rochefort, reçoit de nombreuses distinctions.

Terraqué surprend car il fait entendre une voix inhabituelle en France : il renonce à toute fioriture, réduit l’usage de l’adjectif au maximum, refuse le mot rare, la syntaxe éclatée, ne vise que la précision et la clarté. Ce laconisme le caractérise certes mais les mots qu’il aligne forment un chant où se dépeint un savant jeu sur les sonorités, sur les mises en rapport des mots par les sons, allitérations, échos... Et puis, comme l’écrit Charles Le Quintrec : « Terraqué, [...] c’est l’homme qui regarde les hommes et qui se regarde à travers les choses ».

Depuis 1942 déjà, il est au Parti Communiste et publiera pendant la guerre dans la presse clandestine. À partir du début des années soixante, il vivra de plus en plus mal le stalinisme et quittera le Parti en 1980.

Il a retrouvé avec bonheur la Bretagne et une source d’inspiration et de réflexion qui ne le quittera plus.

Vers la fin de sa vie, il donnera deux recueils particulièrement émouvants :

Le blason de la chambre et Le silence.

Avec le premier titre, il reprend cette vieille forme de la Renaissance habituellement réservée à une poésie érotique et donne à voir les derniers lieux de ses dernières années ces amis des dernières heures dans un itinéraire qui mène du lit au transistor, en passant par l’oreiller, les draps, la descente de lit, les pantoufles, le réveil, le pèse-personne, le silence, la bouteille d’eau, le soleil...

 

Tu es ma cabane

Entourbillonnée

Avec les atomes,

 

Mon volume de travail

Vers les dimensions

Inatteignables,

 

Vers le moi

Au-delà de moi –

 

Où parfois j’accoste.

 

Avec le second, dans une poésie épurée, s’une simplicité de cristal, il donne ses derniers bonheurs :

 

Le silence, ma lumière,

Est devenue joie.

 

Une poétesse alsacienne, Martine Blanché, a pu écrire à l’occasion du Printemps des poètes ces lignes qui illustrent le parcours de vie et de poésie de Guillevic : « Entre la mer bretonne et les collines alsaciennes, les étés venteux et les rudes hivers, les sons rocailleux du dialecte et la profondeur fascinante des deux langues et cultures parfaitement complémentaires, s’est ébauchée et forgée la forte personnalité de ce poète de l’essentiel. » 

 

Guillevic nous a quittés comme on dit en 1997, il y a tout juste 19 ans. C’était en mars, à la veille du printemps.

 

NB. Ces notices sont extraites (réduites et remaniées) d’un ouvrage non publié (les éditeurs sont frileux : 800 pages !) : Voyage littéraire en Bretagne.

 

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Chronique de la semaine de Frédéric Morvan : les Bretons et le desespoir

J’ai été confronté cette semaine, de la part d’amis, d’élèves et même à la TV à des comportements désespérés. Tout le monde sait que la misère, sociale, financière, politique, culturelle, affective, amène au désespoir et que le désespoir, si l’on ne trouve pas de solution, si le mur est trop haut à franchir, si l’injustice ressentie est trop grande, peut amener à la violence, ou à une certaine violence, mais aussi à la fuite, à l’exil. L’histoire des Hommes est bourrée de désespérances. Cette semaine, voyons ensemble quelques cas dans l’histoire des Bretons et de la Bretagne. Lire la suite ICI

Frédéric Morvan, tous droits réservés


chronique littéraire de François Labbé : Armand Robin

À la faculté des lettres de Rennes, la section celtique avait une réputation particulière et sulfureuse dans les années 1967-70. On y rencontrait les types les plus étonnants au bar de la section. On y buvait sec en trinquant à la Bretagne libre et on y draguait pas mal au nom de l’amour libre. J’avais ainsi fait la connaissance d’une fille éprise de poésie, de Bretagne et de libertés. Vaguement étudiante, elle vivait avec un maître de conférences spécialiste de Rimbaud. Comme son ami était très occupé par ses recherches, elle avait beaucoup de temps, ce qui tombait bien, car, moi aussi, avec mes lettres modernes, je n’avais pas grand-chose à faire. Lire la suite ICI

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Chronique de la semaine : l’identité bretonne, la terre et l’eau

Lundi dernier à Brest, j’ai assisté à une conférence de Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la Région Bretagne chargé de la Culture, sur l’identité bretonne. Il a conclu que tous les Bretons et les Bretonnes étaient Bretons et Bretonnes, Françaises et Français, Européens et Européennes, ce que tout le monde aujourd’hui convient, à part quelques gens un peu bizarres. Pour lui, s’inspirant des écrits de l’historien médiéviste de la Bretagne aujourd’hui disparu, Jean-Christophe Cassard, l’identité bretonne plonge ses racines dans ce qu’a nommé J-J.Cassard la civilisation paroissiale, terrienne, à l’exception de quelques cas, comme les marins. Et c’est cette exception qui me dérange. Lire la suite ICI



Chronique littéraire de François Labbé : Yves Le Fèbvre, un grand écrivain morlaisien

 J’ai habité quelques années à Morlaix… à mi-temps ! J’y ai eu en effet plusieurs pied-à-terre et j’ai longtemps envisagé d’y vivre définitivement. Cela ne s’est pas fait pour différentes raisons qui sont ici sans intérêt. Pour moi, Morlaix est lié à la littérature, et pas seulement à cause de Souvestre ou des Corbière, de Michel Mohrt ou de Philippe Le Guillou. C’est dans cette ville qu’un éditeur devait publier mon premier roman et qu’avec lui j’ai découvert la ville et ses alentours. Nous étions rendus à Poul Roudou, au café-librairie, pour parler de ce livre qui ne paraîtra en définitive pas à Morlaix, hélas ! Et j’ai bien regretté de ne pas faire partie du riche Parnasse morlaisien. Lire la suite ICI

Le professeur Michael Jones, président d'honneur du CHB-KIB rend hommage au grand histoire de la Bretagne, Hubert Guillotel

J’ai l’honneur de déposer sur le bureau de l’Académie l’œuvre posthume d’Hubert Guillotel, Actes des ducs de Bretagne (944-1148), édités par Philippe Charon, Philippe Guigon, Cyprien Henry, Katharine Keats-Rohan, Jean-Claude Meuret et moi-même, avec une préface de Christiane Plessix-Buisset. Paru en septembre 2014 aux Presses universitaires de Rennes, ce beau livre est publié dans la collection « Sources médiévales de l’histoire de Bretagne » en coédition avec la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. De format in-quarto, il compte 598 pages et comporte un cahier de 32 illustrations (cartes, photographies de documents édités, d’édifices et de sites évoqués dans les actes) toutes en couleur sauf une. Lire la suite ICI

Les Bretons n'aiment pas les extrémismes

Chronique de la semaine. Les Bretons n’aiment pas les extrémismes. Cette affirmation est-elle vraie ? Est-elle vérifiable ? Evidemment, après y avoir été récemment confronté, je me pose la question : le site Breizh Atao a repris sans me le demander intégralement mon texte sur « la Bretagne est-elle une périphérie ? » en le détournant de son propos. J’ai donc pu voir la partie émergée de l’extrémisme breton. Je sais aussi maintenant, sans tomber, je peux vous l’assurer, dans la théorie du complot, qu’il y a une partie immergée, clandestine, occulte, bien active, gangrénant associations et institutions, commandée par quelques individus ou quelques familles. Vérifions donc en regardant dans l’histoire si les Bretons aiment ou non les extrémismes. LIRE la suite ICI

Tous droits réservés. Frédéric Morvan

Publication du CHB-KIB La chevalerie au temps de Du Guesclin

Le Centre d'Histoire de Bretagne/Kreizenn Istor Breizh publie La chevalerie bretonne au temps de Du Guesclin (1341-1381) par Frédéric Morvan, 758 pages, 48 arbres généalogiques, nombreuses références d'archives. ISBN 978-2-36811-019-5 Achat direct au CHB-KIB 25 euros + 9,90 euros de frais de port (avec dédicace de l'auteur) et diffusion Coop Breizh. Adresse CHB-KIB, 6 stréat Kervéoc 29840 PORSPODER


chronique littéraire de François Labbé Louis Guilloux

Saint-Brieuc est d’abord pour moi la ville de Louis Guilloux. Je l’ai découvert vers 1975 grâce à Yannick Pelletier qui écrivait sa thèse sur lui et avait eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises.Je revois cette émouvante photo parue dans Ouest-France vers 1978 : Louis Guilloux âgé, la pipe à la main, assis avec Yannick Pelletier sous le marronnier de la Place Saint-Pierre,
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La Bretagne divisée en deux Blocs : Est et Ouest ?

C’est en effet la question que l’on peut se poser lorsque l’on traverse l’intégralité de la Bretagne, du Conquet à Fougères ou de la Pointe du Raz à Clisson : l’Est ou Haute Bretagne, industrieuse, dynamique, joyeuse ou presque, plus jeune, dominée par Rennes et Nantes, vraies métropoles, considérées parmi les plus agréables de l’Hexagone, et l’Ouest ou Basse Bretagne plus agricole, plus déprimée, plus âgée, dont les cités souvent petites et moyennes ont du mal à se constituer de réelles zones d’influence. Regardons de nouveau vers l’histoire de la Bretagne pour savoir si nous sommes en présence d’un phénomène ancien ou récent ? Lire la suite ICI

La Bretagne en périphérie !

La Bretagne en périphérie ! Jeudi soir dernier, aux Dîners celtiques, à Paris, Jean-Yves Le Drian, président du Conseil de la Région administrative Bretagne, a parlé longuement de la situation périphérique de la Bretagne, situation qu’il est difficile de ne pas constater lorsque l’on passe de la Bretagne à Paris. La Bretagne serait donc sur le pourtour, mais de quoi ? Lire la suite ICI

chronique de la semaine par Frédéric Morvan, Episode 4 Qui dirige la Bretagne de 1515 à 1532

Nous en étions à la mort d’Anne de Bretagne et à celle de son époux Louis XII (1514-1515). Ici nous allons toucher à un des épisodes les plus passionnants et passionnés de l’histoire de Bretagne et de France, qui a fait et fait coulé encore bien de l’encre, et que par des études sérieuses, documentés et argumentés, nous commençons à mieux connaître, malgré d’énormes interrogations : celle de l’Union, de l’Annexion – termes différents selon le camp que l’on choisit, breton ou français - du duché de Bretagne au royaume de France. Moi, je vais me permettre de parler de l’intégration du duché de Bretagne au royaume de France.

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8 avril 1498 : Anne de Bretagne redevient la seule souveraine de Bretagne

Son mari, le roi Charles VIII de France, a décidé de la rejoindre au château d’Amboise afin de la consoler de la perte de sa fille, Anne, morte née – ce n’est pas la première fois que cela arrive et Anne souffre de mélancolie comme on le disait pudiquement. Le roi veut lui changer les idées et comme tous les deux aiment les jeux de paume (ancêtre du tennis), ils se rendent tous les deux, avec leur suite, à la salle de ce jeu. Ils rejoignent par un chemin un peu compliqué et bas de plafond une galerie surplombant la salle. Sur le parcours, la tête du souverain heurte assez violemment le linteau d’une porte. Et tout le monde continue son chemin. On regarde le spectacle. On a poussé les détritus car la salle était en travaux. Et on ne fait pas trop attention à l’odeur car les faucons royaux ont décidé d’y faire leurs besoins. Bref, on admire les joueurs. Et le roi s’écroule. On arrête le jeu et tout le monde descend dans la salle. Charles VIII est allongé sur un tas de détritus. Il est dans le coma dont il sortira trois fois pour prier. Son agonie va durer 9 heures pendant lesquels les médecins lui arrachent mêmes les poils et les cheveux. Il meurt à 27 ans. Selon les experts, en fait il y aurait eu des signes avant-coureurs, des maux de têtes, et puis il faut savoir que son père, Louis XI, est mort d’une attaque cérébrale.  lire la suite ICI



chronique de la semaine : 3e épisoide Qui dirige la Bretagne ? Le cas Anne de Bretagne, par Frédéric Morvan

En 1488, Anne de Bretagne n’avait pas douze ans lorsqu’elle accéda au trône breton. Son père avait désigné avant de mourir les chefs du clan féodal pour « l’aider » à régner : comme tuteur le maréchal de Rieux et comme gouvernante Françoise de Dinan-Montafilant. Philippe de Montauban, issu de la noblesse bretonne, devint chancelier de Bretagne, c’est-à-dire chef de l’administration ducale. Pendant trois ans, ce ne fut autour d’elle que complots, rivalités et impuissances politiques. Le duché n’eut pas vraiment de dirigeant durant cette période ; le territoire breton était alors occupé par les troupes royales et quant aux féodaux, LIRE LA SUITE ICI

chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Une grande écrivaine, Anne de Tourville

 

Le prix Fémina (à l’origine prix du magazine La vie heureuse !) créé et décerné l’année suivant le premier Goncourt, en 1904, avait une vocation bien particulière dans l’esprit de ses créateurs : mettre en valeur la littérature féminine. Sa première lauréate, Myriam Harry, est probablement aujourd’hui bien oubliée ainsi que son roman, La conquête de Jérusalem. Cependant, dès 1905, le prix est attribué à Romain Rolland pour Jean-Christophe et, à partir de cette date, le Fémina ne s’encombre plus du sexe de ceux qu’il couronne et devient « l’autre » Goncourt !

 

Presque sans débat, le jury désigne en 1951 une jeune femme, Anne de Tourville, une Bretonne qui a déjà vu son recueil Gens de par ici recevoir le Prix Interallié de Bretagne en 1944. Le Fémina avait déjà récompensé une Bretonne en 1927 : Marie Le Franc, née à Sarzeau.

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Bretons et Bretonnes célèbres : Alain V de Bretagne, un nouveau duc

Pourquoi ce personnage, pourtant d’envergure, peut-être même un des plus importants de l’histoire de la Bretagne et de l’Occident, a-t-il échappé à la sagacité proverbiale des historiens les plus confirmés ?

A cause de son nom tout d’abord ou plus exactement de ses noms. Jusqu’à récemment on le nommait Alain d’Avaugour. Dans les ouvrages sur l’abbaye de Beauport qu’il a fondé en 1202 il est désigné sous le nom d’Alain de Goëlo, terre qu’il a possédée. En Angleterre, où il était seigneur de Waltham (qui correspond exactement au Conseil du Nord-est Lincolnshire), il est désigné depuis très longtemps sous le nom d’Alain de Bretagne, ce qui n’est pas faux. Dans les actes contemporains, il porte le nom d’Alain fils Comte et après 1205 de comte Alain. Les historiens anglais les plus récents le nomment donc Alan Fitzcount et l’historien breton Stéphane Morin le désigne souvent comme Alain de Goëlo. En fait, il s’agit d’Alain de Rennes, chef à partir de 1205 de la maison de Rennes, et donc héritier en ligne masculine du duc Geoffroy de Bretagne (mort en 1008, le fondateur de l’abbaye Saint-Gildas de Rhuys).


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chronique de l'histoire littéraire des Bretons par François Labbé

Ansquer de Londres, un Montaigne Breton

Entre 1676 et 1724, pour différentes raisons, les Essais sont quasiment proscrits. Il n’y aura pas en France d’édition autorisée de ses œuvres avant 1783 mais l’édition savante du protestant Pierre Coste (1724) et ses rééditions avec le Discours de la servitude volontaire de La Boétie passent facilement la frontière et plus on avance dans le siècle, plus Montaigne, connaît une renaissance : les hommes des Lumières voient en lui un écrivain, un penseur et un philosophe proche de leurs préoccupations, et cela au moins jusque vers 1780. lire la suite ICI

 




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